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Cortez Par Mail

En quelques mois, Cortez est revenu comme si rien ne s'était écoulé entre ses 2 albums. Trio toujours aussi acéré, le groupe répond à quelques unes de nos questions afin que l'on en découvre un peu plus sur Phœbus et son univers…



- Hello. Vous allez bien ? On avait échangé il y a quelques mois à la sortie du split avec Plebeian Grandstand, Que s'est il passé depuis la sortie de ce disque ?
Greg : Hello ! Oui tout va très bien. On a terminé et sorti notre deuxième disque « Phœbus ». On a aussi fait une vidéo promo pour le titre « Arrogants que nous sommes ». On a aussi recommencé les concerts, après 6 ans…et c’était simplement monstrueux, notamment à Montpellier. Mais on y était plus frais que la veille à Toulouse, ceci explique cela. Tout redémarre à fond pour nous, et d’une manière qu’on espérait pas si positive. C’est génial de voir qu’après tout ce temps, on n’est pas oldschool ou dépassés, mais qu’au contraire on nous affuble de « légende » ou « culte »…que dire sinon merci à ceux qui nous soutiennent et partagent notre musique et nos valeurs.

- J'ai eu 2 versions de votre nouvel album entre les mains. Une version CD et une version LP à quelques jours d'intervalle, avec un nombre de titres différents pour au final avoir la même tracklist. Est-ce que vous pouvez nous parler un peu de cette évolution ?

Greg : Alors au départ, on a présenté 52 min de musique aux labels, en pensant plus à une version CD qu’un vinyle, mais aussi parce que le vinyle n’est pas notre culture innée. Moi je suis carrément digital uniquement. J’ai rien contre le vinyle, mais en même temps ca n’est pas si important pour moi. J’ai surement tort d’ailleurs et j’en suis conscient.
Les labels étaient contents du disque. Throatruiner ne faisant que du vinyle, et bien il nous a proposé un simple LP, Basement Apes était motive pour les deux formats et Lost Pilgrims sont partis sur le CD uniquement.
Puis on s’est arraché les cheveux pour savoir comment faire pour la version vinyle, puisque 52 min c’est trop pour un simple LP…donc on avait prévu d’enlever 2-3 morceaux, mais ensuite ca ne tenait pas et au lieu de s’emberlificoter avec des explications fumeuses sur le pourquoi de ces 3 morceaux en moins, je me suis laissé convaincre d’investir avec Get A Life ! l’argent qui manquait pour faire un 2xLP.
On saura pour la prochaine fois qu’il faut s’arrêter de composer à 40 min !

- Que symbolise Phœbus ? Pourquoi ce nom ?

Sam : Phœbus peut avoir bon nombre de symboliques ou définitions. Lorsque j’ai soumis ce titre à mes compères, j’avais une idée précise de ce qui me parlait dans ce nom, mais je leur ai rien dit, je les ai laissé trouver eux-mêmes une interprétation personnelle, et apparemment ce fut le cas. Ainsi la définition de Phœbus peut différer selon qui en parle. Me concernant Phœbus était le nom d'un cartel industriel rassemblant dans les années vingt les plus grands fabricants d’ampoules électriques comme Osram ou Phillips. Ils se sont entendus sur les prix, sur tous les continents, et ont étés apparemment les premiers à instaurer la notion d’obsolescence programmée en limitant la durée de vie de leurs ampoules. Et l’obsolescence programmée est l’un des points de départ de la surconsommation et des sombres aspects qui en découlent. J’y songe que maintenant, mais notre chanteur a créé son propre shop de 2ème main, une façon pour lui de donner une seconde vie aux objets. Comme quoi... Bref, de ce fait, et par rapport aux autres définitions que chacun a pu trouver, la lumière était le point central donné à Dehn Sora, et il a su parfaitement retranscrire ceci et le mettre en valeur sur le packaging.

- Comment s'est passée l'écriture de Phœbus ?

