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Year of No Light Par Mail

Bonjour YONL. Tout d’abord, merci pour cette interview en pleine période promo ou j’imagine on vous pose sans arrêt les mêmes questions (et je ne risque pas de déroger à la règle). Attaquons dans le vif du sujet : Year Of No Light se résume à combien de membres actuellement ? On a un peu l’impression que le line-up ne cesse de gonfler au fil des ans ; Vous étiez 6 sur Ausserwelt si ma mémoire est bonne.

Mathieu : 6 toujours. Le nombre de la bête, bien sûr.

Vous avez proposé une réinterprétation de Vampyr de Carl Theodor Dreyer (en parallèle de 2 autres pour lesquelles je n’arrive pas à retrouver le nom). Dans un même registre, un groupe qui me tient à coeur, Art Zoyd, avait proposé une nouvelle bande son pour Nosferatu de Murnau. Pourquoi ce choix de film ? Connaissiez-vous également ce groupe (Art Zoyd) ?

Johan : Nous avions aussi bossé sur différents projets en rapport avec l’image dont une création pour illustrer les maîtres fous au musée du quai branly (que l’on peut trouver sur la toile). On a aussi collaboré avec Edi Ladoire sur un de ses films (faire la bande son du film en live) et avec Christian Vialard sur l’asymphonie monotone. Le choix de Vampyr est une longue histoire avec moults négociations avec l’asso productrice du cinéconcert.



Mathieu : Parce que Dreyer représente une sorte d’idéal cinématographique parmi d’autres, parce que la forme et la narration de son film nous semblaient particulièrement coller avec l’idée que nous nous faisons de notre musique et de notre appréhension du son, parce que les thèmes qu’il développe nous sont chers. Il y avait dans son appréhension du genre fantastique un parallèle qui nous a semblé évident quant à notre conception du genre « métal ». Se servir d’une forme à priori « ignoble » au sens propre pour développer des sensations « élevées », métaphysiques, pour parler bien pompeusement.

Avez-vous d’autres projets de musiques de film ? J’imagine en effet les réinteprétations de certains films cultes à mes yeux (Metropolis, Nosferatu, Dr Mabuse, …). N’avez-vous pas eu l’envie, par la même occasion, de faire d’un de vos titres un court-métrage ?

Mathieu : On va se remettre à travailler sur « Les maîtres fous » de Jean Rouch, dans une autre perspective que celle de « Vampyr ». Là, on a affaire à un document ethnologique particulièrement carton et le principe musical mis en place est tout à fait différent que pour le Dreyer. Il consiste en deux morceaux très longs et très répétitifs, une sorte d’expérience physique pour rendre fou les spectateurs, à l’image de la transe cathartique s’emparant des hommes à l’écran. Pour la mise en image d’un de nos morceaux, ça nous a traversé l’esprit à un moment mais je crois qu’on est aujourd’hui tous d’accord pour préférer que notre musique reste visuelle dans sa capacité d’évocation, dans son abstraction-même. Il y a donc autant de films que de cerveaux dans lesquels elle a pénétré.

Quand j’ai pu voir l’artwork de Tocsin, j’ai pensé à quelque chose de Celeste et à un pays en particulier, le tibet. Que représente pour vous cet artwork ?

Jérôme : les artworks des trois albums tournent autour de la profondeur de champ et de l’idée de porte. Ça évoque simplement l’idée de disque « monde », d’album «entité ». C’est une idée née avec le format lp vinyl qui a pereclité avec les nouvelles façon de recevoir et de s’approprier la musique. Nos artworks prennent tout leur sens sous la forme d’un gatefold. Il y toujours une porte d’entrée et de sortie et une « interzone ». Quelque fois il y a quelqu’un ou quelque chose pour vous accueillir comme le cerf pour nord ou le tocsin pour le troisième disque. J’aime l’idée qu’un disque de yonl puisse être une expérience immersive où chacun vis sa propre expérience. Je crois que la musique est le seul medium artistique à permettre ce niveau d’abstraction et d’évocation, à permettre cette forme de paradoxe.

Johan : Etant grand fan du travail de Simon, nous lui avons laissé carte blanche avec beaucoup trop d’infos contradictoires (les morceaux, les titres puis une liste énorme d’images qui nous plaisaient…). L’artwork représente donc pas mal sa propre interprétation. Nous aimons bien laisser les gens interpréter notre musique à leur façon, les laisser voyager sans trop les guider.

Si on compare vos derniers albums, on a l’impression que tout est en quelques teintes (bleu / noir / blanc / gris). Est-ce ainsi qu’est la vision du monde de YONL ?

Jérôme : Il n’y a pas de vision du monde dans ce que produit ce groupe. C’est plus de l’ordre de la perception, de l’image mentale. C’est un tout autre statut de l'imagination et de la fiction, c’est en gros le « virtuel réel ». Deleuze appelle ça l’empirisme transcendental. Pour moi c’est simplement la vision artistique. C’est donc au delà des couleurs et des prises de position artistiquo-politioco-chouineuse. On aime bien ce monde et ses horreurs mais on préfère ce qui traine dans nos têtes cramées.

Johan : C’est ainsi que les illustrateurs avec qui nous avons travaillé ont choisi d’illustrer notre musique.

