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Stengah Hellfest 2022

En cette fin d’après midi, Lelag et Fat ont eu la chance de pouvoir échanger quelques mots avec Eliott (batteur et compositeur) et Nicolas (chanteur) de Stengah, qui ont eu la lourde responsabilité de débuter les hostilités de cette dernière journée du premier week-end de l’édition (folle) du Hellfest 2022. On y parle évidemment de leur prestation, de la sortie de leur premier album, et plus, car affinités…



Merci beaucoup de nous accorder cette interview, j’ai lu plusieurs chroniques de Soma Sema, qui commencent toutes à peu près comme ça : “Stengah est un nouveau groupe de djent français qui nous vient des Hauts de France”. A propos du style, est-ce que l’étiquette djent un peu fourre tout c’est quelque chose qui vous convient ? Perso je trouve que c’est un peu réducteur… Vous en pensez quoi ?

Eliott : Alors réducteur, oui, c’est clairement le bon terme, le djent c’est un style très précis, dans lequel je ne me retrouve pas forcément, sans aucun jugement de valeur bien entendu..

Peut être très / trop codifié ?

Eliott : Oui c’est très codifié effectivement, tous les détails qui font que le djent est ce qu’il est, je ne les retrouve pas forcément dans Stengah, du coup personnellement je trouve un peu surprenant que ce soit cette étiquette en particulier qu’on nous colle de prime abord. Je me demande en fait si ce serait pas avant tout parce qu’on s’appelle Stengah (aussi un titre de l’album Nothing de Meshuggah), et que la corrélation avec Meshuggah est de fait assez évidente. Nous on parle plutôt de metal progressif, qui est un style un peu plus large mais qui nous correspond un peu mieux. Metal c’est assez évident, et le côté progressif parce qu’on a bouffé du prog, on a nourri nos compos d’influences comme Genesis, King Crimson, Magma, Pink Floyd, etc. Une composante progressive qui nous est chère, sans pour autant tomber dans du Opeth par exemple. 

Ces influences là elles sont quelque part dans un coin de ta tête lorsque vous composez, ou c’est une intention forte et assumée ?

Eliott : Oui complètement, je cite souvent Magma, à titre personnel c’est un groupe que j’admire énormément, c’est LA musique que j’aime, Christian Vander a une façon de concevoir la musique dans laquelle je me retrouve totalement, qui me parle énormément et que je trouve surpuissante, il n’y a aucune limite, tout est permis et ils arrivent à nourrir un style qui leur appartient et qui les définit.

Le fait qu’il soit batteur ET compositeur ?

Eliott : Oui c’est exactement ça, ce sont des albums avec lesquels j’ai grandi, et un personnage auquel je me suis rapidement identifié, j’ai beaucoup appris en étudiant sa méthode de travail et son propos sur la créativité, je me suis toujours dit “c’est génial de faire les choses de cette façon là”. Lui même explique très bien, quand il a un son en tête, il va pas forcément savoir comment le reproduire, il est pas guitariste, mais pourtant il va quand même trouver le moyen de reproduire ce son, pour ensuite amener les musiciens à se l’approprier, c’est (à mon échelle) ce que je fais également avec Stengah, je compose les guitares, mais de façon absolument pas académique, ce qui oblige parfois les deux guitaristes à désapprendre, à s’éloigner un peu de ce qu’ils ont appris, pour pouvoir s’approprier des lignes créées par un batteur, c’est un procédé qui enrichit énormément le spectre musical et artistique.

Ça fait pas trop mal au crâne pour un guitariste justement d’apprendre des riffs de “batteur” ?

Eliott : (rires) Ouais au départ c’était pas évident, et pas parce que c’est ma vision des choses, mais plus par rapport à ce que ça représente en termes de musicalité, je me rappelle Max au début, qui avait un peu de mal avec le concept par exemple. C’est pas forcément facile à entendre pour un guitariste de se voir demander de jouer de la batterie avec une guitare. Faut l’accepter, faut le digérer, et c’est pas du tout un problème d’aptitude, techniquement il a toujours été capable de le faire, mais c’est quelque chose qu’il faut intégrer, musicalement.