Greg : Cortez était quasi mort quand on a décidé de réfléchir à un 2ème album. On ne savait plus si on avait quelque chose à dire ou non, et si on en avait vraiment envie. Donc on s’est vu avec Sam (le chanteur étant indisponible jusqu’à nouvel ordre), et on a décidé de se laisser du temps, et de travailler des idées sans pression. 20 semaines, et chaque mardi de 9h à 16h, on devait développer quelque chose qui ressemble à un morceau, ou des idées, n’importe.
Après ces 20 semaines on avait une 15aine de morceaux et on a laissé reposer un moment sans les écouter. Puis on a trié et on en a sorti 9, et on avait encore Idylle qui n’avait servi que pour une compilation et qu’on voyait bien avec le reste des morceaux. Puis rebelote, on s’est mis à travailler toutes ces idées à fond et on en a fait de vrais morceaux. On a tout enregistré et on a travaillé surtout en écoutant les montages qu’on faisait. On ne jouait même pas les morceaux entiers, mais seulement des parties. On a fait un travail d’assemblage et d’écoute jusqu’à satisfaction. C’était un peu un patchwork bizarre mais y voyais le sens. On ne savait pas si on allait finir en duo, ou avec un autre chanteur… mais on a décidé d’avancer, et tant mieux à celui qui allait arriver, il aurait du tout cuit, sans effort. Puis Sam annonce qu’il part en France, et donc on doit le remplacer. C’est là que m’est venue l’idée de prendre Antoine, parce que c’est un mec hyper discipliné, qui a fait des choix de vie clairs, et que s’il disait oui, je sentais que ça serait avec un engagement fort et volontaire.
Avec lui on a enregistré tous les morceaux en version pré-prod, pour faire le travail de studio avant le studio, pour rendre tout clair, et tout homogène à l’écoute, structuré. Sam nous a fait des prémix et on s’est dirigé vers l’album pour de vrai. Je suis allé chez Serge Morattel enregistrer les batteries. Puis au gré de réflexions sur les aspects financiers, de temps, d’énergie, de profondeur dans les choix, on s’est dit qu’on devrait acheter du matériel d’enregistrement, et faire la suite nous-mêmes.
D’abord les prises de son guitare, puis Sam a proposé de faire un test de mix, et comme c’était convaincant, on a décidé d’aller jusqu’au bout seuls. Il y avait un aspect financier, mais aussi on avait envie d’apprendre à le faire, de prendre le temps et que ce matériel plus les compétences seraient un gain inestimable pour la suite. Puis Jr est revenu dans le groupe au moment propice et il n’a plus qu’eu à faire les flow sur les morceaux. Ceux-ci posés, Sam, moi et Jr avons écrit les paroles.
Je me rappelle Serge me parler de Challenger de Knut, qui est bien sûr une pierre importante de notre imaginaire sonore, et j’avais aimé l’entendre parler de comment, avec le matos qu'il avait à disposition à cet époque là, il était parvenu à créer le son de ce disque, les dynamiques etc. Et on s’est dit « avec le matériel que l'on a nous, pourquoi on n’y arriverait pas ? ». Et c’est vrai que c’est génial d’avoir le temps d’aller dans chaque détail, chaque intention musicale, et de définir tout soi-même. On voulait faire « notre » disque. Il n’est pas dit qu’on aille plus jamais en studio, mais par contre on sait ce qu’on veut et où l’on va, et se découvrir, se connaître, c’est inestimable.
Un autre aspect intéressant est qu’on a beaucoup travaillé séparément pour ce disque, y compris pour les enregistrements, et donc c’était bien d’avoir toujours quelqu’un qui ait du recul, pour avoir une oreille fraiche et directe.

- Sam nous parlait la dernière fois de son éloignement, avec Antoine venu prendre la guitare au sein du groupe. Comment s'est passé cette intégration ? Qu'est ce qu'Antoine vous a apporté ?

