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Rody Walker (Protest The Hero) Le Divan du Monde, Paris (le 17 janvier 2014)

Alors que Rody allait égayer le concert du soir par quelques envolées comiques (Vous voulez peut-être savoir pourquoi j’ai du scotch orange sur le pouce ? En fait je me suis salement coupé le doigt dans les loges tout à l’heure en voulant faire un trou dans ma ceinture, ça pissait le sang. J’aurais été un vrai metalleux, je m’en serais étalé partout sur le visage en gueulant "beuargh", mais là j’étais seulement en train de chialer "putain ça fait trop mal !"), il avait quand même réussi à répondre plutôt sérieusement aux quelques questions que nous lui avions préparées, avant que la discussion ne finisse par dévier sur le Québec, et les chanteurs Québécois !

Vous êtes à l’affiche du Hellfest cette année, sur la Mainstage 2…

Euh, c’est la première fois que j’entends parler de ce nom ! (rires) C’est notre agent qui a dû nous obtenir cette date. Mais bon, je suis sûr que ça sera… cool. Désolé (rires).

Pas de problème, en fait il s’agit du plus gros festival metal en France, et un des plus gros d’Europe…

Ah ok, c’est du sérieux quoi. C’est bon pour nous ! (rires)

Pourquoi avoir choisi de travailler sans maison de disque et sans label pour votre nouvel album ?

C’est une longue histoire, mais pour faire court, à chaque album, tu reçois des maisons de disque une avance, de l’argent qui sert pour l’enregistrement et la distribution de l’album, entre autres, et c’est de l’argent qu’il faut rembourser ! À la fin de la production de chaque album, on se retrouvait sans un sou, et on recommençait le cycle « avance-remboursement-plus un rond ». Là, nous étions libres de tout contrat, et du coup nous nous sommes dit qu’il serait peut-être bien d’essayer de faire autrement, de trouver un système plus viable.

Vous avez eu plus de liberté du coup pour bosser sur Volition ?

Complètement ! Même si nous avons toujours été assez libres par le passé, par exemple pour le clip de Heretics And Killers avec les singes volants. Mais là il n’y avait personne à qui demander son approbation, personne pour nous dire "c’est une idée à la con", sur Volition nous avons pu réaliser toutes nos idées à la con !

Vous pensiez avoir un succès aussi énorme et fulgurant avec votre campagne de crowdfunding ?

C’était fou oui, on a encore du mal à y croire quand on y repense… même s’il ne nous reste déjà plus une thune !

Tu pousses plus ta voix sur cet album, il y a plus de variations et pas mal de passages calmes. Comment as-tu travaillé tes parties vocales ?

Je n’ai pas vraiment de méthode. À la différence des autres je n’ai pas de formation musicale à proprement parler. Donc je me suis simplement assis, en écoutant la musique et en m’appropriant tous ces trucs compliqués qu’ils ont fait, pour tout convertir en mesures de type 4/4 (rires).

Donc la musique est d’abord composée, puis ensuite tu poses ton chant dessus ?

En fait j’écris des brouillons de paroles avant même d’entendre les musiques, puis je les complète et les arrange ensuite en même temps que les autres fignolent les mélodies et les rythmiques. Je teste donc les paroles sur les différentes musiques composées, et j’essaie de trouver la meilleure association possible entre les deux, celles qui collent le mieux ensemble.


on le voit un peu, le bout de scotch orange sur son index droit.

Les paroles de Tilting Against Windmill sont fortes, et me rappellent forcément ce qui se passe en France depuis l’année dernière, toutes les manifs rances qui ont accompagnées le "débat" autour du mariage pour tous puis l’adoption de la loi l'autorisant… Et ces manifestations perdurent. Quelle est la situation sur le sujet au Canada ?

On est très libéral au Canada, le mariage entre partenaires du même sexe est légal quasiment partout. Mais c’est surtout le pendant religieux des persécutions contre les homosexuels qui me gêne. L’homophobie est pour moi quelque chose de tellement arriéré, et pathétique (rires). C’est la haine de l’amour en quelque sorte. C’est fou de voir toutes ces manifestations de haine, et c’est ce qui m’a poussé à écrire cette chanson.

J’ai beaucoup aimé les paroles de Underbite, dans laquelle tu railles les groupes qui en font des caisses pendant les concerts en disant, chaque soir, "vous êtes le meilleur public qu’on ait jamais vu". J’imagine que ce n’est pas innocent si c’est avec cette chanson que vous débutez vos concerts sur cette tournée ?

Oui, je pense que c’est une bonne introduction pour le public, et c’est aussi de l’autodérision. Il y a tellement de groupes qui font exactement le même show chaque soir, je trouve que c’est une insulte à l’égard du public et un manque d’honnêteté !

Il y a des riffs sur Volition, comme sur A Life Embossed par exemple, qui me font penser à des plans de musique classique, du coup je me demande quel est votre background musical ?

Rien de spécial en fait. Les deux guitaristes sont les vrais metalleux du groupe, ils nous ont fait découvrir des trucs barrés comme Spiral Architect ou Behold… The Arctopus. Après on a des influences plus mélodiques, du genre NoFx ou Propagandhi . Ou Between The Buried And Me également (NB : je portais un t-shirt de ce groupe)

Comment Luke et Tim gèrent la composition des parties de guitares et se les partagent ?


