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Syndrome 81 @ Brest-même

Par une soirée brestoise moins pluvieuse que les autres (eh oui, ça existe), nous avons rencontré Damien (guitare) et Jacky (basse) de Syndrome 81. Le groupe iconique de la scène Punk locale a sorti son premier album, vivement recommandé dans nos colonnes. On a donc discuté de Prisons Imaginaires (compos, paroles, pochette...), et de cette ville qui hante la discographie de ces cinq musiciens.

Vous avez sorti Prisons Imaginaires fin juin, quels sont les retours jusque là sur ce 1er album ? 

Jacky : Ils sont globalement très positifs, on n’a pas eu de mauvais retours pour ainsi dire. 

Damien : Il y a eu quelques chroniques, pas beaucoup, mais elles étaient bonnes voire très bonnes. Mais on a surtout beaucoup de propositions de concerts, ça veut dire que les gens ont envie de nous voir, que ce soit en France ou à l’étranger. 

Jacky : Et on a vendu des disques ! Bien sûr je relativise, mais il y a un repressage qui a déjà été lancé. 

J’ai moi-même eu du mal à trouver un exemplaire, en étant pourtant basé à Brest. Vous aviez sorti des eps, jusque-là, comment s’est fait le passage au format album ? Avez-vous pensé cette sortie différemment ? 

Jacky : Comme on avait fait beaucoup d'eps et qu’on sentait qu’il fallait arrêter d’abuser en sortant deux ou trois morceaux par-ci par-là, j’ai composé suffisamment de chansons pour en faire un album. Il faut savoir qu’on a un temps de création qui est très long, certains morceaux datent quasiment du début du groupe, autour de 2014-2015. Je suis lent à composer, le chanteur est encore plus lent à écrire les textes, donc ça s’est fait sur plusieurs années. On a commencé à enregistrer les parties batterie à l’été 2018, et on a terminé d’enregistrer le chant en novembre ou décembre 2021. Après on n’a pas travaillé dessus pendant trois ans de manière continue, mais ça a été un processus lent…

Damien : Et puis le covid a compliqué les choses.

Jacky : Le chanteur a écrit les textes et en a enregistré une bonne moitié sans les avoir répétés. 

Damien : D’après lui ça aurait été plus vite si on avait pu répéter. 

Vous avez travaillé avec quelqu’un de nouveau pour le mastering notamment. 


Jacky : Carl Saff c’est quelqu’un d’abordable au niveau tarifs, et il accueille des groupes avec un large spectre musical, ça va du Metal au Rock indé, aux trucs Post-Rock, avec des cuivres, des machines...J’ai un petit studio d’enregistrement (ndlr : c’est Jacky qui s’est chargé d’enregistrer l’album), et je n’ai jamais été déçu de son travail en terme de mastering. 
Le pont de Recouvrance

J’ai l’impression que vous avez accordé plus d’importance aux mélodies sur ce disque, notamment avec la guitare clean, ou les voix sur Béton Froid. C’est un choix conscient, délibéré ? 

Jacky : C’est une volonté de ma part, c’est ce que j’aime le plus composer. Et puis je sais que ce que les gens aiment chez Syndrome c’est la mélodie, avec quelques sorties plus Hardcore comme on l’a fait sur l’album. 

Damien : Ça permet de donner plus de couleur aux morceaux.

Jacky : Si on fait que des mélodies simples avec 4 accords de puissance, ça va juste sonner comme du Punk classique. 

Ca vient peut-être du fait d’avoir écouté plus de Coldwave ? 

