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L'Effondras par skype, 2021

Anabasis, troisième album de L'Effondras, vient de sortir la semaine dernière et il montre un trio toujours aussi créatif, brouillant les pistes entre Rock / Blues / Noise ou Post-Rock. Une musique atypique que le groupe déploie depuis maintenant près de dix ans. On a donc pris rendez-vous avec Nicolas (Batterie), Pierre (Guitare) et Raoul (Guitare) pour en savoir davantage sur ce nouvel album, mais aussi pour parler plus généralement de leur musique, de leur façon de composer et de l'esthétique autour de L'Effondras.



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Pentacle : Vous avez enregistré votre troisième album l’été 2019 il me semble, comment ça s’est passé ? Pour le premier album vous aviez enregistré en studio et pour le second dans une maison en pleine campagne je crois. Et pour celui-ci ? Comment ça s’est passé ?

Nicolas :
En fait sur cet album, on s'est retrouvé sans label ni tourneur. Pour enregistrer Anabasis on s'est posé la question de où on l’enregistrait, avec qui, comment. On est donc allés du côté de Grenoble, au Little Big Studio et ça a été enregistré par François Carle, que je connaissais car j'avais déjà bossé avec lui sur d'autres projets et il avait enregistré des groupes qu'on aime bien comme Doppler ou Virago. Je l'ai présenté aux gars en disant que ça pouvait être une bonne option car c'est quelqu'un qui est sensible, qui est dans le milieu Rock / Noise depuis longtemps. Il a ses qualités et ses défauts, et c'était une chouette expérience d'aller là-bas. Le studio est sans prétention, il connait parfaitement son lieu ce qui est un gros plus, et puis on savait ce qu'on voulait faire. C'était pratique aussi car ce n''était pas très loin de chez nous, donc on n'avait pas de frais de route énorme etc, Etant revenu sur de l'autoproduction sur ce disque on n'avait pas un budget illimité.

Justine : Pour les deux albums vous les avez sorti chez Dur Et Doux et Les Flavescences est aussi sorti chez Noise Parade. Vous dites que vous vous retrouvez tout seul pour ce disque. Sur quel label sort-il ?


Raoul : Alors ça a été long comme processus car une fois qu'on est sorti du studio, qu'on avait la musique dans la boite, on avait deux labels qui étaient intéressés, mais entre temps il y a eu le covid, ça a capoté, donc on a dû retrouver de nouvelles personnes intéressées. On est désormais chez Kerviniou Records, Araki Records et Medication Time Records.

Nicolas : Il y a également un tout petit label qui s'appelle 98DB qui sont de Bourg-en-Bresse, là d'où on vient. C'est le premier disque qu'ils sortent, c'était aussi histoire de participer au projet, ils nous ont filé un petit billet. Donc il y a quatre labels qui sortent Anabasis. A la base il devait sortir en mai 2020, mais on s'est retrouvé sans labels et sans tourneur et puis avec le covid, on a du repartir pratiquement de zéro, et trouver des labels qui pouvaient se montrer intéressés malgré cette période étrange. Le covid nous a fait beaucoup de mal, comme à beaucoup de monde, mais ça a beaucoup retardé la sortie en tout cas.



Pentacle : Le fait de bosser avec Dur et Doux n'était plus une option dans tous les cas ?

Nicolas : Non car on avait déjà fait les deux premiers avec eux. Il y a eu des histoires compliquées à gérer entre Noise Parade et Dur Et Doux par rapport à des contrats de licence, de production, à un clip… c’était un sac de nœud, et au final la collaboration L’Effondras - Dur Et Doux s’est arrêté là. Sur Les Flavescences, Dur et Doux ont tout de même sorti la licence du vinyle.

Justine : Il me semble que vous enregistrez à deux guitares dont une baryton pourtant le son de L’Effondras est assez lourd, comment est-ce venu dans le processus créatif ? Vous vous êtes dit, "c'est ce son là qu'on veut et sans ajouter de basse" ?

Pierre : C'est Pedro qui a eu cette idée là de ramener de la guitare baryton à l'époque et Raoul a gardé cet instrument. C'est vrai que ça rajoute une assise en plus, tout en permettant de jouer des harmoniques intéressantes, on peut faire des mélodies intéressantes à deux guitares malgré tout.