Luke fait la grosse partie du boulot, il est tout le temps en train de composer, de trouver des riffs… Tim arrive ensuite et écrit ses propres parties par-dessus.

Pourquoi ne pas avoir fait d’autre concept album depuis Fortress ?

En fait après Fortress, Arif (Mirabdolbaghi, bassiste du groupe) a abandonné l’écriture des paroles. Et pour être honnête, je ne suis pas aussi intelligent que lui (rires). Je ne suis pas aussi créatif, je n’ai pas son don, et franchement si je m’étais tenté à continuer ce qu’il avait fait sur nos deux premiers albums, ça aurait plus ressemblé à une farce qu’à autre chose (rires).

Jadea Kelly semble maintenant occuper une place importante dans votre musique, comment a débuté cette collaboration ?

En fait c’est un de mes potes de fac qui m’avait passé un enregistrement de Jadea. Et quand j’ai entendu sa voix, je me suis dit qu’il fallait que je bosse avec cette fille… pas seulement parce que j’étais étudiant à l’époque, hein (NDLR : il me fait l’imitation d’un geek). On s’est vu pour la première fois dans un Dairy Queen (NDLR : chaîne de fast-food) et je lui ai payé une glace (rires). Maintenant elle apparaît sur nos albums Kezia, Scurrilous et le dernier Volition, et je n’envisage plus maintenant de faire un album sans elle !

Comment faites-vous en concert quand elle n’est pas là pour assurer ses lignes de chant ?

On utilise des samples, forcément. Ça craint, mais ça serait encore pire si c’était un de nous qui devait le faire (rires). Nous l’avons déjà fait par le passé, et c’était vraiment très, très mauvais ! Donc utiliser des samples est la moins mauvaise des solutions, vu que nous ne pouvons pas l’emmener partout avec nous.

Depuis quelques mois Mike Ieardi est votre nouveau batteur, de façon officielle. Tout se passe bien ?

Trop bien ! Il est comme un rayon de soleil dans nos vies, c’est un vrai bisounours ! C’est marrant parce que, bien qu’on ne soit pas du genre négatif ou pessimiste, lui est tellement plus positif que nous tous réunis, qu’il nous rend meilleurs ! Maintenant j’ai envie de voyager partout où je ne suis pas encore allé, il me fait me remuer quoi ! Et musicalement il assure. Il est encore en rodage bien évidemment, mais il se débrouille déjà super bien.

J’imagine qu’il a apporté sa touche personnelle concernant les parties de batterie ?

Totalement ! Et il n’est pas dans une situation facile en plus. Il y a des fans qui voulait entendre du Chris Adler (Lamb Of God, batteur du groupe en 2013 et sur Volition), d’autres qui voulaient entendre du Moe Carlson… Il s’est jeté là-dedans et il a réussi à faire un mix entre son propre style et le style de ses deux prédécesseurs.


Un spectateur s'est vu offrir une bière par le groupe, tout ça grâce à sa moustache... Priceless !

Le prog, c’est plutôt quelque chose de sérieux, mais à la vue de vos clips notamment, vous avez l’air d’avoir un sacré sens de l’humour. Vous ne vous sentez pas en décalage avec d’autres groupes qui prennent leur musique très (trop) au sérieux ?

Franchement, je déteste quand les choses sont trop sérieuses. Je pense qu’il faut prendre au sérieux toute la merde que tu peux faire, sans pour autant se prendre soi-même au sérieux. Et c’est la même chose pour la musique : ça devient rapidement ennuyeux pour moi, quand bien même la musique serait intéressante d’un point de vue technique ou mélodique, s’il n’y a pas un minimum d’implication. Il n’y a pas besoin d’être tout le temps marrant ou complètement déjanté, il suffit de laisser ta personnalité transparaître dans tes chansons, dans tes clips.

C’est la vie est votre chanson que je préfère. Connais-tu d’autres mots en français ?


Oui, oui [en français dans le texte]. C’était marrant de donner comme titre C’est la vie à une chanson qui traite du suicide. Sinon, on utilise beaucoup de mots français au Canada, comme il y a une province entièrement francophone. On dit même québécois à la place de français chez nous quand on parle de la langue.

On connaît le Québec en France, et d’ailleurs on se tape tous les pires chanteurs Québécois qui viennent faire carrière en France !

Sans déconner ?

Oui ! Une des premières fut Céline Dion

Ah, Céline ! Et c’est la pire.

Donc maintenant on a droit à des chanteurs Québécois à la télé, à la radio…

Bondieu, mais c’est du lourd le Québec chez vous.

On a même des Québécois dans les jurys de télé-crochets.

Incroyable ! (rires) C’est marrant parce qu’il y a tant de différence de langage. Le québécois est basé sur le vieux français, avec tout un tas de références catholiques, dont le fameux « tabernacle ». Je n’aurais jamais cru que le Québec était aussi connu à l’étranger. On avait fait une tournée avec Despised Icon, qui sont Québécois, et le chanteur n’arrêtait pas de dire pendant les concerts "ça va ?". J’ai fait 5 ou 6 ans de français, et je ne savais même pas ce que ça voulait dire (rires). Mon français n’est pas terrible et pas très fonctionnel, mais j’y arrive "un petit peu" [en français dans le texte], par moment.

Grum (Février 2014)

Merci à Rody pour sa fraicheur et sa disponibilité,
Merci à Elodie et HIM Media pour avoir organisé cette rencontre,
Merci au Divan du Monde pour l’accueil.

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