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Cowards par mail, 2013


Adrien, principal compositeur et auteur des textes de Cowards, était déjà l'auteur des textes du dernier Sickbag, également chroniqué sur Metalorgie, groupe au sein duquel officiait également Julien, l'actuel chanteur de Cowards. 
Adrien nous avait confirmé à l'occasion d'une précédente interview la continuité qu'on pouvait retrouver entre l'univers et les thématiques développés entre les deux groupes.
 Le groupe s'apprête à sortir un nouveau méfait, sobrement intitulé Hoarder, l'occasion pour nous de cuisiner le parolier sur l'écriture des textes de ces nouveaux morceaux.

L'univers de Cowards semble volontairement éloigné de la fantasmatique habituelle qu'on associe aux groupes de Metal / Hardcore et assimilé, et cela se retrouve jusque dans le nom du groupe. Le propos semble plus proche du quotidien, plus terre à terre. Tu avais même parlé des textes comme de «contes de la haine ordinaire». Peux tu nous en dire davantage?

Disons surtout qu'on méprise tout le côté flamboyant qu'on retrouve souvent chez ces groupes. Ce truc héroïque qui va développer des fausses thèses sur la loi du plus fort, la fraternité entre les potes, les valeurs importantes de la famille de l'amitié et toutes ces conneries. C'est pareil pour tout le côté gore qui se voudrait malsain, les serial killers et tout ce côté extraordinaire, déguisé d'un concept débile de type voyage cosmique ou intervention divine maquillée en invasion extraterrestre... Si en plus on s'amuse à observer ces gens, le décalage entre ce qu'ils disent et ce qu'ils sont, ce qu'ils font, est vraiment très drôle. Tout ça on s'en branle et au fond, on est en plein dans tout les clichés du genre mais c'est probablement le seul truc qu'on peut admettre de revendiquer : la normalité la plus totale. Chez nous rien d'extraordinaire, on est pas plus violents que d'autres, pas plus méchants non plus, pas plus tordus, plus alcooliques ou plus junkies que qui que ce soit. Plus francs par contre, c'est évident. Alors forcément, s'agissant des textes, tout va être vu à travers le prisme de notre vie, au quotidien, la routine et tout ce qu'on peut y détester, des pétasses qui s'assument pas dans la rue, aux veaux hideux qui grouillent partout dans ma ville, en passant par ce type débile qui supporte pas que tu lui trouves rien d'intéressant, tout prête au mépris et c'est cette haine là qui nous intéresse, la haine du tiède, la haine du commun. La haine ordinaire, absolue.

Si votre propos apparaît cru et terre à terre, dépeignant les sentiments négatifs émanant du quotidien, il me semble réducteur de s'y arrêter pour définir les thématiques du groupe. Ainsi, la religion fait parfois sont apparition au sein de l'univers du groupe. On retrouve notamment sur un t-shirt une représentation de Saint Pierre tenant sa croix, et on peut aussi trouver au sein du morceau Old City, quelques références à un Dieu «inconnu» ou «sans nom». Peux-tu nous parler de cette autre facette de l'univers du groupe?

Déjà tu as l’œil puisque l'intégralité du texte de Old City n'est pas de nous mais du Reclus de Providence. Si tu connais ses textes, tu sais qu'il y'a chez ce type toute cette thématique des idoles anciennes et inconnues, menaçantes mais endormies, lointaines mais omniprésentes. On a décidé de reprendre ce texte là, en le réarrangeant, parce que s'en dégage exactement l'ambiance qui se dégage de la ville qu'on habite et de toutes les autres villes en fait, celle d'une cité moderne remplie à la ras la gueule d'ignorants aveugles et sales qui cherchent à se rassurer de leur propre normalité, qui frissonnent à la simple mention d'un homme ou d'une entité qui serait détentrice d'une idée de la vie qui leur est proprement inconnue et à qui on a promis qu'ils s'aimeraient tous, un jour. Concernant Saint Pierre et sa croix renversée, si la mémoire ne fait pas défaut, il ne s'estimait pas digne d'être crucifié comme Le Fils et c'est cette idée là qu'on a fait notre, il n'a jamais été question de religion à aucun moment. La seule utilisation des codes de la secte transposés à tous suffit à servir notre idée.

Au sein du morceau The Smell Of An Addict, il est question de temples de pierres sans nom. A quoi fais tu référence ici?

Replace le contexte de cette expression volée encore au Reclus de Providence (H. P. Lovecraft), writhing in hands that are not hands, the world's vague ghost inhabits the temples of nameless rocks in your unlighted chambers. Passons ce que l'auteur à voulu dire, nous concernant, c'est encore une référence à la tiédeur terrible de ce monde et de ceux qui le peuplent, cachés derrière des idoles de bois, attribuant des valeurs d'absolu ou un caractère divin au premier cafard venu, la première montée ou a la première réponse qui trouve écho auprès du plus grand nombre, satisfaisant leurs exigences abaissées au niveau de leur cul.

