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Cortez et Plebeian Grandstand Par Mail

A l'occasion de la sortie du split réunissant Cortez et Plebeian Grandstand, on a réussi à capter les combos pour leur poser une série de questions par mail. On laisse donc la parole (et les mots) à Simon pour Plebeian Grandstand et Sam pour Cortez.



Hello messieurs. Tout d'abord, merci pour avoir répondu favorablement à cette proposition. Première petite question, sans doute la plus classique, mais si vous pouviez vous présenter en quelques mots, pour ceux qui auraient l'indélicatesse de ne pas vous connaitre ?

Plebeian Grandstand : Plebeian Grandstand a été formé à Toulouse en 2005, nous avons eu la chance de pouvoir jouer en Europe durant ces dernières années, et également en Russie en 2011. Nous avons sorti 2 albums (2008 et 2010) ainsi que 2 splits cette année, dont le dernier avec Cortez.
Cortez : Cortez est un groupe Suisse. Trio sur scène, on a eu cette particularité depuis le début de jouer guitare-chant-batterie, sans bassiste donc. En 2005 on a sortit notre premier album, Initial, puis on s’est fait silencieux ces dernières années, avant de revenir avec ce split avec Plebeian Grandstand… Etant à présent trop éloigné de mes comparses pour jouer de la guitare avec eux, Antoine (ex-Berserk For Tea Time), un vaillant musicien, est venu croiser le fer sur le navire Cortez. Je reste tout de même sur la terre ferme durant leur croisière pour faire la bonne à tout faire, ou presque.

Le titre présent sur le split est-il quelque chose que vous aviez en réserve depuis quelques mois ou vraiment un morceau composé pour ce disque ?

Plebeian Grandstand : Nous avions ce titre enregistré depuis un petit moment, mais on le réservait justement pour une sortie particulière comme celle-ci.
Cortez : Du coup nous on s’est calé sur ce dernier. Au début on songeait à mettre 2 morceaux que l’on avait sous le coude, mais pas de quoi combler 12min, et on avait envie que ce split soit un peu plus équilibré. Alors on s’est lancé in-extremis dans l’écriture de ce morceau, j’ai donc écrit ces 12 min la semaine précédent Noël, pour un temps record pour Cortez, peu habitué à produire. C’est donc un morceau spécialement écrit pour l’occasion.

Comment s'est passé l'enregistrement du titre de ce split ?

Cortez : J’ai joué les guitares chez moi en Normandie, puis tout a été enregistré par le groupe au local de Cortez en Suisse. Puis c’est revenu chez moi pour le mix.
Plebeian Grandstand : Nous avons enregistré la batterie dans un gigantesque hangar, expérience intéressante concernant la prise de son, les guitares basses et voix ont étés enregistrées en studios de manière plus classique.

Que symbolise l'artwork pour vous ?

Cortez : Un bon compromis visuel entre 8 musiciens. Etant donné que l’on a laissé carte blanche à Romain Barbot, on peut tous avoir sa propre définition ou symbolisme, ce qui aurait été différent si nous lui avions donné un thème bien définit.
Plebeian Grandstand : Un amas de textures et de formes, chaotiques et agressives, à l'image des 2 morceaux présents sur ce disque.

En 12 minutes, vous naviguez entre fougue et chaos. Quelle facette de votre musique vous semble le plus important ? Qu'est ce que vous cherchez à raconter au fil des secondes ?

Plebeian Grandstand : Il n'y a pas selon moi de facettes plus importantes que d'autres, et notre but est justement de rester cohérent dans l'ensemble à travers ces différentes facettes.
Cortez : Si ces différentes facettes sont présentes, c’est qu’elles ont toutes leur sens à ce moment là. Je ne sais pas s’il y a une facette plus importante qu’une autre, je crois que l’on réfléchit pas trop à ça. Peu importe ce que l’on créé, les choses s’imbriquent d’elles-mêmes. On anticipe pour ainsi dire quasi jamais sur l’intention que l’on veut donner à tel morceau. On ne se dit jamais « ok, maintenant on va faire un morceau comme ci ou comme ça ».

