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Chloé de la Scène Michelet par téléphone, 2021

Depuis l'an dernier, les concerts sont au point mort et les salles de concerts gardent porte close. On refait le point avec Chloé de la Scène Michelet à Nantes, également musicienne de Djiin. On y parle longuement de comment la salle fait pour maintenir ou développer certains projets quand sa principale activité de bar / concert est mise à mal depuis plus d'un an.



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Pour commencer, est-ce que tu peux nous dire quand tu es arrivée à la Scène Michelet, ce que tu faisais avant ? Association résidente Erato l’an dernier ?

C'est ça, j'étais à Rennes et j'ai créé Erato en 2016 / 2017. J'organisais beaucoup dans les bars et au Mondo Bizarro, ensuite je me suis mise à étendre mes activités un peu plus pour trouver des dates pour les groupes qui passaient en tournée dans l'Ouest et pouvoir les envoyer dans les terres en Bretagne comme Brest avec Le Petit Minou, l'Espace Léo Ferré et au Rock Cirkus Bar pour que les groupes ne fassent pas juste Paris / Rennes ou Paris / Nantes, mais qu'ils aillent dans les terres vers d'autres publics. Je me suis mise à programmer au Galion de Lorient également, puis je suis arrivée à Nantes pour programmer quelques dates à la Scène Michelet en 2018. Olivier Piard (patron de la Scène Michelet - son interview à lire par ici) m'a remarquée et m'a proposé de devenir asso résidente, d'organiser des concerts plus régulièrement et m'a donné carte blanche sur le lieu pour pouvoir observer mon travail. Il m'a donné de plus en plus de missions et de responsabilités, m'a ensuite proposé un service civique en janvier 2020 et même si je n'ai pas pu le commencer à ce moment là, Olivier est toujours resté en contact avec moi pendant la période de confinement et il m'a beaucoup soutenu, alors que même lui n'allait pas bien. Il prenait régulièrement des nouvelles, on restait en contact les uns et les autres et ça nous a bien aidé à rester motivé.e.s, à tenir le coup et garder de l'espoir pour la suite. J'ai déménagé à Nantes après le premier confinement pour la suite des activités.



Tu remplaces Simon Grumeau en tant que chargée de production depuis le début de l’année c’est cela ?

La manière dont Simon est parti et quand je suis arrivée et la manière dont je suis arrivée à Michelet est un peu plus compliqué que cela. Simon a eu plusieurs rôles ici en tant que Grumal Production depuis 2012. Il a eu plusieurs formes de postes, il est passé sur la communication, la programmation de groupes Metal, au même titre que Ben de Crumble Fight qui est arrivé en 2014/2015. En 2019, Olivier m'a demandé de devenir asso résidente, puis en 2020 je suis passée en service civique comme on disait plus tôt et là-dessus on a commencé à organiser les sessions de Michelet pour retrouver une petite activité après la période de confinement. C'était avant la réouverture des bars où on l'a fait un peu de façon pirate (rires) et donc on organisait des live sessions en partenariat avec Violent Motion qui réalisait la captation. On a proposé à plusieurs groupes locaux de venir comme MoundragOrgöneObsidianTranzat... Le groupe était installé à même le sol, on avait refait toute la décoration de la salle pour faire un endroit sympa et une jolie vidéo promotionnelle pour les groupes. Au bout d'un moment, on s'est mis à envoyer des invitations privées à certaines personnes fidèles au lieu et passionnées de concert pour ainsi limiter la jauge à dix personnes qui venaient masquées et qui faisaient le concert assis, un peu caché. On avait fait une session test avec mon groupe Djiin et c'est pour ça que le générique des sessions, c'est le tout début du nouvel album à venir.

