Cult of Luna le 17/02/07 - Paris (La Locomotive)

Rencontre avec Johannes Persson , guitariste et chanteur de Cult of Luna, lors du concert parisien du groupe suédois, le 17 février 2007 à la Loco.
Après avoir traversé le labyrinthe des couloirs de la salle parisienne en suivant mon interlocuteur, nous nous posons tranquillement dans les loges ,en faisant  une petite mise au point sur leur arrivée à Paris ce matin ,lui s’ouvre une bière avant de commencer, très calme et souriant, mais en m’avouant tout de même la fatigue ambiante au sein du groupe. Son rêve actuel…arriver à dormir plus de deux heures la nuit…Bref, même si la forme n’est apparemment pas au beau fixe, ce qui n’altérera en rien , mais alors en rien la fantastique prestation live du groupe ce soir là, et ce qui n’altérera absolument pas la gentillesse et l’attention de mon extrêmement agréable interlocuteur….

Métalorgie : Vous êtes à la moitié de votre tournée européenne, alors, comment ça se passe ?
Johannes Persson : Tout se passe très bien. C’est très intéressant de voir comment le groupe évolue et de voir que de plus en plus de gens viennent à nos concerts, et d’avoir un bon accueil du public. A mon avis, ce sont les meilleurs concerts qu’on ait fait jusqu’à maintenant. Ouais, on est vraiment très content !

Métalorgie : Beaucoup de gens attendent vraiment vos concerts, parce qu’ils dégagent une très forte émotion… je me souviens d’un de vos concert, qui n’était forcément de la meilleures organisation, c’était au fury fest  il y a 2 ans…Vous êtes arrivés très en retard mais le concert était absolument intense, le meilleurs concert de Cult of Luna que j’ai vu… et un des meilleurs concerts tout court…est ce qu’une telle situation vous est arrivée de nouveau ? Malgré le stress vous êtes arrivés à produire quelque chose d’intense, et les gens en était extrêmement touchés…Il semble que le calme et l’apaisement se ressentent chez vous comme dans votre musique…Est-ce que c’est votre tempérament tout au long d’une tournée ?...
J-P : Haaa…L’émotion pour ce concert était la colère !...On était vraiment dégouté…Rien ne marchait, les organisateurs craignaient vraiment, ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient, on était plutôt remonté. Je pense que ce set est sorti plus agressif que d’habitude…Enfin bon, ce genre de problème arrive rarement…mais bon depuis cette période là, ce que je peux dire c’est qu’on a essayé plus de diversité, ce qui a apporté je pense plus de mélancolie. On a gardé l’agressivité du début tout en mêlant des parties encore plus mélodiques.

Métalorgie : A propos de votre son, il y a vraiment une évolution entre les deux premiers albums Cult of luna et The Beyond qui sonnent plus froids et plus fermés, et Salvation et  Somewhere Along the Highway qui sonnent plus ouverts, plus envahissants et plus atmosphériques (alternance entre mélodies claires et sons très lourds). Pouvez vous nous dire d’où vient ce changement de son ?
J-P : le premier album qu’on a fait, on a écrit les morceaux quand on était à la fin de notre adolescence. On était plus dans ce style de musique agressive. Quand on a eu l’opportunité d’enregistrer un autre album, on voulait perfectionner le son qu’on voulait sur le premier album. Faire de la même façon mais mieux sous tous aspects. On a eu plus de temps en studio que  jamais. On a fait une sorte de « over-production », tout était au maximum, parce qu’on avait jamais eu l’occasion de faire ça avant, d’avoir autant de temps en studio. Ca nous a fait une sorte de contrecoup, on trouvait finalement qu’il était surproduit et qu’il ne nous reflétait pas en tant que groupe live, depuis ce jour on a essayé d’avoir un son plus live sur les albums. Par exemple, on n’a fait aucun overdub, on a juste joué les guitares telles qu’elles étaient,  mais en condition studio, et sur Somewhere Along the Highway, on avait envie d’aller plus loin. On a pris tout le matériel, on est allé dans une cabane au milieu de nulle part, et on a enregistré le plus possible en live. On voulait faire sur l’album ce qu’on fait en live.