Ensuite, pour nous Stengah c’est pas si nouveau que ça, étant donné qu’on est tous les deux de la région lilloise, je dirais qu’à vu de nez le groupe approche des dix ans d’existence…

Nicolas : pour Eliott oui c’est ça

Néanmoins on sera tous d’accord pour dire que 2022 c’est un peu un tournant pour le groupe, avec la sortie de Soma Sema, votre premier album, pourquoi avoir attendu autant de temps ? Vous pouvez nous détailler un peu les étapes qui ont mené à cet aboutissement ?

Eliott : alors je peux te donner trois étapes, trois phases principales. 
La phase de création du groupe, qui a duré à peu près trois ans, je dirais jusqu’à l’arrivée de Nico en juin 2015, qui est venu apporter son identité au groupe, par sa présence sur scène et par le chant bien entendu.
Ensuite la deuxième phase c’est la sortie de la démo Mechanic of the Sphere en 2016 avec laquelle on a tourné pendant deux trois ans, et qui nous a ouvert pas mal de portes puisqu’on a pu faire le Wacken en 2017. Donc pas mal d’activité à cette époque, jusqu’à ce qu’on décide de se lancer dans la conception d’un album, y’avait largement de quoi se lancer dans l’assemblage d’un puzzle. 
Ça a pris pas mal de temps : le temps de peaufiner la cohérence, le temps d’enregistrer, le temps de rencontrer aussi Richard Gamba qui est devenu notre manager par la suite, et puis surtout le temps de réfléchir un peu, de se dire qu’on allait pas le sortir tout de suite, qu’on allait apprendre à l’enrichir. L’enrichir assez pour aller voir des labels, récolter des avis autour de nous…

Y’avait pas forcément d’urgence à ce moment-là ?

Eliott : Non, vraiment pas, avec du recul il y avait tout à y gagner d’être juste patients et de voir jusqu’où la démarche et le taff pouvaient nous mener, de le soumettre à des oreilles très expérimentées, qui allaient être capables de l’écouter, et d’aller trouver les références et les subtilités qui font que ça n’est pas que du metal, mais aussi du rock progressif, du jazz, etc. 
On a été très patient, cette dernière phase a été très longue, et puis en 2019 l’album était prêt, puis pouf covid et hop, on a perdu deux ans, comme un peu tout le monde… Mais en réalité il ne s’est écoulé que trois ans entre la démo, qui nous a juste servi de support pour commencer les concerts, et la conception de l’album.

Une réaction particulière après cette première prestation au Hellfest ?

Nico : alors moi c’était mon premier Hellfest, donc y’avait aussi la découverte du festival au programme, c'est-à dire se balader, découvrir les scènes, et prendre ses marques sur la main stage 2. 
Et puis une fois monté sur scène, c’est assez marrant parce qu’il y a deux choses principales qui se dégagent, un petit côté “tableau”, beaucoup de choses à voir dans le champ de vision qui pourraient te déconcentrer, mais une fois le choc passé, la deuxième chose qui se dégage c’est qu’émotionnellement c’est très fort, c’est un moment de partage assez incroyable. 
Donc entre le paysage qui s’offre à toi, le moment de partage et le public qui réagit super bien, on s’est même retrouvé à jouer la fin d’Above Humanity beaucoup plus lentement, parce qu’on l’a senti comme ça, parce que le public a réagi et nous a quelque part entraîné là dedans. C’était assez magique et on a encore un peu de mal à redescendre sur terre haha.

Pas trop dur de commencer une journée de festival à 10h30 ? Ou alors c’est le contraire et ça vous a retiré un peu de pression ?

Nico : moi j’avais pas mal d’appréhension effectivement, j’avais eu des échos, “des fois le matin ça vient, ça vient pas”, on peut pas vraiment anticiper l’affluence. J’ai pas beaucoup dormi à cause de ça je t’avoue, mais finalement le public est venu, et on a même lancé un wall of death à 10h30…

Un p'tit wall of death avec ton café ?

Nico : (rires) ouais c’était un peu ça…



C’était préparé ?

Nico : nan même pas, on a un passage qui s’y prête, je suis allé voir Eliott, je lui ai dit “allez on le fait ?”

Eliott : c’est même arrivé un tout petit peu trop tard, le temps qu’on se regarde et qu’on se dise on le tente, c’était un peu chaud. Mais super content du résultat. 
C’est vrai que c’est un sacré challenge de démarrer une journée de Hellfest. Moi je viens ici depuis plus de dix ans, je connais bien le festival, je l’ai vu évoluer, je savais que c’était pas évident de passer en premier, mais je m’en rends compte encore plus aujourd’hui, et ça quelque soit la scène, les gens sont pas encore complètement dans l’ambiance festival, faut aller les chercher, les mettre à l’aise. On a essayé de travailler le set dans ce sens là d’ailleurs, d’avoir une intro percutante, qui interpelle, de bien lécher le final également, et d’essayer de faire réagir le public, c’est hyper important. Le temps de jeu est très court donc faut vraiment pas rater le début et la fin.