Ensuite il y a eu la réouverture des bars, où on a pu refaire des concerts en jauge limitée, assis.e.s et masqué.e.s. C'est tombé pendant les treize ans de la Scène Michelet qu'on fêtait fin août et à ce moment là, je m'occupais des sessions, de l'organisation des treize ans avec les autres assos, de communiquer sur le lieu également, j'avais un boulot alimentaire à côté pour subvenir à mes besoins, avant de pouvoir commencer un service civique en septembre et le temps qu'Olivier puisse me salarier. Au bout de quatre mois, je suis passé en CDI en tant que chargée de production. Donc Simon programmait surtout tout ce qui était Metal, Prog, Black, Death, Synthwave par moment, mais moi je suis plutôt dans une veine Fuzz / Krautrock, Psyché / Stoner, donc je ne reprends pas ce qu'il fait. Simon a longtemps été vu comme le bras droit d'Olivier et donc je suis devenue en quelque sorte la nouvelle bras droit d'Olivier. Simon continue de programmer quelques dates Metal, il s'investit dans d'autres boulots, ça faisait depuis 2012 qu'il était là, il y avait une sorte de routine, il avait envie de pouvoir découvrir d'autres choses et le Covid lui a mis un coup dur et ça a été en quelque sorte le déclencheur. Olivier avait envie de ramener quelqu'un de plus jeune, avec d'autres idées, avec la flamme de la jeunesse (rire).

Le fait que je sois une femme aussi a plu à Olivier, ce n'est pas pour ça qu'il m'a embauchée, mais ça l'a d'autant plus motivé à me choisir comme bras droit et comme potentielle gestionnaire du lieu, c'est que dans notre scène, il y a très peu de femmes qui ont des postes comme le mien et il trouve ça inadmissible. Un jour, sa fille lui a dit qu'elle ne pourrait jamais reprendre sa place parce que c'était une fille et qu'autour de lui il n'y avait que des hommes et qu'elle n'aurait pas sa place. Ça l'a beaucoup marqué et ça lui tournait en tête depuis longtemps. Quand il m'a rencontré, ça a été comme une évidence, j'étais compétente, j'avais de l'énergie que je déployais autour de moi, il aimait ma programmation, la manière dont je travaille, donc ça l'a motivé à remuer ciel et terre pour trouver une solution afin de me salarier et me former dans les années à venir pour gérer le lieu. Il y a aussi le truc de montrer un peu l'exemple dans le sens où il est temps d'arrêter d'avoir ce genre d'exclusion sexiste et d'entretenir une sorte de virilisme autour de notre scène alors que finalement, on est de plus en plus de femmes, on est de plus en plus nombreuses, il y a moins de pression masculine sur notre scène, même si elle souffre encore de cette image là et il est temps de changer les choses et d'avoir des femmes qui ont des rôles à responsabilité dans notre scène. 



J’ai eu l’occasion de venir deux fois l’été dernier je crois pour des concerts assis. Est-ce que tu peux revenir là-dessus ? Est-ce que ça a bien fonctionné, est-ce que les gens ont répondu présents ?

Au début ça a bien fonctionné car c'était les treize ans de Michelet, on a fait sold out tous les soirs, les gens étaient très heureux de pouvoir revenir. On est hyper content d'avoir eu autant de solidarité auprès de notre public, autant de mobilisation de chacun.e. Toutes les assos résidentes se sont mobilisées afin d'avoir une programmation assez éclectique, qui représentait bien tout le panel de notre programmation. Début septembre, c'était plus compliqué car il y a eu la rentrée, les gens s'étaient un peu défoulés en août pour voir des concerts et la suite a été plus complexe. On a eu un temps d'adaptation de la part du public, des artistes et de nous aussi sur ce nouveau format de concerts assis / masqués, surtout qu'on passait d'une jauge de 157 à 50 ce qui n'est pas viable du tout pour nous puisque le fonctionnement du lieu est dépendant du fonctionnement du bar. Si le bar ne tourne pas, on ne peut pas payer les salaires, le matériel etc. Avoir juste 50 personnes qui boivent des coups au lieu de 150 ce n'est pas viable. Pour pallier à ce problème on a organisé des double sets, on a réduit les plateaux pour passer de deux groupes au lieu de trois et on demandait aux artistes de jouer entre 30 et 40 minutes deux fois, pour faire deux publics set 1, set 2 et ainsi diviser le public en deux parties, faire un roulement, avoir moins de personnes dans la salle et respecter les conditions sanitaires, tout en ayant malgré tout une jauge à 100 personnes, ce qui nous permettait d'être à peu près viable.

