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Jordan Rudess (Dream Theater) Hyatt Regency, Paris (le 31 janvier 2014)

Rendez-vous était pris en début d'après-midi à l'hôtel du groupe, et au final c'est en haut du bar panoramique du Hyatt Regency Paris Étoile que se déroulera l'interview. Heureusement, la magnifique vue de Paris ne laissera pas Jordan Rudess bouche bée trop longtemps...
Il démarre même avec un "il est vachement bien ton enregistreur". Tellement bien qu'il n'enregistrera que du silence pendant toute la conversation. Voici ce qu'il en reste, de mémoire !




Je trouve que le début de votre nouvel album sonne comme une bande originale de film d’action, ça me rappelle Last Action Hero. C’était le but recherché ?

C’est tout à fait ça ! En fait nous utilisions toujours des pièces symphoniques en introduction de nos concerts, et cette fois on s’est dit "pourquoi ne pas faire la nôtre ?". Du coup on s’y est attelé avec John (Petrucci), c’est moi qui composais aux claviers, lui qui produisait, d’une certaine façon, en me donnant des idées et me guidant "rajoute ça, enlève ça". D’une pierre deux coups, False Awakening fait ainsi office d’intro à l’album, et d’intro à nos concerts sur cette tournée.

Justement, sur Dream Theater il y a deux titres instrumentaux, ça faisait très longtemps que vous n’en aviez pas enregistrés.

Tu as raison, ça faisait un bail. On s’est dit qu’il était temps de s’y remettre, et c’est venu assez naturellement.

Ça n’énerve jamais James d’être mis de côté dans des cas comme ça ?

Non, non, bien au contraire ! Il apprécie, il peut se la couler douce pendant ce temps là (rires).

Avec son titre éponyme, Dream Theater marque un nouveau départ pour vous ?

On ne l’a pas abordé de cette façon. Peut-être un tournant dans la carrière du groupe, mais un nouveau départ on en est loin.



Tu utilises beaucoup de sons proches de la guitare pour tes parties de claviers, pourquoi ce choix ?

Tu veux dire, sur mes solos ?

Oui, exactement.

Ah ça, c’est lié au fait de jouer dans un groupe de rock. Utiliser ces types de sons permettent d’obtenir une meilleur homogénéité dans les chansons, notamment quand on alterne des solos avec John (Petrucci). Si j’utilisais des sons de claviers plus traditionnels, ça ne sonnerait pas bien, je serais en décalage avec le reste du groupe.

C’est la première fois depuis l'album Octavarium que vous enregistrez avec un ensemble de cordes, ça s’est passé comment ? Est-ce toi qui as dirigé l’orchestre ?


On avait composé de belles parties instrumentales pour l’album, mais on s’est dit que ça aurait été dommage de les enregistrer seulement aux claviers. J’ai donc contacté Eren Başbuğ, un jeune étudiant de Berkley avec qui j’ai déjà travaillé sur ma pièce classique Explorations for Keyboard and Orchestra. Il a réarrangé tout ce qu’on avait fait et l’a enregistré avec son orchestre à Ankara, avec lequel il avait déjà enregistré des arrangements de Six Degrees Of Inner Turbulence et Octavarium.

Est-ce que ça a fait une réelle différence d’avoir eu cette fois-ci Mike Mangini avec vous pour la composition de l’album ?

Complètement. Mike nous apporte beaucoup part son jeu, au niveau rythmique il a une approche mathématique très poussée qui convient parfaitement à notre musique. Rien à voir avec Mike Portnoy. Ce sont deux personnes totalement différentes, Mike (Mangini) est plus cool, c'est quelqu'un de très positif, alors que Mike Portnoy était plus dirigiste, il cherchait à garder le contrôle sur le processus créatif.

As-tu aidé Mike pour son intégration au sein du groupe, étant toi-même passé par là en 1999 ?

Oui, forcément je lui ai expliqué comment on fonctionnait entre nous, les habitudes de chacun. Mais son arrivée dans le groupe s'est faite pour une raison totalement différente de la mienne, ça n'avait rien à voir. Car quand j'ai intégré le groupe, John (Petrucci) cherchait en fait avant tout un partenaire pour la composition des chansons, chose qu'il n'avait pas trouvé chez mon prédécesseur. Il n'y avait pas une telle attente à l'égard de Mike Mangini, mais au final il a participé à la composition de quasiment tous les titres de l'album.



Vous ne composez jamais lorsque vous êtes en tournée ?

Non, enfin je veux dire, pas au sens propre, car ça nous arrive, parfois, pendant les balances d’avoir des idées et on les enregistre direct avec ce qu’on a sous la main. Mais ça ne va pas plus loin que ça. On préfère se poser au calme et confortablement, tous ensemble.

Vous aviez l’habitude d’enregistrer pas mal de reprises, qui apparaissaient en bonus sur des éditions spéciales de vos albums, mais pas cette fois. Etait-ce par manque de temps ?

