Mike Portnoy (The Winery Dogs) La Maroquinerie, Paris, le 15 septembre 2013

En cette mi-septembre, The Winery Dogs faisait un premier passage remarqué à Paris, puisque leur concert à la Maroquinerie était sold-out. Rendez-vous était pris avec Mike Portnoy afin de lui poser quelques questions, notamment sur les raisons de sa participation à un nouveau groupe, lui qui oeuvre déjà dans de nombreuses formations. Apparemment, c'est qu'il aime être très, très occupé ! Je le retrouve à une table du bar de la Maroquinerie et il me salue en me présentant son poing fermé pour faire un "check" ! L'ambiance est posée, la discussion est lancée...



Billy et Ritchie se connaissaient déjà pour avoir joué ensemble dans Mr Big, mais comment les as-tu rencontrés ?

Je connais Billy depuis presque 20 ans, je suis un grand fan de lui depuis toujours et j’allais souvent voir Talas en concert quand j’étais ado. J’ai commencé à travailler avec lui vers 1995 quand on a enregistré un tribute album à Rush, et il a joué avec moi dans mon tribute band aux Who. On se connait donc depuis longtemps. Par contre, j’ai rencontré Ritchie juste avant qu’on ne démarre The Winery Dogs ensemble, c’est mon ami Eddy Trunk (NDLR : présentateur tv et radio d'émissions metal aux USA) qui me l’a présenté.

C’est Ritchie qui a eu l’idée de monter The Winery Dogs ?

Nan, en fait c’est moi. Au début je bossais avec John Sykes (Tygers Of Pan Tang, Whitesnake, Thin Lizzy) sur un autre projet et j’ai demandé à John si Billy Sheehan pouvait se joindre à nous. Mais quand Billy est arrivé, le projet est passé au point mort et on n’arrivait pas à faire avancer les choses avec John. Billy et moi, on a commencé à s’impatienter, on avait vraiment envie de faire un truc ensemble, donc on s’est mis à chercher quelqu’un d’autre pour former un trio, et c’est là qu’Eddy Trunk nous a suggéré de contacter Ritchie Kotzen. Quand Ritchie nous a rejoint, on a commencé le groupe à partir de rien, et ça n’avait plus rien à voir avec ce que j’avais commencé à faire avec John Sykes.

Pour quelles raisons tu as eu envie de te lancer dans ce nouveau groupe,  tu n’étais pas déjà assez overbooké ?

J’avais envie de monter un power-trio, de faire du classic-rock, et j’avais envie de jouer avec Billy, mais pas seulement comme on l’avait fait par le passé avec nos tribute-bands, je voulais qu’on fasse quelque chose d’original, nos propres compos, et quand on nous a suggéré Ritchie Kotzen, c’était vraiment le choix parfait. C'est un guitariste au talent incroyable, un vrai génie et je pense que les gens ne s’en rendent pas compte à quel point il est doué. C’était une belle opportunité pour nous de monter ensemble ce nouveau groupe.

Vous n’aviez pas peur d’être comparé à Mr Big ou à d’autres groupes dont vous avez respectivement fait partie ?

Non, je pense qu’on est assez différent de Mr Big. Ritchie n’avait fait partie de ce groupe que pendant un court laps de temps, et surtout ce n’était pas lui mais Eric (Martin) le chanteur. Dans The Winery Dogs c’est Ritchie qui chante, on a une alchimie différente à cause de ça.

Comment avez-vous fonctionnés pour composer et enregistrer l’album ?

On a tout fait chez Ritchie, dans son home-studio. On a tout écrit simplement en jammant ensemble, en prenant les idées de chacun, tout est venu rapidement, facilement. Et une fois qu’on a eu assez de bonnes idées de chansons, on s’est lancés dans l’enregistrement, « et voila » (en français dans le texte).

On sent un côté « live » très prononcé dans l’album.

Carrément ! C’était le but qu’on s’était fixé. Quand tu écoutes n’importe quelle chanson de rock des années 60 ou 70, ça sonne vraiment comme un groupe qui joue live, et c’est ce qu’on voulait pour notre disque.

En live justement, vous vous permettez d’improviser sur certaines de vos parties par rapport à ce qui est sur l’album ?

Bien sûr, surtout Billy et moi. Je pense qu’avec Billy on est le type de musiciens qui ne jouent jamais deux fois la même chose. Lui et moi, on est continuellement en train de jammer pendant les concerts. Et Ritchie, quand il n’a pas à chanter, ne se prive pas non plus. On est vraiment un groupe dans un esprit old-school mais avec une pointe new-school.

L’album dégage une atmosphère cool, décontractée, j’imagine que les sessions d’enregistrements ont dû l’être également ?

Oui, comme je te l’ai déjà dit, tout s’est fait rapidement et simplement, il n’y a pas eu d’emmerdes ni d'emmerdeurs pour nous les casser. Puis une fois que ça a été fini, on est partie en tournée. Partout où on passe, les concerts sont sold-out. Les retours sont bons, c’est impressionnant.

Il y a beaucoup de power-ballads sur l’album (I’m no Angel, You Saved Me, Damaged, The Dying, Regret, Criminal). Est-ce que c’était pour avoir un max de filles qui viennent à vos concerts ?

(Rires) On ne l’a pas fait exprès, mais c’est un bonus plutôt agréable. Billy a passé 25 ans dans un groupe sans qu’une fille ne se pointe à un concert !