Ce n'est pas aussi bien qu'avant, mais c'est mieux que 50 ou que rien du tout. On a eu un temps d'adaptation, il fallait que je sois là tous les soirs pour m'occuper de la régie générale, car même les concerts organisés par les associations n'étaient pas habituées à ce format là, donc il fallait vraiment quelqu'un sur place pour générer le public, les artistes, pour gérer les horaires, transmettre les informations, réussir à organiser les mouvements de foule et soutenir les barmans qui passaient leur temps à demander aux gens à remettre leur masque. On a eu pas mal de contrôles de flics dans les bars ou restos à Nantes et donc si les flics venaient chez nous et voyaient des gens sans leur masque, on se prenait une amende qui s'élève à plusieurs milliers d'euros et une fermeture administrative.

Donc on a dû jouer le rôle de flic, mais ça a transformé notre activité et notre façon de faire habituelle, ce n'était pas du tout agréable. On a eu des gens qui étaient agressifs et l'alcool montant, les gens ne se contrôlent plus, oublient leur masque etc., donc on doit faire gaffe. Mais globalement le public de la Scène Michelet est vraiment cool, on n'a jamais eu de bastons, les barmans sont attentifs, il n'y a jamais de gros problèmes et dès que quelqu'un est relou ou trop alcoolisé, il se fait calmer rapidement. Les gens sont attentifs et bienveillants donc c'est vrai qu'on est assez tranquille là dessus. On a eu un seul contrôle et ça s'est très bien passé, même si on devait tout le temps surveiller, monter dans la salle et redire aux gens de mettre leur masque, on me fusillait du regard pour ça. Mais en même temps si vous voulez revenir voir un concert, il n'y a pas le choix, faut jouer dans les règles. On a pris pas mal de risques à réorganiser des concerts, très peu de lieux ont fait ça cet été et à la rentrée, donc derrière ça demande des restrictions, un certain contrôle. Mais on est content de l'avoir fait, car tu vois, on est en avril 2021, on n'aurait pas pu rester si longtemps sans faire de concerts, sans lieux vivants.

Je crois que les deux seuls concerts que j'ai vu l'été dernier c'était Grauss Boutique et Moozoonsii à la Scène Michelet, et Justin(e) au Ferrailleur en concert sauvage. Vous étiez les deux seuls endroits où on pouvait venir à en concert en dehors d'endroits super DIY, dans des squats ou chez des particuliers de manière cachée.

J'étais super contente cet été de voir plein de Rennais venir à la Scène Michelet, ça m'a fait plaisir de les voir se déplacer et se motiver pour faire des concerts. Et comme le dit notre régisseur son Mathieu Planet, Michelet c'est un bateau de pirate et quoi qu'il arrive, on arrive toujours à rebondir, on aura toujours des idées, on ne le fait pas tout le temps dans les normes (rires), mais on se débrouille et on bidouille. Ça résume bien l'énergie de cette année où on a été à bidouiller, à essayer d'organiser des choses comme on pouvait. On a été les premiers à faire de la vidéo dans la salle, à contribuer à faire vivre le lieu et à accueillir un peu de public. On n'a pas trop communiqué sur les sessions Michelet justement à cause de ça, parce qu'on était à la limite de la légalité et que s'il y avait des contrôles, on avait un peu peur qu'on voit qu'il y ait du public et qu'on se prenne une amende.



