Deep ELM le 11/11/06 - Mail

Metalorgie : Dix ans déjà. Ca a plutôt l’air de se passer pas trop mal ?

Chuck : Etant donné que nous sommes un label indé, je dirais que nous nous sommes assez bien débrouillés. La plupart des indés disparaissent au bout de quelques années. On fait partie des chanceux. Bien sûr, nous travaillons très dur et on a eu la chance de pouvoir sortir de nombreux disques formidables.

Metalorgie : Belle carrière également pour les Nada Surf, qui ont sorti The Weight is a Gift l’année passée, et qui étaient donc votre seconde production, pour un 7" inch. Vous êtes toujours en contact avec eux ? Vous les suivez ?

Chuck : John discute encore avec Matthew de temps à autre. En fait, ils se sont croisés par hasard au cours d’un voyage en avion il y a quelques années. C’est génial de voir ces gars réussir.

Metalorgie : Il n’y a que John et toi à Deep ELM? Ou la famille s’est elle élargie au fil des années ?

Chuck : Il n’y a plus que John et moi maintenant… Et ç’a été en grande partie le cas depuis six ans et demi que je suis ici. Avant moi il y avait une fille, Lisa... Et un gars, Dave je crois. On a eu une troisième personne, Will, pendant presque deux ans. On est d’ailleurs toujours en contact. Il y a aussi eu quelques stagiaires de temps en temps, mais c’est tout.

M. : Votre famille justement, votre entourage, quelles ont été leurs réactions lorsque vous leur avez présenté ce projet, cette aventure ? Est-ce que ça a changé depuis ?

C. : Je suis là depuis presque sept ans et ma famille me soutient à fond dans tout ce que je fais, même si je ne gagne pas des milles et des cents. Ils savent que j’adore mon boulot, et que je serais sûrement malheureux ailleurs, où que ce soit.

M. : En parlant de changement radical, c’est quelque chose que l’on relève souvent dans vos "fan mails", ce côté "changement de vie". J’en veux pour preuve les :
" […]deep elm is something that changed my life […]"
" […]Thank you Deep Elm for putting out music that has so thoroughly changed my life[...]"
Vous arrivez à prendre conscience de l’impact de votre travail ? Vous avez jamais ‘choppé le melon’ ?

C. : J’aime la musique et les groupes et je sais combien cela peut affecter les gens, mais soyons honnêtes : nous ne sommes pas des super héros. Il y a de nombreuses personnes qui font des choses bien et concrètes, comme adopter des enfants ou travailler à la soupe populaire... ou guérir le cancer. Nous sommes justes des types qui veulent partager de la bonne musique avec les gens. Rien d’autre.

M. : L’impact sur les auditeurs c’est une chose, mais on la sensation que c’est surtout la scène musicale indépendante qui en bénéficie. Comme si le label avait toujours un temps d’avance, tandis que pas mal d’autres ne font que suivre la mouvance. C’est un sentiment que vous partagez ?

C. : Je pense qu’on a toujours eu une longueur d’avance… Mais c’est sans réelle stratégie. On travaille simplement avec les groupes qu’on aime et qui font de la musique qui selon nous mérite d’être écoutée. On doit juste avoir très bon goût. Je crois que Deep Elm a été l’un des premiers labels indés à vraiment utiliser le net. John a travaillé très dur sur notre site web et il est conçu pour être adapté au fan de musique.

M. : Ce qui nous amène au choix des formations signées. Je crois savoir que c’est John qui en a la charge ? Comment se déroule le processus de signature ? Et parviens tu  à te faire entendre ?

C. : C’est un travail d’équipe, mais John a le dernier mot. C’est son label, après tout.

M. : Vous avez déjà regretté de ne pas avoir signer tel ou tel groupe ? Et quel groupe rêveriez vous de signer si vous en aviez l’opportunité?

C. : Aucun regret. Rien n’arrive par hasard. Mon rêve serait de signer Spy Versus Spy, un groupe peu connu de Grande Bretagne qu a splitté il y a quelques années. En fait, une de leurs chansons figurait sur The Emo Diaries Chapter 4. Little Lights, leur dernier album, est mon disque préféré de tous les temps. Malheureusement, il est maintenant introuvable. Si je pouvais faire quelque chose d’idiot sans avoir à me préoccuper de l’argent, je rééditerais carrément ce disque.

M. : D’ailleurs vous êtes attentifs à ce qui se fait en dehors des frontières états-uniennes ? Vous allez me répondre que oui, vu l’objectif de la compilation This Is Indie Rock. Alors qu’est ce qui a motivé cette dernière plutôt que de poursuivre la lancée The Emo Diaries ?

C. : Bien sûr que oui. Quelques uns de mes groupes preférés viennent de Grande Bretagne, d’Italie et de France. Je suis un grand fan d’Amanda Woodward, Daïtro et Mihai Edrisch. Evidemment j’ai déjà parlé de Spy Versus Spy, mais il y a aussi Free Diamonds, Dartz ! et Hot Club de Paris qui viennent du Royaume Uni, et Settlefish, Disco Drive ou The Death of Anna Karina d’Italie.
On a lancé une nouvelle série de compilations parce que le terme emo était utilisé à outrance... et à tord qui plus est. A la base, il ne devait y avoir que huit volets. C’était le plan de départ, mais on a fini par aller jusqu’au dixième.
Je ne veux pas gâcher la surprise, mais il se pourrait bien que The Emo Diaries soit de retour un de ces jours...

