Fab de Effervescence Records Par mail

Régulièrement, nous avons partagé les news d'un label qui a fêté ses 18 ans il y a peu ! Entretemps, ce dernier annonce arrêter ses activités, nous avons profité d'un échange avec Fab d'Effervescence Records pour revenir sur l'histoire du label !

Peux-tu nous dire comment est né Effervescence Records ?

Hello Charles !
Effervescence Records est né le 31 Mars 2004. En fait, à cette période-là, avec le groupe que j’avais à l’époque No Perfect, on se préparait à sortir notre premier album « A Day Like Another ». Nous étions en contact avec quelques labels, et, après mure réflexion, je me suis dit « Pourquoi ne pas créer mon propre label ? Pourquoi signer sur un label et ne pas avoir la main mise sur tout notre projet ? Et puis faire de la promo, distribuer notre musique, trouver des concerts, je peux essayer de le faire ! A ma toute petite échelle, certes, mais je peux essayer ! ». Et voilà, l’aventure venait de débuter !


D'où vient le nom Effervescence Records ?

Nous étions avec mes deux compères de No Perfect en 2003, et on avait pour habitude d’utiliser l’expression « mais c’est l’effervescence ! » en long, en large et en travers. Et lors d’une énième discussion / déconnade tous les 3, le nom de « Effervescence Records » est sorti tout naturellement.

Qu'est ce qui t'a poussé à arrêter ton activité ? J'imagine que c'est une décision dure à prendre après tant d'années d'expérience (18 ans).

Effectivement, j’y avais pensé il y a quelques années déjà, suite à de grosses déceptions liées au milieu (tu crois construire quelque chose d’important et solide avec les gens, mais seul le pognon compte…), puis je me suis dit que j’avais encore des choses à faire.
 Puis au vu de l’évolution de beaucoup de choses, notamment l’augmentation incroyable, d’années en années, des transporteurs (pour un service toujours plus dégueulasse), l’évolution des mentalités, et dernièrement, cette nouvelle loi concernant les douanes qui est passée le 1er Juillet 2021. Je me suis rendu compte que je ne me retrouvais plus vraiment dans tout ça. Je n’ai pas envie que le mec à l’étranger s’en tire pour 40 balles pour avoir un vinyle (qui va peut-être, en plus, se perdre ou arriver endommagé…). Puis j’ai pensé que le 31 Mars 2022 serait les 18 ans du label. Je me suis dit qu’il allait atteindre sa majorité, qu’il était peut-être temps de lui rendre sa liberté.

Est-ce qu'il y a des sorties que tu gardes en mémoire, autant en expérience humaine qu'en souvenirs ?

Oui énormément, pour ne pas te dire toutes !
Tu sais tous les groupes qui ont signé chez Effervescence c’était d’abord une question de feeling général. C’était pour l’album, certes, mais également pour le groupe, la mentalité, la sympathie des gens. Je n’ai jamais sorti un album en me disant « ça je vais le sortir car ça va faire du fric ! ». Je m’étais dit il y a des années « si un jour je commence à sortir un album qui ne me plait pas, juste parce que je sais que ça va faire de l’argent, j’arrêterai, c’est que la passion n’y sera plus. »

On imagine difficilement les volumes de disques / LPs pressés et vendus. Au total, tu sais combien tu as pressé de LPs ou CDs et ta meilleure vente (si ces chiffres ne sont pas confidentiels) ?

Je vais te dire en toute sincérité, je n’ai absolument aucune idée du nombre total de disques pressés et vendus ! Je peux te dire qu’Effervescence a produit une cinquantaine de références. Certaines productions ont eu plusieurs pressages / repressages, mais en moyenne, on va dire que pour une production c’était 1000 CD et 500 vinyles.
Les 2 albums qui se sont le plus vendus sont « Thunderblast » de MUTE et « Easy Cure » de UNCOMMONMENFROMMARS.

