Interview Year Of No Light le 10/09/2010 par e-mail



















1. Ausserwelt marque une réelle évolution/progression de votre musique. Une évolution qui n'est peut être pas étrangère au changement de line up ( ?). Comment l'intégration de Shiran (Monarch) et d'une seconde batterie s'est déroulée, tant au niveau humain qu'au niveau de la composition et des concerts ?

Pierre : Je crois que la nécessité de reconfigurer dans l’urgence le line-up de Year Of No Light a été l’occasion de concrétiser des envies qui nous tenaient à cœur depuis un moment. On a tout de suite pensé à Mathieu et Shiran ; ça semblait une évidence. À la première répétition, tous les doutes éventuels ont été laminés. Nous sommes très heureux que ces deux excellents musiciens et amis aient accepté de rejoindre notre chapelle sonique et onirique. Ceci étant, il a fallu repenser l’économie générale de notre pratique psychotropique de l’amplification, apprendre à composer avec notre "dimension orchestrale". On n’est pas loin de la 4éme dimension parfois.

Shiran : J’ai été très honoré qu’ils pensent à moi pour faire cette troisième guitare. Cela s’est fait très simplement, on se connaît déjà depuis bien longtemps. Même si c’est la première fois que l’on joue ensemble tout se passe naturellement,  on partage les mêmes aspirations et envies. Mathieu est un excellent batteur qui a su se caler sur le rythme de Bertrand. Il est plein d’idées et c’est un batteur à l’écoute des autres instruments, chose cruciale lorsque l’on joue avec autant d’instruments.  Je voyais bien d’entrée quelle pouvait être ma place, rejoindre Jérôme dans l’aspect mélodique et abstrait et Pierre et Johan à d’autres moments pour alourdir encore plus le paquebot.

Jérôme: c' est toujours plus facile de se rapprocher des gens que l' on trouve attirant lors d' une tournée avec la proximité, les odeurs, l' instinct animal... intégrer ces deux mâles sublimes au groupe était donc certainement le seul moyen de se les taper, là je parle au niveau humain, au niveau de la composition et des concerts on c' est contenté de leur mettre un flingue sur la tempe et de leur crier dans les oreilles  "FERME TA PUTAIN DE GUEULE ET FAIT CE QUE JE TE DIS DE FAIRE !!!" mais l' empathie a fini par faire son petit travail de sape sournois et a transformé nos velléités de crapule totalitaire en diplomatie de chaton démocrate et le groupe est enfin redevenu une entité rassurante et sexuellement effective.
 
2. Même si cet élément ne manque pas un seul instant à Ausserwelt, pourquoi avoir fait l'impasse totale sur le chant ?

Pierre : Parce que nos essais n’ont pour l’instant pas été concluants et qu’il se trouve, comme tu le remarques, que cet élément ne manquait pas. Puis aussi la flemme de trouver un frontman pas trop con et sur la même longueur d’onde que nous. Ceci dit, on n’a pas fait une impasse définitive sur le chant. La chose s’est imposée d’elle-même, mais n’est pas devenue un dogme pour autant.

Johan : On était partis pour. On a fait des tests en répets et on s’est dit qu’on verrait une fois en studio. Mais le résultat nous a plu comme ça on a jugé inutile d’en rajouter.

Jérôme : On a demandé a un illustre chanteur de rock bordelais mais il était trop occupé à taper sur sa femme qui venait de se suicider. Du coup on a laissé tombé, les chanteurs c' est toujours un peu compliqué...
 
3. L'album comprend un morceau nommé "Abbesse", un second "Hiérophante" (prêtre qui explique les mystères du sacré) et enfin "Perséphone" (déesse des Enfers), soit des références à la mythologie et à l'antiquité grecque étroitement reliées à la religion. Cette thématique, emprunte d'un certain mysticisme, plane sur tout le disque. Pouvez-vous nous en dire plus sur le choix de ce fil conducteur et son lien avec "monde extérieur", la traduction de "Ausserwelt" ?

Pierre : Le choix des titres est intervenu après la composition des morceaux, comme une sorte de cartographie itérative a posteriori. Ce n’est pas un concept album même si toutes les chansons possèdent le même éthos. Ausserwelt est un voyage intérieur, une sorte de liturgie un peu baroque venant réverbérer un certain dégoût de la modernité pop nazie contemporaine. Une célébration sonique du sensible. Peut-être aussi une relecture psychédélique d’un antique territoire à la fois fantasmé et sublimé.

Jérôme : pareil que Pierre.

4. Je trouve que Ausserwelt est un disque personnel et très prenant, qui peut s'affranchir de toutes les descriptions stylistiques et qui se suffit amplement à lui même. Avec du recul, quel regard portez-vous sur ce nouvel album ? Que représente t-il pour vous et en êtes vous pleinement satisfait ?