M. : D’après ce que j’ai pu lire, vous passez une grande partie de vos journées à écouter des nouveautés. Alors trois questions : est ce qu’il n’y a pas une sorte de ras le bol qui s’installe à force, une sorte de saturation qui vous empêcherait d’avoir un jugement objectif ? Etes vous tombés sur une perle française dernièrement ? Et pourriez vous nous décrire une journée type ?

C. : On reçoit plein de démos cradingues... Mais ça vaut toujours le coup de dénicher la perle rare dans la masse. A part ceux dont j’ai parlés, ça fait longtemps que je ne suis pas tombé sur un super groupe français, mais je suis sûr que ça va arriver !
Ce serait impossible de décrire une journée de travail à Deep Elm tellement il y a de choses à faire. John et moi faisons tout nous mêmes... De la promotion au design du site web en passant par la gestion des commandes en ligne. On est totalement DIY !

M. : Les tournées, la bière, les filles, ça vous donne pas envie par moment ?

C. : Notre bureau est assez bien géré. On écoute beaucoup de musique et on balance des « putain ! » toutes les cinq secondes, mais tout le reste, c’est du travail. J’adorerais partir en tournée avec un groupe, mais je réalise en même temps que c’est vraiment dur de survivre sur la route. J’ai presque 31 piges ! Je ne sais pas si mon corps pourrait encore supporter ça. J’aime dormir dans mon lit douillet avec ma femme. Je suppose que ça fait pas très rock’n’roll, mais c’est la réalité.

M. : Selon vous, l’aventure Deep ELM aurait-elle était possible sans l’avènement d’internet et des nouvelles technologies ?

C. : Aucune chance. Presque tout ce que nous faisons a un rapport avec la technologie et internet. C’est dingue comme tu peux répandre une info en quelques secondes. Après, c’est sûr que la technologie a rendu le téléchargement illégal plus facile.

M. : Vous proposez souvent des offres très alléchantes sur le site, est ce une façon de lutter contre le téléchargement? 

C. : Pas vraiment. Le téléchargement illégal existera toujours, quoi qu’on fasse. Les gens qui piratent des chansons continueront à le faire quelle que soit l’attractivité de nos promos sur le shop en ligne. Nous faisons ça pour remercier ceux qui commandent directement chez Deep Elm. Nos clients fidèles, si tu veux. C’est aussi un moyen de rendre intéressants les vieux articles du catalogue. Il y a vraiment de formidables disques qui jalonnent l’histoire de Deep Elm.

M. : Toujours dans cet univers, vous paraissez très proches des ‘petits médias’. Quelles en sont les raisons, parce qu’après tout, tous les labels ne le sont pas ?

C. : C’est simple… les gens qui ont de la jugeote passent beaucoup de temps sur internet. C’est au moins aussi puissant que la presse écrite, si ce n’est plus. En fait, les magazines sont un peu dans le pétrin en ce moment. Ca m’embête d’ailleurs, parce que j’adore le support papier.

M. : Et à moyen et long terme, quels sont vos projets ? Qu’en est-il de celui de proposer l’intégralité de votre catalogue sur MyWire, chose que vous avez dû abandonner.

C. : De nouveaux disques de Sounds Like Violence, Free Diamonds, Lock and Key et Clair de Lune arriveront en 2007. On avait tout mis sur Mywire pendant un moment, mais c’était pour une durée très limitée.

M. : De nouvelles signatures en vue sinon?

C. : Rien que je ne puisse encore dévoiler !

M. : Est ce que vous prévoyez des immersions dans des styles moins coutumiers, peut-être plus extrêmes (metal, grind, etc.)? Ou pas d’ailleurs… Peut être un groupe ska/punk avec Chuck vu qu’il sait jouer de la trompette il me semble. ;)

C. : On ne sait jamais. Si nous pensons qu’un groupe est bon et que nous adorons vraiment la musique, nous sortirons son disque quel qu’en soit le style. Mais bon, est-ce que ça existe « un bon groupe de ska » ?

M. : Finalement qu’aurez vous retenu de ces 10 années de labeur, et qu’est ce que vous nous préparez pour fêter ça ?

C. : Ne te lance jamais dans la création de ton propre label, à moins que tu ne veuilles perdre énormément d’argent. Pour les dix ans de Deep Elm, on a prévu une compilation très spéciale.

M. : Un top 10 Deep ELM a conseillé à nos lecteurs Chuck ?

C. : C’est vraiment trop dur, mais voilà mon top 10 sans ordre particulier…

Free Diamonds - There Should Be More Dancing
Latterman - No Matter Where We Go
Red Animal War - Black Phantom Crusades
The Appleseed Cast - Mare Vitalis
Settlefish - Plural Of The Choir
Benton Falls - Fighting Starlight
Clair De Lune - Marionettes
Camber - Beautiful Charde et Anyway I’ve Been There
Desert City Soundtrack - Contents of Distraction

M. : Nous vous remercions pour votre temps et vous souhaitons un bon anniversaire, bonne continuation et à dans 10 ans.. Un dernier mot pour nos lecteurs ?

C. : Soutenez votre scène indé! Créez une communauté de gens qui sont là pour la musique / l’art et pour se faire des potes ! Myspace c’est le mal !

Djou (Novembre 2006)

Merci à Chuck @ Deep ELM, NO Fun For A FX et Caillou.

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