Non, je pense que c’était surtout Mike (Portnoy) qui était porté sur les reprises ! (rires) Nous, ça ne nous intéresse pas plus que ça, et nous préférons nous concentrer sur la composition de nouveaux titres. Nous avons fait par le passé des concerts complets de reprises (NDLR : The Number of The Beast, Master Of Puppets, Dark Side of the Moon), je ne sais pas si nous referons ça un jour. Peut-être...

En parlant de concert, comment faites-vous pour tenir le choc sur une telle tournée, où vous jouez pendant trois heures chaque soir ?

Le secret c’est de se ménager, de ne pas essayer de jouer à son maximum tout le temps, sinon tu te grilles ! Au début justement à cause du rythme des concerts, il m’était arrivé de me retrouver avec les doigts presque en sang, et jouer les jours suivant avec les doigts recouverts de pansements, ce n'est pas pratique, ni agréable ! (rires).

Vous avez joué au Hellfest en 2007 et 2009, mais jamais depuis. Une raison en particulier ?

Non, aucune je pense. Mais je garde un très mauvais souvenir du Hellfest 2007, et si ça ne tenait qu’à moi, je ne retournerai jamais là-bas (rires).

Depuis que vous y avez joué, ce festival a pris de l’ampleur, vous devriez retenter le coup ! Mais oui je me souviens en 2007 ça ne s’était pas bien passé pour plusieurs groupes, et pas seulement à cause du temps : les mecs d’Edguy qui étaient fous furieux que Megadeth commence son set en avance, du coup toute une partie du public était parti voir Megadeth et Edguy a arrêté son concert avant la fin ; il y avait aussi Christofer Johnsson de Therion qui a balancé des canettes de bière à la gueule de l’ingé son en charge des retours pour qu’il arrête de changer les réglages…

Ah oui quand même ! Non, ça ne s’était pas passé aussi mal pour nous (rires). Je me souviens surtout des loges en préfabriqués installées au milieu de la boue, ce n’était pas facile d’accès… Il y avait eu une ambiance très particulière pendant ce festival cette année-là.

Vu toute la technologie que tu embarques avec toi, ça t’es surement déjà arrivé d’avoir de gros problème technique sur scène, as-tu une anecdote en particulier ?

Oui, ça m’arrive de temps en temps, mais je suis paré vu que j’ai au minimum trois claviers à disposition. Une fois où ça a été problématique, c’était pendant un concert avec le Liquid Trio Experiment : j’utilisais à l’époque un clavier Roland et d’un seul coup, peu importe sur quelle touche j’appuyais, il n’y avait que des sol et des do dièse qui sortaient ! Pendant cinq minutes, j’ai cherché ce qui pouvait provoquer ça, j’ai redémarré le clavier mais le problème persistait. J’ai donc laissé John Petrucci et Mike Portnoy se débrouiller tout seul sur scène, je suis sorti de la salle de concert pour trouver une cabine téléphonique et j’ai appelé directement la maison mère de Roland au Japon pour trouver une solution !



Tu étais présent sur les deux premiers album solo de ton ami Steven Wilson, mais pas sur The Raven That Refused To Sing. Il a oublié de t’appeler ?

Non, c’est simplement que Steven avait envie de construire et solidifier autour de lui un vrai groupe, et non pas n’avoir que des guests à chaque album. Je lui ai recommandé un de mes amis pour les claviers, Adam Holzman, et ça a l’air de très bien fonctionner entre eux.

Tu as fait un solo sur la chanson Progressive Waves issue du dernier album d’Eyreon, The Theory Of Everything. Arjen Lucassen t’as laissé carte blanche ?

Exactement, il m’a simplement envoyé la piste quasi finalisée, et m’a demandé de me faire plaisir avec ! Ce que j’ai fait (rires).

Tu participes à plein d’innovations au niveau matériel avec les claviers Seaboard et Continuum, et au niveau logiciel avec ta société Wizdom Music, tu es toujours à la recherche de nouveauté et de nouvelles expérimentations ?

Oui, c’est très excitant de pouvoir aborder son instrument sous un nouveau jour. Notamment les applications que je développe, elles peuvent être utilisées par des débutants, mais des musiciens confirmés y trouveront leur compte. J’utilise d’ailleurs mon iPad et mes applications pour des solos qui sont sur l’album, et je l’utilise également en concert !

Ta pièce classique Explorations for Keyboard and Orchestra sera bientôt disponible. Est-ce qu’un metalleux qui n’a jamais écouté de musique classique pourrait l’apprécier ?

Oui ! S’il est assez curieux et surtout ouvert d’esprit, il n’y a aucune raison que ça ne puisse pas lui plaire.

Grum (Février 2014)


Merci à Jordan pour sa disponibilité, et pour son album !
Merci à Karine de chez Warner pour nous avoir organisé cet entretien.
Et merci au Hyatt Regency Paris Étoile pour l'accueil 4 étoiles et cette vue !!!

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