Les multiples références religieuses de Tocsin, notamment au travers des noms de morceaux, m’ont paru très perceptibles. La religion est-elle l’élément central de ce disque ? Quel est votre rapport au sacré (et ce que ce soit judaïque, islamique, chrétien, …) ?

Jérôme : On est tous ubermuslim. On souhaite le jihad contre les machines avec Christ Roi qui nous guide vers la victoire dans son yakoflev 3 et le diable qui éjacule des têtes nucléaires. Sinon moi je me sens plutôt catholico-terroriste avec les athées matérialistes post-modernes et luciferien avec les benni-ouioui. Au final je suis mystico-scientist quand je suis au bord de l’océan et qu’il neige.

Mathieu : Concernant notre musique, nous préférons l’envisager en termes de mystique, de spiritualité et de sensible plutôt que de religion. Bref, en tant que transcendance. Mais nous restons tout de même attachés à celle-ci dans sa perspective historique ou mythique, voire esthétique pourquoi pas. La géhenne, les croisades… ce sont des choses qui nous parlent et peuvent nous inspirer.

Est-ce que chaque titre a une signification particulière pour vous ? Que représentent-ils ?

Mathieu : On aime bien l’idée de synthétiser ce qu’un morceau nous évoque avec les moins de mots possibles. Donc oui, ils ont une signification particulière. Ils sont également agencés de manière à faire, si possible, parler l’ensemble.

Johan : Même si en général la musique est composée avant les titres. On se fait des sessions debrief pour savoir comment nommer les morceaux&comment les organiser pour rendre l’ensemble cohérent.

Certains morceaux allaient, dans leurs versions de travail, sur des durées d’une heure. Dirge avait osé l’album de 2H avec un morceau central de 60 minutes. Est-ce que ce type de défi peut vous tenter ?

Mathieu : Dans l’idée, pourquoi pas. Dans la pratique, vu le bordel sans nom que peut parfois représenter pour nous la composition de morceaux d’un quart d’heure, je sais pas trop…

Johan : Le dernier morceau du disque Alamüt a failli nous rendre fou. C’est très difficile de faire des morceaux long cohérents. On est partis d’un pavé indigeste et incohérent de 30 minutes qu’on a taillé&retravaillé sur un an pour arriver au résultat final mais qui n’était pas encore pleinement composé quand on est arrivé en studio au grand désespoir de notre ingé son.

Quels sentiments associeriez-vous à Tocsin ?

Mathieu : Le basculement, l’inquiétude, le conflit. Et l’humain au milieu de tout ça.

Jérôme : avoir un orgasme sous lsd avec un luger sur la tempe. Une forme de sentiment amoureux en somme.

Vous avez partagé des splits avec Altar of Plagues et Mars Red Sky ou encore Karysun, des groupes d’horizons différents. Cela représente-t’il ce que peuvent écouter les membres de YONL ?

Mathieu : Dans une infime partie, oui.

Johan : Pas forcément car au final les groupes que tu cites sont très proches de YONL&des artistes comme Fear falls burningThis quiet army ou Nadja avec qui nous avons aussi collaboré représentent aussi un autre aspect de ce que l’on peut écouter au sein de YONL. Nous écoutons tous beaucoup de musique différente au sein de YONL, allant du black metal au heavy en passant par la noise, musique africaine, électronique expérimentale voir aussi plus dansante…

En feuilletant le dernier Noise, j’ai pu lire que vous associez Tocsin à un sentiment plus krautrock que Black Metal. Quels sont les groupes de Krautrock que vous appréciez ? J’imagine que Magma est un incontournable.

Mathieu : Je pense qu’on apprécie effectivement tous beaucoup Magma même si de mon côté je ne le définirais pas vraiment comme une groupe de Krautrock. Et puis on est quand même de bien piètres musiciens comparés à eux… Sinon, il me semble qu’on était plus dans la lignée « Motorik » que véritablement progressive de ce mouvement, donc on pensait sans doute plus à des groupes comme Neu !La Dusseldorf, voire Can dans leurs premiers disques. Des groupes avec la capacité de faire fondre ton cerveau à force de répétition. Des groupes pour qui la forme « rock » n’était utilisée que pour être mieux pervertie. Des groupes qui élevaient cette forme populaire à un rang supérieur, en le sachant ou non.

N’ayant pas eu l’occasion de vous voir en concert, comment cela se passe pour le chant sur les titres issus de Nord ou de la démo lors des concerts ? Le public semble-t’il réceptif aux nouveaux titres ?

Jérôme : On ne joue pas les morceaux de nord, sans chant ça marche pas trop. Sinon les gens ont l’air de bien réagir aux nouveaux titres et on leur manifeste d’ailleurs une immense gratitude. Sans les gens qui suivent le groupe, cette musique n’existerait pas. Quelquefois on livre nos corps en remerciement.

Quels sont les prochains projets ?

Jérôme : un gros projet où on rejouera le ciné-concert sur « les maitres fous » de Jean Rouche et où on collaborera sur une grosse pièce musicale avec nos amis de Bagarre Generale (avec qui ont va bientôt sortir un split) et d’autres musiciens. Et pleins d’autres d’idées absolument pas réaliste.

Johan : Nous avons aussi un split avec Blut aus Nord dans les cartons mais il faut encore le composer !

Merci encore pour vos réponses, et à bientôt (peut être au Mans, qui sait ?).

Jérôme : merci à toi, on te fait l’amour par la pensée.

Euka (Avril 2014)

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