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Worst Doubt Hellfest - 25 juin 2022

Samedi 25 juin 2022, aux alentours de 16h30 au coin VIP du Hellfest et juste après avoir réceptionné Xibalba sur le coin du visage, c'est le moment de se poser en compagnie de Max et Jacob de Worst Doubt, autour d'une petite table en plein cagnard, à défaut de coins d'ombre surpeuplés. Mais peu importe, casquettes et sunglasses vissées sur le crâne et le nez, nous bravâmes ces conditions non optimales pour un entretien riche en infos (sur leur album Extinction, leur inspirations diverses, leur label BDHW, etc), saupoudré de rigolages rigolos.



Metalorgie : Alors comment ça se passe votre 1er Hellfest officiel avec public ? Sachant qu’il y en a eu un filmé en 2021, le Hellfest From Home…

Worst Doubt (Max et Jacob, bassiste et guitariste) : C’est mieux avec public forcément ! C’est un exercice un peu compliqué sans, on est pas des comédiens donc c’est compliqué de faire comme si y avait des gens. C’est super dur de menacer une caméra… En plus y avait un drone qui nous fonçait dessus, qui faisait un bruit de frelon asiatique (Jacob imite le bruit, rires). Sinon le concert jeudi (16h15) à la Warzone c’était mortel, on s’attendait pas à autant de monde, c’était blindé dès le début, vraiment lourd.



Personnellement j’ai pas eu le plaisir de vous voir car j’étais en interview avec Slope, qui sont vos collègues de label (BDHW Records)…

WD : Ah merde ! Et oui on les a salué, on a maté leur set, c’était bien même s’il manquait une deuxième guitare. Mais c’est cool on a déjà joué pas mal de fois avec eux en Allemagne avant leur album, notamment dans une école à Duisbourg (ville d’origine de Slope) !

Vous avez récemment sorti une compilation de vos démos remastérisées par Brad Boatright (Audiosiege Media, ex-From Ashes Rise) chez Delivrance Records, que le monde attendait, avec un joli visuel qui plus est. Vous êtes fiers de vous ?

WD : Oui pas mal de gens l’attendait effectivement, et on l’a fait ! On est content de reprendre un billet sur des morceaux qui ont mille ans. Surtout on est arrivés tous les deux en 2017 dans le groupe, donc on était pas là quand les démos sont sorties. Mais les morceaux vieillissent super bien, il sont toujours ultra mortels même pour ceux de 2014. Donc ouais super contents qu’il y ait de l’attente pour ça, après ils étaient sortis que sur des petites tapes super limitées, on a refait un pressage nous-mêmes pour la tournée avec Year Of The Knife, et là ça ressort en vinyle et déjà la moitié est partie en une semaine, donc ça se trouve on pourra même pas en vendre en date, ce sera déjà sold out (on va pas se plaindre). Et comme ça on pourra répondre aux gens qui nous demandent : « bah ils sont où vos anciens morceaux ? » Bah ils sont là, achète maintenant ! Et on est contents de se retrouver avec un groupe où, enfin, les skeuds sont sold out parce qu’à la maison on a des cartons des disques de nos anciens groupes (rires).

Pour en revenir à BDHW (qui abrite aussi les très bons Dagger Threat, entre autres), qu’est ce qui vous a pris de signer chez lui (Toni Grunert, fondateur du label allemand) ? Il est aussi cool qu’on le dit ?

WD : En fait il nous avait déjà un peu sous le radar, quand on avait sorti la promo tape en 2017 il avait envoyé un message pour nous dire « les gars, c’est un des meilleurs trucs que j’ai écouté en Europe depuis longtemps, sur un prochain disque si vous avez besoin d’un coup de main... » mais à l’époque on avait pas de quoi faire un album, et c’est nos potes de Glassbone (ex-Wolfpack signés chez BDHW) qui lui ont dit qu’on était en studio, et il nous a dit – en mode menace avec le flingue tu vois (rires) - « je sais que vous êtes en studio, envoyez moi le disque », on lui a donc envoyé un pré-mix et il nous a signé direct. Il sortait un peu d’une traversée du désert. A un moment le label avait des groupes assez sexy en Europe comme NastyMalevolent, etc, et puis il a eu une période de vaches maigres, il est revenu sur des trucs Beatdown allemands pas ouf, et là il a signé Dagger Threat, Slope c’est mortel aussi... Tout le travail de développement qu’il a fait avec ces derniers était bien cool. 