Greg : Antoine est quelqu’un de discret et réservé, mais c’est pour mieux observer la situation. Il ne s’impose pas, mais il entre doucement dans le groupe, et voit, sans qu’on lui demande rien, où il peut amener son expérience et sa volonté. Il a insufflé au groupe énormément de bonne énergie, et même si pour moi c’était dur de voir Sam s’éloigner, de par notre complicité, l’arrivée d’Antoine ne fut pas difficile. Il a très bien compris que son rôle était de reprendre les parties guitare et de les jouer. Il a ajouté quelques pointes de son goût, mais aussi avec l’accord de Sam. Puis une fois qu’il a apprivoisé le système spécial que Sam avait créé pour Cortez avant même l’enregistrement d’Initial (avec les guitares qui font les basses en même temps), il a simplement revu le son à sa manière, clarifié et amélioré le tout. Entre temps il a construit lui-même ses propres guitares destinées à Cortez (il est luthier), acheté un bus, une remorque. Pour moi ça dépassait tout ce que j’attendais de lui, et je lui en suis infiniment reconnaissant. Il s’est intégré sans rien détruire, et c’est une performance d’humilité et de respect, je trouve, et qui me touche beaucoup.
On a aussi beaucoup parlé et c’est un aspect important dans la musique de Cortez. Comme on essaie de faire des choses différentes des clichés noise-hardcore, il faut bien que tout le monde sache de quoi il s’agit, et définir ensemble l’intention d’un passage particulier. Définir le concept pour mieux le jouer ensemble.

- Cortez semble toujours aussi noir, que ce soit l'univers comme les titres. Pouvez vous développer un peu ce que vous essayez de créer dans votre musique ?

Greg : Je ne sais pas, ça vient comme ça. Pourtant on est des gens vraiment très simples, il me semble. Conscients et normaux. On ne joue pas aux méchants, on a un peu une attitude indie, mais dans le métal. Sam et moi avons fait toutes les musiques, et on a un peu les mêmes goûts très éclectiques, qui vont du minimal techno, en passant par du breakcore, du folk, de l’indie, du hardcore, de la pop, du jazz, de tout quoi… bref tout ce qui nous parait bien sonner.

Sam : Ce que Greg évoque ici est une des clés je pense : du fait que l’on ait l’opportunité de jouer d’autres musiques ailleurs, on peut ainsi foncer corps et âme avec Cortez sans chercher à intégrer tel ou tel élément extérieur. Par contre notre façon de concevoir la musique, tout style confondus, a certainement et inconsciemment un impact évident sur Cortez.

Greg : Pour moi l’aspect « original » est très important. Il faut qu’on trouve un chemin qui soit le nôtre pour dire ce qu’il y a à dire. C’est plus la manière que la musique que je trouve importante, parce que la musique elle vient comme ça, tu ne la commandes pas. Ensuite le travail c’est de la modeler. Et c’est là que c’est intéressant. La manière est des fois plus importante que le propos lui-même. On peut voir un même riff évoluer de mille façons, tout est une question de perspective, et si tu trouves une façon originale d’imaginer un riff simple, alors tu le rends particulier. Au-delà de ça, c’est aussi l’avant et l’après qui définissent comment on perçoit le moment présent. Le chemin est aussi important que le point P d’un morceau. Ca me rappelle un truc de Charlie Parker ou il disait quelque chose du genre « Il n’y a pas de fausses notes, tout dépend ce qu’il y a avant et ce que tu feras après. »
Après le côté dark, c’est pas choisi. Peut-être que c’est une façon de l’expulser que de le faire. On ne voit pas la vie en noir, peut-être parce qu’on laisse ce côté-là s’exprimer dans la musique, le sortir de nous. J’assume d’être un gentil, et j’assume mon côté noir, je pense que c’est sain. Si un jour je devais ne plus avoir besoin de l’exprimer, ça ne me pose aucun problème. Je passerai à d’autres choses.

- Avec le recul, quel regard portes-tu sur Initial ?