Que représente l'autre groupe avec qui vous partagez ce disque pour vous ?

Cortez : Plebeian Grandstand c’est le type de groupe que j’apprécie pour sa spontanéité. Ils ont une espèce de fougue, de fraîcheur et une touche de désinvolture qui leur affranchit des éventuels influences qu’on pourrait leur reprocher, même si personnellement j’ai pas l’impression qu’ils sonnent exactement comme tel ou tel groupe. Ils jouent juste dans un certain créneau, dans lequel nous y sommes aussi certainement, qui vient à être vite saturé par des groupes inintéressants, et eux en sont bien heureusement assez éloignés. Et sur scène ils envoient méchamment du bois.
Plebeian Grandstand : Cortez représente pour nous la génération de groupes suisses qui nous ont influencés à nos débuts, je me souviens lorsque Initial est sorti et lorsqu'on les avait vus jouer à Toulouse, on avait pris une grosse claque.

Quelle est la signification de A.F.D.N.T.E.D.E.V.L.S. et celle de I.W.W.O.Y.T.W.Y.W.O.M. ?

Cortez : Ça pourrait être Au Fond Du Nez Ton Enorme Doigt Elargit Vigoureusement Les Sinus, mais c’est beaucoup moins poétique que ça. Le titre est la contraction d’une phrase extraite des paroles.
Plebeian Grandstand : I.Know.You.Will.Watch. Over.Me.The.Way.I.Watched.Over.You.

Au niveau de l'écriture des titres, qui se charge des paroles ? Cela représente t'il quelque chose de profondément personnel ?

Plebeian Grandstand : C'est Adrien qui se charge de l'écriture des paroles, et oui elles représentent quelque chose de profondément personnel pour lui, ses paroles reflètent des réflexions et des états d'âme sur le monde qui nous entoure et dans lequel on vit.
Cortez : Là pour le coup c’est Greg (batterie) qui s’en est chargé. Ça parle d’expériences faites sur des enfants orphelins après la guerre de 39-45. Ils les privaient d’amour et observaient leur développement, qui, on s’en doute bien, ne se passait pas très bien. J’ose penser qu’il ne s’agit pas là, et fort heureusement, d’une expérience personnel, néanmoins, et étant parents pour la moitié d’entre nous, l’amour apporté à un enfant est évidement un aspect des plus essentiel dans notre vie.

Comment s'est passé la collaboration avec les différents labels ?

Cortez : Assez facilement. Basement Apes Industries et Throatruiner Records avaient déjà plus ou moins dealé le truc avec Plebeian Grandstand, avant de savoir qui allait être le partenaire. Afin l’alléger encore un peu les frais Get A Life ! Records s’est joint à l’aventure. 2 groupes et 3 labels ça fait beaucoup d’acteurs pour un 10’’, beaucoup d’échange de mails, mais ça en valait grandement la peine.

On a assisté il y a peu à la fermeture de Hydrahead, qui a quand même été actif pendant un bout de temps. En dehors de la déception de voir qu'ils ont été obligé de fermer leurs portes, cela amène aussi à se poser la question de la capacité des artistes et des labels à s'adapter ou évoluer avec les nouveaux moyens de communication et surtout de la viabilité d'un tel projet. Quel est votre regard, en tant qu'acteurs, sur cette évolution ?