Peux-tu nous parler un peu en termes d'expérience humaine ? Tu étais tout seul derrière le label ou est-ce que vous étiez plusieurs ?

En fait j’ai débuté Effervescence tout seul, et, quand il a commencé à se développer j’ai bossé avec d’autres personnes. Mais ça ne me convenait pas vraiment car j’ai beaucoup de mal à déléguer, et, de plus je suis un casse-couille de première ! Au moins, maintenant, si c’est mal fait, je peux m’en prendre qu’à moi ! (Rires !) Mais sinon, je ne suis pas réellement seul tu sais, je bosse avec beaucoup de distributeurs et autres labels qui vendent les disques dans les pays étrangers.



Concernant tes ventes / sorties, est-ce que tu as constaté une évolution en termes de support ? Bascule vers de plus en plus de numérique ou un retour du vinyle ?

Alors depuis la création d’Effervescence en 2004, oui énormément. En 2004 le CD était toujours majoritaire, même si le téléchargement sur les plateformes comme Emule, Kazaa et autres commençait à bien se développer. Par contre à part pour une infime partie de personnes vraiment collectionneuses, le vinyle, ça n’existait pas. Si tu parlais de vinyle en 2004 je pense qu’on se foutait de ta gueule et qu’on te traitait de ringard ! 
A partir de 2008, plus de groupes ont commencé à sortir leurs albums directement en CD et en vinyle. En 2010 le vinyle a commencé à être moins « ringard ». Je me rappelle, sur les stands en concert ou festival, de plus en plus de gens venaient acheter des vinyles.

Puis le début du déclin fatal du CD a dû démarrer en 2012 / 2013. 
Pour te résumer, en 2010 je vendais 80% de CD, 20% de vinyles, en 2013 c’était 50 / 50, aujourd’hui (et ce depuis 2017 / 2018) c’est 95% de vinyles et 5% de CD.

Concernant le numérique, je ne sais pas. Effervescence n’a jamais eu de distributeur numérique. Ça ne m’intéresse pas. Je sais que ça peut paraitre aberrant, mais j’ai toujours laissé les groupes libres de ça. Ils veulent être sur Spotify, Deezer et consorts ? Pas de soucis.

Sur tes différentes sorties, comment se passait la conception graphique ? Le groupe s'occupait de tout ou tu avais voix à cette étape ?

Alors concernant la conception graphique, j’ai toujours laissé le choix au groupe (Effervescence n’est pas une major, les groupes ont leur mot à dire ! (Rires !)). Certains arrivaient avec juste une idée, d’autres avec une pochette non finie où nous mettions nos idées en commun pour la finaliser, et, pour la plupart, ils arrivaient avec une pochette entièrement finie ! Après concernant la mise en pages des livrets, des inserts, on se concertait et on essayait toujours d’avoir des échanges très constructifs pour finaliser la chose du mieux possible.

Tu as distribué pas mal de labels US (Fat Wreck, BYO, ...). Tu peux nous raconter un peu la prise de contact avec eux ?

Oui c’est exact, et je t’avoue que j’adore toujours autant raconter cette histoire !
Un jour de 2010 je décide d’envoyer un email à Fat Wreck (en n’imaginant même pas une réponse). Quelques semaines plus tard je vois, d’un seul coup, un mail venant de Fat Wreck, qui me disait « Salut Fab, merci pour ton email, voici ce que nous pouvons te proposer etc… ». Après s’être mis d’accord sur les conditions, Fat m’envoyait son catalogue complet, et c’était parti ! Ça s’est passé tellement rapidement, avec une telle simplicité ! (J’ai su plus tard qu’ils connaissaient déjà le label et s’étaient bien renseignés à propos d’Effervescence, sur ma façon de bosser, etc...)
Vu que je distribuais NOFX, on a commencé à me demander si je n’avais pas possibilité d’avoir le fabuleux split NOFX / RANCID sorti en 2003 chez BYO (le label des frères Stern, les responsables du Punk Rock Bowling et musiciens de Youth Brigade). Je me suis dit, pourquoi ne pas tenter de les contacter. On m’avait communiqué leur contact, je me suis présenté et expliqué que je bossais avec Fat depuis quelques mois (je pense que ça devait faire 18 mois), et ils m’ont répondu favorablement. C’était incroyable ! Incroyable !