Donc ça marche avec The Winery Dogs ?


On dirait, oui (rires). Mais de toute façon, à partir du moment où tu as un beau mec comme Ritchie à la tête d’un groupe, c’est obligé de se retrouver avec plein de filles aux concerts.

Vous faites une reprise d’Elvin Bishop (la chanson Fooled Around And Fell In Love) en rappel pendant vos concerts, il y a une raison particulière à ce choix ?

C’est Ritchie qui l’a suggéré, et ce titre convient parfaitement à sa voix et dégage une ambiance vraiment cool. Tout ce qu’on fait avec The Winery Dogs reste dans l’esprit et dans le style du groupe. On fait aussi des reprises de nos anciens groupes (Stand de Poison, Shine de Mr Big) mais seulement quand c’est approprié. Par exemple, on ne fera jamais une reprise de Dream Theater, ça n’aurait aucun sens ! Mais pour Fooled Around And Fell In Love, on trouvait qu’elle collait totalement à notre style.

Tu as écrit les paroles d’une des chansons de l’album, You Saved Me, et elles me semblent plutôt tristes, mélancoliques. Est-ce que tu racontes dedans quelque chose de personnel ?

Ce n’est pas triste en fait, cette chanson est un remerciement à l’attention de ma femme, qui m’a été d’un grand soutien pendant ces dernières années avec tous les changements qu'il y a eu dans ma vie. Après que j’ai quitté Dream Theater, il a été tellement facile aux gens de dire de la merde à propos de moi et de me descendre. A chaque fois que j’allais sur Internet, je ne lisais que des conneries. C’est dans ce genre de situation que tu te rends compte de qui sont tes véritables amis, ceux sur qui tu peux compter. Ma femme et mes enfants m’ont soutenu de façon inconditionnelle, ils se fichaient de savoir si je jouais dans un groupe populaire ou ce genre de truc. Donc j’ai eu envie d’écrire une chanson pour elle, pour la remercier d'avoir toujours été là pour moi.

Est-ce que tu prends plus de plaisir maintenant à jouer des rythmes plein de groove plutôt que des motifs mathématiques comme par le passé ?

J’aime les deux. Ce n’est pas comme si j’étais en train de tourner le dos au prog, je joue toujours dans Transatlantic (NDLR : groupe de rock progressif qu'il a formé avec Neal Morse) et j’ai d’autres projets qui sont toujours en rapport avec le côté prog/technique. Mais ce n’est qu’une partie de ce que je sais faire. J’ai toujours été un metalleux…

Et tu n’as pas envie de te sentir coincé à ne jouer que dans un seul style ?

Exactement ! Tout ce que je fais, d’Adrenaline Mob à Transatlantic en passant par Flying Colors et The Winery Dogs, ce sont différentes facettes de ma personnalité. Et je pense que je ne pourrais pas me contenter d’une seule, il me les faut toutes pour m’accomplir musicalement.

Tu fais tout pour être overbooké quoi ?


Oui (rires).

Avec The Winery Dogs tu joues sur une plus petite batterie que d’habitude, tes roadies doivent être contents ! Est-ce que ça change quelque chose pour toi ?

Ce n’est pas aussi différent que ce que les gens peuvent penser. Il y a même des personnes qui sont stupéfaites quand elles voient pour la première fois la batterie que j'utilise avec The Winery Dogs comme ils ont tellement l’habitude de me voir jouer sur une énorme batterie. Quand tu seras au concert ce soir, tu verras que c’est bien plus naturel qu’il paraît. Je pourrais jouer sur n’importe quel set de batterie, peu importe sa taille, peu importe si c’est un set de cent pièces ou de seulement cinq pièces. Je suis batteur, je fais avec et ça vient naturellement. Et là c’est un changement dans le bon sens pour moi, qui me permet de faire les choses différemment dans ma carrière, et ainsi de garder de la fraicheur et de l’intérêt dans ce que je fais.

Est-ce qu’avec Billy et Ritchie vous avez pensé au futur de The Winery Dogs ? Y-aura-t-il un deuxième album ou faudra t-il se contenter d’un one-shot ?

Oui, on a prévu d’essayer de développer The Winery Dogs en un groupe à plein temps, on espère y arriver. On fait ce qu’on a à faire et on verra si le public répond présent. Mais si on continue sur la même lancée, ça devrait le faire, vu le succès qu’on rencontre partout où on passe.

Qu’est -ce-qui t’attend après cette tournée européenne ?

On enchaîne sur une tournée américaine en octobre et novembre avec The Winery Dogs et on fera un break. Après j’ai des trucs prévu avec Transatlantic en février et mars, et toujours en février je jouerai au Progressive Nation At Sea où il y aura une trentaine de groupes de prog. Puis en avril, je remet le couvert avec The Winery Dogs et on partira en tournée partout où on voudra de nous.

On vous reverra en France alors ?

Oui ! Idéalement, j’adorerai qu’on joue au Hellfest l’été prochain. Je croise les doigts pour qu’on soit invités car j’ai vraiment envie de retourner jouer là-bas !


Merci à Mike Portnoy pour sa disponibilité,
Et merci à Olivier Garnier de Replica Promotion d'avoir organisé cette rencontre.

Grum (Octobre 2013)

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Commentaires

iam_trying_to_beliveLe Jeudi 17 octobre 2013 à 08H30

La classe!