Shiran : On peut envisager ce disque comme un premier disque car c’est la première fois que l’on joue tous ensemble sous cette formation. Alors il y a peut être des erreurs de "première fois" mais je suis personnellement très satisfait de ce que l’on à fait avec Ausserwelt. C’est là un premier jet spontané et concluant et les suivants iront j’espère encore plus loin.

Pierre : Merci ! Je crois qu’Ausserwelt s’est imposé à nous comme une étape cruciale pour la survie du groupe. Une sorte de renaissance non négociable en quelque sorte. Il fallait faire ce disque, quitte à foncer tête baissée et sabre au clair. On n’a jamais voulu pondre des "chefs d’œuvre". Year Of No Light est avant tout une praxis sonique et névrosée au service de l’électricité et de la mélancolie. C’est une extension de nos cerveaux malades. Une sorte de magma noir. On assume tous cet album. Il était bien sûr hors de question de refaire deux fois le même disque. Avec cet album, je crois qu’on a atteint les objectifs qu’on s’était fixés. Notre public a évolué aussi : plus de fans de métal extrême (doom, black) ou de musique drone/psyche/avant garde, moins de coreux à casquettes. Ausserwelt n’est qu’un début. D’autres chapitres restent à écrire.

Jérôme : pareil que Pierre.

Johan : Vraiment satisfait pour plusieurs points. Ce disque a été enregistré vraiment vite car on voulait avoir du son pour présenter ce nouveau line up. On a fait des concerts pendant un an sans avoir d’album représentatif sous le coude et du coup les gens étaient un poil perdus entre Nord et ces nouveaux morceaux. Et surtout le point le plus important pour nous est d’avoir réussi à le faire nous même à la maison avec Cyrille Gachet notre petit génie du son. On avait cette idée en tête dès les débuts du groupe de monter notre propre studio. Du coup quitte à payer un studio, on a préféré mettre la même somme mais pour que Cyrille puisse s’équiper et on n’est vraiment pas déçus du résultat !

5. Vous avez fait une très bonne reprise de "Disorder" de Joy Division, il y a de ça quelques temps. Pourquoi le choix périlleux de ce groupe/morceau plutôt qu'un autre ? Est-ce que ce morceau finira par sortir sur support physique ?

Pierre : Parce que c’est un groupe qui compte énormément pour nous. La lumière, l’obscurité, les friches industrielles, l’absence, la pluie et la rouille… Cette chanson en particulier. Le paradoxe, c’est que d’habitude, je hais les reprises de Joy Division

Johan : Ce morceau est déjà sorti sur 3 supports physiques ! A l’origine il a été fait pour le numéro 100 du fanzine Abus Dangereux qui avait une compilation cd d’inédits et qui a été vite épuisé, ensuite il est ressorti sur la compilation CD Temple Of Noise et plus récemment sur un 10’’ Dark 80’s sur Atropine Records aux côtés de Kill The Thrill / Abronzius et One Second Riot. Il devrait ressortir une dernière fois sur le CD bonus qui accompagnera la réédition 2xCD de Nord sur Music Fear Satan et sur un 7’’ ultra limité sur Wee Wee.
 
6. Sur le split avec Machu Picchu Mother Future, Year Of No Light explore des contrées davantage portées par le drone/ambient. Est-ce un domaine que vous vouliez explorer depuis longtemps ? Ces enregistrements ont-ils été réalisés précisément pour le split ? Aimeriez-vous développer ce sillon sur un véritable album ou cet élément restera t-il qu'un ingrédient parmi d'autres ?

Johan : On l’explore déjà depuis pas mal de temps (si tu réécoutes notre première démo (2004) il y a déjà des petits drones dessus et au début du groupe il y avait toujours des plages drones entre les morceaux et des final de concerts sur drones de larsens) mais oui c’est quelque chose que l’on essaye d’incorporer de plus en plus au sein même des morceaux. L’idéal serait d’incorporer l’ordinateur dans le set live classique comme nous l’avions fait au roadburn en 2008. Ces enregistrements avaient été faits pour tenter des collaborations avec Aidan (Nadja) et Dirk (Fear Falls Burning) avec qui ont a pas mal tourné et l’idée de les sortir sur un split est arrivée après.
Récemment on a composé 45 minutes de musique plus ambiante pour le ciné concert ‘Vampyr’ et nous l’enregistrerons cet hiver pour le sortir début 2011. Mais pour Year Of No Light cela ne reste bien sur qu’un élément parmi d’autres. Nous avons d’ailleurs d’autres projets uniquement axés sur ce genre de musique en dehors de Year Of No Light (Les orgues frelons pour Jérôme, Altair Temple / Lacustre & Nexus Sun pour moi-même…)

Shiran : Je pense que l’on va continuer à développer ce type d’ambiance surtout qu’on est quatre couillons aux cordes avec plein d’amplis et pédales et qu’on joue avec des batteurs qui préfèrent jouer du clavier que des cymbales.