Plebeian Grandstand : C'est vrai, la fermeture d'Hydrahead est quelque chose de vraiment triste, car au delà d'avoir sorti un paquet de chef d'œuvres au fil des années, ils représentaient une certaine éthique et une manière de faire et d'agir dans ce milieu. Mon regard est que ces évolutions, ces nouveaux moyens de communication sont positifs, et que de toute façon tu es obligé de suivre et de t'adapter pour "survivre". Je ne connais pas les raisons précises de la fermeture d'Hydrahead, mais il est vrai qu’aujourd’hui les choses sont peut être plus difficile qu'avant en matière de vente de disques.
Cortez : Je dois dire que j’ai encore de la peine à me positionner clairement sur le sujet. Sans rentrer dans la polémique si le téléchargement illégale est légitime ou non, je ne vais rien t’apprendre en disant que le format CD se vend de moins en moins en dépit du téléchargement - illégale dans ce contexte, vu que si chaque CD invendu était compensé par un téléchargement payé on ne serait pas dans cette situation, c’est un fait – et que quoique l’on entreprenne comme action ou repositionnement quelqu’un en fera les frais. Court-circuiter les distributeurs c’est mettre en péril leurs entreprises. Vendre son album en téléchargement payant apporte peut-être un revenu substantiel mais n’alimente plus le disquaire du coin, le libre téléchargement n’apporte pas de revenu aux labels, ce qui pousse certains groupes à mettre la main à la poche pour sortir un disque. Alors quand le groupe n’a pas de moyen, on essaie d’économiser là où ça coûte cher et où il y a moyen de faire des choses soi-même, on le fait, comme par exemple investir dans du matos de studio et faire ses enregistrements soi-même. Ce fut notre choix. Mais là aussi, c’est du job que l’on retire à des studios et ingés-son. Y a pas de miracle, lorsque qu’au bout de la chaine le travail n’est pas rémunéré, quelqu’un paie. Après tout est relatif, des albums, que ce soit en physique ou numérique, se vendent encore, mais ça demande à chacun de se repositionner – même si j’aime pas le terme – sur le marché.

Avec le recul, comment voyez-vous votre évolution depuis vos premiers morceaux ? Si vous deviez retenir un titre de votre discographie, quel serait-il ?

Cortez : Certes, j’espère bien qu’en 11 ans notre façon de composer a quelque peu évoluée. Cependant je ne saurais dire précisément en quoi. Je pense qu’il serait plus facile pour quelqu’un d’extérieur au groupe de décrire cette évolution, en dehors du son évidement. Difficile aussi de retenir un seul titre de notre maigre discographie, au moins ça limite le choix, mais ça serait aussi réducteur car franchement je crois qu’il n’y a aucun titre dont j’ai le regret que nous ayons écrit. Le son c’est autre chose, et là je pense pouvoir parler au nom de chacun dans Cortez, si on avait la possibilité de changer quelque chose ça serait à ce niveau là. Je sais pas si tu as écouté le split vinyl avec Ventura mais c’est une expérience auditive inédite et mémorable. Ceci dit c’est avec ce genre d’expérience que tu avance pas à pas et que tu en viens à prendre des initiatives pour le bien de ton groupe.
Plebeian Grandstand : Je vois notre évolution comme "naturelle", dans le sens où au fil des années on s'est orienté vers des sonorités qui nous parlaient et qu'on avait envie de creuser plus en profondeur. Si je devais retenir un titre, je dirai "Woe is You", qui représente bien selon moi notre évolution sur ces dernières années.

Quels sont vos projets sur les semaines et mois à venir ? Concerts, album, studio ou simplement se réfugier au chaud avec les premiers jours pluvieux qui arrivent ?

Plebeian Grandstand : Nous travaillons actuellement sur des nouveaux titres, pas de concert prévus pour l'instant.
Cortez : on planche pour un retour en force. Mais pour l’instant je ne peux pas dire quand et comment, mais Cortez reviendra en 2013, c’est certain. Mais le mieux pour savoir quand et comment, c’est de te rendre ici et de cliquer sur ILike.

En dehors de Cortez / Plebeian Grandstand, quels sont vos autres projets?

Cortez : On est tous impliqués dans différentes activités, musicales et extra-musicales pour certains. Mais musicalement c’est Greg le plus actif, il joue de la batterie dans pas mal de projets, et joue régulièrement avec Disco Doom et Peter Kernel. De mon côté je bidouille constamment chez moi. Je pense qu’on ne sera jamais à court d’idées, peu importe le ou les projets.
Plebeian Grandstand : De mon coté je joue de la basse dans Ancre et Sed Non Satiata, deux groupes qui me permettent de m'exprimer d'une autre manière dans la musique, d'approcher les choses différemment.

Pour Cortez : Que s'est il passé pour vous depuis la sortie de Initial ? La scène ne vous a pas trop manqué ?

