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Aeris par mail, 2014

Aeris a sorti il y a quelques mois, son second album Temple qui fait suite à un éponyme paru en 2009. C'est donc le bon moment pour revenir sur ce disque en compagnie de Manuel Adnot, guitariste communicatif du groupe.

Depuis 2013, quatre membres constituent désormais Aeris. Est-ce que ce nouvel album est une création à huit mains?

Manuel Adnot : Pas exactement. Aeris s'est un peu cherché après le départ de Sam (Samuel Diné, basse/voix), Boris et moi avons été pas mal pris par d'autres projets (L'Effet DeféeSidony Box) ce qui nous a aussi permis de prendre du recul sur le projet Aeris. Nous avons recommencé tranquillement tous les deux en essayant de jouer avec d'autres personnes, notamment Roland Spenlé (ex-Mekspé) à la basse, puis Laurent Hilairet au claviers (Western Trio), ce qui nous a permis de savoir un peu plus vers quelle direction aller et si on se dirigeait véritablement vers un reboot d'Aeris. Quand les choses ont pris forme, Emerson Paris (ex-Lemurya) est arrivé, puis après avoir enregistré en trio le morceau Captain Blood, j'ai rencontré Louis Godart (A Prison Called Earth) que m'a conseillé son prof au conservatoire Jean-Jacques Bécam (Western TrioTangerine) pour assurer les deuxièmes guitares, et l'équipe s'est enfin fixée. Les nouveaux morceaux ont donc été créés durant toute cette longue période.



Temple dévoile, je trouve, une nouvelle orientation musicale d'Aeris. Etait-ce une volonté de faire quelque chose de différent du premier album?

Oui tout à fait, c'est le résultat de notre chemin en tant que musicien. Pour avoir joué d'autres musiques depuis, retourner au Aeris de 2009 n'avait pas de sens. Et pour être honnête, j'avais aussi envie d'assouvir un côté guitar hero après avoir bossé pas mal dans cette direction ces dernières années, et avoir écouté pendant des heures le premier Animals As Leaders. Je trouve ça bien aussi de sortir un disque très différent pour surprendre les gens qui nous suivent, et surtout d'avoir pu prendre le temps de le faire. Il y a aussi une large influence post dans le disque, ça va aussi bien du côté du Doom (Hidden Sun) que de l'Ambiant (Horizon). 

Avez-vous suivit une ligne directrice pour la composition de l'album? Est-ce que la partie jam est toujours inhérente à votre façon de composer?

L'idée c'était de faire quelque chose de moins acoustique, de plus frontal. Après, comme je l'ai dit plus haut, les morceaux se sont étirés dans le temps, donc on ne peux pas parler de jam pour ce disque. Mais, bien qu'il y en ait moins que sur le premier, il y a une bonne part de musique improvisée dans Temple.

Pourquoi ce choix d'avoir repris le thème du morceau Flamme sur cet album et l'avoir décomposé en trois parties?

C'est un morceau qui a eu beaucoup (de vies!) d'arrangements différents. J'avais écrit toute cette nouvelle partie après le premier thème avec des harmos inspirées d'Allan Holdsworth qui en faisait quasiment un nouveau titre, et on avait envie d'enfin de l'entendre avec un « gros » son. Il faut savoir que quand on a enregistré Aeris en 2009, ça ne faisait peut être qu'un ou deux mois que je jouait sur électrique, d'où un son assez crunch. Je trouve que Flamme (renommée Flame sur Temple) a enfin la version qu'elle mérite. Pour le choix de faire différentes parties, on a eu le doit à notre ami Marcus Linon qui a enregistré le disque. Au début, les morceaux duraient chacun une quinzaine de minutes et c'est vrai que cette nouvelle fragmentation donne un chemin de lecture intéressant qu'on avait pas forcément en tête, et ça donne évidemment un côté prog, clin d’œil à notre label Ex-Tension. 

Je me souviens d'une ancienne composition (Par ma barbe?) qui n'est jamais sorti, et qui comportait du chant... Ca vous tenterait de refaire d'autres morceaux avec du chant?

