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Katatonia par skype, 2023

Il est difficile d'aborder un groupe aussi emblématique et complexe que KatatoniaSky Void Of Stars, leur douzième album en presque trente ans, surprend agréablement une fois de plus avec un retour vers un registre qui se veut à la fois plus énergique et plus imprévisible. Nous en avons discuté avec Niklas Sandin, bassiste.



Salut Niklas, merci d’être avec nous ce soir. Le groupe peut se passer de présentation superflue, donc on va rentrer dans le bain directement. Katatonia a connu pas mal de turbulences sur les deux années passées, les tournées reportées à plusieurs reprises, des vols annulés, votre matériel égaré en revenant de Tasmanie et le Covid à la dernière minute avant le Hellfest… Comment vous vous sentez, maintenant que vous pouvez revenir sur scène plus forts que jamais ?

C’est super ! Ce serait un peu poussif de ma part de dire que l’on revient "tout juste" de notre tournée américaine (ndlr : de fin novembre à mi-décembre), mais ça fait déjà quelques semaines que l'on a repris les concerts et c’était génial ! Comme tu l’as si bien dit, on a eu quelques obstacles à surmonter, certains inédits pour nous, comme notre matériel perdu et le Covid juste avant le Hellfest et le Ton of Rock… Après, on était logé à la même enseigne que beaucoup d’autres groupes et… les gens plus largement.

C’est vrai. Mais vous êtes programmés au Hellfest cette année, pour rattraper la mésaventure de 2022.

Absolument ! On compte mettre le paquet sur le Hellfest cette année (rires). Et on a hâte de revenir, c’est un super festival. Il a l’air de prendre beaucoup de galon, suffisamment pour être un des gros noms en Europe.

A juste titre ! Votre premier Hellfest était en 2010, juste après ton intégration dans le groupe, puis une revanche en 2016, mais vous n’avez participé qu’à ces deux éditions, si je me souviens bien.

Oui, c’est bien ça et j’étais aux deux. Kiss a joué ce jour là, je me souviens bien et le fait de pouvoir les voir pour une première fois, c’était que du bonus, en plus de jouer à ce festival. J’en garde un excellent souvenir !

Votre nouveau chapitre Sky Void Of Stars, à l’heure où nous parlons, sort dans exactement quinze jours. J’ai eu l’opportunité de l’écouter en amont de l’interview et je peux affirmer sans crainte que c’est l'un de mes préférés de votre discographie. C’est donc votre douzième album studio, le premier sortait il y a trente ans et tu fais partie du groupe depuis quinze ans. On peut certainement saluer la longévité de votre carrière, vous pouvez en être fiers ! Avez-vous envisagé d’aller si loin quand vous étiez plus jeunes ?

On l’espérait, forcément et je plaisantais souvent avec ma mère et ma sœur sur le fait qu’un jour, je serais une rockstar au Mexique ! Pourquoi le Mexique, aucune idée, probablement parce que c’est très loin de la Suède et que ça avait ce côté exotique. Donc quand on a joué là-bas pour la première fois, c’était un événement important pour nous, mais aussi pour moi. J’ai enfin pu leur dire « Vous avez vu, j’y suis arrivé ». L’envie a toujours été là, je l’ai toujours espéré aussi loin que je me souviens. J’ai joué avec pas mal de groupes "underground" (ndlr : Lamia AntitheusAmaranLife Eclipse), avec des groupes locaux à l’envergure plus ou moins établie à Stockholm, mais jamais de tournée conséquente avant que je rejoigne les gars de Katatonia. Je suis reconnaissant de l’opportunité ainsi que d’être toujours présent.

Du coup tu peux enfin enlever Mexico de ta bucket list !

Complètement ! Et d’ailleurs, j’y retourne avec mon autre groupe, Lik. Parce qu’il n’y a jamais trop de saveurs centraméricaines dans nos vies et dans notre musique (rires).

Est-ce que tu as encore des choses à cocher sur ta liste, individuellement ou avec le groupe ?