C'est le Mondo Bizarro qui a rouvert un peu comme ça en jauge limitée, mais à la frontière de la légalité puisque de toute manière il ne pouvait plus tenir s'il ne rouvrait pas un minimum.

Justement, j'ai organisé le Mondo Fest en partenariat avec d'autres assos rennaises. On s'était mobilisé avec Erato, Hard Calling et Face To Face pour organiser sur quatre jours et on clôturait le dernier soir avec une date Fuzz avec SinDjiin et Orgöne et la billetterie était reversée en soutien au lieu. C'était la dernière fois que je jouais au Mondo Bizarro, c'était très beau, Bruno du Mondo m'a pris dans ses bras, on avait les larmes aux yeux, il était très touché de la mobilisation des assos. Ça m'a fait plaisir de pouvoir partager ce dernier moment dans ce lieu avec lui, là, où j'ai fait mes premières armes, j'y ai appris à faire de la régie, de la programmation ainsi qu'au Bar'Hic, donc ça fait bizarre que ça se conclue de cette manière.

Le Mondo Bizarro ferme, mais le Bar'Hic c'est pareil, je crois que la situation du Marquis de Sade est incertaine... Il ne reste plus grand chose quoi.

Concrètement, c'est aussi quelque chose qui m'a motivé à partir de Rennes pour venir sur Nantes. La politique de la ville de Rennes n'est clairement pas la même que celle de Nantes et je le vois encore plus fortement en étant sur place. Johanna Rolland (la maire de Nantes) soutient la Scène Michelet, on reçoit même des cartes et des mots de sa part, on a des élu.e.s de la mairie qui viennent pour voir comment ça se passe. Jamais Nathalie Appéré aurait fait quelque chose comme ça pour le Mondo Bizarro. Le comité a commencé à montrer son soutien lorsque ça a fait un bad buzz pour la ville de Rennes, le fait que la salle allait fermer, mais ils n'ont rien fait. Même Bruno n'était pas au courant des aides auxquelles il pouvait être éligible, car il n'avait aucun suivi ni soutien. Et je vois bien la différence, ça devenait très compliqué d'organiser des concerts à Rennes, car il y avait de plus en plus de fermetures administratives, les lieux étaient fliqués, au niveau des horaires on était extrêmement restreint, certains lieux n'ouvraient pas en semaine, ils ne le faisaient que le weekend parce que le voisinage faisait chier, que ce soit la mairie ou les flics c'était pareil... Résultat, t'es super limité pour organiser tes concerts, parce que je programme des groupes en tournée qui coûtent super cher à la base et que je ne pourrai pas faire jouer dans des salles à petite jauge le weekend. Leur cachet coûterait trop cher, ça ne serait pas rentable. Donc je programme sur des day off, des mardi, des mercredi, où là je peux les faire jouer dans ces lieux là, où c'est rentable à la fois pour moi mais aussi pour les groupes. Mais si c'est impossible d'organiser à ce moment là, tu vois bien que c'est compliqué.

Oui, puis en plus t'as la remarque des gens "oh tu organises un concert en semaine...". Mais les groupes ne jouent pas que les vendredi ou samedi. 

Bah oui, les groupes qui sont en tournée jouent aussi les lundi, mardi, mercredi et jeudi et c'est là où ils coûtent le moins cher parce que le weekend, ils jouent dans des grosses villes, dans des grosses salles ou des festivals pour ramener d'avantage de monde. Donc vouloir un concert au Mondo Bizarro ou au Bar'Hic avec une entrée à 5 ou 7€ t'as pas le choix, c'est obligé d'être en semaine. Sinon je veux bien mettre les places à 20€, mais c'est impensable dans ces lieux là et en plus de ça les bookers refuseraient, ne laisseraient pas jouer leur groupe dans des salles à petite jauge le weekend.

Les gens ne se rendent pas trop compte de la réalité des tournées et de toute cette organisation.