Métalorgie : On peut vraiment dire que Somewhere Along the Highway est la suite de Salvation, d’ailleurs vous reprenez clairement ce thème dans le morceau Dim, mais c’est en plus  un pas en avant. Vous intégrez de nouveaux éléments : 2 longs morceaux au chant clair, banjo sur And with her came the birds, des batteries programmées  dans le dernier morceau…qu’est ce qui vous a motivé pour ces nouveautés ? Comment êtes vous venus à ces nouvelles choses ?
J-P : On a toujours voulu repousser les frontières et ne pas se répéter. On veut toujours voir comment on peut étendre notre son sans perdre l’essence du groupe. Ce qui était clair au début de l’écriture de Somewhere Along the Highway, c’est qu’on voulait plus de place pour l’aspect électro. Surtout que notre claviériste a pris beaucoup plus d’importance dans le son. En fait,c’est pas la première fois qu’on utilise les batteries programmées. On l’avait déjà fait sur un morceau de The Beyond. Mais c’est bien plus clair maintenant, et c’est quelque chose qu’on veut continuer à faire. D’ailleurs, ce soir on joue Waiting for you (Salvation), qui est réarrangée avec des batteries programmées. C’est très important de ne pas perdre l’essence du groupe tout en continuant d’étendre ses possibilités.

Métalorgie : En écoutant Somewhere along the Highway, on a vraiment l’impression d’une sorte d’errance à travers de fortes émotions, de forts sentiments. Cette idée peut aussi se référer au titre de l’album. Ca sonne comme un road trip…le voyageur avance sans vraiment savoir ce qu’il l’attend, quelques fois perdu ou ébloui…Est-ce que c’est l’impression que vous avez voulu donner ?
J-P : Oui absolument, c’est une bonne interprétation de la chose… J’ai eu l’idée de ce titre d’album quand on était sur la route aux Etats-Unis. Quand on est sur la route, il y a beaucoup de fun…mais aussi beaucoup d’attente…de fatigue… (avec un sourire et me montrant les divers membres du groupe dans le vague ou en train de dormir dans les loges…). Tu ne fais pas grand chose, ton esprit s’évade, et tu es capable de réfléchir sur des choses comme ta famille, ta maison, d’une autre façon que quand tu y es vraiment. Comme tu dis c’est un  road trip  « émotionnel »… Tu comprends la valeur des choses d’une façon dont tu ne comprends pas quand tu es chez toi…Ouais, c’est une bonne explication de ce qui se cache derrière ce titre…

Metalorgie : Ce sentiment est même renforcé par le fait que beaucoup de vos nouveaux morceaux restent ouverts, je veux parler des derniers riffs, le morceau reste presque en suspend….
J-P :   Hummmm….. Les morceaux doivent fonctionner d’eux-mêmes mais comme un tout. L’album doit être un tout. On varie l’intensité pour garder l’intérêt. Les morceaux durent, continuent, ils prennent le temps qu’il leur faut, jusqu’à ce qu’ils se finissent. Trois ou seize minutes, peu importe, ils prennent le temps qu’ils doivent prendre.

Métalorgie : Est-ce vous pensez que ce serait judicieux de comparer votre musique et plus précisément encore Somewhere Along the Highway à la peinture de Caspar David Friedrich ? L’écoute de l’album me fait énormément penser à ça. Aussi bien dans la musique que dans les paroles. C’est à la fois paisible et désespéré, sombre… atmosphérique…Une sorte d’empathie avec votre musique... Quelqu’un qui contemplerait ses tourments…
J-P : Hipsssss…. Malheureusement je ne le connais pas…. Je suis désolé, tu n’as pas une photo ?....

Métalorgie : Ha non je n’en ai pas …c’est dommage ! je trouve qu’on pouvait vraiment connecter ses œuvres à votre musique….. !!!Hep, ben c’est pas grave !!!!
J-P : Ouep… !!! Mais bon pour rester sur cette idée d’atmosphère dont tu parles, quand on a commencé à écrire Erik (Olofsson, guitare) et moi, qui sommes ceux qui écrivent principalement, on a beaucoup parlé de ce sur quoi on voulait écrire,  de ce qui nous inspirait. L’environnement, l’ambiance de notre ville nous a beaucoup inspiré pour cet album, tu vois, une atmosphère un peu lugubre, sombre, dure…Et je pense qu’Erik a très bien saisi tout ça sur l’art work, tu sais, avec ce bouquet…, et c’est ce qu’on essaie de retranscrire musicalement et dans les paroles, tu sais, une certaine solitude…

Métalorgie : oui, et vous avez enregistré dans la nature… c’est bien ça ?...
J-P : Oui, on a enregistré en automne, au milieu de nulle part, c’était effrayant, dans une petite cabane. C’était intéressant parce qu’on était là avec le groupe tout le temps. C’était une expérience de vie mémorable. Complètement différent de ce qu’on faisait avant en studio.

