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The Great Old Ones fait pas mal de bruit depuis la sortie de son premier album Al Azif et après la chronique de ce bel album, il nous a bien fallu découvrir les coulisses du groupe et le travail en amont qui a été réalisé.
C'est Benjamin Guerry, fondateur et guitariste / chanteur au sein de "The Greats" qui s'y colle pour l'interview.

On va commencer par parler du « big deal » du groupe, j’ai nommé Lovecraft. Parle-nous en, est-ce que vous êtes tous des fans dans le groupe ?

Personnellement je suis fan depuis que je suis môme, j’ai lu les bouquins, j’ai aussi joué au jeu de rôle L’Appel de Cthulhu, etc. Jeff (chant / guitare), qui s’occupe des artworks, est lui aussi un gros fan. Seb, notre bassiste, a carrément répondu à l’annonce que j’avais postée en voyant que le nom du groupe était The Great Old Ones, un nom en relation avec la mythologie de Lovecraft. Léo (batterie) et Xavier (guitare) découvrent quant à eux au fur et à mesure, ils s’y sont intéressés en suivant l’idée que je voulais mettre en place pour le groupe.

Pour rappeler à nos chers lecteurs (et à moi-même), tu es celui qui a initié le projet et qui a recherché des musiciens pour le lancer sur scène.
Tout à fait, j’ai commencé à composer seul en 2009, j’ai écrit cinq morceaux sur les 6 que comprend l’album. J’ai écrit les morceaux de Al Azif en parallèle avec un autre groupe dans lequel j’étais, un groupe de post-hardcore donc qui n’avait rien à voir avec le black. Quand le groupe a splitté, j’ai ressorti ces morceaux, en ai composé des nouveaux et une fois que j’ai eu pas mal de matériau, je me suis dit qu'il était temps de chercher des compagnons de route ! Et j’ai eu de la chance, je suis tombé sur des gars supers et surtout bosseurs. A la première répète on a pu caler un morceau de huit minutes du premier coup, c’était génial.

C’est donc également toi qui a décidé que le groupe allait avoir trois guitares ? Comment cela t’est-il venu ?
Au départ j’écrivais les partitions avec deux guitares, puis je me suis rapidement senti limité dans ce que je pouvais faire. De plus je préfère ce qui peut être vraiment reproduit sur scène, je ne suis pas trop pour avoir quinze couches de gratte avec des chœurs symphoniques, etc. Pareil pour les parties de batterie, même si Léo les a retravaillées, j’ai composé des partitions rapides et complexes, avec les breaks que je voulais entendre, mais sans tomber dans un truc infaisable avec mille coups de caisse claire à la seconde. J’ai donc décidé d’ajouter une guitare, je suis revenu sur les premiers morceaux composés en ajoutant une nouvelle piste et j’ai repris la composition des nouveaux morceaux avec trois grattes. C’est un choix qui ouvre pas mal de nouvelles possibilités comme garder une rythmique pendant que les deux autres s’occupent des mélodies, ça rajoute de la densité et de la puissance.

Du coup tu penses que tous tes morceaux utiliseront à l’avenir trois guitares ? Si tu veux par exemple une atmosphère moins chargée ou moins complexe, tu en mettrais une de côté ?
Je ne pense pas, j’ai trop pris l’habitude. Sur l’album, tu peux nous entendre jouer un riff simple à l’unisson, ça n’enlève rien de la puissance. Et sur scène tu retrouves cette puissance. Il y a certains groupes dont les albums pètent en studio mais qui sur scène n’arrivent pas à retranscrire ce potentiel de destruction. Quand tu viens nous voir sur scène, tu t’y retrouves, t’as toujours une guitare sur laquelle te reposer, il se passe toujours quelque chose.

Que penses-tu de l’étiquette que beaucoup de chroniqueurs (dont moi) vous ont collée sur le dos, à savoir le « Post-Black » ? C’est en effet un mouvement qui fait des vagues en ce moment…
Dans l’absolu, on s’en est accommodés. Si au début on se posait des questions comme « est-ce que ça va nous porter préjudice ? » ou « est-ce que c’est vraiment le type de musique qu’on veut faire ? », on a rapidement passé sur la question car on faisait la musique qui nous fait plaisir et basta. C’est aussi ça, le Metal.
Après c’est intéressant de voir comment les gens nous « catégorisent » : j’ai vu un chroniqueur qui nous avait sciemment classés dans le « Dark Metal ». Il ne voulait pas dire de nous qu’on était Black Metal, mais alors quoi d’autre ? Post-Hardcore ? Bref, Dark metal. Et finalement c’est peut-être le terme qui selon correspondrait le plus à ce qu’on fait, notre musique possède une sensibilité un peu différente de celle du Black pur et dur. Et c’est aussi ce pourquoi le terme « Post-Black » ne me dérange pas, un groupe comme Wolves In The Throne Room duquel on nous rapproche souvent a lui aussi une vision particulière du Black Metal, de laquelle je me sens proche. On peut continuer dans les influences avec par exemple Lantlôs, Liturgy, Altar Of Plagues. Tous ces groupes sont en marge du concept du Black Metal tout en en gardant le cœur, un certain malaise etc. Finalement, il y en a ras-le-cul du sectarisme dans la musique, et surtout dans le Metal. A partir du moment où tu veux expérimenter des trucs et que ce que tu créer, touche quelqu'un, ben l’objectif de la musique est rempli, peu importe le style que tu as créé.