Le nom du morceau c'est Le ciel se fout de ma barbe! Remplacer les voix de Sam est compliqué. J'adore son timbre, et il chantait avec beaucoup de cœur. On a pensé à tester des gens à la voix, mais souvent ça impliquait d'écrire des textes ce qui nous écartait de l'idée que nous avons d'Aeris. Je pense que ça nous aurait plu avec Boris de prendre quelqu'un dans les musiques extrêmes. Si un chanteur venant du Hardcore se posait sur notre musique, il pourrait se passer un truc! 

Temple est sorti chez Ex-Tension Records, en lien direct avec Seventh Records de Christian Vander (Magma). Comment s'est concrétisé la sortie sur le label? Vous avez fait plusieurs démarches pour être signé chez un label?

J'avais déjà sorti un disque chez eux (Sidony Box Rules, 2013), et il m'a semblé naturel en enregistrant avec Marcus Linon, dans l'ancien studio de Magma à Paris, de proposer à Stella Vander de le sortir sous Ex-Tension. Stella, Francis Linon qui a fait le mastering et Marcus m'ont suivi sur deux de mes projets et je suis super fier, mine de rien, d'avoir pu sortir ces disques avec eux. 



De fait, Temple a bénéficié d'une meilleure promotion que l'album éponyme? J'ai l'impression que les retours ont tous été très bons. Vous suivez avec attention ce que peuvent dire les chroniqueurs sur la toile?

La promotion, on la doit à l'ami Jérémy Cas de Black Wave Promotion qui m'a carrément surpris par la qualité de son travail. Je ne lis pas personnellement toutes les chroniques mais il me semble avoir entendu des retours assez hallucinant effectivement. On est pas mal fier de celle de Charlélie Arnaud dans Rock Hard. 

Après -je profite de l'occasion et je vais essayer de ne pas faire de généralités-, lorsque l'on enregistre quelque chose, on ne le fait pas pour avoir une bonne note. On le fait à un moment donné parce qu'on a envie de le faire de telle sorte, parce qu'en ce moment on aime bien tel musicien, tel mouvance, et aussi juste pour le fait de créer quelque chose qui viens de nous. Je t'avoue que maintenant que ça fait quelques années que j'en ai finit avec les études au conservatoire (j'y suis même retourné y enseigner depuis), j'en ai soupé de la « notation » et je ne suis pas particulièrement friand du principe de mettre des notes sur la musique que je fait. Je suis bien au fait que c'est un obligé pour la promotion, mais j'aime à penser que l'Art en général aspire à être un peu plus que ça. Je t'avoue que j'ai toujours une pensée, quelques soient les personnes/le projet -qu'il soit professionnel ou amateur-, pour l'énergie, le temps, ou l'argent(!) qui sont mis dans un projet pour le faire vivre. Je trouve un peu dommage que, pour la plupart des chroniqueurs, ce sont des gens que tu ne rencontres pas, dont tu ne sais pas le parcours (bonjour les lieux communs mais merci le Web 2.0 où tout le monde donne son avis sur tout), et qui parfois passent à côté de la musique que nous pouvons écouter nous-même. Je grossis le trait, mais les jazzmens parlent des influences Jazz, les métalleux parlent des influences Métal. Evidemment, il faut relativiser, il y a bien sûr des mélomanes et c'est carrément grisant de voir toute cette communauté Métal sur le net avec un nombre de sites hallucinant, ce que tu retrouves beaucoup moins dans le jazz par exemple. Tant que j'y suis, je pense aussi à un super site qui regroupe un paquet de passionnés et couvre plusieurs styles : Les Grandes Z'oreilles. Pour clore, on est tout de même évidemment heureux de voir Temple chroniqué un peu partout en Europe.

Chaque membre du groupe à l'air de venir d'horizons musicaux variés, allant du Jazz au Metal en passant par des genres bruitistes et expérimentaux. N'est-ce pas trop difficile de concilier tout cela, de rendre les morceaux cohérents en conjuguant les influences de chacun?