Métalorgie : Cet aspect atmosphérique, tourmenté semble très nordique (cf Friedrich en plus…)…Vous savez ça me fait penser à une interview de Burst dans laquelle ils me disaient que cette forte implication des suédois dans la musique était due au fait qu’il fasse très nuit, et froid et que la solution pour «tenir » est de jouer de la musique…Est ce que vous partagez cette idée ?
J-P : Je ne pense pas qu’avoir des hivers froids et sombres fassent arriver à ces conclusions… Ce truc a été exagéré par les groupes et les artistes…Ca a été assimilé au son suédois, mais je crois que c’est de la merde. C’est dur de répondre parce que je viens de là-bas…Dans ma façon d’écrire, j’écris ce qui me plait, point. C’est nous qui choisissons ce qui nous inspire, comment on va aborder les choses. Erik et moi…Mais d’où vient cette inspiration, pourquoi j’écris comme ça, je n’en ai aucune idée… Je pense que des gens comme les journalistes, des autres personnes peuvent être meilleurs juges, ils peuvent mieux interpréter ce que je fais, et les raisons pour lesquelles je le fais. Pour moi c’est juste de la musique qui surgit de ma tête. Ouais, et je crois qu’on essaie de rendre le nord plus exotique et mystérieux qu’il ne l’est en réalité. Hummmm…De tels commentaires peuvent parfois m’énerver…. !! Je pense que c’est plus un climat d’ambiance musicale qu’autre chose, que les suédois sont plus enclin à essayer des choses nouvelles. Sur toutes nos tournées, la majorité des groupes sonnaient pareil. En Suède on essaie de faire quelque chose de nouveaux. Beaucoup essaie de faire ce que les américains sont déjà depuis dix ans. Et je pense que c’est probablement une meilleure explication de l’essor des groupes en Suède par rapport aux autres pays en Europe. Ouais, beaucoup de groupes essaient de nouveaux trucs et n’essaient pas de copier les groupes américains. Et ça, ça m’énerve aussi… !!C’est tellement facile de ne pas sortir des limites….Sois métal, fais ça…rien d’intéressant pour moi là dedans…

Métalorgie : Chaque tournée nous présente un nouveau line up, là vous retrouvez votre chanteur, est ce que ces changements sont difficiles à gérer ? Je sais que pas mal d’entre vous ont des projets musicaux en parallèle…
J-P : Oui, Frederik (Kihlberg, guitare)et moi on fait pas mal d’autres choses…enfin bref…Il était évident que quand on a enregistré l’album, Klas (Rydberg, chant) ne pourrait pas être avec nous sur toute la tournée…J’ai fais la moitié des voix sur les morceaux, et en live c’est presque pareil de toute façon. Ca va être cool de rejouer avec Klas. On a fait plus de cinquante dates sans lui. Son retour ça va être comme un truc nouveau. Lui pourra chanter les anciens morceaux, que moi je ne pouvais pas vraiment chanter, et les nouveaux morceaux, ça fera un bon mix d’ancienneté et de nouveauté… !!!

Métalorgie : Est-ce que vous allez renouveler l’expérience de la tournée US. Vous l’avez déjà faite une fois en compagnie de Mastodon et Breather Resist, est ce que ça vous a plus d’ailleurs ? C’était une très longue tournée, un peu plus d’un mois non stop…
J-P : C’était une tournée très intéressante, une des meilleures. Et oui, j’espère qu’on va renouveler cette expérience, j’espère vraiment, mais pour le moment on se concentre sur l’Europe. On verra, tôt ou tard, on y retournera !

Métalorgie : Vous êtes réputés pour sortir vos albums à très peu d’intervalle les uns des autres...qu’en est- il du prochain !?...Avez vous déjà amorcé la chose… ? Est-ce qu’il vous arrive de composer pendant une tournée ?
J-P : Non, on n’a pas commencé ! Rien de sérieux…Mais j’ai quelques idées … !!!Hummm, je n’écris jamais en tournée, rarement…Tu sais, quand tu es en tournée, tu as juste envie de faire le soud check et de jouer… Je ne  sais pas quand on va enregistrer, mais ça va être mortel, puissant !!! C’est moi qui te le dis !!

Métalorgie : Quelqu’un que vous voudriez remercier, ou soutenir pour terminer ?...
J-P : Je sais pas, j’ai pas de groupe préféré, ce soir ça va être classe parce que il y a Blue Neck, ben tiens, voilà, c’est mon groupe préféré de cette année. C’est dommage, ils n’ont pas le succès qu’ils méritent, parce qu’ils déchirent ! Et remercier…voyons…Tu sais, vraiment, en France les gens sont cool, vraiment adorables, et ils respectent les artistes…sauf pour les festivals mal organisés (clin d’œil)…On aime ça, ça va être mortel de retourner sur scène ce soir à Paris !!!

Métalorgie : Ok, c’est très sympa !...Hé bien merci beaucoup…
J-P : Merci à toi, c’était vraiment cool !....

Sam (Mars 2007)

Merci à Johannes Persson, Nancy @ Spay Prod. et Jon

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