Et de toute cette économie dans la programmation, c'est assez compliqué. C'est quelque chose dont j'avais beaucoup de mal à faire à Rennes, où les Rennais avaient du mal à venir voir des concerts en semaine, alors qu'à Nantes j'ai remarqué que c'était plus simple. Les groupes ont plus conscience de ce genre de fonctionnement et il se rendent bien compte que les têtes d'affiche, elles tombent plutôt en semaine.



Il y a un truc qui diffère entre Rennes et Nantes c'est qu'à Nantes le Ferrailleur et la Scène Michelet sont vraiment identifiés comme des lieux Rock / Metal ou sur ce genre de scène alors qu'à Rennes, tu as un peu le Mondo Bizarro, mais qui fait aussi des soirées Punk, Reggae et les autres bars programment un peu de tout. Il y a moins de cohésion sur Rennes dans ces scènes là et à travers les bars, je ne sais pas si tu partages cet avis ?

J'avais commencé à investir le Méliès qui est l'ancien La Lanterne, l'ancien Quai 13, qui a été racheté en 2019 je crois. J'ai commencé à organiser là bas car il y a une cave en dessous du bar, c'est plus grand que le Bar'Hic, un peu plus petit que le Mondo Bizarro et je pouvais organiser la semaine. C'était bien cool, les conditions sont très agréables, ça fait restaurant le midi, donc le soir le chef cuisinier cuisine pour les groupes que je programmais, donc c'était chouette. Sauf que le public n'avait pas l'habitude d'y aller, donc ça prenait du temps et en 2020, les gens avaient un peu plus identifié le lieu comme les concerts d'Erato. Puis il y a eu un concert de Hardcore qui a joué trop fort et au dessus du Méliès il y a un hôtel. Donc ils se sont plaints et ils ont placé un accord entre le Méliès et l'hôtel pour arrêter les concerts à 22h. Et les Rennais c'est rare de les voir avant 21h (rires).

Tu avais organisé au Marquis de Sade aussi. J'avais vu Baron Crâne là bas.

J'organisais pas mal là bas, mais on en revient au même problème, c'est que là-bas c'était que le weekend, donc j'étais très limité au niveau des programmations et c'est un peu excentré. Pas tant que ça, mais pour le public ça peut faire la différence, les gens ont vite la flemme d'aller au Marquis de Sade et j'avais du mal à rentrer dans mes frais quand j'organisais là-bas. Ils ont racheté un autre endroit, l'Overlook, près de la tour des Horizons, donc ça fera deux lieux vu qu'ils sont deux gérants, pour organiser des concerts. Mais personnellement je commençais bien à voir la limite d'organiser des concerts à Rennes, à cause des restrictions de la mairie, de la gentrification, ils se sont mis à détruire le centre ville de Rennes, à virer les bars, mettre de plus en plus de restrictions sur les bars de Rennes, le Mondo Bizarro qui ferme... Peut-être que je continuerai à organiser un peu à Rennes, mais même dans mon équipe, tout le monde a pris des chemins différents, il faudrait que je refasse une session de recrutement.

Quand on va rouvrir à la Scène Michelet, je vais avoir plein de choses à gérer. Mon rôle de chargée de production et assistante de production, je m'occupe de toute la partie communication et programmation, donc je sélectionne les dates des assos résidentes qui me font leur proposition et avec Olivier on valide ou pas les plateaux. On produit quelques dates au nom de la Scène Michelet et on va aussi sélectionner les assos résidentes pour pouvoir créer cette programmation. Je m'occupe également du développement de projets comme les résidences, je gère le planning, de l'organisation des plannings de résidence avec les groupes. On est en train de monter un projet d'accompagnement artistique avec un jeune nantais du nom de Nathan Frouin, donc je l'accompagne dans le développement de son projet. On a aussi accueilli une jeune vidéaste, qui a filmé quelques live sessions et pour quelques groupes à la Scène Michelet, donc je l'accompagne là dessus et je m'occupe également de la partie administrative.