Jacky : On en écoutait déjà un peu à nos débuts, et effectivement aujourd’hui je pense pouvoir dire que moi, Damien ou Fab on en écoute plus, alors qu’on était plus Punk avant. C’est un style de musique qui nous plaît, je me retrouve beaucoup dans la Coldwave. C’est un genre musical simple, qui n’est pas joué par des musiciens techniques, mais ils arrivent à faire de super trucs avec peu de bagage. Après je trouve qu’on reste quand même un groupe de Punk, mais c’est une influence, une coloration. Et puis j’aime bien l’imagerie, un peu corbeau tout ça…

Damien : On a été catalogués Oi au début, pour la voix et le chant en français. C’est clair que c’est une influence mais j’ai toujours trouvé qu’on n’était pas si Oi que ça. Du coup peut-être que toi, Jacky, tu as voulu t’en détacher ?

Jacky : Oui et puis même sur la démo, le morceau que je préfère c’est Recouvrance. C’est le titre le plus froid et aussi le plus mélodique, c’est la même chose sur Désert Urbain. Donc j’ai axé l’album là-dessus en essayant de faire quelque chose de diversifié, j’ai pas composé dix Béton Froid

Concernant la pochette, avez-vous donné des indications à Vincent Denis ? Avait-il entendu les morceaux avant ? 

Jacky : Il n’a pas entendu les morceaux mais on lui a donné les thèmes des paroles. Il est un peu comme nous, il met énormément de temps à travailler. On lui a demandé quelque chose en couleurs, c’était une volonté de notre part. 

Il est dans l’Est de la France c’est ça ? 

Damien : Oui, il a été à Lyon à un moment…

Jacky : De base il est normand, et il est actuellement sur Strasbourg, Colmar.

Il est déjà venu à Brest ? 

Jacky : Il est venu quand il avait 20 ans avec son groupe de Punk Rock mélodique qui s’appelait Every Second Week. Donc il connaît la ville. 

Damien : Et si tu regardes son travail sur Instagram, tu verras que quand il a sorti notre pochette, il a fait d’autres visuels avec des éléments similaires, du vert, du rouge. C’est pas seulement pour notre pochette, c’est son travail du moment. 

Jacky : Je trouve que comme nous il a évolué, au début il nous faisait des illustrations plus franches du collier : un pendu, une fille qui se met un couteau dans le cœur. Et aujourd’hui il va vers des choses plus poétiques. 

Vous avez sorti une édition limitée de Prisons Imaginaires, avec un vinyle supplémentaire. Dessus on retrouve un morceau intitulé François Cuillandre, le maire de la ville. C’est une déclaration d’amour j’imagine ?

Jacky : (rires) Oui ! Alors c’est un disque supplémentaire que l’on a mis en cadeau pour les pré-commandes, on l’a tiré à 300 exemplaires. Il va être pressé pour de vrai, parce qu’il y a des gens qui râlent un peu, et parce qu’il commence à y avoir de la spéculation autour. Du coup on va le sortir à un tarif pas très cher histoire que les gens qui le veuillent puissent l’avoir. Musicalement il est moins intéressant que l’album, sinon on aurait mis ces titres là dessus. Il y a environ 5-6 inédits, des versions un peu modifiées, où la musique est la même mais le chant est différent. 

Damien : Comme sur François Cuillandre justement. Tu l’as entendu ? 

Non ! Du coup je suis curieux de savoir ce que ça raconte.

Jacky : Musicalement c’est Violence Sociale, et Fab a mis des paroles fun dessus sur le maire de Brest, l’indéboulonnable François Cuillandre. 

Damien : Avec quelques petites blagues sur son teint rougeaud…

Jacky : Donc les gens qui n’ont pas pu l’avoir pourront l’acheter en fin d’année, le disque est en cours de pressage. 

J’aime beaucoup le poème que vous avez placé au milieu du disque, vous pouvez nous en dire plus sur ce choix ? 

Jacky : C’est Fabrice qui a trouvé ce poème, ça fait déjà longtemps, et il le trouvait vraiment raccord avec les paroles qu’il avait écrites. Sur l’album il y a un fil d’Ariane sur le thème de la ville, de la solitude dans la ville...C’est un auteur grec du 19ème siècle qui a écrit ce poème (ndlr :  il s’agit de Constantin Cavafy), et c’est marrant parce que cette thématique autour de l’attachement à la ville on le retrouve déjà à son époque. Donc Fab trouvait ça intéressant de l’inclure, ça fait une aération en fin de face. C’est vrai que c’était une bonne idée, au début j’avais un peu peur…

Damien : Pareil, j’avais peur que ça paraisse un peu pompeux. 