Et on a pu revenir, le deal était cool, on a pu maîtriser tout ce qu’on a fait, faire nos propres t-shirts. Les pochettes d’album c’est Hugo notre chanteur, etc. On a pas envie de déléguer cette partie là. Et s’il y avait un clip on le ferait nous-mêmes. Si c’est pour qu’on nous voit jouer dans une usine désaffectée avec une lumière ça nous intéresse pas. C’est ce qu’on appelle des clips de « flux »... Soit on a une très bonne idée avec très peu de moyens, mais on a pas l’idée, soit on nous file 70 000 euros et on te fait un clip, mais le label les a pas, donc on le fait pas ! Il est très fort sur le physique en plus, direct il nous a dit « on va faire tant de merch, tant de versions du vinyles, etc ». Là, ça a pas été annoncé mais je te le dis, on va ressortir Extinction avec un artwork de Max… très très différent du premier. Le label n’a aucun problème avec ça, ça part au repressage. Straight&Alert notre précédent label on lui aurait dit de mettre 3000 balles pour ressortir un disque il aurait pas pu. BDHW est le plus gros label de Hardcore pur en Europe, donc évidemment il a une meilleure force de frappe.



Je vous ai personnellement découvert avec le très fameux Extinction, et j’avoue que j’ai pris cher… (lire notre papier ici) J’y ai senti une résurgence du Hardcore de rue à la Kickback dont vous vous revendiquez pas mal…

WD : Ouais, on essaie de s’en détacher un peu maintenant. Kickback reste un des meilleurs groupes de Hardcore français, à avoir amené énormément de choses, un des rares respectés par les américains, quand ils viennent en Europe ils te parlent de Kickback, obligatoire. Mais on a pas envie que les gens disent qu’on fait du sous-Kickback parce que c’est pas le cas en fait. Déjà on est beaucoup plus sympas qu’eux ! (rires).

...Justement c’était la suite de ma question ! Vous êtes aussi imprégnés de Metal, Death, etc.

WD : Ah yes. En fait on est un peu tous des fils du Metal en vrai ! On est tous dans la scène Hardcore mais on a tous des groupes de Metal à coté. Moi (Jacob) j’ai toujours dit que les meilleurs groupes de Hardcore sont ceux avec des metalleux dedans. Personne en 2022 n’a envie d’écouter des mecs qui font du sous-Sick Of It All, sur le papier t’as envie de te suicider (rires). Après SOIA t’as des albums incroyables, c’est un groupe mythique, mais voilà c’est du « dad rock ». Mais les influences du talmé et ce que ça peut t’apporter dans le songwriting, t’as beaucoup plus de possibilités que le Hardcore, très codifié. Les trucs de Death qu’on prend c’est pas les passages avec du blast, qui growlent etc, c’est ce qui groove, c’est les trucs de caillera, les moshparts de Dying Fetus ou de Morbid Angel, les trucs lourds, débiles, pour se taper tu vois. Et puis nous on est des traîne-patins, on aime tous traîner, sortir dans la rue, boire des canettes… Naturellement ça transparaît dans la musique. On peut pas mentir dessus. C’est quelque chose qui marche aussi avec Hangman’s Chair (qui fréquentent le milieu Hardcore), c’est de la Pop en fait, mais extrêmement menaçante, c’est des traînards aussi, tu vois la gueule de Clément le mec on dirait un personnage secondaire de Braquo (rires). Ce qui est génial c’est que ça se voit, dans le jeu de scène et tout, le décalage est génial, dans le Hardcore ça choque moins mais on essaye de faire ça un peu.

Et pour l’écriture, tout le monde compose ? Idem pour les paroles ?

WD : C’est surtout Hugo notre chanteur qui est « l’impulseur », qui écrit un peu tout. Y a une vision à laquelle on souscrit tous parce que c’est exactement le Hardcore qu’on kiffe, les trucs un peu techniques, sans refrains, où les riffs reviennent pas trop, avec une écriture pas clichée de groupes de Hardcore lambdas. Et en fait on aide à canaliser tout ça. Là ça va changer un peu parce qu’on a commencé à écrire un peu tous pour le prochain album. On en parlera plus longuement plus tard. Après c’est Hugo qui amène le truc et nous on fait les arrangements, les leads, solos, etc. On a pas de problème d’égos dans le groupe, si y a un mec qui arrive avec un truc « parfait », on va pas dire « j’ai pas composé, on va refaire tout car je veux faire mon petit truc à moi », non si le truc est bien c’est nickel et c’est parti. Pour le prochain on essaye de faire ça de manière plus collégiale, sur Extinction c’est vraiment Hugo qui a fait le gros du travail, là on va essayer d’enrichir sa vision et twister un peu sur des trucs auxquels il aurait pas pensé, le sortir de ses tics de composition, donc c’est cool de ne plus avoir qu’un seul « cerveau », d’en avoir plus, même si c’est des cerveaux qui fonctionnent peu (rires). Pas un QI à plus de deux chiffres dans le groupe (rires). Ce que je dis souvent (Jacob) c’est qu’on fait une musique d’ignorants de manière très compliquée.