Pour les résidences d'artistes j'avais vu passer Orgöne, notamment, je sais pas si tu peux en dire quelques mots.

Il y a eu GTI qui ont fait leur grand retour, pour préparer leur retour sur scène. On a eu aussi ObsidianDjiinInner FloodsCabaret Fantôme mais on est obligé d'annuler au vu des restrictions. On a eu également, The Chainsaw MotelMirizonDeftstompInglorious Bad Stars et je crois qu'on a fait le tour. Donc on a eu une trentaine de résidences depuis qu'on a lancé le projet. On a commencé en décembre. Je teste tous les lancements de projet avec mon groupe, Djiin, en novembre, pour pouvoir tester le format, sur quels points on peut aiguiller les groupes, pour travailler avec eux, quel type de résidence on peut mettre en place, pour préparer la formule. Ensuite on a lancé les résidences en décembre, on a eu quelques shooting photo avec Christian Andreu, de Gojira qui est venu en shooting photo à la Scène Michelet grâce à Simon Grumeau. On a eu aussi Maureen Piercy qui vient d'arriver sur Nantes et que j'accompagne dans ses projets vidéo.



Il y a eu aussi de l'accueil école ? Est-ce que tu peux revenir là-dessus ? 

Alors ça fait déjà depuis 2019 qu'on fait ça où on accueille des spectacles d'enfants le lundi parce que c'est notre jour de fermeture et on collabore avec Paq'La Lune qui est un collectif de spectacle pour enfants. On devait en avoir en avril, mais ça va être annulé vu que les écoles sont fermées. On a eu quelques résidences de groupes en décembre dernier. C'est une activité qu'on a développé après le second confinement. Comme les bars étaient fermés on a voulu trouver une solution pour pouvoir continuer à maintenir la motivation des groupes et à faire en sorte que quand ils nous annoncent deux semaines avant qu'on peut rouvrir, que les groupes locaux soient toujours actifs et prêts à jouer. Je le vois en tant que musicienne, sur la motivation et l'espoir des groupes à pouvoir un jour remonter sur scène et c'est assez terrible. Il y a beaucoup de groupes qui splittent, qui ne peuvent pas répéter, qui ne trouvent pas de locaux de répétition, qui se réorientent dans d'autres choses et arrêtent leurs projets musicaux.

C'est catastrophique pour la diversité et la culture. On se disait que s'il n'y avait plus de salle, il n'y aurait plus de groupes, mais s'il n'y a plus de groupes, il n'y aura plus de salle non plus. Après il y aura toujours des groupes, mais c'est quand même notre rôle en tant que salle de petite jauge, de culture underground, de musique de niche, de soutenir la culture émergente. Ça a toujours été notre rôle depuis sa création il y a quinze ans, parce qu'on programmait les groupes émergents en première partie des têtes d'affiches, on soutenait les groupes de la région et c'est parti de ce principe là, de continuer de soutenir cette émergence artistique en leur proposant des résidences, pour les accompagner et faire en sorte qu'ils puissent profiter de ce temps de pause pour se pencher à fond sur leur projet et essayer de peaufiner tous les points sur lesquels ils n'ont pas l'habitude de travailler.                                                                                       
  
Comment ça se passe pour une éventuelle reprise des concerts ? Le calendrier des dates est gelé pour le moment en attente de la réouverture des salles de concerts ?