Comment s’est goupillée votre affaire avec vos deux labels,
Antithetic Records aux Etats-Unis et Les Acteurs De L’Ombre en France ?
C’est par le biais du webzine Lurker basé au Royaume-Uni, qui parle pas mal de la scène Post / Black / Avant-Garde que nous a découvert le label Antitethic. L’un des rédacteurs avait écrit un papier très sympa sur nos pré-prod et on est entrés en contact avec lui pour le remercier. De son côté il a parlé au patron de Antithetic, qui nous a contactés pour qu'on essaie de bosser ensemble. C’est un petit label spécialisé en vinyles donc on s’est dit que pour les supports physiques ça pourrait être pas mal de trouver un arrangement avec eux. Parallèlement à ça, on a contacté Gerald des Acteurs De L’Ombre et il a apprécié le son, donc lui aussi a voulu tenter un truc avec nous !
On a ensuite discuté entre nous du rôle qu'allait avoir chacun des labels et ça a coulé de source que Antithetic allait s’occuper d’une grosse partie « objets », dont le digipack et le vinyle et les Acteurs De L’Ombre de la partie promo grâce à son équipe. On est parti sur de la confiance, rien de signé comme c’est propre à l’underground je pense. Et on est satisfaits à 100% des deux côtés ! On remercie d’ailleurs encore Gerald qui a une ouverture d’esprit à toute épreuve, qui a fait un boulot monstre et qui a été très présent et très impliqué pour nous. Comme la date avec Forteresse au Black Metal Is Rising.

Est-ce que votre collaboration avec un label américain vous a ouvert des voies outre-Atlantique ?
Carrément, dans le monde entier en fait. On fêtait le mois dernier (itw réalisée en août -ndlr) notre 100eme chronique ! Les retours étaient positifs de manière générale, je pense qu’on a créé la (bonne) surprise même si bon on a aussi eu des critiques un peu plus mitigées. Mais on a touché des gens et c’était le but, notre musique est chargée émotionnellement et on est ravis d’avoir réussi à transmettre cette émotion. En tous cas cette promo on la doit encore à l’équipe de Gerald, notamment la personne qui s’occupe de la promo à l’étranger.

Vous pensez que vous pourrez tourner à l’étranger ?

Oui, on est même en train de concrétiser une tournée sur une dizaine de dates en Europe avec Make A Change, Kill Yourself et deux ou trois autres groupes. Donc on va partir en Allemagne, République tchèque, un petit tour par Paris, etc. Autant dire une super opportunité pour nous ! Si ça se fait ça va être l’éclate totale même si on jouera avec des groupes de Black plus traditionnels avec du corpse paint et compagnie…

Est-ce totalement hors de question pour vous ?
Ca peut paraître un peu obtus, mais oui. C’est même un truc que j’ai précisé aux membres qui allaient intégrer le groupe, avant de les rencontrer. Ce ne serait pas moi, je me sentirais mal à l’aise en en portant. Après bien sûr je n’ai rien contre le corpse painting, je comprends ceux qui pensent que cela fait partie intégrante du folklore Black Metal. Je préfère pour ma part travailler sur les ambiances et les images.