Oui, vous faites pas non plus du Beatdown bête et méchant…

WD : Oui c’est taffé quand même. Je te parlais du songwriting tout à l’heure, le truc d’avoir des riffs qui reviennent pas par exemple, t’as énormément de groupes qui font pas ça dans le Hardcore, très standardisé quelque part. On a pas non plus la prétention de révolutionner quoi que ce soit, on prend juste des trucs qu’on adore et de le faire à notre sauce, avec ce petit truc personnel, des changements de métriques, etc. Le fait qu’on vienne du Metal et qu’on soit pas trop manchots ça aide.

Malgré une musique assez 1er degré, pas hyper fun (contrairement à Slope d’ailleurs) on a bien capté que vous étiez pas du genre à vous prendre trop au sérieux…

WD : Ah oui, en dehors on est super chill, on fait des blagues de merde et tout...

Justement je voulais développer sur le podcast « L’Eau des nouilles » (à voir et écouter par ici), qui parle de l’actualité de la scène Punk Hardcore au sens large, auquel vous participez tous les deux. D’ailleurs je valide le nom ! Qu’est ce qui vous a donné envie de vous lancer là-dedans ?

WD (Max, à l’origine du podcast) : Je faisais déjà des chroniques ciné sur Youtube (sous le pseudo « Grey » ou « Dichael Grey »), et au bout d’un moment avec le travail j’avais plus le temps, ça me cassait les couilles, et j’avais juste envie de parler de musique avec mes potes, je me disais pour le Hardcore ça existe pas un truc vraiment très pointu. Aux Etats-Unis t’as quelques podcasts mais je suis pas énormément anglophone donc j’en écoutais pas de ouf, sinon la réf c’était « La Sauce » de Mehdi Maizi (podcast Rap / Hip-Hop) et pas mal de podcasts Rap.

Jacob : Des mecs qui kiffent cette scène, qui la creusent un peu, qui se mettent autour d’une table et qui disent de la merde sur les groupes qu’ils aiment, genre discussion au fumoir du Gibus. Après ça peut perdre des gens parce que c’est pas un truc de vulgarisation.

Max : Y a des gens qui arrivent quand même à suivre. J’ai quelques mecs qui suivaient mes émissions ciné, et ça va ils s’intéressent. Après y a du bagou (avec Antoine et Emile aussi dans « L’Eau des nouilles »), c’est assez divertissant, y a de la blague et c’est rythmé donc ça peut le faire pour certaines personnes pas trop dans le milieu quand même.



Une dernière question : on reparle du Hellfest parce qu’on est au HF un peu quand même. Vous avez pu voir des concerts cools ?

WD : Carrément, Godflesh, on est allé voir le bon vieux Justin, on a pris une dose, c’était lourd de ouf. On a vu Nine Inch Nails, c’était bien, on a vu Dead Heat c’était cool aussi. Tout à l’heure on a vu Xibalba c’était lourd aussi, cet aprem on va voir Discharge dans les « vieux ». Peut-être même aller faire le « zoo de Vincennes » du Punk, aller voir Wattie (Buchan) de The Exploited s’il fait pas une O.D. sur scène, un peu d’entertainment quoi (rires)… Sinon on va voir les groupes de Hardcore, les trucs de Death aussi. Bah moi (Max) je m’en fous, je le place à chaque interview (« ta gueule » lance Jacob) mais tant pis, pour moi le meilleur set des deux semaines c’était Les Sheriff hier, c’était mortel, mais après je suis ultra fan, c’est mon coté ieuv, et la semaine dernière le meilleur c’était Anti-Flag (« je suis d’accord avec toi » souligne Florian notre photographe, puis Jacob qui réagit : « mais l’encourage pas mec ! », et on rigole, bonne ambiance tout ça).

Merci Max et Jacob pour leur disponibilité et leur décontraction. Merci Pat Agaoua l'attachée de presse attachante. Merci Florian Denis pour les belles photos et le dépannage d'enregistreur, sans qui cette cool interview n'aurait pas eu lieu. C'eut été dommage !



(crédit photo : Florian Denis)

Tang (Août 2022)

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