Coilguns Par Mail

- Hello Jona, ca va ? J'imagine qu'en pleine promo de Commuters et alors que The Ocean revient sur le devant de la scène, tu as peu de temps pour toi.

Hello Charles, oui ça va plutôt bien. On est en plein milieu de la tournée et jusqu'ici tout se passe bien. On est bien nourris et on a dormi sur des matelas tous les soirs, donc tout va bien.
Effectivement c'est une période assez intense et ce depuis juin 2012 en fait. C'est à ce moment là qu'on a enregistré les titres pour le split avec NVRVD et puis il y a eu la production de ce disque, la sortie du vinyle, la promo et lorsqu'il est sorti en septembre 2012 on a commencé à planifier l'enregistrement et la sortie de COMMUTERS. J'ai donc l'impression que ça ne s'est jamais arreté!
Pour l'instant The Ocean ne m'occupe pas de temps. Je suis resté assez à l'écart de ce nouvel album et par conséquent de tout ce qui lui est connecté.
Mais je ne me plains pas. Tout ça c'est énormément de travail mais j'ai choisi d'avoir un emploi à temps partiel pour pouvoir me consacrer à Coilguns car ça me plaît et ça m'évite également de trop penser. Je suis très anxieux et tous les câbles sont pas connectés dans mon cerveau. Plutôt que de passer mon temps à me poser des questions existentielles et péter une durite, j'essaie d'être productif. Ce que je fais donne un sens à ma vie, aussi ridicule que ça puisse paraître. Mais l'optique d'une petite semaine de sevrage à la montagne sans ordinateur ressemble à un rêve innaccessible pour le moment.

- On a fait une première interview en 2011, une seconde en 2012 et voici là 3ème. A croire qu'il n'y a pas une seule année ou Coilguns ne fait pas parler de lui. Comment vois-tu ces dernières années avec le recul ?

Honnêtement je me demande bien ce que je foutais avant de monter ce groupe tellement il occupe une place importante dans ma vie. Ce que je peux dire avec le recul c'est que malgré le fait que ce projet était destiné à n'être qu'un ep pour rigoler et boire des bières, on a finalement - sans réféchir - fais les choses suffisament bien et dans l'ordre pour arriver au moment où on sort un véritable album et où on a réussi à créer une sorte de suivi par les différents acteurs de la scène underground.
Avec le recul je pense aussi que c'était complètement débile de monter un nouveau groupe à un moment où on avait déjà un calendrier surchargé avec The Ocean. Sinon je ne regrette absolument pas, avoir acquis autant d'expérience "on" et "off"-stage durant les 4 dernières années m'ont vraiment permis de faire fonctionner Coilguns comme n'importe quel groupe qui tourne dés le départ et de manière naturelle.
L'avantage c'est qu'on est lié à personne et qu'on a bien vu qu'on pouvait fonctionné de manière quasi autonome. Bien sur, signer sur un label comme Pelagic Records, avoir un agent de booking, c'est relativement du luxe. Mais ce n'est qu'une petite partie de ce que ça représente de gérer un groupe au quotidien. Et être un label ou un agent de booking c'est un métier. Personnellement je hais le booking. Chaque tentative que j'ai faîte s'est soldé par un échec et je préfère laisser ça à des professionels.

Coilguns est devenu le centre de mon attention depuis maintenant presque 2 ans et je suis hyper content du chemin parcouru. On a pas eu peur: "pas de label? sortons nos disques nous-mêmes.", "Personne ne sait qu'on existe? on va tourner, péter des dents et faire en sorte que les gens se rappellent de nous."
Tous ces éléments mis les uns après les autres font qu'on est là où on est maintenant, et bien que ça soit très modeste, j'en reviens tout de même pas qu'on vende des disques et que des mecs paient des entrées pour venir voir nos concerts. Si on devait aller plus loin, je dirais que j'aimerais remplir tous les petits clubs dans lesquels on a joué jusqu'à maintenant. Genre remplir des caves humides tous les soirs avec une centaine de personnes ça serait le pied.

- 2012 a l'air d'avoir été une année très remplie pour vous 3. Est-ce que tu retiens un souvenir vraiment positif et un négatif qui illustrerait 2012 ?