Subtile Transition : en parlant d’ambiance, vous la développez dans votre musique, est-ce que vous comptez investir dans du matériel scénique comme des vidéos, des images, des lumières ?
On ne va pas se leurrer, on doit encore se roder sur scène, même si ça semble marcher vu les retours qu'on a et les live reports qu'on peut lire. J’ai envie de voir les gens décoller, leur faire vivre autre chose. Un peu comme Sunn O))) quand tu les vois sur scène : c’est une expérience parallèle, pour ne pas dire paranormale (rires). Bon nous c’est différent, je bouge pas mal sur scène, je vis le truc, je ne me vois pas rester statique pendant tout le set même si c’est censé être un « voyage intérieur ».
Mais pour te répondre, je passe peut-être 75% de mes journées à penser à ce qu’on pourrait incorporer à nos représentations. Quand on a joué à Nantes il y avait déjà pas mal de spots lumineux qui nous mettait vachement en valeur, c’était énorme. En ce qui concerne les vidéos projetées pendant le set, j’aimerais énormément en faire mais ça demande du temps et beaucoup, BEAUCOUP d’argent et de réflexion. Je pense que perdre l’attention du public, amener leur attention sur les images, les ferait encore plus voyager.Pourquoi pas faire une espèce de ciné-concert pour totalement compléter l’expérience comme ont pu le faire Gojira ou Ulver.
Enfin pour l’instant avec quelques lights bleus / verts tamisés et un coup de strombo de temps en temps pour faire péter le public, on propose déjà un truc pas mal donc on va y aller de manière progressive.

Pour en revenir un peu à Lovecraft : penses-tu que vous êtes voués à ne parler que de son œuvre dans votre musique, ou est-ce que d’autres écrivains, voire artistes, qui te sont chers pourraient intervenir ?
C’est une question qu’on nous pose souvent et à mon avis on ne parlera pas toujours de Lovecraft. Quand j’ai composé Al Azif, je m’appliquais à retranscrire ce que j’aimais bien chez lui : l’aspect rêveur, irréel, mystérieux, etc. plus que le côté rampant et fou que d’autres groupes mettent en avant. Pour le deuxième album, j’hésite encore entre deux concepts, mais Lovecraft sera une fois de plus au centre. Après bon, pour le troisième album, je ne suis pas devin.
Il ne faut pas oublier qu’énormément de choses gravitent autour de Lovecraft. On pourrait parler de (Edgard Allan) Poe, dont l’œuvre serait géniale à traiter même si je trouve Lovecraft meilleur car plus fou et saisissant. J’aime de toutes façons mélanger musique et littérature, mettre en image, en paroles et en musique des ambiances.

J’ai trouvé que les paroles aidaient effectivement grandement à se plonger dans l’univers que vous dépeignez.
Je ne sais pas si je suis un grand parolier mais encore une fois j’essaie de retranscrire ce que je ressens au moment où je lis telle ou telle description d’une cité perdue au milieu du pacifique. J’ai essayé de garder une certaine accessibilité dans les paroles grâce aux rimes et à un style littéraire même si bien sûr, ça se bosse.
Quand tu écoutes Jonas avec les paroles sous les yeux, je trouve, même si ce n’est pas très objectif, que tu vois la mer en furie et la bestiole happer le pauvre type qui devient fou.
La principale difficulté était l’espace que je voulais dédier aux paroles, c’est-à-dire un espace plutôt restreint, je voulais garder un côté aéré. Raconter une histoire ou décrire un truc en peu de mots, c'est pas évident.

Parle-moi un peu des artworks de Al Azif.
C’est donc Jeff Grimal (chanteur / guitariste) qui s’en est occupé et il a fait un super boulot. Je l’ai vu commencer à travailler dès qu’on a parlé du projet et ses premières esquisses étaient déjà tout bonnement magnifiques. Les artworks ne sont pas peints sur des feuilles A4 (héhé), mais sur des toiles très grandes ! Jeff a vraiment amené quelque chose au groupe, il a en quelque sorte imagé à la perfection notre identité. Il est actuellement en train de terminer les peintures pour les vinyles, on a hâte que vous les voyiez ! L’évolution de son travail est très visible.


Je fais sa pub mais il le mérite amplement vu son talent, Jeff est tout à fait prêt à réaliser des artworks pour des groupes, que ce soit pour des pochettes, des t-shirts, etc. Il a une grande maîtrise de la peinture à l’huile et son coup de crayon est incroyable, c’est authentique.
C’est génial d’avoir Jeff « sous la main » car il est directement impliqué à la fois dans le processus de composition et dans celui de la réalisation des artworks. Il peut travailler ces deux aspects du groupe en parallèle et fournir un travail de qualité.

Eh bien, on dirait que vous avez du pain sur la planche !
Ca oui, c’est hyper excitant, on a envie de se donner à fond pour le groupe même si on sait qu’on joue dans « la niche d’une niche », je pense qu’on est voués à rester underground. Mais qu’importe, du moment que des gens apprécient notre musique.

Un petit mot pour terminer ?
Merci à toi et à Metalorgie bien sûr, et on promet à nos fans qu’on leur réserve bien des surprises ! Cthulhu Fhtagn!

DaFredz (Octobre 2012)

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