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Abraham Par Mail

Metalorgie a pu poser quelques questions à Abraham pour la sortie de leur nouvel opus. On en apprend un peu plus sur le groupe, l'album et leur humour très ... particulier.


Réponses par Renzo Tornado Especial (vocoder), Jakkob Wierdmann (guitares), Valentino D. Cabillo (basse), Dave Schlagmeister (voix, batterie). 

- En faisant quelques recherches sur The Chronoception, je n'ai rien trouvé à part un lien qui donnait une rapide bio de l'auteur et la possibilité d'un faux de 2 étudiants américains. Pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec cette oeuvre ?

Renzo: Ah toi aussi tu as trouvé cet article! Si on fouine un peu plus en profondeur, on peut aussi trouver d'autres références à Rawls, mais ça prend du temps et on tombe sur des choses assez contradictoires. Etants des enculés qui aiment lire, ils nous arrive de fouiller dans les divers marchés aux puces et bourses aux livres de Suisse. Le livre lui-même, c'est Schlagmeister je crois qui l'a trouvé pour 1 balle à la bibliothèque universitaire qui faisait de la place en vendant des livres jamais consultés. Aimant tout ce qui est un peu mystique, nous avions tous lu ce livre. Nous décidâmes alors de l'utiliser comme support d'écriture au deuxième album de la Barbe.

- Quel est votre rapport à la religion ? En effet, à travers votre nom et celui de votre album, on devine sans problème les liaisons à ce domaine ?

Renzo: Nous sommes tous relativement croyants, mais nous ne sommes pas un groupe à but religieux. On fait du Hard et on raconte des histoires déglinguées, c'est tout!
VdC: HEIN? RELATIVEMENT CROYANT? Ah pardon, pas du tout!! Quand je suis de bonne humeur je suis agnostique, ou sceptique au sens philosophique du terme, je suspends mon jugement. Mais normalement, je vois plutôt tout ça sous l'angle du physicalisme réductionniste: tout peut être décrit et expliqué en termes purement physiques sur lesquels surviennent la chimie, la biologie et la psychologie – c'est là où ça devient glauque et sans espoir. C'est pour ça qu'il est plaisant de développer des thématiques religieuses et symboliques dans la musique comme une tentative de transcendance du matériel.
DS:Je rejoins tout à fait VdC dans l'hésitation entre agnosticisme et matérialisme. En revanche, j'utilise beaucoup de références religieuses en écrivant des paroles simplement parce que le christianisme est un constituant prépondérant de la culture occidentale. Je n'ai pas envie de parler de politique ou de thèmes de société qui sont des choses tellement fluctuantes. J'aime l'aspect intemporel des choses, l'infini, la conscience. Les voix énonciatrices dans nos textes sont habituellement dépourvues de véritable spiritualité mais se tournent comme des automates vers un dieu auquel elles ne croient pas dès qu'elles sont au fond du trou. Il me semble que ça reflète assez l'état spirituel européen actuel.

- La scène Suisse, c'est Cortez, Impure Wilhelmina, Knut, Mumakil, Rorcal ou encore Unfold. Des noms qui résonnent encore dans certaines oreilles. Comment voyez-vous et vivez-vous cette scène ?

Renzo: Ouais, je les connais ces mecs, ce sont tous des drogués, mais pas autant que nous!
Pour être un peu plus sérieux, la scène suisse avance à son rythme, il y a des bons groupes et il y a aussi des groupes merdiques, comme dans tous les pays.
Perso, je suis un grand fan du Challenger de Knut et j'ai beaucoup apprécié dernièrement Heliogabalus des Rorcalinets, ça chie bien sombre.
Si tu veux faire des concerts, il y a des salles sympas dans toute la Suisse, et la programmation est assez variée. Maintenant, en tant que groupe, si tu veux faire quelque chose de ta musique, il faut réussir à s'exporter: la Suisse, c'est pas les States.

- J'ai été fasciné par la cohérence de l'univers développé par ce disque. Comment s'est passé la phase de composition liée à ce thème ?

Renzo: On a commencé la compo de ce disque peu de temps après la sortie de AEOTU. A cette époque, nous n'avions encore aucune idée de l'existence des textes de Rawls. Tout ce qu'on savait, c'est qu'on voulait faire un disque bien plombé, quelque chose de plus radical que le disque précédent, un album plus dur. On a essayé plein de trucs différents, mais rien ne nous satisfaisait.
Ce n'est qu'à partir de la découverte de The Chronoception que nos barbes se sont mises à pousser plus vite. Nous avons tous pris le temps de lire ce petit opuscule, puis nous avons décidé de nous en inspirer pour tenter de créer une oeuvre cohérente. Nous avons donc structuré notre disque en fonction des ambiances et des différentes étapes de l'histoire. Tout le monde a reçu des devoirs précis et on a tous dû rendre des comptes. On peut dire qu'on a tous participé à la création de cet album, la compo c'est une histoire d'équipe chez la Barbe. En ce qui concerne, les lyrics, c'est Schlagmeister qui s'est chargé d'adapter les textes de Rawls, et il a fait du bon travail le salaud!

- Quel est le titre qui est pour vous le plus important de l'album ? Que représente-t-il ?

Renzo: C'est une question difficile. Il y a huit chansons sur cet album, elles représentent toutes une phase importante de transformation du personnage principal, un changement radical d'état de conscience. Elles sont donc toutes importantes à mes yeux.

- Comment cela se passe avec Pelagic ?

Renzo: Très bien, Robin Staps est un bon poissonnier. Il s'occupe de toutes les affaires de promo, nous met en contact avec de bonnes agences de booking et distribue les disques, donc ça roule.
C'est également un chouette label qui produit des groupes qui chient. C'est donc plaisant d'avoir un deal avec Pelagic.

