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Antoine de Chalk Hands Par mail

Hello Antoine !

Salut, Euka! Super heureux d'être interviewé par Metalorgie, je visite régulièrement ce site depuis plus de 15 ans, du coup ça fait plaisir!

J’espère que tu vas bien, comment cela se passe actuellement pour Chalk Hands ?

Yes, tout va bien ici à Chalk Hands HQ! On vient de signer sur notre label préféré, on sort notre premier album et on est en train de préparer une tournée. Comparé à notre situation il y a 2 ans (première et dernière fois que je fais allusion au Covid, promis), c’est le jour et la nuit!

Comment s’est composé Chalk Hands ? Tu es parti en UK et tu as pu rapidement rencontrer des musiciens pour former le groupe ?

Chalk Hands, c’était juste moi dans ma chambre à la base, je sortais tout juste du groupe FVNERALS (post-metal/doom - j’y étais batteur), parce que la majorité du groupe avait décidé de se relocaliser en Ecosse et j’aimais trop Brighton pour les suivre, et j’avais l’envie de créer un projet dans lequel j’étais à la composition. J’ai toujours joué de la guitare et j’ai toujours composé mais je n’ai jamais été assez courageux pour révéler au grand jour ce que j’écrivais. Durant mes années avec FVNERALS j’ai rencontré Tommy via la musique (les concerts surtout), qui est depuis devenu quelqu’un dont je suis très proche aujourd'hui et qui aussi l’autre guitariste/chanteur dans Chalk Hands. Les 2 autres membres ont changé depuis la formation originale et je pense qu’aujourd’hui on est la version la plus “forte” du groupe, c’est vraiment cool.

Quels sont les thèmes qui sont abordés dans ce premier album ?

On aborde pas mal de sujets négatifs comme la dépression, l’anxiété, le regard souvent dur qu’on a sur soi-même, etc. Mais le vrai fil rouge de l’album, c’est vivre avec l’anxiété d’un jour se retrouver sur son lit de mort et d’avoir l’impression que la vie qu’on laisse derrière soi soit une opportunité gâchée, et la peur de ne pas vivre “assez”. Ce n’est sûrement pas un thème nouveau, mais un thème qui restera toujours pertinent et dont les circonstances changent avec le temps. Mais en parallèle avec ça, ça parle aussi d’une volonté de faire la paix avec cette part de nous même qui en veut toujours plus. Un besoin d’accepter qu’aucun parcours n’est parfait et d’essayer de ne pas se perdre dans une spirale sans queue ni tête menée par la peur créée par le fait que l’on ne dispose que d’une seule chance.
Can I cope with the taste
Of passing by the quieter days
Say goodbye
But what have I left and sacrificed?

(“A Velleity” - track 6)

Concernant la composition, qui est le principal compositeur ? Comment se sont passées les séances de création avec les actualités que l’on a connu ces dernières années ?

Comme dit plus haut, au début c’était juste moi. Dans un premier temps j’ai eu tendance à présenter des morceaux quasi tout faits, voir ce qu’ils donnent en répète, retourner bosser dessus, tester à nouveau avec le groupe et répéter le processus jusqu’à satisfaction. Mais plus récemment Tommy a commencé à écrire ses propres morceaux, et sur l’album 2 morceaux sont entièrement composés par lui seul (“February’s New Friend” et “A velleity”). J’essaie de dompter mon côté “control freak” (vous me pardonnerez les quelques anglicismes présents dans cette interview, ça fait plus de 10 ans maintenant que j’habite en Angleterre).

Vous avez eu pas mal de retour positifs sur vos premiers titres dévoilés. Et-ce que tu t’attendais à autant de retours de ce type ?

Révéler au grand jour quelque chose que l’on a créé de toute pièce est toujours un moment tendu, surtout dans le cas où c'est une œuvre aussi intense émotionnellement, aussi personnelle et quand c’est un projet qui s’étale sur autant de temps (certains morceaux ont presque 4 ans). On passe un peu par tous les états à vrai dire. Tout ce que tu peux espérer en tant qu’artiste c’est que quelqu’un puisse se connecter émotionnellement avec ce que tu écris, mais c’est une chose sur laquelle tu n’as aucun contrôle donc voir autant de réactions positives ça a été une expérience franchement émouvante. Évidemment c’est inquantifiable et ça pourrait être toujours mieux ou moins bien mais l’important c’est que ça semble avoir touché quelques personnes et ça c'est tout ce que je demande.

Peux-tu nous parler un peu de la scène Anglo-Saxonne niveau Emo / Screamo. Est-ce que tu constates une scène active localement ?