L'enregistrement + mix/master + pressage de COMMUTERS est définitivement l'événement qui peut prétendre à combiner ces deux adjectifs.

Disons qu'hormis le travail et la logistique que tout le processus a demandé, on était je crois les trois dans des périodes un peu compliquées personellement. Autrement c'était un vrai plaisir. On a travaillé chez nous à La Chaux-de-Fonds, uniquement avec des mecs qu'on connait depuis longtemps et tout le monde était très impliqué dans ce disque, très flexible et prêt à s'investir à 200% afin de respecter les délais et de faire le maximum avec le peu de moyen qu'on leur offrait.
Tout cet enregistrement avait un goût d'aventure qui était autant détestable qu'agréable. Je me demandais sans cesse si ces titres n'étaient pas trop bizarres, si vraiment on avait trouvé notre truc ou si on était en train de verser dans l'incohérence totale...Même processus avec le mix. On est partis dans une direction relativement extrême et ça nous plaisait mais on se demandait si c'était bien la chose à faire. Après il y a eu l'éternel prise de tête pour le pressage...1000 documents à remplir, plein de problèmes de dernière minute, appeller des gens que tu as déjà pressé jusqu'à la dernière goutte pour leur demander d'encore te faire une faveur et évidemment le tout dans les 5 minutes qui suivent...Bref, c'était un peu le rush et je pense bien m'être oublié moi-même dans ces moments là. Cela dit, le résultat est là, tout s'est passé dans les temps et on est super content.

- Sur ce premier album, il y a pas mal d'invités sur différents instruments. Comment allez-vous réinterpréter ces titres en live ? Comment se sont passées ces collaborations ?

La raison principale expliquant les musiciens additionnels est technique: Sur les titres comme "Commuters Part 2" ou "Earthians", j'ai commencé à utiliser pas mal de loop de basse et de guitare, et ça fonctionne très bien. MAIS, ça veut aussi dire que quand je loop plusieurs lignes de guitare, tout sort du même baffle tu vois? Pas très pratique pour faire un mix, déjà qu'avec mon installation et le fait qu'on enregistre live il est très difficile d'obtenir une véritable stéréo, on voulait vraiment mettre toutes les chances de notre côté pour pouvoir travailler le mix.
Il était donc nécessaire d'avoir d'autres mecs pour jouer les lignes que j'assume normalement tout seul. On a invité des potes à nous d'autres groupes, avec qui on a d'excellentes relations et tout le monde y a trouvé son compte. C'était très enrichissant et super fun à faire.

Autrement l'enregistrement s'est fait sur 4 jours. Luc et moi enregistrons toujours en live ensemble et en une prise, c'est donc jamais très prise de tête. Mais je sais que certains des musiciens invités balisaient à mort de peur de faire une faute ou de faire un erreur dans la structure et qu'on doive recommencer 10 fois le titre...Et certes, sur les versions finales, il y a des fautes, des guitares pas accordés, des semi-mauvais départs mais l'énérgie est là, et c'est exactement ces versions là qu'on est allé chercher. Tout le monde avait bien bosser, même les invités de dernière minute avertis le jour d'avant (d'autres ayant dû annuler) connaissaient les titres. Je crois que c'était un challenge et quelque chose d'unique pour tous les gens qui ont participé. Le dernier jour de studio on a en fait tout déménager dans le club alternatif de La Chaux-de-Fonds, le Bikini Test et on a enregistré les morceaux "Blunderbuss Committee" et "Earthians" tous ensemble sur une scène avec des micros d'ambiances jusque dans les chiottes un étage plus bas. Ces titres sont d'ailleurs à peine mixés comparé au reste de l'album.

Pour le live Il n'y aura pas trop de soucis. Un titre comme "Commuters Part 2" a été écrit pour être joué uniquement à base de Loops de guitares et de basse, "Blunderbuss Committee" a été ré-écrit pour 2 guitares et une basse, donc live c'est Luc (batterie) qui tient la basse et Louis (voix) fait la deuxième guitare. Il chante et fait de la guitare sur Earthians aussi. Actuellement un pote de Boston est sur la tournée avec nous et il se trouve qu'il est bassiste, il fait donc de la basse. Pour le vernissage du 16 février au Bikini Test à La Chaux-de-fonds, tous les musiciens supplémentaires seront là et ça sera probablement l'unique fois.