Greg : Pour moi Initial c’est le résultat de jeunes chiens fous qui voulaient s’éclater en ne se posant aucune question, et cassant tout les modèles, en voulant aussi absorber leurs idoles dans leur musique, leur rendre hommage sans les copier. Initial est plein de fraîcheur, il a un côté brut que seul ton premier disque peut avoir, s’il est sincère. Il n’y a pas de calculs, parce que pas d’attentes. Il est franc, des fois un peu naïf, mais volontaire et spontané. Tout le processus de la composition et du studio a été l’inverse du processus de Phœbus. Mais pourtant on y retrouve des recettes identiques, alors que quand on a fait Phœbus, on n’a jamais écouté Initial. C’est marrant de se rendre compte des points communs de ces deux disques, alors que rien n’était fait exprès. C’est là que je me suis rendu compte qu’on avait une façon de dire les choses, une façon de digresser bien à nous, parce que sans le savoir on le répète, parce qu’on aime les mêmes tricks tout le temps, mais 6 ans plus tard.
J’ai toujours trouvé le son pas super abouti, et aussi le groove guitare/batterie. Je connais pas les capacités d’Antoine pour composer, mais je pense que pour Phœbus on avait Sam qui compose des trucs géniaux, et Antoine qui les joue super bien. Je dirais que Sam est moins précis qu’Antoine et que ca s’entend. Et moi aussi je joue surement mieux et plus posé aujourd’hui qu’à l’époque.

- Je trouve Initial plus agressif, tandis que Phœbus est étouffant, massif. D'ou vient cette différence de son d'après toi ?

Greg : Parce que qu’Initial était fait avec le matos qu’on avait, le studio qu’on avait, un ingénieur du son pas hyper dans le style qu’on faisait. En dehors des compos, on ne maitrisait pas grand-chose. Le studio, c’était tout nouveau, avoir l’idée du son qu’on voulait…pour moi ca voulait pas dire grand-chose (heureusement que Sam a toujours été intéressé par cet aspect de la musique). Au final on avait un disque avec de cool compos, enregistré et mixé comme on peut, et Sam qui a fait en sorte que ca sonne authentique. Il y a eu pas mal de choses à rattraper parce que non maitrisées. Ca fait le son d’Initial. Pour Phœbus c’est le contraire. On a voulu gérer toute la chaîne du début à la fin. D’abord définir chaque intention musicale, puis comment le guitariste le joue, sur quel instrument de quelle qualité, avec quels micros de guitare, sur quel ampli, avec quelles pédales et quels réglages, avec quel micro, qui vont dans quelle carte son.
On s’est intéressé à chacun de ces aspects, y compris pour la batterie. Et on a bien mieux maitrisé de quelle manière on allait arriver au mix. Si le matériel sonore qui arrive au mix correspond à ce qu’on veut, le mix n’a plus qu’à affiner l’intention de la chaîne, et pas de la transformer ou de l’inventer.
Je pense qu’on avait trouvé notre style musical avec Initial, mais qu’avec Phœbus, on a trouvé notre son.

- Je me suis longtemps posé la question du travail sur le packaging de Initial, qui pour moi est un objet plus qu'un emballage. Peux-tu détailler un peu le travail qu'il y a eu autour ?