Assez rare pour un groupe qui sort tout juste son premier album d’être signé chez Mascot Records, vous pouvez nous raconter comment ça s’est passé ?

Eliott : c’est même une première en fait, on nous l’a dit après coup mais premier album d’un groupe français, c’est la première fois oui. Bon ça c’est pour l’anecdote, mais c’est super gratifiant, d’avoir été sensible à notre musique, d’avoir compris ce qu’on proposait. 
On a essayé plein de labels comme je disais tout à l’heure, on a récolté des avis à chaque fois qu’on pouvait, mais on ne voulait pas forcément signer avec le premier label un peu connu. Et Mascot Records au final, c’est pas un label metal, ils ont aussi des groupes de ce style, mais c’est surtout un catalogue gigantesque et touchant à tous les styles et c’est ça qui est génial avec eux, c’est qu’il ont tout de suite capté les subtilités, les influences et ce qu’on voulait exprimer. 

Donc au final c’est peut être eux qui vous correspondait le mieux ?

Eliott : Oui je pense, je me souviens de la réponse d’un autre label qui disait à la fin de leur mail qu’ils nous souhaitaient de trouver “the right home” pour la signature de l’album et finalement c’est ce qu’incarne à 100% Mascot Records aujourd’hui. Donc oui très contents.

Y’a t-il un fil directeur pour l’album niveau propos et ambiances ? J’ai lu que He and the Sea par exemple, est tiré d’un livre pour enfant, vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Eliott : Oui carrément, alors la compo ne raconte pas le livre, mais emprunte beaucoup à l’imaginaire que dégage cette histoire, qui s’appelle “la mer et lui” - pour le coup j’ai aussi emprunté le titre - mais c’est cet imaginaire un peu infini, qui parle aux enfants, mais qui me parle également aujourd’hui en tant qu’adulte qui m’intéressait tout particulièrement. 
A partir du moment où on adhère au concept et à l’univers, on est prêt à accepter à peu près tout et n’importe quoi, c’est ça que je voulais retrouver comme sentiment. 
C’est l’histoire d’un vieux marin qui emmène la mer avec lui avant de rentrer sur terre, on accepte l’idée que la mer puisse suivre un être humain et en même temps vider les océans, je trouve ça fantastique en terme d’imagination et de créativité, et c’est ce qu’on a essayé de distiller dans ce morceau là justement. Au niveau du clip également, le côté enfantin, le manège, etc… 
Une phrase qui m’a marquée et que j’ai entendue il y a quelques temps qui disait “un adulte qui se sent bien c’est un enfant qui a survécu”. Dans le sens où on devient adulte, on a des responsabilités mais rester un enfant c’est continuer à croire en plein de choses, à s’amuser. Je retrouve ça au Hellfest notamment, y'a que des grands gamins ici.

Des gamins poilus…

Eliott : (rires) Ouais mais c’est ça qui est génial, on sait pas ce que donne le reste de leur vie mais en tout cas pendant le festival tu sens que ça lâche prise, qu’ils croient l’espace d’un instant en à peu près tout et n’importe quoi. Tu prends, parfois certains concerts où les mecs sont déguisés ou ont une scénographie et un visuel très travaillés, même si musicalement ça me touche pas, l’espace d’un instant je suis le premier à être émerveillé par ce genre de truc. Donc voilà c’est un peu tout ça qu’on a mis dans ce morceau là finalement…

Justement tu évoquais rapidement les clips, il y a un énorme boulot au niveau vidéo, avec 3 clips qui se succèdent, partagent certaines références et certaines collaborations artistiques. Pouvez nous en dire plus sur les collaborations avec Pascal Duquenne (sur At the Behest of Origins) et Aliashka (sur He and the Sea) notamment ? Pascal Duquenne a eu un prix d’interprétation à Cannes il me semble ?