Raoul : Moi je n'en faisais pas avant, mais je savais que ça existait ce genre de guitare et je me suis toujours dit qu'il faudrait que je m'en achète une un jour, puis au final c'est en intégrant L'Effondras que l'occasion s'est présentée. En effet, c'est un instrument génial, dans le sens ou c'est un très bon compromis en terme de spectre sonore et ça me permet aussi de ne pas juste avoir le rôle de celui qui fait les notes dans les graves, mais j'arrive à lier justement mes accords graves avec des aspects plus aigus et plus mélodiques. C'est ça qui m'intéresse dans la pratique de cet instrument. 

Pentacle : Il n'a jamais été question de prendre un bassiste au tout début ?

Nicolas : Non. C'était il y a longtemps, autour de 2011 il me semble, on jouait tous les deux Pierre et moi, ainsi que Pedro qu'on connaissait d'avant, il nous a rejoint et il était guitariste, il faisait beaucoup de guitare préparée, il mettait des baguettes dans ses cordes, il faisait des choses très sonores, d'avantages que des parties de guitare. Il a commencé à produire d'avantage de textures, pas nécessairement dans les bas, mais petit à petit il s'est orienté vers quelque chose de plus grave avec sa guitare baryton et donc la question de la basse ne s'est jamais posée. 

Pierre : On a toujours voulu rester un trio aussi, c'est ça qui primait, plutôt que de prendre un autre musicien.

Pentacle : Comment ça se passe sur la composition ? Je trouve qu’il y a un aspect très jam dans votre musique. Est-ce que vous arrivez en studio et vous laissez libre court à vos idées ou vous arrivez déjà avec un matériel de base bien construit ?

Raoul : Ce qui se passe de manière générale c'est que Pierre arrive avec un gros pourcentage de riffs et de matière sur laquelle travailler. On se retrouve en répétitions tous les trois et on agence ça avec les goûts et les envies de chacun. Donc soit on tombe d'accord ou bien on fait parfois des compromis. En effet, des fois on fait tourner certains passages, ça s'apparente un peu à du jam, mais c'est dans un cadre un peu plus restreint. Ça naît de toutes ces approches et pour ce nouvel album, il est plutôt écrit car on est rentré en studio, pour le coup on ne s'est pas trop laissé surprendre, on était sûrs de nous, on devait faire ça assez vite et ne pas y passer trop de temps.

Nicolas : On a passé une dizaine de jours en studio, pré-mix compris. Mais les prises se sont faites en six ou sept jours. Et peut-être une semaine de plus pour le mixage, mais ça a été tellement étalé dans le temps que c'est dur de s'en rappeler précisément. Sinon pour compléter ce que disait Raoul, c'est que les morceaux sont souvent très très longs au début, dans leurs premières versions. Un morceau sur l'album qui fait peut-être sept minutes, dans sa toute première version, il en fait peut-être douze ou treize minutes. Et c'est vraiment par la suite qu'on épure, qu'on enlève le superflu et souvent ça revient à garder l'essentiel.



Justine : Et est-ce qu’il y a des influences qui vous inspirent pour créer cette musique instrumentale ? Il me semble que vous êtes très fans de Earth, en tout cas c'est un groupe qui a pu vous inspirer. Il y a également le morceau Norea sur le dernier album avec du spokenword qui m'a fait penser à Slint. Je sais que vous ne vous revendiquez pas Post-Rock, mais est-ce aussi une influence ?

Pierre : Slint ouais complètement, c'est une grand influence. Quand on avait seize ans, c'était un groupe qu'on écoutait beaucoup, c'était un grand changement en terme d'esthétique dans ce qu'on connaissait d'avant.

Raoul : Moi je ne connais pas du tout ces groupes là, je connais très très peu cette scène, je n'ai pas trop les mêmes références dans ces genres là.

Nicolas : Un groupe qui revient souvent quand on compose qui est totalement inconnu c'est Rroselicoeur, c'est un groupe de Reims qui ont fait trois albums. Je les avais vu en concert en 2001 et c'était une claque monumentale, c'est un groupe dont on a les albums et qu'on réécoute très très souvent. J'ai même l'affiche du concert (il tourne la caméra et montre l'affiche). Après il y a énormément d'autres groupes.