- Quelles sont les représentations du Serpent, du Prophète et de la Prostituée à vos yeux ? Comment cela se ressent-il sur votre musique ?

DS: Le serpent c'est ce lézard qui a perdu ses pattes pour avoir raconté trop de sornettes à la débauchée originelle, c'est la bête sournoise qui fomente furtivement ses coups bas puis attaque en silence, le mal lâche, rusé et inélégant, la petite frappe. Et quand il a deux têtes, il n'en est que doublement plus fourbe mais devient en même temps un symbole de divinité chtonienne.
La pute c'est le symbole de la débauche pure et avilissante, la libération de toutes les pulsions bestiales de l'homme, l'affranchissement de toutes les barrières sociales qui font la civilisation. Elle ne dira jamais non à un serpent. Et c'est évidemment le symbole intemporel du travail.
Le prophète c'est l'être pur de la sincérité absolue: il peut mourir pour sa foi en l'avenir. C'est l'être de l'émotion et de la parole: celui qui dit ce qu'il sent être la vérité. Donc le symbole de la parole, mais la parole à sens unique, une vision biaisée de la communication. Et en ce sens, ce qu'il dit revêt une aura d'autorité indéniable (l'équivalent du hurleur de métal aujourd'hui?) alors que le contenu de son discours peut être, et est le plus souvent, le plus grand ramassis de sornettes possible.
Dans l'ensemble, ces personnages représentent une grande communauté de la déglingue, déglingue que tu devrais trouver, par exemple, sur la toute fin de 'This is not a dead man, yet' sous forme d'un « solo de guitares ». Dans les textes de ce disque, ils garantissent les mensonges, les vérités biaisées, les points de vue indéfendables, l'éclatement de la moralité manichéenne.

- Une question que l'on vous a sans doute déjà énormément posée: Pourquoi ce changement de nom, passer de Le Baron Vampire à Abraham ?

Renzo: C'est la barbe!
VdC: Le baron a atteint sa puberté, ses poils ont poussé, il est devenu adulte et président des Etats-Unis, il est passé de l'autre côté et est devenu chasseur de ce qu'il était auparavant.

- Votre album a été mixé par Magnus Lindberg. Comment s'est passé le travail avec lui ?

JW: Bien. Il est d'un naturel affable et extrêmement disponible. Il a très bien compris ce que nous cherchions à faire et nous a proposé beaucoup d'idées de mix originales que nous avons conservées. D'une façon générale, le processus d'enregistrement et de production de The Serpent, the Prophet&the Whore a été presque reposant par rapport à celui de An Eye on the Universe.

- 4 parmi vous ont des barbes. Est-ce un rituel de passage ou juste une coïncidence ?

JW: Chez le roux Schlagmeister, elle pousse à l'intérieur. Abraham exige le port de la barbe et ne plaisante pas avec ça; il s'agit davantage d'un prérequis que d'un rituel de passage.

- Quelle oeuvre littéraire symboliserait le mieux votre album ?

JW: Celle dont il est extrait, The Chronoception.

- Quel est votre souvenir le plus marquant depuis la création d'Abraham ?

JW: "Zoll. Folgen."
Renzo: Polizei: "Folgen Sie uns Herr Especial."
DS: je n'ai plus aucun souvenir depuis la création de ce groupe.

- Qu'est ce qui vous a fait venir au Metal ? Un artiste ? Un album ?

JW: Une évolution naturelle, je pense. On écoute tous beaucoup de choses différentes; on ne s'est jamais mis autour d'une table en se disant, "Allez, on forme un groupe de metal." C'est venu naturellement. Les premières chansons étaient d'ailleurs assez rock ("The Statues" sur le premier album, ou "Rodeo Funeste", un inédit dont il existe quelques traces sur YouTube). Petit à petit, on s'est aperçu qu'on prenait plaisir à écrire des morceaux plombés et plus agressifs, et on continue d'explorer cette voie actuellement. Même si cela semble peu probable de voir un jour Abraham sortir de sa barbe un album de country, il faut le laisser brasser sa marmite allègrement.
Renzo: Je voulais piner plein de gonzesses et me faire un maximum de pognon grâce à la musique.
DS: Et ça marche!!

- Si vous deviez décrire votre musique à un néophyte, comment vous y prendriez-vous ?

JW: Un jour, j'ai dû expliquer à un enfant ce que nous faisions avec Abraham: "C'est de la musique pour faire des cauchemars." C'est une définition que je trouve assez adéquate.
DS: Oui Jakkob parle très bien aux enfants. Il le fait même bien sans mots!
Renzo: Pour AEOTU, on a eu une chronique qui disait: depressive ambience deluxe. Je trouve que ça colle bien mieux avec le nouvel album.

- Vous arrivez à vivre de votre musique ou est-ce que comme beaucoup vous avez un boulot à côté ?

JW: Dans le style qui est le nôtre, je pense qu'il est à peu près impossible de vivre de sa musique. Ce serait bien sûr l'idéal, mais dans l'immédiat nous avons dû trouver des jobs qui soient suffisamment arrangeants pour nous permettre de tourner.
Renzo: Jakkob ment.

- C'est quoi l'album que vous offririez à votre pire ennemi ?

JW: Violator de Depeche Mode, pour lui montrer ce que c'est que du songwriting.
Renzo: Une compilation des meilleurs groupes de prog italien.

- Quel est le titre qui pour vous représente le mieux ce que vous attendez de la musique ?

Renzo: Popcorn.
DS: Je crois que Renzo n'a pas compris la question.

Euka (Septembre 2012)

Un grand merci à Jona de Pelagic pour avoir fait transiter toutes les questions.
Photo en noir et blanc de David Sanchez (site).

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