- D'après la dernière interview, tu devais nous livrer un artwork d'un Ecureuil Pourri Zombifié. J'ai presque été déçu car on se retrouve face à quelque chose de plus mystérieux. Peux-tu décrire un peu ce que représente l'artwork ?

Pour comprendre l'artwork il faut d'abbord savoir se que cache le titre "COMMUTERS" qui veut dire "Pendulaires"

LOUIS : Nous sommes des pendulaires; des personnes actives itinérant constamment d'un point A à un autre appelé B. En tant que musiciens nous ne somme pas étrangers à ce mouvement: le point A devient alors le club que nous abandonnons le matin et le B celui que nous découvrons le soir. Oui, oui. Il sera probablement différent de celui de la veille, dans une autre ville ou un autre pays. C'est quand même un club, et franchement ils se ressemblent tous. En bon pendulaires, nous nous intégrons à une population nomade de singes déracinés et malgré les apparences, nous somme fiers de notre job.
Nous sous-estimons toutefois notre propre immobilité. Nous finissons tous par passer la majeure partie de notre temps dans le trafic, les autoroutes, face aux pompes à essence, dans les motels et backstages. C'est notre point C; ce n'est pas notre départ ni notre destination, mais l'ensemble des événements entre. C, c'est notre no man's land.
As-tu déjà eu l'impression que ton train ne se déplace pas, mais qu'au contraire c'est le paysage qui défile devant ses fenêtres ? Notre bus est notre maison et tu en es le visiteur. Les distances ne s'amoindrissent pas, puisqu'elles n'existent pas pour nous. Nous nous faisons des amis, ils viennent voir nos concerts (ils amènent même une bouteille ou deux). On joue, on picole et ils retournent à leur vie normale alors que pour nous rien n'a changé, nous sommes toujours sur la route.
Je me suis aventuré à faire quelques références aux architectures utopiques de la fin des sixties. Bien sûr parce que c'est à la mode mais aussi parce qu'elle cristallisent cette condition pendulaire; Plug-in Cities, No-Stop Cities, Monument continu. Tourner ressemble un peu à ça de nos jours; les clubs de rock'n'roll sont un continuum d'équipements standardisés. Peu importe où nous allons, puisque nous serons toujours sûr d'y trouver de quoi survivre. Nous sommes des nomades contemporains et notre vie n'est pas si éloignée des pronostics de ces architectes; notre tourbus est notre cellule individuelle, l'anglais pour e-mails notre esperanto et le world wide web notre monument.
L'artwork décrit bien cela; forme circulaires, concentricité, code couleur de carte de métro, marées océaniques, n'avons-nous pas découvert la terre ronde en regardant l'horizon marin ? Si vraiment elle est sphérique, alors allons donc voir ailleurs et nous serons plus proche d'ici.
J'ai écrit un texte nommé Minkowski Manhattan Distance et l'ai pris comme base pour cet album. J'y ai pompé pour chaque titre une phrase ou deux et avec un peu de paraphrase l'ai transformé en une chanson. Elles partagent toutes le même thème: la distance face au temps, aux espaces urbains, aux relations humaines, etc. Le blabla usuel. De toute façon, ce ne sont que des chansons, de la prose punk à brailler sur des riffs de satan, il n'y a pas beaucoup de place pour la réflexion. Ne panique pas trop si cela semble absurde, c'est sûrement prévu pour.

- Il y a du Botch qui vit sous Commuters. Un peu comme une membrane discrète mais bien présente. Peux-tu nous parler un peu de ce que peut représenter ce groupe pour toi ?

Un groupe que j'ai découvert très vite après avoir commencé à écouter de la musqieu extrême. A ce moment là je n'avais pas encore les codes pour comprendre et vraiment apprécier ce genre de son mais l'album "American Nervoso" m'avait interpellé et du coup c'est probablement dans les 20 premiers disques j'ai acheté. Botch a donc toujours été là mais jusqu'à quelques années en arrière je ne pense pas que j'en avais saisi le génie et l'influence que ça a eu pour moi. Je pense qu'on peut compter Botch comme un de ces groupes dont on s'inspire clairement mais tout comme Breach, plutôt de l'attitude, du son ou de la façon de jouer que de faire du rip-off de riffs.

