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Mikael Stanne (Dark Tranquillity) Le Trabendo, Paris, le 13/11/2013

Chef de file de la scène death-mélodique, Dark Tranquillity a franchi le cap du dixième album avec Construct. "Album de la maturité" ? On se saurait pas, mais on en apprendra un peu plus sur les conditions de son enregistrement avec Mikael Stanne (chant), qui nous racontera également quelle ambiance régnait à Göteborg à la fin des années 80, début des années 90.

Ce soir c’est la fin de la première semaine de votre tournée européenne, comment ça s’est passé jusque-là ?

Plutôt bien ! Déjà plusieurs concerts très intenses, avec un public incroyable à chaque fois, donc pour le moment ça se passe parfaitement bien !

J’ai entendu que vous aviez eu un problème avec le tour bus aujourd’hui, des phares défectueux…

Tu me l’apprends ! Je devais dormir (rires)

Mais ça a été réparé apparemment ! Vous n’aurez pas de problèmes pour aller à Lyon. Plus sérieusement est-ce qu’il vous a été facile de choisir quelles chansons de Construct vous alliez jouer en live ?

C’est toujours difficile de choisir des chansons pour établir une setlist, il faut que ça soit dynamique, il faut mélanger anciennes et nouvelles chansons… Et on essaye d'innover chaque soir : on change l’ordre des titres, on en change quelques uns d’un jour sur l’autre, et c’est intéressant aussi pour nous de ne pas tomber dans la routine. Pour le moment ça a l’air de marcher, on joue aussi des titres qu’on n’avait jamais joués en live, ou pas joués depuis très longtemps, et les nouvelles chansons s’intègrent bien à tout ça.

Justement, ça allait être ma prochaine question : les chansons issues de Construct sont un peu plus lentes que vos précédentes compositions, est-ce que ça se ressent au niveau du public ?

Difficile à dire, de ce qu’on voit depuis la scène, ça n’a pas l’air de gêner grand monde ! De toute façon, il y a toujours les chansons plus "rentre dedans" de nos précédents disques, on a réussi un bon équilibre je pense.

Chant clair, guitares son clair, arpèges… On dirait que sur Construct vous avez essayé toutes les choses que vous aviez pu tenter au fur et à mesure sur vos précédents albums ?

C’est totalement ça ! On ne voulait pas faire un nouvel album qui prenne seulement la suite des choses là où on les avait laissées avec le précédent. Au contraire, on voulait que ça soit un premier pas dans une autre direction, et donc ça signifiait d’essayer de nouvelles approches, ou d’aller plus loin dans ce qu’on avait pu faire par le passé. C’est peut-être dû aussi au fait qu’on a composé l’album alors qu’on était en studio, et donc on pouvait enregistrer toutes les idées qu’on avait dès qu’elles sortaient ! Et ça nous permettait d’être plus objectif sur ce qu'on faisait, on prenait le temps de réécouter ce qu’on enregistrait, et on se disait « il faudrait un peu plus de ça ici, un peu plus de ça là, essayons ça à la place de ça ». On a pris le risque de fonctionner de cette façon et ça a payé !

Il y a des nappes de synthé tout au long de Construct qui font penser à un vent glacial. Est-ce que c’était fait exprès pour faire ressentir aux auditeurs ce que pouvait-être le climat en Suède ?

Non, c’est pas le but (Rires) ! Mais tu as raison pour cette impression, et ça doit très certainement venir du fait que nous avons enregistré l’album en plein milieu de l’hiver, dans un studio dépourvu de la moindre fenêtre ! Et on est resté là, pendant des mois, sans voir le soleil… Martin (NB : Brändström, claviériste) travaillait douze, voire quatorze heures par jour, à essayer des sons et différents réglages. A la fin de la session, il était sur les rotules, ça a été très éprouvant pour lui mais également très créatif. Ça doit venir de là, mais pour moi, ça me semble normal.

Donc, c’est à cause de l’austérité du studio où vous avez travaillé qu’il se dégage une telle impression de froideur de Construct ?