Ce n'est pas un problème si tu considères que tu fais juste de la musique. Par exemple que tu penses d'abord au fait que « ça danse » avant de te dire « faut que ça sonne Metal ». Le style musical c'est juste une étiquette à la (feue) Fnac. La cohérence, tu la cherches dans les intentions, les événements, la narration. De mon côté j'ai besoin de jouer plein de manières différentes -voire opposées- de penser la musique, le rythme,  sinon j'ai vraiment l'impression de faire quelque chose de déshumanisé, de mécanique.



Vous avez partagé des dates avec Time For Energy, Corbeaux ou Bruxisme et, si ce n'est une dénomination Rock commune, ces groupes sont différents entre eux et d'Aeris. Il est difficile avec une approche musicale particulière de trouver des groupes avec qui partager la scène?

En fait les choses se sont faites assez simplement, nous sommes tous de Nantes et on a trouvé plus sympa, surtout quand il n'y a pas d'argent en jeu, de faire des plateaux à plusieurs groupes, entre amis. J'ai l'impression que dans le milieu du Metal il y a un peu une culture du « payer pour jouer » qui ne me convient pas du tout, alors je préfère passer au moins un bon moment avec des potes. J'ai créé un collectif d'artistes à Nantes (1Name4aCrew), et je suis pour rassembler les artistes pour mutualiser les compétences . C'est tellement dur de vivre de sa musique qu'il me semble important de s'entraider et de se connaître les uns les autres. Pour la soirée de sortie d'album de « Temple » à Pol'n à Nantes en septembre dernier, nous avons invité entre autres le duo Warr guitar/tablas avec Laurent Hilairet et Florian Chaigne, et il y a eu aussi un solo sax/machines improvisé de Cédric Thimon. Tous ces projets étaient très différents et il me semble que les gens ont passé une bonne soirée. Je pense qu'on peux faire des plateaux supers différents en trouvant la cohérence ailleurs que dans l'étiquette Rock.

Je vous ai déjà vu plusieurs fois en concert et c'est une expérience qui m'a marqué. Comment décririez vous un concert d'Aeris pour les gens qui ne vous ont jamais vu?

C'est peu difficile d'en parler ! Je pense que notre idéal, c'est vraiment de faire quelque chose de généreux musicalement et scéniquement. 

Il est sans doute temps de dire un mot sur les illustrations de Clémence Bourdaud, puisque c'est également un des points particulier d'Aeris. A t-elle carte blanche sur la création des livrets ou pendant les concerts? Vous parliez il y a maintenant quelques années de réaliser une bande-dessinée / album? Est-ce toujours d'actualité?

Je dirais que bien qu'elle ait toujours eu carte blanche, nous avons voulu tout de même évoluer vers quelque chose de plus sombre pour cette nouvelle monture d'Aeris. Mais je crois que ce que j'adore chez Clé c'est qu'elle nous ramène toujours une idée différente de ce dont on a parlé! Pour la partie graphique en live, elle a développé de nouvelles techniques en travaillant sur un autre projet dans lequel je joue (1Band4aCrew). Mais avec Aeris, nous n'avons que trop peu l'occasion de jouer dans des lieux nous permettant de faire de la projection. Et oui, nous avions à l'époque un projet de bande-dessinée/album qui aurait été le deuxième album du groupe! Mais nous n'avions pas vraiment d'idée sur comment faire les choses, nous manquions de méthodologie et c'est aussi à ce moment que Sam est parti d'Aeris

Que peut-on souhaiter de bon pour Aeris en 2014? Quels sont vos futurs projets, qu'ils concernent le groupe de près ou de loin?

Conquérir le monde et jouer dans de bonnes conditions

Merci pour votre disponibilité! Je vous laisse bien entendu le dernier mot pour éventuellement préciser certaines choses.

Juste ne jamais oublier -et respecter- la somme de travail qu'il faut pour monter un projet. J'ai l'occasion d'encadrer des groupes lors d'actions pédagogiques, et je suis toujours super admiratif de l'énergie qu'il y a autour d'un projet de groupe. Il m'est arrivé de jouer dans des endroits où les musiciens sont traités -je ne citerai pas mais je pèse mes mots- comme des moins que rien. Remettre l'artiste/musicien au centre des choses ce serait pas mal.

Pentacle (Février 2014)

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