- Pourrais-tu nous décrire un peu ce que représente Commuters pour toi ? Le titre qui est le plus symbolique ?

COMMUTERS est pour moi le premier véritable accomplissement de ma "carrière" de musicien. J'avais déjà réussi à faire signer mon premier groupe lorsque j'avais 17ans mais je ne jouais pas avec les bonnes personnes et je n'avais aucune idée concernant le management, la promotion ou le booking. Après avoir rejoins THE OCEAN avec qui j'ai pu créer un réseau et rencontrer différents acteurs de la scène, j'ai petit à petit appris à gérer un groupe qui tourne.
COMMUTERS est donc le résultat en mode Beta-test de cette expérience acquise mixé au fait que je n'avais pas "leadé" ou créé un projet de toute pièce depuis 5 ou 6 ans. En gros ça représente l'enfant que j'aurais réussi à mettre au monde en déposant ma semence dans l'anus fertile d'une femelle chimpanzé. Je ne savais pas trop ce que ça allait donner mais vu l'implication et le chemin qu'il a fallu parcourir pour sortir ce disque, je l'aime quand même.

Plusieurs titres ont une symbolique particulière mais puisqu'il faut en choisir un, je dirais COMMUTERS PART 1 et 2. Si c'est le dyptique qui ouvre l'album d'une manière complètement prétentieuse avec ses 12 minutes insupportables pour la deuxième partie, ce titre n'était pas du tout sensé être ce qu'il est devenu. C'est la où il est symbolique puisqu'il représente parfaitement ce qu'est Coiguns dans un local de répète et la façon dont on fonctionne.
Lorsque j'ai écris ce titre, je voulais un truc entre AT THE DRIVE-IN et DEFTONES. Je pensais avoir écrit le tube de Coilguns. Un peu comme le "Black Bubble Gum" ou "Gold Teeth on a Bum" de Dillinger...Il y avait donc ce riff hyper "Omar" que tu retrouves dans la partie 1 mais tout le reste c'était assez mélodique, vénère, mais très mélodique..
Et puis en le jouant Luc m'a fait remarquer à quel point les trois accords de transition avant le refrain étaient cool. On les a tournés en boucle un moment avant de se rendre compte que c'était vraiment limite du Black Metal. On a jammé autour de ce truc pendant 1 ou 2 heures et finalement on a plus ou moins gardés que ça. La magie de l'instant, voilà ce qui s'est passé. D'un titre sexy de 4 minutes, on est passé à un titre insupportable de répétitions de 12 minutes, en plage numéro 2 de l'album et qui est le titre éponyme. Voilà ce que c'est COILGUNS. Un nihilisme à toute épreuve.

- Peux tu expliquer un peu le "Commuters Part 2" ?

Oups, je crois que je viens de le faire juste en dessus. Ce titre est donc né d'une expérimentation totale basée sur la sensibilité de Luc Hess en lien à mes compos. En ce qui concerne la voix, Louis avait plus ou moins fait une pré-prod en nous disant qu'il ferait un speech etc... Et puis quand il a fait ses voix, il a juste balancé ce texte d'une traite en une prise...et putain c'est parfait! il aurait pu terminé le truc 3 mesures trop tard ou trop tôt, mais non. C'est comme si les planètes s'étaient alignées pour que ce titre soit cohérent de tous les côtés. Je me rappelle que le soir où il a enregistré cette partie il m'envoyait des vidéos d'un ampli Orange 5 watts posé au sol dans lequel il réampait tout son speech pour lui donner un côté sale. Certainement un highlight du disque.

- Tu me parlais il y a peu de The Phantom Carriage, que tu as pu voir en live. Qu'est ce qui fait qu'une musique qui te parle ? Comment la ressens-tu ? Je ne sais pas si tu as pu écouter le dernier Cortez qui m'a vraiment filé une baffe.