La scène emo est en pleine expansion, par contre la scène screamo est quasiment inexistante, on compte les groupes screamo sur les doigts de la main. Je pense que si je devais citer mes 2 groupes anglais préférés dans cette scène, je dirais Crash Of Rhinos (l’album “Distal”) et Carson Wells (l’album “No Relic”), mais les deux sont malheureusement inactifs. Quelques artistes actifs pour compenser: Algae Bloom (screamo), Cady (screamo), Older (screamo), Lakes (emo), I Feel Fine (pardon…).

Pourquoi ce titre « Don’t Think About Death » ? J’ai l’impression que ce disque possède une certaine amertume, presque un sentiment de « laisser couler » par moment.

J’ai choisi ce titre parce qu'il est plein d'ambiguïtés et de contrastes. Il est à la fois d’une simplicité presque risible - le côté ‘ne pense pas à xyz’ qui va évidemment t’y faire penser - et par conséquent exprime à la fois le fait d’y penser et de ne pas y penser, faisant écho à la relation qu’ont beaucoup de gens (moi y compris) avec leur propre mortalité. La mort, c’est presque tabou quand il s’agit de nous, on tente d’y penser le moins possible pour rester sain d’esprit et puis dans nos vies on passe par des étapes qui nous rappellent de manière crue et violente sa nature omniprésente et inévitable.

Personnellement je remarque que j’oscille très souvent entre les deux modes de pensée où par moments, je vis ma vie sans trop m’en soucier et d’autres je suis ultra conscient que mon corps a une date de péremption, et du coup me retrouve dans une course effrénée, à toujours vouloir faire mieux, plus - mais de façon inquantifiable et pas toujours saine envers moi-même. J’ai aussi l’impression qu’une fois passé la trentaine, tout prend une tournure plus sérieuse et c’est beaucoup plus présent dans notre esprit (ca l’est pour moi en tout cas), du coup c’est aussi un peu comme une manière de me parler à moi-même, “don’t think about death”, mais de manière un peu dérisoire comme si j’étais en train d’escalader une montagne en me répétant à moi-même de ne pas regarder en bas pour éviter de paniquer.

Le sentiment de “laisser couler” et d’amertume est en effet très présent pour la quasi totalité de l’album, c’est vrai, mais les 2 dernières phrases de l’album sur le titre éponyme “Don’t Think About Death” (qui sont également les seules paroles présentes sur le morceau et également les derniers mots itérés sur l’album) sont des phrases d’acceptation.

Il y a des chemins que je ne prendrai jamais et des choses inachevées que je laisse derrière moi, mais mon histoire s'arrête ici.
(traduction non littérale)

C’est une sorte de lâcher prise par rapport à tout ce qui a été dit précédemment dans l’album, une manière d’y attacher moins d’importance. Ceci dit, que cela signifie une sorte de nihilisme optimiste ou un abandon total, c’est un peu à chacun de voir. Personnellement, je passe sans cesse de l’un à l'autre, toujours en accord avec la dualité derrière le titre de l’album.

Une tournée est-elle prévue pour cet album ?

Oui, en Angleterre en Avril et on est en train de bosser sur quelque chose pour l’Europe avec Fall Of Messiah, des amis de longues dates et un de mes groupes français préférés.

« Les Jours Passent et ne me Ressemblent pas » est bien un clin d’oeil à Gantz ? Idem, j’entends parfois des sonorités très proches de Tang. Peux-tu nous parler un peu des influences du groupe ?

Alors personne ne va me croire, mais en fait pas du tout! J’avais aucune idée que ce morceau existait jusqu'à ce que je tappe le nom de notre morceau dans google il y a un mois. Ceci dit j’étais fan de Gantz à l’époque (mais pas assez pour savoir que ce titre existait apparemment) donc le “clin d'œil accidentel” ne me dérange pas du tout!
Pour ce qui est des influences, j’ai toujours adoré les mélodies dramatiques de la scène screamo en général, parfois j’ai l’impression qu’il existe un parallèle entre certaines musiques de film composées par des compositeurs comme Jóhann Jóhannsson par exemple et des groupes comme Envy. C’est juste interprété de manière radicalement différente, mais tous deux ont un côté tragique très théâtral dans les mélodies qui me parle. J’ai aussi toujours adoré le côté tortueux des morceaux de groupes comme Kidcrash, Suis La Lune ou Frameworks. Rien ne se répète jamais et on est dans un voyage en perpétuel mouvement. Après j’ai des goûts très variés musicalement qui, j’en suis sur, influencent également ma composition mais je pense que les deux éléments cités précédemment constituent le cœur des morceaux que j’ai écrits sur l’album.