Greg : Alors c’est Fabian Sbarro qui a fait tout le visuel, et Benjamin Ith s’est occupé de la mise en page typographique. Fabian est un artiste génial. Il a cherché plus loin que la musique. Il a cherché quelle était l’intention de Cortez, ce que ca lui disait, ce qu’il fallait faire ressortir. Il avait tout un concept sur l’envolée du groupe, le départ de quelque chose, l’oiseau qui prend son envol, le mec qui se jette dans le vide. Il a su comprendre la noirceur de notre monde, mais là où beaucoup aurait vu de la laideur et de l’agression, il a su en sortir la beauté, l’émotion cachée, et la transcrire en image. Après pour le reste du packaging, c’est vrai qu’on a voulu faire un truc très classe. On savait aussi qu’on allait le sortir sur deux labels de Bordeaux, et que ça allait être vu et montré, donc on s’est dit que comme on a le droit qu’à une seule chance pour la première impression, autant frapper le plus fort qu’on peut.
Au-delà de ce petit aspect stratégique, c’est important de montrer qu’on fait les choses bien. Ca flatte celui qui a l’objet, mais ca lui donne aussi du respect, de l’attention. Il voit bien que c’est pas un truc de merde, mais qu’il y a des choses trop abouties pour être jugée au premier coup d’oreille ou d’œil. Dans un sens le packaging a aidé à apprécier le disque encore plus que ce qu’il était vraiment. Mais je pense qu’il faut voir ça comme un tout. Pourquoi on aime ce qu’on aime…est-ce que c’est important de le savoir, si on sent que le message n’est pas seulement de la séduction et de l’entourloupe ?

- Cortez fait partie des groupes qui ont une très bonne renommée et qui pourtant ne sont pas parmi les combos les plus médiatisés. Peux-tu expliquer cela ?

Greg : Parce qu’on a toujours pris soin de soigner tout ce qu’on faisait, à tous les niveaux qu’on pouvait maitriser. Parce qu’on progresse dans le temps en qualité. Parce qu’on est arrivé à toujours se remettre en question. Parce qu’on a pas peur de déplaire, et qu’on est le plus nous-mêmes qu’on le peut, et qu’à force on crée une identité. Parce qu’on est sincère, même dans nos maladresses.
Je pense qu’on a créé une sorte de respect sur notre travail. Je pense qu’on s’est aussi donné les moyens de le créer. C’est pas arrivé par hasard, mais parce qu’on est à fond dans la musique, et qu’on fasse Cortez ou autre chose, on le fait avec le même esprit en grande partie.
Après l’aspect médiatique…c’est difficile à dire. Pour Phœbus je trouve que ca se passe plutôt bien. Mais on a un style qui fait vite peur à ceux qui recherchent le confort musclé d’un gros metalcore qui tache, mais qui n’est pas original pour un sous. Et ca va pas aller en s’améliorant je pense…donc on le respect qu’on mérite, ni plus ni moins.
Je me rappelle avoir été marqué par Gojira, parce qu’on avait joué avec eux dans notre ville à leurs début, et que je les trouvais normaux comme nous, mais que 2 ans plus tard, ils étaient « impressionnants » mais que j’y voyais pas mal de théâtre, et que ca ne me paraissait pas nécessaire. On est jamais allé dans cette direction, on a jamais calibré les choses pour qu’elles plaisent ou les montrer sur scène d’une façon qui fasse peur aux gens que ca impressionnent. Mais Gojira est Gojira, je n’ai rien à dire de mal sur un groupe de cette trempe. C’était une observation. Des fois c’est plus facile de se définir par comparaison que par raison pure.
Pour terminer, il est clair qu’aujourd’hui le rythme médiatique dicte la loi, pour tout, et un groupe qui s’absente médiatiquement 5 ans durant est considéré comme mort…par tout ceux qui ont ce rythme.

- Quel est l'album d'un autre artiste qui est, d'après toi, le plus représentatif de ce que pourrait être Cortez ou qui a le même feeling ?

Sam : c'est une question peu évidente, car il est jamais facile de prendre du recul sur ce que l'on fait. Celui qui ne connait pas Cortez fera certainement à la première écoute des rapprochements autres que ceux que nous aurions en tête. On a créé de vraies affinités avec certains groupes avec qui nous avons partagé la scène, mais dont nous n'avons pas forcément le même feeling musical. J'ai beau relire ta question, et essayer de trouver un album, mais j'en vois pas. Certes certains artistes ont une démarche qui semble similaire à la notre, mais qui sont musicalement différents de nous. Ou qui ont peut-être ce côté "sans concession", comme Celeste par exemple, (ça y est, j'ai lâché un nom) mais là encore, de là à parler d'un album qui nous est "représentatif" ça me parait pas tout à fait approprié, tous ces groupes ont une personnalité bien trop forte. J'en déduis donc qu'il me manque un peu de recul... Mais je serais curieux de savoir ce que le lecteur, lui, pourra faire comme rapprochement!