En fait il y a eu malentendu. Tu m'as fait connaître ce groupe par le biais de cette même discussion:-) je ne les ai donc jamais vu en live.
La musique qui me parle est celle qui me touche (la bite). Pour ce qui est de la musique extrême -spécialement ce qui est Noise/Chaotique- c'est souvent sur scène que ça se passe. Je peux ensuite écouter les disques en me rappelant à quel point je m'étais pris une claque et l'ambiance qui régnait durant le set. C'est comme ça que j'ai découvert DEP et Converge. Les deux en 2002. Le premier à Zürich sur la tournée "Irony is a dead scene" et le deuxième à Genève sur la tournée "Jane Doe".

Pour le reste je me laisse vraiment allé à tout et j'en ai rien à foutre que tel ou tel artiste soit "bannis" des oreilles de la communauté dont je suis supposé faire partie. Un jour j'ai écouté BjörkBat For Lashes  Death Cab For CutieAirVeto et j'ai trouvé ça bien. 6 mois après son buzz internationale j'ai écouté le disque de Lana Del Rey et j'ai trouvé ça superbe. 2 mois après cet événement que certains doivent considerer comme consternant, je décidais de refaire ma culture Black Metal et découvrais ou redécouvrais Marduk, Darkthrone et Dark Funeral...Dans la même session d'écoute je peux passer de "Orestes" de A perfect Circle à "Hail Murder" de Dark Funeral pour finir sur "National Anthem" de LDR...
Peut importe le son, si ça me procure des émotions (envie de buter des gens/enfants, faire l'amour, prendre de la drogue, conduire vite les yeux fermés...) je prends. Peu importe ce que les gens en pensent. C'est ma sensibilité et mon ressenti. Ce qui me touche le plus c'est tout de même la musique relativement sombre avec une touche mélodique pour pas dire complètement gay avec des paroles qui font du sens en rapport à mon vécu personnel. Ca c'est le must. CONVERGE, 20 points d'avance sur tout le monde (la gayitude en moins) mais il y a ce côté melodramatique/tragique dont je raffole.

A propos de Cortez: J'ai eu la chance d'entendre ce disque bien avant qu'il soit en ligne et j'étais d'ailleurs avec Luc et putain qu'est-ce qu'on s'est pris une baffe. Je ne me le suis pas encore procuré donc pas eu l'occaz de faire de l'écoute intensive mais ce que j'ai entendu m'a déflagré le cerveau. Accessoirement, leur nouveau gratteux, Antoine, est un bon pote depuis quelques années. Enfin, on se voit 2 fois par année mais c'est quelqu'un que j'estime énormément et qui est un vrai artiste dans tout ce qu'il fait. Je me réjouis de le revoir pour le féliciter de vive voix et lui propose de faire un "fuck bass player Tour" ensemble.
Dans tous les cas, si toi, lecteur profane tu ne connais pas Cortez, tu ferais bien d'y jeter une oreille. Il y a aussi les potes de Rorcal qui sortent un disque dans 2 jours (28 février), Villavege, et croyez moi, en therme de satanisme, le seigneur des ténèbres n'aura jamais été aussi proche de tout faire péter qu'avec ce disque. Ces mecs sont CINGLES. D'ailleurs c'est pas pour faire de l'info exclu mais Coilguns et Rorcal pourraient effectuer un rapprochement dans les prochains mois afin de passer un weekend à se saouler la gueule. Y aura-t-il des instruments impliqués? peut-être...

- Quelle est la partie de la musique que tu préfères ? Composer ? Faire du live ? Enregistrer ? Voyager ?