Jérôme : c' est quelque chose que l' on continuera à développer et à intégrer à nos compositions, pour agrandir notre territoire, préciser notre vision et complexifier le labyrinthe.
 
7. Votre musique semble avoir, depuis Nord, un bel écho outre-Atlantique. Vous attendiez-vous à cela ? Une tournée aux Etats-Unis est-elle dans les tuyaux ?

Jérôme : l' écho qu' a reçu le groupe outre-atlantique à été particulièrement salutaire et nous a permis de pouvoir porter ce groupe encore un peu plus loin, il y aura surement une tournée aux USA un de ces jours mais pour l' instant on se focalise sur l' Europe du nord.

Johan : On ne s’y attendait pas vraiment mais on ne remerciera jamais assez Adam / Crucial Blast pour le super boulot effectué. On devrait effectivement aller tourner aux USA sous peu même si c’est encore un peu flou (on devait y aller en mars 2011 mais à la place on va retourner en scandinavie du coup ça se fera surement en fin d’année).

8. Nord a été édité chez l'excellent label du Maryland Crucial Blast (Across Tundras, Geisha). Ausserwelt (Music Fear Satan / Conspiracy Records) bénéficiera t-il lui aussi d'une édition US ? Quelles sont vos relations aujourd'hui avec les labels/groupes américains (Level-Plane, Crucial Blast...) ?

Jérôme : A priori Ausserwelt restera en distribution aux USA avec Conspiracy, comme beaucoup de label sont mal en point à l' heure actuel( LevelPlane à mis la clef sous la porte) je doute qu' il y est une édition américaine. On a de bonnes relations avec ces labels mais ils ramassent pas mal en ce moment malgré les apparences.

Johan : A la base le disque a failli sortir sur Translation Loss mais Conspiracy s’est avéré être un label mieux placé pour le défendre là bas avec un meilleur distributeur. Donc voilà pour l’instant Conspiracy a l’exclusivité mondiale pour le CD, mais nous verrons peut être l’année prochaine si on ne refait pas un repressage avec un label américain. Sinon les relations avec Crucial Blast se passent très bien (il a eu quelques soucis financiers avec la faillite de Lumberjack donc il ne pouvait pas nous aider), Level-Plane ça va quand Greg Drudy ne part pas en camping 6 mois… (véridique, le split avec Rosetta devait sortir sur Level-Plane mais sans aucunes réponses de sa part on a foncé pour le faire chez Translation Loss).

9. Year Of No Light semble être une entité extrêmement vivante et de ce fait pleines de projets ? Que se passera t-il pour le groupe dans les mois à venir ?

Jérôme : les projets concrets sont la sortie de la musique réalisée pour Vampyr de Carl Th. Dreyer que l' on a composé pour un ciné-concert. On va d' ailleurs présenter ce projet  lors du prochain Roadburn Festival, la sortie du split avec le groupe de stoner bordelais Mars Red Sky où il y aura aussi un morceau réalisé  en commun + un inédit chacuns, une tournée en Angleterre et aux alentours à la fin d’année et surement un grand tour d' Europe au moment du Roadburn. On a aussi commencé à composer pour le prochain disque…

Johan : Et je rajoute juste le split LP avec Altar of Plagues qui devrait sortir sous peu dès que l’on aura reçu leur morceau (le notre est en boite depuis mars !).

10. Pour conclure, quels disques tournent aujourd’hui chez les membres de Year Of No Light ?

Shiran : Sortilège - Larmes de Heros, Bathory - Nordland I, Maiden Voyage - The Journey Embarks, la BO de Super Castlevania IV.

Pierre : Sol Invictus - The Death of the West, Hooded Menace - Never Cross the Dead, Master Musicians of Bukkake - Totem 2, Bolt Thrower - War Master.

Jérôme : Sonic Youth - Evol, Art Blakey - Ugetsu, Male Bonding et Surfer Blood, le prochain Neil Young risque de tout enculer et de squater ma platine façon grosse sangsue libidineuse.

Johan : Le dernier Emeralds, les Master Musicians Of Bukkake, Weakling, Oneohtrix Point Never, Moon Duo, le dernier Swans, Salem, Indian Jewelry

Merci d’avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions. Nous vous souhaitons les meilleures choses pour vos futurs projets, que nous attendons avec une réelle impatience chez Metalorgie !

Senti (Octobre 2010)

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