Eliott : oui, Pascal a eu plusieurs prix d’interprétation pour sa performance, et le clip a été primé ou nominé à plusieurs reprises dans des festivals en Europe. 
Bon on a pas toujours compris ce qu’on en disait mais le clip a l’air d’avoir plu et touché les gens, on est super contents. 
A propos de ces clips, je crois qu’on a autant écrit qu’improvisé ces clips, parce qu’il s’est vraiment passé quelque chose pendant les tournages, une sorte d’émulsion, d’alchimie entre les acteurs avec lesquels on a travaillé, les réalisateurs, les lieux, un peu comme un concert au final, où on improvise avec les éléments en place, ce qu’il y a autour de nous et on finit par se jeter à l’eau, on teste des trucs et on voit ce qui se passe, ce qu’il en ressort.

Nicolas : c’étaient de très belles rencontres au final. Mais c’est vrai que ce clip là en particulier (At the Behest of Origins) est très contemplatif, moi j’ai découvert après coup les images puisque je n’ai pas pu y assister, et j’ai pris ma claque…

Le clip dit et raconte pas mal de choses alors que les acteurs sont très figuratifs, ya quelque chose dans les regards, dans les expressions…

Eliott : complètement d’accord oui, et on a même retiré les passages où on voyait le groupe jouer, on trouvait que ça n’apportait rien, que ça le bousillait même et que le clip se suffisait à lui même. 
Au final on l’a un peu travaillé comme une poésie, on peut trouver le texte associé sur le site, c’est le lien entre le clip et la musique.

L’espèce de monstre qu’on voit sur les 3 clips, ça vient d’où ?

Nicolas : la bête noire… le petit easter egg commun aux trois clips.

Eliott : ça fait un peu écho à ce que je disais tout à l’heure sur le fait d’avoir grandi mais d’avoir gardé une âme d’enfant, de continuer à rêver, de rester dans un imaginaire. Ce monstre là représente des passages à vide, des points noirs, des journées de merde, coups de mou, ce genre de chose… 
On a incarné ce sentiment là par cette espèce de bête noire qui te suit non stop, et qui à mon avis peut parler à tout le monde, on peut soit le montrer, soit en parler, ou garder ça en nous, c’est pour ça que c’est un personnage qu’on aperçoit mais qui n’existe pas vraiment.

Il y a je trouve une cohérence globale, que ce soit au niveau de la musique, des ambiances, des visuels, etc… que certains groupes bien plus connus ou reconnus que vous n’auront jamais. Est-ce que c’était une évidence d’y aller à ce point à fond ? Est-ce que depuis les origines du projet il y avait cette volonté de toucher à toutes les facettes artistiques ?

Nicolas : c’est vrai que depuis le tout début du groupe, il y a cette volonté d’essayer d’aller toujours un peu plus loin, cette volonté de continuité artistique. Sur Mechanic of the Sphere par exemple on avait déjà travaillé avec une artiste peintre (Oceya) qui a également signé la pochette, on voulait déjà à la fois de la musique et des visuels c’était important pour nous. Notre musique est très organique, le visuel est aussi important.

C’est quoi votre programme pour le reste du festival ?

Nicolas : moi je suis arrivé hier, mais Eliott est là depuis jeudi. Le temps d’amener le bus, de décharger le matériel, on a juste profité un peu hier après midi, on est allé voir tous ensemble Pelican et Messa, certains sont restés pour les têtes d’affiche mais globalement on s’est couché pas trop tard histoire d’être à peu près frais ce matin, et puis aujourd’hui... on a joué… et on est là… (rire). 
On a pas bougé notre cul de la tente de presse depuis ce matin. 
On a rencontré quelques artistes aussi c’est une super opportunité, on a croisé Maximum the Hormone, Jinjer et Lacuna Coil, vraiment très cool…

Eliott : …et Gojira évidemment, ça a une résonance toute particulière : on a partagé le même manager, et c’est assez rigolo puisqu’aujourd’hui ce sont ses nouveaux poulains qui ouvrent la journée et ses anciens qui font la fermeture du festival. Après moi je suis là depuis jeudi et j’en ai pris plein la tronche vendredi : Mastodon, Opeth, et Baroness tout particulièrement…

Le concert de Baroness était fou, on a pris une grosse claque…

Eliott : j’en reviens toujours pas non plus, émotionnellement c’était fort, ils abordent le confinement, derrière ils jouent une version d’Eula juste incroyable. Quand on sait que la dernière fois il n’avaient pas de batteur, ils improvisent une setlist acoustique, fin bref ils sont toujours là où on les attend pas…

On vous a vu deux fois à l’affiche du warm-up du Hellfest (2019 et 2022), vous pouvez nous en dire un mot ?