Justine : Sinon pas forcément au niveau des groupes, est-ce qu'il y a dans la composition des films, des artistes, des livres qui peuvent vous influencer de manière générale ou sur le dernier album ?

Nicolas : Personnellement non, je suis très axé musique, donc pas vraiment.

Pierre : Non, en tout cas les influences ne sont pas conscientisées, mais il n'y a rien qui tient du concept, en tout cas rien qui ne me vienne en tête.

Nicolas : Parfois on cite NirvanaSkip James ou Erik Satie comme influences, qui ont bien-sûr des spectres très différents mais dont le point commun est d'être très purs, très directs. On trouve très peu d'artifices dans leur musique, c'est le genre de truc qui nous touche, peu importe le genre musical. Moi je suis plus sensible au Rock et affinités, mais ce n'est pas une obligation. Raoul écoute énormément de Folk, il vient plutôt de là à la base, alors que c'est une scène que je connais personnellement que très peu.

Raoul : Ce sont plein de genres qui sont très différents sur le papier, mais qui au final nous apportent les mêmes sensations. Pour revenir sur ce que disait Pierre, ce n'est pas en écoutant un morceau ou un groupe qu'on se dit qu'il faudrait qu'on fasse quelque chose dans ce genre là, ce type de riff. C'est plutôt quelque chose qu'on incorpore au plus profond de nous pendant des années et qu'on peut ressortir sans trop savoir d'où ça venait à la base.

Justine : Pour revenir au spoken word sur le dernier titre Norea, est-ce que c'est l'un de vous que l'on retrouve ou est-ce une personne extérieure au groupe ?

Pierre : C'est moi qui suis derrière oui. Ce sont des bribes de textes que j'avais accumulés au fils du temps et j'essayais de faire sonner quelque chose de bien là-dessus. J'ai fait quelques tests en traduisant certaines phrases ou en partant de yaourt pour ensuite former des mots et enfin donner du sens. Au final c'est un peu poétique avec des guillemets car ça reste assez abstrait et donc oui c'est la première fois qu'on rajoute du texte sur un morceau.

Nicolas : Ça c'est fait un peu au dernier moment aussi. On aurait pu en mettre d'avantage, mais on a choisi d'épurer et de garder du texte uniquement sur le dernier titre.

Pentacle : Vous aimeriez refaire ça par la suite, ou inviter quelqu'un d'autre ?

Pierre : On l'a évoqué oui, il faut que ça serve la musique encore une fois, ce n'est pas une chose essentielle. C'est un instrument en plus.

Pentacle : Un ami m’a dit que vous aviez enregistré des sons sur un barbecue sur l’album précédent, sur le titre XII Phalène je crois. Est-ce que vous avez utilisé d’autres éléments un peu atypiques sur Anabasis ?

Nicolas : Pour le deuxième album on était vraiment paumé en pleine campagne et le but quand on était là-bas c'était de faire avec le lieu, avec les contraintes et les qualités du lieu, que ce soit d'un point de vue sonore ou d'espace. On avait un gars qui était avec nous qui s'appelle Sébastien Egleme et qui pendant l'enregistrement effectuait du field recording autour de la maison, dans la maison, il enregistrait plein de sons divers, de la nature. Donc on s'en est servi sur certains morceaux, sur certaines transitions. Il y avait donc ce morceau là, XII Phalène, qui est un peu à part du reste du disque et je ne sais plus pourquoi, on avait décidé d'enregistrer ce titre au clic, pour avoir un rendu sans doute plus carré, plus droit, plus mécanique et on cherchait un son qui se démarque sur la caisse claire, donc on a commencé à taper un peu partout pour trouver ce qui sonnait le mieux. On a trouvé le barbecue. J'ai fais deux trois prises de barbecue (rires) et après on l'a édité. La note du barbecue est dans la tonalité du morceau, étonnamment, tout s'est bien combiné entre l'artistique, entre le fait de vouloir chercher un son étrange sans que ça soit trop numérique. On a utilisé d'autres choses un peu marrantes comme un shaker avec une bouteille en plastique avec des graviers dedans. On est allé dans une église enregistrer un trombone, on s'était débrouillé pour trouver un paroissien qui nous autorisait à rentrer dans l'église.