Il s’est passé qu’en dehors de Cortez nous avons chacun une vie avec ses moments de joies et ses aléas. Je sais, c’est beau. Une fois le calme après la sortie d’Initial, chacun à vaqué à ces occupations, on jouait certes encore, mais nos vies privées ont parfois prit le dessus, que ce fut un changement de vie professionnelle, un problème de santé ou un parcours de vie. On a préféré laisser se faire les choses, quitte à ce que Cortez se fasse silencieux durant quelques années. Ça nous a peut-être permis de prendre d’avantage de recul et de revenir plus confiant. Et certes, la scène nous manque terriblement ! A l’heure où je t’écris ces lignes ça fait toujours 5 ans et demi que Cortez n’a pas joué un concert… mais ça ne saurait tarder. Je l’espère profondément.

Pour Cortez : Je suis encore, régulièrement, sous le choc de "El Vetic", le titre qui me semble le plus éprouvant et captivant de Initial. Pouvez-vous parler un peu de ce titre ?

Content de savoir que notre musique puisse résonner ainsi, et cela après toutes ces années. Pour ma part c’est un morceau que j’ai toujours adoré jouer en live. Mais je ne sais pas trop quoi te raconter sur ce titre, si ce n’est sur les paroles : tu n’es peut-être pas sans savoir qu’en Suisse l’armée de milice est encore bien présente. Le contingent diminue au fil des ans, mais tout citoyen bien portant y est, en théorie, astreint. "El Vetic" décrit en fait les premiers instant de cette période militarisée, lorsque assis sur ce qui sera ton lit de camp durant des semaines, tu prends conscience (si ça n’avait pas déjà été le cas auparavant) que ton cul n’y strictement tien à foutre là et que tu aurais mieux à faire chez toi que perdre ton temps à te grimer la tronche comme un couillon.

Pour Plebeian Grandstand : J'ai trouvé que vos derniers titres se rapprochaient de ce qu'a su faire Cortez. Est-ce que Cortez est un groupe qui compte à vos yeux ?

Oui, Cortez est un groupe important à nos yeux, qui a influencé un paquet de monde depuis la sortie d'"Initial" je pense, dans le son et dans l'approche des morceaux.

Pour Plebeian Grandstand : Quelle est la signification de Plebeian Grandstand ?

Plebeian Grandstand signifie "l'arène des plébéiens". Dans la Rome antique, la société était divisée entre les patriciens, issus de la noblesse, et les plébéiens, c'est a dire tout le reste de la population.

Qu'est ce qui passe dans vos platines respectives actuellement ?

Plebeian Grandstand : Boyfrndz "All Day Pass", Dodecahedron "Dodecahedron" (merci Sam d'ailleurs héhé), Harold Budd "In the Mist", le dernier Godspeed You! Black Emperor...
Cortez : 15 ans auparavant, lorsque j’achetais 5-6 albums par semaines, j’aurais pu répondre précisément à ta question. Alors je vais faire au plus simple, je vais te sortir mon iPod, voir ce qu’il s’y niche et te le lister en vrac: Blut Aus NordDeath Grips / toujours un peu de Bohren&der Club of Gore sous la main / le dernier Converge comme tout le monde / Deathspell Omega / GallowsGiraffes ? Giraffes ! / Shileds, le dernier Grizzly Bear (j’ai pas pu encaissé le précédent) / Dodecahedron "Dodecahedron" (mais de rien Simon, c’est un plaisir haha) / Nagykanizsa d’Aussitôt Mort, ils ont juste un production en béton, elle est vraiment incroyable ! / Hecq / Holy Other / The Sinai Divers / je suis complètement fan de The Soft Moon / le dernier Swans / et j’ai toujours une trousse de survie Tim Hecker sur moi, sait-on jamais…

Vous avez les derniers mots. Lâchez vous, encensez vous ou crachez sur vos collègues. Allez-y...

Merci pour l’intérêt que tu porte à nos deux groupes ! Merci aux lecteurs de nous avoir lus, on vous donne des nouvelles tout bientôt, promis ! Prenez-soin de vous.

Euka (Novembre 2012)

Photos de Plebeian Grandstand par Elliot Broué&Aurore Dexmier.
Photos de Cortez de Samuel Vaney.

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