Eliott : en 2019 (à l’aéronef de Lille avec Dagoba et Princess Leia) c’était un peu un hasard, on finalisait l’album, et comme c’est l’aéronef qui nous a produit le master et que le Hellfest cherchait un groupe local pour ouvrir, on s’est retrouvé sur l’affiche. 
Cette année c’est GDP (Gerard Drouot Productions) avec qui on travaille qui nous a booké une tournée entre mars et avril et les dates concordaient avec le démarrage du warm-up à Rennes. Et on savait même pas encore à cette époque-là qu'on jouerait au Hellfest, on l’a su quelques jours avant, du coup voilà, un vrai warm-up haha.

Question un peu longue : avec du recul, et hésitez pas à corriger si je dis des bêtises, mais il y a un truc super intéressant avec votre actualité, tout semble parfait niveau communication et exécution. 
Je m’explique : à l’heure où il n’y a jamais eu autant de groupes et d’initiatives artistiques sur le créneau metal, c’est extrêmement compliqué de faire son trou. Alors certes la musique sort clairement du lot, c’est indéniable, mais tout le reste a été bien pensé : un titre sorti, puis un premier EP, un deuxième, 3 clips, un album, etc… Est-ce que tout ça a été réfléchi en amont, c’est venu avec votre producteur, ou alors c’est pour ça que ça a pris 10 ans ? Vous pouvez nous en dire plus ?


Eliott : ouais… Un peu les trois je pense. T’as déjà en partie bien répondu (rire). L’album était fini… Ah merde, Red Fang

Red Fang démarre effectivement son set, on se prend un Blood Like Cream dans la tronche et on ne s’entend plus des masses…

Eliott : Au moment où on a rencontré Richard on terminait l’album donc pendant toute la période où on a discuté et montré ce qu’on faisait aux labels, Soma Sema n’a pas vraiment bougé, la seule chose qu’on a changée c’est la tracklist. Finalement en live on fait quasiment l’enchaînement d’origine, qui est plus taillé pour le public. Donc voilà pas d'évolution niveau direction artistique.

Après, on a pris une direction qui embrasse un certain côté organique, je te parlais tout à l’heure de King Crimson, ce genre de groupes où on sent le musicien qui est derrière, toute la production très organique, c’est le rendu qu’on a choisi, et c’est aussi ce qui nous fait sortir un peu du carcan “tout numérique” des productions actuelles. 
Comme tu disais y’a énormément de groupes, de propositions et de projets à l’heure actuelle, et sortir du lot ça demande aussi de casser un peu ces codes là. On parlait du djent il y a quelques minutes, ses spécificités pour moi c’est le côté très numérique, très électronique, quantifié et mécanique, c’est quelque chose dont on ne voulait pas, on préférait se rapprocher d’un son live. Les prises batterie par exemple, on a essayé de faire ça en une prise, d’enregistrer ça de manière hyper spontanée…

Nicolas : pour le chant aussi, c’est vrai qu’on a aujourd’hui l’habitude faire ça phrase par phrase, notamment pour garder une certaine intensité, mais nous on a plutôt essayé de miser sur l’interprétation, c’est aussi du one shot pour tous les morceaux.

C’est une sacrée prise de risque ça non ?

Nicolas : ah oui complètement, quand ta prise est ratée faut tout tout ré enregistrer depuis le début…

Eliott : mais en même temps ça veut aussi dire que généralement la prise suivante est encore mieux, il est encore plus essoufflé… On a un morceau qui s’appelle Blank Masses Inheritance, on a refait la prise pas mal de fois, sur la fin Nico est complètement essoufflé, on l’entend, et ça fait partie du morceau maintenant, ça participe au propos. Le titre parle de l’effondrement du monde, des sociétés, et y’a une espèce de panique qui s’installe grâce au chant, ça aurait complètement perdu en sincérité si on avait fait ça phrase par phrase…

Est-ce qu’il y a une recette magique aujourd’hui pour promouvoir son groupe ?