Pierre : Il y a d'autres instruments sur Anabasis, mais il y a moins de recherche sonore. On a enregistré des guitares acoustiques, il y a eu aussi des rajouts de cymbales, du saz et un petit jouet xylophone. Ce sont des petits trucs, des ajouts supplémentaires d'arrangements, mais pas tant une vraie recherche sonore comme précédemment. On était en studio aussi, c'était plus cadré dans la manière de faire finalement. On s'est abstenu d'utiliser le micro-ondes (rires).



Justine : Concernant les deux précédents albums, on retrouvait une thématique autour du jour et de la nuit et sur Anabasis celui-ci évoque plutôt la lune, comme le titre Ce Que Révèle L'Eclipse. Est-ce que c'est un mixte entre l'ombre et la lumière ? Est-ce qu'il y a un concept particulier derrière ce disque et si oui d'où ça vient ?

Pierre : Il n'y a pas de concept particulier derrière cet album, mais effectivement c'est un album qui est plus sombre que le précédent, d'avantage fermé sur lui-même. Ce morceau là en particulier, Ce Que Révèle L'Eclipse c'était pour parler de l'idée de révéler en cachant, que la face sombre révélait quelque chose. Donc on trouve cette idée d'obscurité, mais sans concept en tant que tel. Ça laisse libre place à l'imagination pour les gens qui écoutent le disque.

Nicolas : Sur les deux premiers albums, il y avait cette notion d'alchimie, sans pour autant qu'elle soit développée. C'était des choses posées là et chacun fait ce qu'il veut avec, on peut s'en inspirer un peu.

Justine : Il y a une sorte d’appel à la nature, un côté païen chez L’Effondras je trouve, à travers les compositions très organiques, certains sons parfois, le visuel de Les Flavescences ou bien le clip de XIII Le Serpentaire. Est-ce que c’est une thématique que vous souhaitiez aborder à travers le groupe ?

Nicolas : Le côté païen c'est voulu car on aime ce genre d'esthétique et ce que ça renvoie. Et effectivement, quand je parlais de Skip James ou de Nirvana tout à l'heure, c'est cet aspect organique dans la musique qui me parle le plus. Je peux aimer quand c'est poussé à l'extrême comme chez Meshuggah par exemple, mais ça me plait d'avantage quand c'est organique, très brut, très pur. Brut, c'est le mot que j'utilise le plus quand je compose et je pense que ça se ressent dans la musique que l'on fait. C'est cohérent avec ce que tu dis. 

Pierre : Oui pour le coup on ne fait pas une musique urbaine, c'est sûr. Moi je vis à la campagne, j'en ai besoin pour composer, j'ai besoin d'être entouré de nature.

Raoul : Ce qui peut faire penser à des paysages en écoutant notre musique c'est peut-être aussi le format des morceaux, avoir de longues plages sonores qui s'étalent sur parfois huit minutes sur plusieurs tableaux, donc c'est un peu une balade en soi, c'est pour ça que ça colle bien avec un voyage en train. Le genre de musique avec un format plus Pop avec des couplets / refrains ça n'évoquerait pas les mêmes choses.  

Pentacle : J’aimerai revenir sur le morceau XIII Le Serpentaire justement. Comment s’est passé la composition de celui-ci ? J’imagine que ça a du poser pas mal de soucis de créer un morceau aussi long et varié que celui-ci ?

Nicolas : Ça a été très long, on l'a travaillé pendant bien trois / quatre ans. Il a pris plein de formes différentes. Ça serait dur d'expliquer en détails vu son processus de création et les divers changements, mais au départ c'est né d'un jam comme d'habitude, on faisait tourner plusieurs riffs, ça a évolué, on a retenu certaines parties. Quand on l'a commencé à l'époque avec Pedro il était encore avec une guitare classique, il n'était pas encore passé à la baryton et il a changé de guitare au milieu du processus de composition. Ça a été très long et compliqué pour arriver au rendu final. Ce n'était pas spécialement laborieux, mais tant qu'on n'avait pas la formule qui nous semblait adéquate, on n'avait pas envie d'enregistrer pour enregistrer. On l'a mis de côté pendant plusieurs années, on avait déjà des bribes du titre à partir du premier album et des eps, donc ça a mis un bout de temps avant la version finale. On a même encore certaines parties qu'on n'a jamais enregistrées, mais qu'on a jouées plusieurs fois en concert. On a jamais exploité ces pistes là, peut-être qu'on n'en fera jamais rien, peut-être qu'un jour on se dira, "mais en fait on devrait utiliser ça". Il n'y a pas vraiment de règle.