Ça serait une chouette opportunité de pouvoir jouer au Japon ! On n’a jamais joué là-bas et moi-même je n’y suis jamais allé en solo. C’est une autre étape significative qu’on n’a pas encore atteinte, déjà de tester la nourriture locale et de pouvoir jouer devant un public qui semble différent de celui européen, du moins de mon point de vue.

J’ai quelques connaissances qui ont tourné au Japon et plus largement en Asie, les retours que j’en ai sont tous positifs. C’est vrai qu’un certain cliché persiste, que les Asiatiques n’aient pas l’air aussi portés sur le Metal que nous, que ce soit à cause de la distance ou du peu de groupes qui "osent" tourner dans cette région (il faut dire que tout ça a un coût). Mais en tant que public, les asiatiques sont vraiment chouettes, ils sont ultra-énergiques et n’hésitent pas à remplir les salles jusqu’au sold-out, donc si vous y allez un jour, je suis sûre que vous allez adorer.

Oui, je me rappelle un de mes albums live préférés, Children Of BodomTokyo Warhearts (1999), et ça s’entend que les gens sont dingues ! Du coup, je n’attends qu’une chose, c’est qu’ils le soient tout autant quand on jouera pour eux ! Que ce soit l’Asie ou d’autres endroits tout aussi dépaysants pour nous.



Revenons sur l’équipe qui vous a entourée. Silje Wergeland du groupe The Gathering était en featuring sur Dead End Kings (2011) et Anni Bernhard sur The Fall Of Hearts (2016). Qu’est-ce qui vous a motivé à choisir Joel Ekelöf de Soen, cette fois ?

Je pense qu’il y avait une idée admise qu’il correspondrait parfaitement au titre. Son timbre va très bien avec celui de Jonas, mais il apporte ce petit "quelque chose » en plus. Sans être le jour et la nuit, la différence de caractère rajoute de la couleur dans l’atmosphère du titre. Je trouve ça aussi intéressant qu’il chante un couplet et un refrain entier tout seul ; comme ça, on peut voir la manière dont il aborde les paroles et la mélodie. Puis, étant de Stockholm tous les deux, ils se connaissent depuis longtemps, donc c’était facile de demander.

Alors, en parlant de Jonas, ça aurait dû être une question pour lui, mais peut-être que tu peux y répondre ; Il a mentionné par le passé un thème récurrent de deuil, de remords, l’Homme contemplant sa propre mortalité… La référence à l’Eschatologie était d’ailleurs très inspirée ! On retrouve ces thèmes ainsi que beaucoup de similitudes entre Colossal Shade et Day And Then The Shade, puisque tu as justement bossé sur Night Is The New Day. Est-ce que vous considérez ces concepts en phase avec vos expériences individuelles ou vos croyances ?

Alors, je vois très bien de quoi tu parles, malheureusement je n’étais pas là lors de la conception de l’album, j’ai rejoint le groupe au moment de la tournée. Mais oui, c’est un thème récurrent pour tous les albums, je pense, parler ouvertement de la perte de quelqu’un ou quelque chose d’important, les remords… C’est clairement une représentation du côté sombre de notre existence à tous. Et c’est important d’avoir le cœur à s’ouvrir et d’en parler aussi librement que nous le souhaitons, même si ce n’est pas le genre de sujet qu’on aborde aux repas de famille. C’est une façon poétique de décrire ce que n’importe qui peut ressentir, quand la lumière est la plus absente. Ce qui est carrément le cas en ce moment en Scandinavie, c’est notre quotidien !

Ah oui en effet ! Combien d’heures avez-vous de jour en ce moment, 3/4h ?

À peu près oui ! En plus, en ce moment, il y a des échafaudages et des travaux autour de chez moi, donc j’ai encore moins de lumière, à cause de la grosse bâche en plastique. Que du bonheur. Je vois mes plantes vertes dépérir petit à petit, c’est génial. Morne comme on aime, ça pourra servir d’inspiration pour un prochain morceau !