C’est votre guitariste / chanteur Tommy Lester qui a réalisé l’artwork et l’un de vos clips. Est-ce lui qui a réalisé ces œuvres également ? Peut-il nous parler un peu de ses inspirations et ses créations ? (lien 1 - lien 2)

Oui c’est lui! Vu qu’il ne parle pas français, je traduis pour lui: “Ma plus grande source d’inspiration, c’est le cinéma. J’adore en particulier les réalisateurs tels que Ari Aster (ndlr : Midsommar, Hérédité), Stanley Kubrick (ndlr : Shining, Orange Mécanique), Yorgos lanthimos (ndlr : The Lobster, Canine), Peter Strickland (ndlr : The Duke of Burgundy, The Fabric), Alejandro Jodorowsky (ndlr : Tursk, La Montagne Sacrée) et David lynch (ndlr : Twin Peaks, Lost Highway). Si je devais citer quelques artistes que j’adore, je dirais Pat Perry, Miles Johnston, Zdzisław Beksiński, Kawase Hasui, Kasamatsu Shiro, Christian Brix et Rodrigo Almanegra. Mais mes œuvres sont également très influencées par la nature.” 
 
Tu joues également dans I Feel Fine. Est-ce que tu as d’autres projets à côté ?

Mis à part I Feel Fine, j’ai commencé un projet solo cet été (‘Boy Lucky’) et j’ai sorti un court EP (‘xoxo’). C’est plus thérapeutique qu’autre chose. J’essaie de pas trop contrôler ce que je fais, j’enregistre ce qui vient mais si je devais mettre des étiquettes je dirais que c’est quelque part entre dream pop, anti-folk et bedroom pop. Tous les morceaux sont courts, écrits et enregistrés en une après-midi.

On parle souvent des groupes mais assez souvent des personnes qui le composent. Qu’est ce qui t’a amené dans la musique ? Et ensuite dans ce style ?

Sans aucun doute mes parents, tous les deux musiciens. Je ne sais pas si c’est le fait qu’ils faisaient tous les deux de la musique populaire qui m’a principalement poussé étant plus jeune à sortir des sentiers battus et vers la musique punk mais je pense que ça a dû jouer un rôle.

Est-ce qu’il y a un disque qui a été un révélateur dans ton parcours musical ?

J’hésite entre ‘Anders Leben’ de Yage et ‘A Dead Sinking Story’ de Envy. Ces 2 albums m’ont complètement retourné quand je les ai écoutés pour la première fois, particulièrement Envy. Ça va sans doute sonner un peu “cheesy”, mais en écoutant cet album je me suis senti moins seul. J’ai l’impression que j’ai passé pas mal de mes plus jeunes années dans un état de semi dépression non diagnostiqué à me demander si c’était ‘normal’ de se sentir comme ça. Le jour où j'ai découvert Envy, malgré la barrière du langage j’avais l’impression qu’on partageait la même souffrance (j’avais prévenu que ça allait devenir cheesy) et ça m'a conforté. J’ai l’impression que depuis ce jour là, c’est un peu devenu ma mission secrète dans la musique, même si ça peut paraître très présomptueux.

Tu joues sur quel type d’équipement / instrument ?

Ma précieuse Telecaster Deluxe Classic ‘72 qui me suit depuis presque 15 ans. J’ai un Orange Rockerverb 100 et des pédales en tout genre mais bizarrement j’ai jamais été tres attiré par le coté ‘geek’ des instruments/pédales (et je ne critique pas ca du tout, parfois j’aimerais l’être plus), je suis assez ignorant sur le coté technique pour être franc.

Quels sont les prochains projets du groupe ?

A part dire qu’on a déjà commencé à écrire le prochain et le bla bla habituel autour des tournées, j’ai un rêve secret de tourner en Asie du Sud-Est. La scène screamo est depuis des années en pleine expansion et c’est une partie du monde que j’ai toujours voulu voir. C’est plus un désire qu’un plan concret, mais parfois j’ai l’impression qu’en verbalisant une envie, on fait un pas vers sa réalisation, donc voila, c’est fait!

Vous sortez le disque chez Dog Knights Productions. Comme cela s’est passé ?

Darren et Manon ont été incroyables et super supportifs. A la base on leur a envoyé notre album sans trop y croire et quand ils ont répondu on a eu du mal à y croire. Tout s’est passé de manière hyper fluide et humaine. On ne s'est jamais rencontrés physiquement mais on est devenus amis. On est énormément reconnaissants du fait qu’ils ont cliqué sur notre lien vers “Don’t Think About Death” mi-2021, c’est fou ce qui a découlé de cette simple action!

Encore merci pour ton temps !

Euka (Avril 2022)

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