Pentacle : Et aussi pourquoi avoir choisi de réaliser un court métrage sur ce titre en particulier et pas un titre plus court comme XII Phalène ? Comment ça s’est passé justement, vous aviez donné une ligne directrice à la personne qui l’a réalisé ?

Nicolas : À la base on voulait faire un clip de manière assez classique sur le deuxième album, on n'avait pratiquement pas de budget, mais on voulait savoir si quelqu'un pourrait être intéressé. Charlène Favier nous connaissait, elle est de Bourg-en-Bresse comme nous, elle est réalisatrice de films. Elle nous a dit que ça la branchait bien, qu'elle aimait bien notre musique et notre esthétique. On avait déjà une idée de ce qu'on voulait, en terme de scénario, de déroulement. Pierre avait déjà commencé à réunir des pistes. On lui a exposé cela et pendant un an et demi ça a été un échange de mails entre elle, nous et le label. C'est aussi en parti pour ça qu'on arrête avec Dur et Doux. Au départ on avait un budget de 400€, puis on est passé à un budget d'un millier d'euros. Ils ont demandé des subventions et c'est vrai qu'on s'est fait dépasser par le truc. Charlène a poursuivit dans son idée, elle a avancé pour la réalisation du clip et on s'est retrouvés avec une équipe d'une vingtaine de personnes sur un morceau de plus de vingt minutes et c'est devenu un court métrage. Il est sorti fin 2017. Il y a eu des compromis dans tous les sens, artistiques, techniques, au niveau du label, des questions d'argent... C'était compliqué, mais on est très content du résultat. Elle a ressorti un film récemment qui s'appelle Slalom, son premier long métrage qui est nominé à Cannes, donc c'est top pour elle. On avait déjà une ligne directrice oui, les bases scénaristiques étaient déjà posées et on en a rediscuté avec elle par la suite. On avait l'idée des trois fillettes, de la femme à la fin, on voulait quelque chose de très proche avec la nature, ce mélange des éléments entre l'eau, le feu, la terre, cette idée de la transfiguration. Ces notions là on les a abordées avec elle, puis elle a fait à sa manière par la suite. Elle a incorporé ça en elle, puis elle avait sa vision également.

 

Pentacle : Question un peu étrange, la musique de L’Effondras parle à pas mal de gens qui peuvent à la fois écouter du Metal, du Rock Psyché, du Post, du Blues, de la Noise. Est-ce que vous avez une explication à cela ?

Raoul : C'est peut-être parce qu'on fait une sorte de synthèse de tout cela à notre manière. 

Pierre : C'est un peu ce qu'on disait avant, c'est qu'on ne choisit pas une direction où on se dit on veut faire ça comme ça, de telle manière, avec une approche de tel genre musical. On reste très ouverts et on essaye de prendre aussi les racines, cette approche épurée des choses qui nous plaisent, donc ça vient un peu de ça. On tape un peu dans tous les genres qui nous ont inspirés, on essaye de garder une certaine essence de cela et peut-être que les gens s'y retrouvent aussi là dedans.

Nicolas : D'un point de vue d'avantage sur la forme et la technique, il y a peut-être ce rendu dans le son et dans la construction des morceaux qui peut parler à certaines personnes. Quelqu'un qui écoute du Metal ou des choses assez lourdes, il va retrouver du gros son, des passages lents, ça tape assez fort par instants... A l'inverse quelqu'un qui écoute du Post-Rock ou des choses plus douces comme Slint par exemple, il va retrouver ce type d'ambiance dans notre approche. Ce n'est pas une volonté de vouloir mixer ces différentes choses, c'est juste que ça fait partie de notre identité. Je sais que je n'ai jamais eu envie de faire un groupe uniquement de Doom avec des tempos hyper lents et de la grosse disto, je n'ai pas envie de faire que ça. De temps en temps c'est cool, mais il me faut autre chose. Ça a beaucoup plus d'impact d'ailleurs sur un album quand on le fait qu'une fois ou deux que de faire que des passages comme ça.