Plutôt que pompeux, je trouve que ça donne un aspect solennel, et ça offre une respiration au milieu du disque. Si on revient rapidement sur Loubards Sensibles, pourquoi ces choix de reprises ? (Traffic de Bernard Lavilliers / Tu ne me dois rien de Stephan Eicher)

Damien : Peut-être qu’il faut revenir un peu sur le contexte de cette sortie.

Jacky : Pour l’anecdote, on était à un festival à Angers, à l’Etincelle, on était à jeun sûrement…

Damien : Vers les 5 ou 6 heures du mat’.

Jacky : On était avec un pote d’Angers qui a son propre label et qui nous a proposé de sortir un 45 tours.

Damien : On a même signé un faux contrat sur un coin de table. 

Jacky : Et on avait l’idée avec Fab de sortir un 45t de reprises, mais pas de morceaux Punk. Il a suggéré Lavilliers, et je trouvais que ça avait du sens. Pour le deuxième titre, on a pensé à Miossec mais mes essais de maquettage n’ont pas donné grand-chose, ou même Je Marche Seul de Jean-Jacques Goldman mais c’était un peu kistch. Et Fab étant très fan d’Eicher, moi c’est la première cassette que j’ai achetée, on est partis là dessus, et c’est notre ancien guitariste Mitch qui l’a mis en musique. Il a fait un gros travail, parce qu’à la base c’est une chanson à la guitare acoustique et avec quelques violons. 

Damien : L’idée c’était de prendre les gens à contre-pied, notre pote de Bordeaux Matt Freak City nous a fait une pochette hyper flashy, ce qui est pas dans nos habitudes. Certains ont compris que c’était une blague, mais d’autres ont pensé qu’on était complètement partis en vrille. 

Jacky : Ou que c’était la fin du groupe, et qu’on se mettait aux reprises parce qu’on n’avait plus d’idées de compos. On a sorti ça parce que l’album mettait un peu de temps, cette sortie ne nous a pas pris des années. 

Damien : Ca a bien marché en plus, il a été repressé assez rapidement. Et on joue régulièrement la reprise de Lavilliers en live au moment du rappel. 

Jacky : C’est une sortie de piste, il est pas improbable qu’on fasse encore un truc différent après. 
Aux abords de la Place Guérin.

Parlons de Brest, tout le monde dans le groupe vient d’ici ? On peut parler d’un sentiment amour-haine pour décrire votre relation à la ville ?

Jacky : On est tous de Brest ou alentours, le plus éloigné étant le batteur qui est l’instituteur de l’école publique à Ouessant. 

Damien : La star d’Internet ! Il y a eu des reportages de Brut et de Rendez-vous en terre inconnue sur lui. 
 
Jacky : Concernant le lien avec la ville, on a pour elle plus d’amour que de haine. Je pense pouvoir parler au nom du groupe, on ne se reconnaît pas du tout comme Bretons, avec le Gwen ha du et tout ça, mais on est fiers d’être Brestois. 

Damien : Un peu chauvins.

Jacky : Un petit peu, on peut le dire. Après c’est une ville qui est loin de tout, ce qui n’est pas un avantage pour le groupe. Quand on veut faire une date ça veut dire perdre un weekend, donc ça irait peut-être dans la relation de haine. Mais si elle est aussi cool, c’est peut-être aussi parce qu’elle est aussi loin...en tout cas c’est une ville que j’adore.

Damien : Ca se dit pas mal ici, il y a beaucoup de gens qui quittent Brest après leurs études pour voir un peu ce qui se passe ailleurs, mais ils finissent par revenir. C’était mon cas, je suis allé travailler sur Nantes, et je revenais régulièrement, à tel point que je ne suis jamais reparti. 