Composer est un moment ultra excitant. Tu sais pas où tu vas et tu passes par tous les états. Le désespoir quand pendant 2 semaines tu n'arrives pas à pondre un riff et que tu te demandes comment tu vas faire mieux que la dernière compo. L'euphorie et l'impression d'être un génie quand tu es dans l'inspiration satanique...Un assez bon moment en fait.
Etre sur scène c'est évidemment le highlight car non seulement tu joues les titres que tu as passés des semaines à répéter dans ton local mais tu as la possibilité de les ré-interpréter et de leur donner une dimension unique et différente chaque soir. Tu peux faire vivre ta musique de mille manières sur scène et ça rend des titres que tu n'as plus envie de jouer au local hyper intéressant à jouer sur scène. Et bien sur il y a l'interaction avec le public. Un show peut complètement tourner rien qu'avec l'atmosphère inhérente à la soirée. C'est donc toujours la surprise...
Enregistrer c'est chiant. Je me suis rendu compte avec le temps que c'est chiant. Surtout en mode j'enregistre tout seul devant mon ordinateur. Un peu moins en mode Coilguns mais ce qui rend le processus supportable c'est que:
1) ça dure jamais longtemps
2) on passe la journée à dire des conneries et on boit des coups.
Je crois que la dernière session de studio cool à laquelle j'ai participé c'était la semaine passé. Luc et Louis font partie de ce projet pop qui s'appelle THE FAWN. C'est un bon pote à nous, Nathan Baumann, qui est un musicien/compositeur ultra talentueux et qui a lancé les sessions WHO'S THE FAWN qui voit à chaque disque, ep, concert d'autres gens collaboré. Pour ces sessions, il a simplement monté une "équipe" de musiciens, nous a envoyé une pre-prod et on s'est retrouvé dans un studio un samedi matin. On a plus ou moins lancé du backline et pendant les 12 heures qui ont suivis, on a écouté la pré-prod, re-composé, ré-arrangé, répéter et finalement enregistrer un titre. Nathan ne jouait même pas, il faisait plutôt office de "guide". CA c'est le studio comme je l'aime. C'est créatif et c'est se mettre en difficulté.
Je vais pas me lancer dans un manifeste sur le voyage. Definitivement un des avantages de tourner. MAIS, si tu te cantonnes à faire Paris, Londres, Berlin et Milan, tu te fais chier. Les trucs vraiment intéressant en therme de voyage c'est tout ces endroits où aucun groupe ou très peu vont. L'Asie, La Russie, L'Afrique du Sud, L'Amérique du Sud...

- C'est toujours délicat de parler de son travail mais qu'est ce qui te frappe quand tu réécoutes tes premières sorties ?

Rien d'extrêmement mauvais. Quand je réécoute le premier album de SWITCHBACK (mon premier vrai groupe), je pense que dans mon songwrtining il y avait déjà ce côté technique mais pas trop + le côté je fais des riffs mais pas pour branler et qui servent à rien. Surtout c'était déjà relativement sombre. J'ai toujours eu une attirance pour la musique sombre et les ambiances un peu inquiétantes et je trouve qu'en partant de cet album et le EP d'après, on comprend d'où je viens et quel est mon propos.

- J'ai pensé à ça en écoutant Commuters mais ça me fait penser à du Bret Easton Ellis mis en musique. Tu connais l'auteur ?

Pas du tout, Je ne lis quasiment pas (malheureusment) et je ne regarde que très peu de films. Je suis relativement un inculte en fait.

- Est-ce que tu peux nous parler un peu du processus de composition de Commuters ?

Je pense l'avoir pas mal décrit dans d'autres réponses. Il a commencé à peine 6 semaines avant l'entrée en studio. Hypnograms / Machines Of Sleep était sensé être le titre qu'on aurait dû enregistrer en Australie pour le split avec NVRVD. Je l'ai écrit sur place à Perth, et le jour du studio on devait faire la mise en place Guitare / batterie mais on y est jamais arrivé...ce titre était donc relativement écrit.
"Blunderbuss Committe" a été composé en Australie aussi dans la même période...j'avais juste envie d'empiler des guitares et éventuellement de faire ça sur tout un disque et de m'associer à un auteur pour pouvoir accompagner un texte sombre avec de la musique de Satan et finalement ben voilà. Un titre comme "Earthians" a subi le même traitement que "Commuters Part 2".
En gros: 1) j'écris des riffs que j'enregistre.
2) Je les envois à Luc.
3) 1 semaine plus tard, une fois que les plans sont assimilés et qu'on a développé des idées, on se retrouve au local, on joue les trucs et après on triture.