Justine : Nicolas et Raoul vous avez au moins un autre groupe chacun, est-ce que vous pouvez en parler un peu ? Est-ce que ça a une influence sur L'Effondras ? Et te concernant Pierre ?

Pierre : Non je n'ai que L'Effondras. J'ai un peu de matériel de côté pour faire un projet solo, mais pour le moment ce n'est pas d'actualité. 

Nicolas : Moi je joue également dans Ni. Le fait d'avoir un autre groupe, le bon côté c'est que ça va me nourrir de différentes choses de voir d'autres gens, leur fonctionnement, de voir d'autres pistes musicales. Ce sont de nouvelles expériences, des rencontres et puis ça permet de se focaliser d'avantage sur L'Effondras ensuite car je sais ce que j'ai envie de faire ou ne pas faire. Je sais que j'ai une sorte de bulle dans L'Effondras ou je peux exprimer ce que je souhaite que je ne pourrais pas exploiter dans Ni par exemple et inversement. Ça me permet d'être plus "extrême" dans chacun de mes projets. Avec Ni par exemple, l'album qu'on compose actuellement, je joue de plus en plus fort et j'ai envie d'aller dans cette direction alors qu'avec L'Effondras ça va me procurer d'autres sensations. L'aspect négatif c'est la disponibilité du calendrier pour arriver à voir tout le monde, c'est aussi de ne pas trop s'éparpiller et rester cohérent avec chaque projet que je mène. Avec Ni on recompose un album, avec L'Effondras on sort Anabasis et avec deux amis j'ai un autre projet sur le feu qu'on compte enregistrer en fin d'année, mais on n'a pas encore de nom. Et avec V13 on est en stand-by depuis bien trois ans, car on a des vies différentes, on est loin des autres. On est encore tous potes, mais on n'a pas retrouvé encore le moment pour rejouer ensemble.

Raoul : Moi j'ai mon projet solo sous le nom de Raoul Vignal et mon troisième album sort prochainement, le 28 mai, une semaine après L'Effondras. Ce que je fais est à la croisée entre la Pop et la Folk. Moi j'y vois clairement un pont avec L'Effondras, entre les deux projets. Ce que je joue à la guitare baryton est dans la continuité de ce que je ferais seul avec une guitare folk. Les deux univers sont assez complémentaires. Du coup ça ne me donne pas l'impression d'être une fois un mec qui fait de la Folk et une fois un gars dans un groupe de Rock. Les deux marchent très bien ensemble.

Pentacle : Est-ce qu'il y a des choses qui vous ont plu ces derniers temps ? Est-ce que vous avez quelques recommandations par exemple ?

Raoul : J'écoute très peu de choses en ce moment, surtout avec les deux sorties d'album en même temps. J'ai dépoussiéré mes vieux CD de Country à écouter dans la voiture, mais c'est tout.

Nicolas : J'écoute pas mal de groupes de potes en ce moment. Dans les derniers trucs que j'ai découvert il y a trois artistes. Il y a Michelle Gurevitch qui est une femme qui fait une sorte de Rock triste, avec le morceau Party Girl que j'ai trouvé très chouette. On écoutait ça hier, c'est Rowland S. Howard c'est un gars des Birthday Party qui fait une sorte de Rock classieux à la Nick Cave, ce genre de chose, avec un album Teenage Snuff Film qui est franchement fabuleux donc après c'est un peu old school, c'est typé années 90. Sinon en trucs très cool actuels, c'est une anglaise qui s'appelle Kae Tempest, du Hip-Hop, les deux albums sont mortels. Les textes sont hyper beaux, je me suis mis un soir à faire défiler l'album en même temps que les paroles pour comprendre ce qu'il y avait derrière et comprendre son univers et c'est vraiment super. 

Pentacle (Mai 2021)

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