Oui, sans aucun doute. Il y a eu beaucoup de frustrations qui sont ressorties également, car après avoir fait Into The Void, nous n’avions aucune idée de la direction à prendre. Et nous n’avons pas arrêté de reporter la phase de composition du nouvel album, pendant très longtemps, nous ne trouvions pas l’inspiration, et nous ne savions pas à quoi pourrait ressembler nos prochaines chansons. Nous avons perdu ça de vu, et du coup nous avons refait des concerts, des tournées supplémentaires, pour ne pas avoir à penser à l’écriture du prochain album. Mais au bout d’un moment, on s’est dit “merde, il est peut-être temps de s’y mettre”. Et on s’y est mis, et les bonnes choses ont commence à sortir. Il y a donc beaucoup de frustrations et de colère contre nous même qui ressort de Construct, du fait de pas avoir produit quelque chose de nouveau plus tôt, de pas avoir été inspiré, de pas avoir été assez original pendant ce laps de temps. Puis bizarrement, une fois qu’on s’est attelé sérieusement à l’écriture de l’album, tout est venu très facilement ! J’ai donc dû suivre pour les paroles, les textes me sont venus très vite, et sont donc très sincères.  

Le travail de Jens Bogren avec le mixage fait que les claviers sont très presents, très en avant, sur Construct. Avez-vous dû travailler là-dessus pour avoir le même rendu en concert ?

Oui ! Martin a dû remixer quasiment toutes ses parties de l’album pour obtenir quelque chose qui s’adapte mieux à une performance live. Du coup certaines parties sonnent vraiment différemment, d’autres ressembleront à ce qu’il y a sur l’album. Je sais qu’il a eu du mal à arriver au bon équilibre. Imagine que tu envoies tous tes fichiers à la personne en charge du mixage et qu’il te sort un truc totalement différent de ce à quoi tu t’attendais, c’est ce qui lui est arrivé ! Donc c’est pas facile de recréer ça sur scène, mais il s’en sort vraiment bien.

Comment ça s’est passé pour Martin (Henriksson) de devoir se remettre à la basse pour l’enregistrement de Construct ?

Je pense que ça lui a fait plaisir, car il était un peu frustré de ne pas avoir de nouvelles idées pour l’album (NB : il était le principal compositeur sur les précédents albums du groupe) donc il s’est vraiment focalisé sur l’enregistrement de la basse. Il a un jeu très particulier : au tout début, quand on avait commencé le groupe, on jouait tout les deux de la guitare, je suis un très mauvais guitariste, et il a très rapidement appris à jouer de la basse pour devenir le bassiste du groupe. Du coup il joue de la basse comme un guitariste, et je pense qu’il avait toujours voulu être guitariste.

Il a dû se racheter du matos pour l’occasion, où est-ce qu’il avait conservé ses basses et amplis ?

Il avait gardé quelques trucs, et ce qu’il lui manquait, il l’a emprunté à Peter, le bassiste d’In Flames.

Tout ça ne lui a pas donné envie de redevenir bassiste dans le groupe ?

Non, non, la guitare, c’est trop important pour lui !

C’est pourtant plus dur de recruter un bassiste qu’un guitariste.

Je ne sais pas (rires). Pour le moment, on voulait juste se retrouver entre nous cinq, en tournée. Je pense pas que ça sera difficile de trouver un bassiste, mais ça sera dur de trouver LE bassiste.

Vous avez pensé à faire les chaises musicales, toi qui reprendrait la guitare, Martin la basse…

Bien sûr, on a plaisanté sur le sujet. Ça pourrait être marrant, mais je suis vraiment un trop mauvais guitariste !

J’ai lu sur internet des messages de personnes qui disaient que c’était qu’une question d’argent pour laquelle vous n’aviez pas encore de nouveau bassiste dans le groupe, ça doit vous énerver ?

Surtout que ce n’est pas le cas ! Et puis un musicien en plus, ça ne reviendrait pas beaucoup plus cher (rires). Mais je ne prête pas beaucoup d’attention à ce type de message, les gens pensent ce qu’ils veulent.

Après vingt ans de carrière avec Dark Tranquillity, est-ce qu’il y a quelque chose que tu ferais différemment si tu pouvais revenir en arrière ?

Comme ça, je dirais non, car tout ce qu’on a fait, tout ce qu’on a traversé, m’ont appris un tas de choses. Après sur des détails, oui. Par exemple, au tout début, si nous avions eu un vrai manager pour s’occuper de nous, si nous avions pu signer chez Century Media plus tôt… Mais cette carrière m’a permis de rencontrer et travailler avec des gens exceptionnels, et je me dis qu’il n’y avait surement pas moyen de les rencontrer avant. Tout est une question de timing, la bonne rencontre au bon moment. Tout se fait progressivement : tu te construis une « famille » autour de toi, avec le label, le management, les roadies. Et puis tu te rends compte qu’il est important de s’occuper soi-même de certaines choses, comme le côté business du groupe. C’est sûr qu’on a dû faire des erreurs dans notre carrière, mais je ne regrette rien ! Bon ok, il y a certaines chansons, sur certains albums, quand je les réécoute, je fais un peu la grimace… mais ça passe (rires). Tu dois faire des erreurs, et faire des chansons pas terribles, pour apprendre et progresser.