Luc participe beaucoup aux différents arrangements des structures Il m'aide beaucoup à simplifer certaines de mes parties et parfois, sur la base de riffs ultra complexes, il extrait les 3 notes importantes et ré-arrange tout le riff. C'est vraiment un travail d'équipe.
Pour Commuters, on s'est retrouvé à plusieurs reprises les deux assis au salon avec des guitares à discuter les riffs. Faut quand même savoir que le riff numéro un du premier titre de Coilguns "Mastoid" est un riff de Luc. Ou que par exemple, le riff principal d'Hypnograms est un riff de Luc. Il a une idée, il l'a chante, je la joue et on se touche la nouille. voilà.
Ensuite on enregistre des pré-prod, 2 jours plus tard Louis nous envois un peu une ébauche et 1h avant d'enregistrer ses voix de manière définitive il écrit des textes.

- En pleine phase promo, avec pas mal d'interviews pour divers médias, on a du te demander tout et n'importe quoi. Quelle est la question la plus bizarre que l'on t'aie posé ?

Il se trouve que jusque là les gens se sont renseignés et se sont rendus compte qu'on avait des trucs à dire alors y'a pas vraiment eu de trucs stupides...dans les cool on m'a demandé comment était Satan hors du boulot.
Je pense à une question un peu nul où on me demandait quelle était une bonne manière de commencer une journée...MAIS QU'EST-CE QU'ON EN A A FOUTRE sérieusement? c'est une interview pour TéléZ ou quoi? Du coup je pense que répondre avec "un trait de coke sur le cul d'une pute" était tout-à-fait justifié...

- A force de vous côtoyer régulièrement avec tes 2 acolytes, vous arrivez toujours a aussi bien vous entendre ? Est-ce que cela en fait un point fort de Coilguns ?

Je sais pas si c'est une condition nécessaire pour tout le monde puisque comme tu le sais, bien des groupes - et spécialement les plus célèbres - se détestent entre eux.
Mais effectivement, chez Coilguns tout roule entre nous et forcément j'ai envie de croire que ça se ressent sur scène. Non seulement je passe ma vie sur les routes avec Luc mais en plus, à la maison on se voit presque tous les jours...c'est un peu chelou l'histoire. Je peux même pas te dire qu'il y a de petits accrochages car ce n'est pas le cas. Chacun accepte les défauts des autres et on vit avec. On est les trois assez conciliants et on a passé assez de temps sur la route pour savoir comment réagir quand ça va pas ou alors qu'on pète un plomb. Faire chier les gens parce que t'as un souci dans la vie et te comporter comme un trou du cul c'est pas une solution en tournée. Les copains sont là pour parler mais pas pour supporter tes sauts d'humeur.

On est tous dans le même bateau; on dort pas, on boit, on est fatigués...donc quand t'es pas d'humeur tu te tires et tu fais pas chier. On fonctionne comme ça de manière naturelle et c'est pourquoi on arrive toujours à se fendre la gueule.

- Si demain, pour pouvoir jouer vous devez sortir les slips de cuir et les cheveux longs en posant dans des postures suggestives pour vos photos promo, tu continues la musique ou tu te reconvertis dans autre chose ? On a en effet vu un groupe de Hard Rock passer dans une émission de télécrochet sur une chaine française et on peut se demander ou chacun peut aller pour se faire connaitre.

Je préfère passer ma vie à jouer dans des caves humides devant 30 personnes que de devoir faire la pute en slip avec mon projet. Ca ne veut pas dire que je suis contre ce que les gens considèrent comme du "commerciale".
J'adorerais avoir un groupe qui marche VRAIMENT mais ça devrait être parce que la musique touche les gens et pas un look ou une attitude ou une mode. Bref. Concernant les imbéciles qui ont participés à cette émission d'imbéciles, je ne vois pas pour quelles raisons tout le monde les blame...OUI c'est des putes, mais ils ont sciemment choisis d'être des putes et savaient à quoi ils s'exposaient. Du coup si ils assument, tout le mal que je leur souhaite c'est de pourrir un peu plus le paysage musical français qui est déjà bien ravagé, merci à M6 et TF1.

- Quand tu vois des groupes comme Napalm Death, Metallica ou Iron Maiden qui ont tous plusieurs décennies d'existence et continuent à sortir régulièrement des disques, tu vois cela comment ?