A propos du processus d’écriture des paroles, est-ce que Jonas s’en occupe à 100% ou est-ce que vous contribuez dans une quelconque mesure ?

Oh non, je laisse cette partie entièrement à Jonas. C’est son domaine d’expertise et je n’ai aucunement la prétention de pouvoir faire aussi bien que lui. C’est sa voix, son message qui ont fait ce que Katatonia a été pendant très longtemps et est encore aujourd’hui. On ne change pas une équipe qui gagne, tu vois ? Je ne dirais pas que c’est la "clé" de notre succès, mais c’est partie intégrante de l’identité du groupe. Donc pour faire court, non, je n’essaierai pas d’écrire des paroles pour Katatonia, mais pour dans autre projet, pourquoi pas, je peux toujours parler de mes plantes mortes ! (rires) Ça fera un tabac à Noël, j’en suis sûr !

La fameuse branchette de gui mourant ! Et vis-à-vis des instruments, trouvez-vous ça compliqué de trouver un commun accord au sein du groupe, ou de trouver un sujet de composition après presque trente ans d’existence ?

Au risque d’être redondant, c’est Jonas aussi qui écrit la musique. Et je ne pense pas qu’il ait perdu la moindre miette d’inspiration, au contraire, même ! Il puise ses influences à tellement d’endroits, que ce soit chez d’autres artistes, la Pop culture, la vie elle-même… C’est un cercle vertueux, c’est pas comme un puit qui se tarit petit à petit avec une date d’échéance. Le point le plus important c'est que je dirais que sa musique est écrite dans l’unique but d’être bonne, pas pour satisfaire quelqu’un dans un démarche beaucoup moins sincère. C’est selon moi l’ingrédient principal pour écrire plus et mieux : ne pas se mettre une pression inutile et écrire quelque chose qui lui parait juste, qui lui plait… Si ça plait aux autres, ce n’est que du bonus ! Si tu t’éloignes de cette démarche, tu fais juste un produit pour vendre, tu ne fais plus de l’art.



Finalement, il n’y a presque pas besoin de se poser la question vu le nombre de personnes qui peuvent s’identifier aux paroles et à leur intention ! En parlant de créer, Antimatter a sorti en novembre dernier un opus avec uniquement des titres restés aux oubliettes, au fond d’un tiroir. Est-ce que vous aussi avez des titres ou fragments non divulgués jusqu’à présent ?

Alors, s’il existe des titres planqués dans un coffre-fort et qui n’ont pas été publiés, c’est quelque chose dont seul Jonas est au courant. Les seules pistes que nous connaissons, ce sont celles qu’il juge "dignes", suffisamment qualitatives pour être validées. Il a des standards assez haut placés, il peut être inflexible sur ce qui va (ou pas) finir sur l’album. Si ça ne faisait pas l’affaire à l’époque, il y a peu de chance que ça le fasse aujourd’hui, je ne pense pas qu’on prenne le temps de sortir les brouillons du tiroir.

D’accord, je vois. Pour parler de ce que vous avez sorti prématurément, pourquoi avez-vous choisi Austerity comme single ? J’ai dû écouter l’intro plusieurs fois pour comprendre que c’était un rythme 4/4 classique mais avec des triolets aux accents peu conventionnels, j’en connais plus d’un qui a été décontenancé !

Je pense que c’était le but, faire en sorte que les fans ou les auditeurs n’aient pas ce sentiment de "sécurité", qu’ils ne sachent pas quoi à s’attendre à chaque sortie de single. Il faut qu’il y ait du challenge et c’est ce qu’on essaye de faire avec le groupe. On aime l’effet de surprise, que ce ne soit pas trop simple à digérer dès la première écoute et que sur le long terme ça suscite l’intérêt, la curiosité, bref, que ça reste mémorable. C’est du moins mon cas : quand j’écoute quelque chose pour la première fois, si c’est trop simpliste ou trop bateau, d’accord, à l’instant T, ça va peut-être marcher, mais je vais vite l’oublier.