Nicolas : il y a un schéma de base au final, et ce n'est ni plus ni moins que ce qu’on a fait, une sortie promo dans la presse, un single, un clip, peut être un deuxième et la tournée qui suit, c’est le schéma traditionnel et je pense pas qu’il y ait vraiment de recette magique à ce niveau là… A moins de créer un buzz (rires)

Y’a eu un petit nettoyage sur les réseaux sociaux et sur les plateformes de streaming, pourquoi on ne trouve plus l’EP Mechanic of the Sphere ?

Eliott : du point de vue du label, on en est vraiment au début du projet, pour eux il fallait qu’il n’y ait rien avant l’album, même le live du Wacken on l’a enlevé. Ce n'est même pas le label qui nous a demandé de faire ça, c’est juste que de notre point de vue c’était dans la logique des choses. 
Et puis ça permet de mettre aussi en avant l’album, y’a un gap tellement énorme entre la démo et l’album que ça risquait de fausser un peu l’écoute. 
Et la deuxième raison, moins officielle on va dire, c’est que j’ai vraiment envie de la refaire. On était tellement frustré à l’époque de pas vraiment “jouer” dessus, c’est une batterie numérique, les guitares sont ré ampées, …

Dernière question : qu’est-ce qui est le plus compliqué ? Préparer un Hellfest ou préparer un goûter concert pour une centaine de gamins ? (ndlr : l’après midi de la release party à l’Aéronef de Lille avait lieu un goûter concert organisé pour les enfants, et c’était incroyable…)

Eliott : et bah super question, mais très difficile d’y répondre (rire)... 

Nicolas : alors je pense que pour les autres c’était le clairement le goûter concert, moi perso c’est simple, à côté dans la vie je suis animateur et éducateur sportif donc c’est un truc qui me parle, et j’ai adoré ça du début à la fin.

Les gamins étaient clairement à fond…

Nicolas : ah oui mais c’était génial, c’était un super moment de passé à l’aéronef…

Eliott : et finalement c’est peut être sur cet événement qu’on s’est le moins préparé parce qu’on s’attendait vraiment pas à ce qu’il y ait autant de monde… 
Quand on nous a proposé le truc on s’est dit oui carrément, faut y aller ça peut être vraiment marrant, mais on nous avait dit, en général y’a une vingtaine de gamins… 
Et quand on se préparait l’après midi on nous a dit “on a préparé un couvert pour 200 personnes”... Comment ça, pour ce soir ? Pour la release party ? “Ah non non, pour cet après-midi avec les gamins”...

J’ai une image que je vais longtemps garder en tête : tous les gamins assis par terre avec leur jus de pomme, et les papas et mamans derrière en train de boire une bière, c’était assez incroyable…



Eliott : de la scène c’était formidable, vraiment énorme comme moment… On n'était clairement pas prêt pour ça, ça nous a tous mis une petite claque. Quand on est arrivé dans la salle, j’ai vu tous les gamins et ça m’a mis une pression de dingue en fait… Et je sais pas trop pourquoi au final, peut être un peu d’appréhension, de leur faire peur peut être…

Nicolas : ce qui était compliqué avec cette proposition de concert c’était “est-ce qu’on fait un set classique, très metal”. Il fallait pas trop se trahir, et trouver le bon dosage…

Eliott : l’ingé son a fait du super boulot justement, il a réussi à nous maintenir à 97 DB, ce qui est la limite pour ce genre d’événement… 

Et l’araignée gypsie on en parle ? Vous la rejouerez en concert un jour ?

Eliott : haha ouais peut être.

Nicolas : on s’amuse beaucoup sur celle-là…

Eliott : mais en vrai elle est assez chiante à jouer, en tout cas pour moi, je galère un peu, c’était à la base une commande de l’Aéronef il y a quelques années pour une compil pour enfants, et je l’ai pas du tout pensée pour la jouer en live… A l'époque, j'avais programmé une batterie numérique en pensant que de toute façon je la jouerai jamais en live (rire). Mais ouais peut être qu’on la rejouera un jour !

Vous pouvez nous parler de votre actu après le Hellfest ?

Eliott : Alors on sera en studio fin août, mais j’en dis pas plus pour le moment, sinon on a quelques dates déjà prévues pour le mois de novembre, on sera le 14 à Bordeaux, le 15 à Toulouse, et une date dans la foulée sur Paris.

Merci beaucoup pour l’interview !

Eliott&Nico : merci à vous deux c’était cool.


Interview préparée et réalisée par lelag et fat.

lelag (Septembre 2022)

Les clips de Stengah dont on parle dans l'interview : 

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