Jacky : Pareil, après être allé à Paris je suis revenu ici. 

Damien : Ce qui est marrant c’est que bien que nos paroles parlent de Brest, beaucoup de gens venant d’ailleurs s’y reconnaissent, sans avoir jamais mis les pieds ici. 

Jacky : Le béton, l’ennui, être un peu loin de tout c’est des choses qu’on peut retrouver dans plein de villes de province. 

Damien : Et quand on a joué à l’étranger, aux Etats-Unis notamment, les gens chantent en yaourt et ne comprennent pas les paroles, mais on a trouvé qu’ils captaient malgré tout ce sentiment qu’il y a dans notre musique.

Est-ce que la ville a eu un impact sur votre style musical, à savoir du Punk assez froid ?

Jacky : Nous on vient de l’époque The Offspring, Green Day du début des années 90, donc c’était impossible de passer à travers cette vague de Punk. 

Damien : Et c’était absolument pas du Punk triste, au contraire. C’est juste qu’on déprime en grandissant : le monde va mal, la planète c’est la merde, et donc on fait des trucs tristes ? En réalité ça vient aussi de ce qu’on écoute, des groupes froids comme MasshysteriNo Hope For The Kids, on est inspirés par eux. Après, ce serait bizarre si on jouait notre musique en venant de Biarritz. 

Jacky : Voilà, pour nous ici ça a du sens parce que Brest c’est gris, il pleut tout le temps, il y a de la misère sociale. On exprime un spleen, celui qu’on a ici en automne et en hiver avec un temps gris et l’impression de vivre tout le temps la même journée.

Comment décririez-vous Brest à quelqu’un qui n’y a jamais mis les pieds ? Pour parler de la ville vous utilisez des expressions comme « Désert Urbain », « Esthétique soviétique...

Damien : ...Téléphérique statique » ! C’est la punchline de l’album pour moi. Sinon, c’est une ville avec un centre d’inspiration américaine, très rectiligne avec des rues assez larges, des bâtiments faits à la hâte lors de la reconstruction (ndlr : après le bombardement de la ville pendant la Seconde Guerre mondiale). Ils étaient blancs à la base, et sont devenus gris avec le temps, même si ça s’améliore un petit peu. C’est une cité portuaire mais paradoxalement il faut chercher la mer, on ne la voit pas de partout. 

Jacky : Notre chanson Brest La Grise, présente sur la démo, résume bien ce qu’on en pense. Après la guerre on disait « Brest la blanche », certains parlent aussi de « Brest la rouge » en pensant à Guérin (ndlr : une place du centre-ville, lieu emblématique des mouvements alternatifs locaux). 

Avec les paroles, le titre de l’album, on perçoit un sentiment d’enfermement. Alors : pourquoi ne pas partir ? 

Damien : C’est un peu ce qu’on disait tout à l’heure, quand tu es déjà allé ailleurs, tu te rends compte qu’en fait tu es bien ici. 

Jacky : Litovsk en parle sur un morceau, si on ne se sent pas bien quelque part, ça ne vient pas de la ville mais souvent de la personne elle-même. Après, fuir pour aller où ? A la campagne ? Moi la campagne ça m’emmerde.

Damien : On a des potes qui ont fait ça, on ne les voit plus ! (rires).

Jacky : J’aime bien le côté ville, et puis ça reste à taille humaine. 

Damien : Et c’est pas encore trop cher, j’ai vécu à Nantes, là-bas si tu es classe moyenne ou moins tu dois vivre hors de la ville ou en banlieue. 

Un dernier mot ? 

Damien : On a quelques concerts à venir : le 27/08 à Brasparts, le 03/09 à Vannes et à Brest le 17/09.

Jacky : On est sur un nouveau disque aussi, mais on ne peut pas en dire trop. Ce sera un split avec un autre groupe français qui a son petit succès. 

Skaldmax (Août 2022)

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