- Cela fait quelques temps qu'on a pas eu de news de Ventura, avec qui vous partagez un split. En avez-vous quelques unes à nous donner ?

Greg : Oui Ventura vont bien. Un disque va arriver le 5 avril je crois, Ultima Necat, chez African Tape et Vitesse Records je crois. On les aime toujours autant, notamment Diego, qui aime pourrir notre image classe et très sérieuse , Mike est papa, et Philippe a sorti un super disque sous le nom de The Sinai Divers qui est un bijou du genre, je trouve. J’avoue que même si j’ai quelques contacts, je ne les vois pas souvent, mais si on se croise, j’aurai toujours autant de plaisir à en boire une avec eux.

- Chaque groupe a un leitmotiv, quelque chose qui lui donne envie d'avancer, de continuer, de persister. Quel est celui qui pousse Cortez à avancer ?

Greg : Pour ma part, je dirais que tant qu’on est inventif et qu’on s’amuse c’est tout ce qui compte. Le jour où on sera banal, j’espère que je m’en rendrai compte.

- Question classique, mais quel est votre meilleur souvenir de tournée ?

Greg : En termes de grandeur, le Hellfest 2006 était impressionnant. En termes de musique, je me rappelle d’un concert dans un quat qui s’appelle La Bergerie, où j’ai eu des sensations géniales. Et le concert de samedi dernier à Montpellier, c’était vraiment génial. Cortez dans son élément, dans un lieu parfait, avec un public parfait. C’était fort de se retrouver là et de se sentir à sa place plus que jamais.

- Sam, tu vis en France depuis quelques temps maintenant. Ressens-tu une différence culturelle entre les scènes Suisse et Française ?

Sam : je dois avouer que je fréquentais d'avantage la scène française quand je jouais avec Cortez durant la période Initial que maintenant depuis que je suis installé en France. Depuis j'ai du voir un ou deux concerts, mais rien n’a visiblement beaucoup changé. Donc oui il y a une différence entre les scènes suisses et françaises, mais je dirais plutôt une différence de moyens que véritablement culturelle. En fait à la base le fonctionnement n'est pas tout à fait pareil. En France les scènes appartiennent à des assos, et celui qui veut organiser un concert doit ainsi payer le loyer de la salle, et ainsi compter faire assez d'entrées pour payer les groupes. C'est pour ça que parfois, je dis bien parfois, on s'est retrouvé avec un bout de baguette et un quart de brie pour le repas. En soit ça ne nous dérange pas, mais quand on fait un deal sur un cachet et les conditions qui vont avec, donc entre-autre ce qui concerne le repas, c'est pas vraiment ce que j'appelle un "repas", surtout quand tu viens de te taper 10h de route. C'est un exemple pour illustrer mon propos, mais c'est pareil avec certaines conditions sur scène, dans les backstages, voir carrément sur le cachet. Et d'un côté c'est sur que ça fait mal de voir un mec ultra motivé se bouger le cul pour monter sa soirée, et de le voir complètement à l'ouest ne sachant pas comment gérer la situation. Je me rappelle particulièrement d'un festival dans le sud (pour pas le citer) où tous les groupes, même ricains, devaient se battre pour être payés...