J'imagine qu'avec le temps, au-delà des relations pros, tu as pu créer des relations persos avec certains artistes. C'est le cas ?

C’est vrai ! Comme je te disais précédemment, les groupes que je signais avec Effervescence, c’était pour un ensemble, pour la sympathie et le respect des artistes tout comme la qualité de leur musique ! Comme je dis souvent, on m’aurait proposé le meilleur album de tous les temps mais venant d’un groupe de connards, j’aurais refusé ! (Rires !) Donc je m’entends très bien avec la quasi-totalité des groupes que j’ai pu sortir durant ces 18 ans, mais également plein d’autres artistes signés sur d’autres labels, mais que j’ai eu le plaisir de croiser plusieurs fois sur des concerts ou festivals.
Je m’entends également très bien avec les gens de chez Fat Wreck. Durant ces 12 dernières années à bosser ensemble, nous avons réellement créer une confiance mutuelle.

Quelles sont les principales difficultés pour une personne qui voudrait créer un label DIY actuellement ?

Je pense qu’en 2022 (et pour les mois / années à venir), on peut déjà parler de l’augmentation des couts de productions. Par exemple pour les vinyles, depuis l’arrivée du COVID, le cout des matières premières a énormément augmenté (tu me diras il n’y a pas que ça !) Tu sais faire du DIY, c’était compliqué dans les années 80, ça l’était au début des années 2000, et ça l’est toujours en 2022. Et clairement je pense que ça le sera toujours. Mais c’est comme tout, si tu as vraiment envie de faire quelque chose tout est réalisable !

Concernant tes précédentes sorties, comment cela va se passer pour les groupes et les droits de production / utilisation / ... ?  

Déjà concernant les disques déjà produits, les groupes pourront récupérer les disques restants (quand je pense que certaines majors ont bloqué les stocks restants de certains artistes en fin de contrat, pour ensuite les détruire… Une honte…) pour les vendre en tournées ou autres. Je t’avoue qu’il ne reste pas énormément de stock, et que jusqu’à la clôture totale du shop, on va mettre des packs promos spéciaux, et des surprises aussi…

Peux-tu nous parler un peu de tes prochains projets ?

Et bien écoute, après toutes ces années à un rythme très soutenu, je vais commencer par prendre du temps pour moi, puis voyager (si le monde de 2022 le permet encore). Après, on verra bien ! J’ai bien sûr déjà des idées en tête mais, je ne m’avance jamais tant que tout n’est pas sûr. Par contre ce qui est certain c’est que je n’arrêterai pas la musique, je ne me vois pas vivre sans elle !

Je te laisse le mot de la fin, et j'en profite pour te remercier pour l'existence du label qui m'a permis de (re)découvrir par exemple A Wilhelm Scream il y a quelques années.

Merci à toi Charles et à Metalorgie pour votre soutien depuis le tout début d’Effervescence ! Une grosse pensée pour Alexis (No Fun For A FX), grâce à qui, Metalorgie et Effervescence ont commencé à échanger, il y a une bonne cinquantaine d’années de cela ! (Rires !)

Si je ne me trompe pas, Metalorgie fête ses 21 ans cette année, je vous souhaite encore plein de beaux anniversaires !

Pour finir, je vais faire banal, mais, c’est malgré tout terriblement sincère, je voudrais tout simplement remercier toutes les personnes qui ont soutenus, de près ou de loin cette belle aventure qu’a été Effervescence !

Euka (Avril 2022)
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