Que représente cette «vieille ville» plutôt cauchemardesque à laquelle vous faites justement référence au sein de ce morceau?

La notre, la tienne, toutes et toutes leurs provinces. A titre personnel, la chance a voulu que la bourgeoisie m'emmène un peu partout, parfois à longue durée, et, contrairement à ce que beaucoup voudraient faire croire, l'herbe n'est pas plus verte ailleurs.
Sur une période de temps donnée, suffisamment longue, tous et chacun du plus grand nombre se retrouvent en une seule et même identité, celle d'un insecte dans un costume trop grand pour lui, celui d'un homme.

Shooting Pills, Every Man Like Cocaine High, Smell Of An Addict pour Cowards (entre autres), Hell, I'll Be A Junkie, In My Veins pour Sickbag... La référence aux narcotiques semble être quelque chose de récurrent dans ton écriture, symbolisant l'idée d'autodestruction ou de toucher le fond. Peux-tu nous en dire davantage?

Alors, faux. Partiellement au moins. C'est vrai qu'à une époque l'utilisation régulières de drogues à caractère purement récréatif pouvait être la conséquence d'un désir d'autodestruction mais tout ça n'était que le résultat d'une fantaisie romantique, influencé par des lectures, un idéal chevaleresque où l'amant éconduit doit souffrir le martyr, quitte à se l'infliger lui même. Depuis, il y'a eu la découverte d'une valeur personnelle, irréductible et indestructible. Un amour profond en fait, de soi, de ceux qui comptent. Depuis, les narcotiques, comme tu dis, malgré une utilisation tout ce qu'il y'a de plus bon enfant n'ont plus aucune place de force dans aucune de nos dynamiques, personnelles, de groupe, ou vis à vis de la musique. Il est exclus que quelque produit miraculeux permette d'atteindre tel absolu, telle vérité, ou telle révélation qui ne saurait être atteinte l'esprit froid comme une pierre et les yeux écarquillés face à la lumière. Enfin, la problématique qui nous anime est plus proche de l'autodestruction des autres que la notre, moralement&mentalement plus que physiquement, par le mépris, par la critique, en étant attentif, à la moindre erreur, la moindre faille, le premier faux pas et par dessus tout, le mensonge, les masques et les costumes...

La question du rageux : au sein du morceau Arrogant, Unseen, certaines paroles m'ont particulièrement marqué : «Buttfuck the tolerant» et «I hate your tolerance». L'idée bien pensante de tolérance pour son prochain prêchée à toutes les sauces au quotidien t'insupportes t-elle à ce point?

Ca fait plaisir que tu poses la question. C'est une problématique singulièrement importante. Ca commence à faire un sacré bout de temps qu'existe cette haine particulière et vivace d'un certain nombre de traits élevés au rang de valeurs humaines absolues, la tolérance et la patience en tête. Quand on y réfléchit, en soi, littéralement, la tolérance et la patience sont déjà deux caractéristiques qui se défient en elles mêmes, qui posent leurs propres limites par définition. Patienter et tolérer c'est déjà accepter l'inacceptable et capituler sur le plus important des fronts, c'est encore niveler par le bas, en attendant les lents et en acceptant les laids. Il est hors de question de prendre sur soi pour se laisser baiser par les autres. Fais le toi-même.

Grand Failure, I'm Your Man. Le culte de la chute? De l'échec?

Un culte non, la constatation froide de son existence et l'aveu d'un état d'esprit qui le provoque, en croyant y être préparé.

T'essayes-tu à l'écriture en dehors du cadre de la rédaction des paroles de Cowards?

En fait rien n'est écrit pour ou dans le cadre du groupe. Tout s'y retrouve parce que c'est la tribune actuellement occupée mais rien ne dit que d'autres tribunes ne se libéreront pas bientôt, rien n'est inaccessible aux hommes simples.

Tes plus grands chocs en matière de littérature?

Là encore, j'ai peur de n'émouvoir personne par mes lectures. J'avoue pêcher ces derniers temps et avoir un peu levé le pied. Je vais faire simple, L'Enseignement De Bouddha de Walpola Rahula, une sorte de retour aux textes et paroles originales de l'Eveillé, où l'on s'aperçoit que notre conception actuelle de ce mouvement qu'on appelle le bouddhisme est totalement erronée et que l'individualité n'en est pas exclue, à chacun son propre refuge... Love Is A Dog From Hell de Bukowski, un gros recueil de poèmes dans le plus pur style de son auteur, parfois anecdotique, souvent drôle, toujours acide, bien plus intéressant que ses classiques. Et parce que mon stylo serait vide sans eux, les poèmes d'Edgar Allan Poe, oui, il en existe d'autres que le corbeau, stylistiquement c'est infini, plus digeste que ses nouvelles, et son élève, dont l'intégrale en ordre chronologique présente l'originalité de permettre la comparaison directe de nouvelle en nouvelle. Je recommande à ce sujet la thèse de Houellebecq à son propos qui est plutôt éclairante...

Tortue Rouge (Septembre 2013)

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