En Suisse le fonctionnement est différent, nous avons une bonne salle pro au minimum dans chaque petite ville (tout est plus condensé en Suisse) qui est aussi gérée par une asso mais qui gère elle-même la salle, de la programmation à l'intendance. De plus, elle bénéficie, en plus des revenus liés aux entrées, de subventions de l'état. Et ça se ressent dans les conditions offertes aux artistes. Après je généralise évidement, en Suisse tu trouves aussi des salles autogérées (super salles qui plus est) et en France pareil on y trouve des salles super bien équipées. Mais si on compare pour un même groupe qui tourne dans la même période oui il me semble qu'il y a cette différence. Après ça n'est que mon avis, et je suis sûr que d'autres groupes auront un avis différent, voir opposé, au mien.

- On parle pas mal ces derniers temps des controverses Hadopi ou des salaires de la SACEM, plutôt des choses gravitent autour de la musique. Te sens-tu concerné par tout celà ?

Greg : Oui parce que c’est du business, et que le business fait partie de la musique. Il faut bien l’apprivoiser et en tirer ce qu’on peut, même si je doute du bienfondé de tout ça. Aujourd’hui plus rien n’appartient à personnes, tout est libre d’accès, d’utilisation et tout ce que ces mauvais perdants trouvent à faire, c’est d’empêcher le monde d’avancer plus vite que ce qu’ils y arrivent eux-mêmes. Mais ce monde est fini, pour de bon, et il n’y a plus moyen de revenir. C’est mort. Les majors étaient les rois, et aujourd’hui les rois ce sont les pirates. On disait du temps de la monarchie « Le Roi est mort, vive le Roi ». Et bien je pense que c’est là même chose aujourd’hui. Vive les nouveaux rois de l’internet et laissons pleurer les petits geignards qui n’ont pas vu le train venir, et qui n’aiment pas que le libéralisme dont ils sont si friands soit la cause de leur perte. A la limite ils ont même des tentations de destruction totale, avec des trucs du style ACTA, où le but est de cloisonner le net…mais pour quoi ? Pour empêcher les mecs plus malins qu’eux d’en tirer parti… Ces mecs sont déjà morts, mais comme des fantômes, ils ne veulent pas partir en paix… Dommage pour eux. Ca me fait penser un peu à l’histoire de Galilée, qui fut assigné à résidence (tiens, comme ils font en Chine avec les dissidents, ou comme ce qu’a vécu Aung San Suu Kyi en Birmanie) pour avoir dit que la Terre était ronde, et que l’Eglise alors en place ne pouvait supporter qu’il ait raison et l’ont fait taire. Mais 500 ans plus tard on voit bien qui avait raison depuis le début… La forme du monde change, le fond pas tellement. J’ai vu des sites « pirates » distribuer gratuitement Phœbus avant même que moi je l’aie vu de mes propres yeux ! Mais ca ne me dérange pas. C’est l’époque pour ça, et comme pour la SACEM, il faut tirer parti des situations, et ne pas apitoyer les autres alors que le problème vient de son propre manque de créativité et de réaction.

Sam : j'ajouterai que là encore il semble y avoir des différences entre la Suisse et la France. En discutant un peu avec certains groupes français, il semblerait que la SACEM soit là surtout pour renflouer les poches des artistes bankables comme Johnny, mais n'est pas du tout au service des "petits artisans" de la musique. Sans parler, comme tu l'évoque, des salaires mirobolants qu'ils s'attribuent eux-mêmes.
Par exemple je suis affilié à la SUISA, la SACEM Suisse. Chaque semestre je reçois un décompte des mes diverses activités musicales, et un virement est automatiquement effectué sur mon compte (ouais ça fait très Suisse). C'est pas un montant conséquent, mais au vue de ma quasi inactivité oui le montant n'est pas négligeable. Après, c'est un système qui fonctionne bien sur un modèle basé sur une vision "classique" du business de la musique, donc jusqu'à quand tout cela pourra rester en place avant l'effondrement du système...?

- Un dernier mot pour la fin ?

Greg : Merci à Metalorgie de nous avoir toujours suivi et soutenu.

Sam : Je dirai même mieux, merci à Metalorgie de nous avoir toujours suivi et soutenu.

Euka (Février 2013)

Photos de Sml Vry.

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