Aurais-tu une explication sur l’émergence de la scène metal de Göteborg dans les années 90, pourquoi cet endroit, pourquoi ce moment là ?

Vaste question ! (rires) Je considère Göteborg comme une ville incroyable, très bien implantée. Et il s’est trouvé que la musique était la chose la plus importante dans la vie d'une poignée de gars qui vivaient là. On a grandi ensemble, on ne parlait que de musique, il y en a qui ont monté un groupe, alors les autres ont suivi et on monté un autre groupe… A l’époque, ça paraissait naturel, évident : la musique c’était ce que tout mes potes faisaient, et tout ce à quoi je pensais ! On parlait de demo-tapes, de vinyles, de concerts, d’instruments, de matos… Tous mes potes de Göteborg étaient musiciens, il n’y avait pas de rivalité entre nous, mais au contraire une saine émulation, on s’encourageait mutuellement, on écoutait ce que les autres faisaient et on s’en nourrissait en quelque sorte, quand At The Gates a sorti son premier album notamment, puis j’ai également fait parti d’In Flames au tout début. Quand il y en a un qui sortait une démo ou un EP, on l’écoutait en se disant « bordel, c’est mortel, faut qu’on fasse aussi bien ! ». Pas mieux, mais aussi bien (rires). On ne cherchait pas à être meilleur que les autres ! C’était une mentalité partagée par tous mes potes, et d'ailleurs, personne n’a pris la grosse tête depuis. C’était vraiment l’éclate à l’époque, et en même temps c’était intéressant, excitant et exigeant ! Quand on était ados, c’était toute notre vie, et pour moi vingt ans après, ça l’est toujours. Je pense que les autres groupes te diraient la même chose que moi sur cette période. Et même ceux qui avaient arrêté la musique pour faire autre chose, ils ont fini par y revenir ! J’ai des amis qui écrivent des livres sur la musique, d’autres qui animent des émissions télé ou radio sur la musique… La musique c’est quelque chose de tellement puissant, tu ne peux pas lui échapper ! Aucun de mes potes de cette époque n’a réellement quitté le milieu de la musique.

Qu’est ce que ça fait d’avoir influencé tant de groupes ?

Ah vraiment, j’en sais rien ! (rires) C’est très flatteur, de voir des groupes porter sur nous le même regard que nous portions à nos débuts sur nos groupes préférés, mais je pense que je ne m’y ferais jamais (rires), c’est très bizarre comme impression. Sinon ça fait également plaisir de savoir que nous avons pu faire quelque chose de bien, en restant fidèles à nos valeurs au sein du groupe, sans se soucier de ce qui était vendeur, de ce qui passait à la radio ou à la télé, de faire seulement ce qui nous plaisait, et d’avoir pour seule source d’influence les artistes que nous aimons depuis toujours. Prendre du plaisir et rester vrais, c’est ce qu’on fait depuis toutes ces années, j’en suis fier. Et avoir influencé des groupes, c’est la cerise sur le gâteau.

Tu dois être quelqu’un de curieux au niveau musical ?
 
Tout le temps : découvrir de nouveaux albums, de nouveaux artistes c’est ce que je préfère. J’ai la chance d’avoir beaucoup d’amis qui bossent dans les médias, magazines, télé, radios, donc c’est l’idéal pour avoir des bons tuyaux, et je vais à beaucoup de concerts et de festivals… à la recherche d’un groupe qui te fera dire "wow, ok c’est possible de faire ça !" Puis être en tournée, c’est l’idéal pour écouter un tas de disques et partager avec les potes.

Dernière question, imagine que je suis quelqu’un qui n’a pas encore écouté Construct, que me dirais-tu pour me donner envie de poser une oreille dessus ?

Et bien c’est, j’espère, un disque qui propose des choses qu’on ne trouve pas ailleurs, c’est un disque plein de passion, de tristesse, de colère, qui peut surprendre… et qui a été très bien enregistré et mixé (rires). Il contient tous les ingrédients pour les groupes dans notre genre, que ce soit le côté mélancholique ou mélodique.

Grum (Janvier 2014)

Merci à Mikael pour sa gentillesse et sa disponibilité
Merci à Valérie d'avoir organisé cette rencontre, et merci au Trabendo pour l'accueil.

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