C’est bien d’avoir de l’éclectisme dans les singles, ça évite de cerner l’album dans sa totalité. Un peu comme ce qu’on a fait à la sortie de Lacquer pour City Burials. Les fans étaient persuadés qu’il y aurait beaucoup plus de sons électroniques, ils ont spéculé, pour au final constater que le single suivant, Behind The Blood, s’ouvre sur un gros riff qui hurle ! Il faut rester sur le qui-vive. 

En écoutant l’album, c’était difficile de choisir un favori, compte tenu de l’homogénéité de l’album, mais je pense que je choisirais Drab Moon ou Birds. Dis-moi si je me trompe, mais j’ai l’impression que Birds a été fait pour le live, je le trouve plus "pêchu" que les autres.

Tout à fait. En soi, la quasi-totalité des morceaux de cet album ont été pensés pour un format live, du fait d’avoir été privés de scène pendant si longtemps car forcément, l’envie d’y retourner nous a influencé. On a hâte de les jouer ! 

Peux-tu nous éclairer quant aux nombres à la fin du titre ?

Je sais ce que c’est, maiiiiis… Je ne vais le dévoiler ici. Si cette information sort un jour, dans un futur incertain, ce sera par Jonas lui-même. Pour l’instant, ça restera secret.

D’accord, pas de problème. Outre l’évident fil rouge conducteur thématique devenu signature de Katatonia, quel est ton titre préféré de l’album et pourquoi ?

C’est difficile à dire, mais je pense que c’est Atrium. C’est peut-être biaisé, mais c’est la première piste que j’ai écouté lorsqu'on était encore au stade de préproduction. C’est celle qui a le plus retenu mon attention et je trouve que c’est la plus enjouée et la plus unique. Après, mes goûts vont et viennent, donc actuellement c’est Atrium, mais peut-être que plus tard, à la fin de la tournée, ce sera un autre titre !

Comment décrirais-tu Sky Void Of Stars en quelques mots ? A quoi doit-on s’attendre en comparaison à City Burials ou aux autres albums ?

Je dirais que les gens doivent s’attendre à quelque chose de plus percutant, de plus direct, avec des titres plus réfléchis et plus qualitatifs (du moins on essaye), mais tout en gardant ce côté sombre, morose et mélancolique qu’on nous connaît.

D’accord ! Pour clôturer cette entrevue, si tu pouvais inviter un artiste - toujours vivant ou non, au choix - sur un album, qui choisirais-tu ? Et quel.le(s) artiste(s) écoutes-tu en ce moment ?

Ooooh, très bonne question, pour le guest. C’est très compliqué de choisir ! Je pense que l’idée émergerait au moment de l’écriture de nouveaux titres avec Jonas, en essayant de jauger ce qui pourrait matcher. Mais dit comme ça sans trop réfléchir, je choisirais quelqu’un "off charts", du jamais vu, comme Lady Gaga. C’est une excellente compositrice et parolière, le bagage qu’elle apporterait donnerait une collaboration très intéressante. Et pour revenir à ce que j’écoute en ce moment, elle en fait partie. J’aime beaucoup la Country aussi, notamment Cody Jinks. C’est ce coté un peu "roots" du honky-tonk que j’aime retrouver une fois de temps en temps, parce que c’est très différent de ce que j’écoute majoritairement et je trouve que ce style possède une sorte d’humilité presque libératrice.

C’est peut-être un peu plus "mainstream" mais moi-même j’aime beaucoup Chris Stapleton, c’est un chanteur extraordinaire !

Tout à fait d’accord !

Eh bien, c’est tout pour moi, encore merci d’avoir pris le temps de nous répondre et on se voit dans un mois sur la tournée !

OonaInked (Janvier 2023)

Un grand remerciement à Sounds Like Hell Productions pour l'opportunité.

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