Ben même si je déteste Metallica et que pour moi, Iron Maiden sort le même disque depuis 20 ans, je trouve ça géniale! Je ne sais pas à quel point c'est encore possible de faire une telle carrière mais quand je vois le docu "flight 666" d'Iron Maiden, je trouve magique de voir ces papys faire du Heavy avec la banane jusqu'aux oreilles comme si ils avaient 20 ans. Même si artistiquement parlant ils n'ont plus grand chose à apporter, ils ont quand même bâti de sérieuses bases pour tous les groupes de la terre en popularisant de la musique "extrême". Qu'ils puissent encore sortir des disques et que les générations plus jeunes les suivent, je trouve ça plutôt cool. Pas indispensable, mais qui voudrait les blâmer pour continuer à vivre de la manière la plus rigolote qui soit?

- Tes 2 collègues sont en retrait par rapport à toi sur les échanges de com' du groupe. Tu les séquestres dans ta cave ou ils ont peur des médias ?

Depuis le début on a un peu décidé que j'aurais le rôle de porte-parole puisque c'était "mon" projet et aussi que typiquement, pour une interview comme celle-là, (par e-mail) il faudrait que je leur transfère l'interview et que chacun donne son avis pour au final arriver à un gros pâté de non-sens absolu.
Pour les questions concernant Coilguns en tant qu'entité, je crois qu'il me font confiance car on parle souvent de ce qu'est et représente ce groupe et où on veut aller, les réponses ne seraient donc pas tant différentes si Louis ou Luc y répondaient. Si certaines questions sont spécialement adressés à Luc ou Louis, je leur transfère évidemment. Si je pense qu'ils sont plus à même que moi d'y répondre je fais pareil.

Louis est relativement occupé avec ses études et les 10 autres projets avec lesquels il joue et pour Luc je pense que quand je lui transmet des trucs ça ne le dérange pas mais je suis pas sur qu'il kifferait de répondre à 25 interviews vois-tu? Moi c'est quelque chose que j'aime bien faire et vu que je m'occupe de toute la promo / comm et que je manage ce putain de groupe, je suis relativement au courant de tout ce qui se passe.



- Quel est ton pire souvenir de tournée ?


Avec Coilguns : Quand lors de notre première tournée, le deuxième jour Luc nous a mis dans une barrière d'autoroute. Je triais des photos sur mon laptop et suite à ça Louis a établis cette théorie comme quoi si l'accident avait été fatal, je serais mort avec comme seul image dans la tête la dernière photo que j'ai vu...C'était une photo d'un tapas à la morue. Ca m'a vraiment traumatisé.

Avec The Ocean: Je sais pas, le coup où on s'est fait braquer 6000 euros par des faux-flics, la fois où notre tourbus a pris feu sur l'autoroute aux US ou encore la police du nouveau mexique qui débarque dans une teuf et te fait te mettre à genou pendant 45 minutes en t'insultant... - Tu indiquais lors de nos derniers échanges que, parmi la liste d'albums que tu aurais aimé composé, se trouvait l'intégralité de Song for the Deaf des QOTSA. Qu'est ce qui te fait vibrer dans cet album ?

Ben je pourrais te faire une liste détaillée mais je vais simplement dire TOUT. C'est le putain d'Univers qui s'est aligné et qui a réunis le meilleur line-up du monde au moment le plus pertinent et bien évidemment qu'ils ont vendu leur âme au diable pour composer ce disque (ou pris trop d'héroïne...). Chaque titre est un tube, chaque titre est trop bien, c'est trop bien joué, c'est trop sexy...Je peux pas t'expliquer ça. C'est vraiment du ressenti profond.

- Le traditionnel mot de la fin ?

Ca c'est la seule question que j'aime jamais....A checker:
SUISSE : Rorcal, Cortez, Abraham, Zatokrev, KehlvinMontechargeMonoskiThe FawnShelving, Unfold et biens d'autres...
FRANCE : Aside From A Day, Sofy Major, General Lee...
ITALIE: Last Minute to JaffnaAtticOh Me 
Bref, découvrez des groupes et achetez leur putain de disque ou allez les voir en concert.

Euka (Mars 2013)

Première photo de Clément ZUCCHERO, le reste de eight8s et Brigou

Partager :
Kindle
A voir sur Metalorgie

Laisser un commentaire

Pour déposer un commentaire vous devez être connecté. Vous pouvez vous connecter ou créer un compte.

Commentaires

Pas de commentaire pour le moment