Ça change tout le temps (rires). En novembre / décembre on s'est mis d'accord avec Olivier afin de geler la programmation parce que ça faisait quatre fois qu'on déplaçait le planning, c'est chronophage, c'est insupportable. C'est déjà assez compliqué de devoir gérer le moral de l'équipe. En ce moment on fait des travaux, on doit s'occuper des résidences, on a dû faire pas mal de paperasse, de demandes de subventions et d'aides pour tenir financièrement jusqu'à la réouverture. On a été soutenu financièrement par la mairie et par le département, sinon on serait fermé depuis longtemps. Ça demande beaucoup de temps de rédiger tous ces dossiers, donc toute la partie pas fun du truc, surtout que toutes les tireuses sont finies (rires). La programmation est gelée et on avait un peu rouvert pour quelques dates en septembre, mais là les seules dates qu'on a pris, c'est quelques rares têtes d'affiche qui pensent pouvoir tourner en 2022 et qu'on ne pouvait pas laisser passer, donc on a posé quelques options pour des bookers. On n'a pas encore pris de groupes locaux, car on pourra organiser ça à la dernière minute, ça va être un enfer à gérer, je vais me faire harceler dans tous les sens (rires). J'ai déjà anticipé la reprise, dans le sens où j'ai prévu d'organiser un festival de réouverture avec tous les groupes qui ont été en résidence à la Scène Michelet, ce qui permettra d'avoir une programmation sur une ou deux semaines à la réouverture. Eux ça leur permettra de remonter sur scène et montrer le travail qu'ils ont effectué pendant leur résidence et nous ça nous permettra d'avoir d'avantage de temps derrière pour pouvoir organiser une programmation cohérente et qualitative pour les mois à venir. 

Notre chère ministre de la culture parlait de la réouverture des festivals cet été en concert assis. Est-ce que vous pensez refaire des concerts assis en jauge réduite comme l'été dernier ?

Le problème c'est qu'elle a annoncé ça pour des lieux en plein air. Nous on est un lieu fermé, donc le virus circule a priori plus vite dans un lieu clos, donc dans tous les cas ça ne sera pas possible. Et puis l'été c'est notre période creuse, ou d'habitude les gens partent en vacances, profitent du beau temps et n'ont pas envie de s'enfermer dans une salle. C'est une période qui ne marche pas très bien, donc si on rouvre cet été, ça ne sera pas avant fin août quand les gens reviennent, mais même dans cette configuration je n'y crois pas. On ne va pas ouvrir début ou mi-juillet alors que d'habitude c'est la période où l'on ferme, ça serait ouvrir à perte. Peut-être qu'on refera une session Michelet comme l'an dernier, mais depuis des mois, le mode de fonctionnement c'est des idées de dernière minute, on la met en place et on se lance. C'est très dynamique du coup, mais en fonctionnement des dernières annonces, on rebondit, on trouve des trucs et on met ça en place.

Olivier me disait la même chose il y a un an quand on avait échangé ensemble, sur cette façon de travailler, de reporter, de changer les plannings etc...

C'est épuisant, surtout pour Olivier qui va fêter ses 41 ans le 18 avril, ça fait quinze ans qu'il gère ce lieu, quinze ans qu'il a sacrifié beaucoup de sa vie pour la Scène Michelet, il s'est toujours donné à fond pour faire vivre le lieu, le développer, créer des emplois, accueillir des jeunes, et là aujourd'hui, au moment où la salle tournait à plein régime, tout marchait bien, il n'y avait plus de problème, tout s'écroule et c'est hyper dur à vivre. C'est aussi je pense une des raisons qui l'a motivé à m'embaucher, parce qu'il a besoin de passer la main. Il reste toujours présent et gère pas mal d'éléments surtout sur la partie politique et les partenariats avec les personnes les plus importantes du réseau, c'est lui qui garde la main là dessus, même si on communique énormément tous les deux notamment sur la gestion du lieu sur place.

Le lieu a-t-il changé aussi ? J’ai cru voir passer une nouvelle fresque murale sur FB.

Justement, ça a été un peu motivé par le Covid, le fait de faire des travaux sur la terrasse. Apparemment tu ne peux pas choper le virus si tu bois le cul posé sur une chaise (rires) donc il a fallu réorganiser la Scène Michelet pour pouvoir boire en terrasse car on n'a pas assez de places assises à l'intérieur. On voulait garder les loges pour un minimum de confort pour les artistes qu'on accueille, donc on a fait sauter un de nos locaux de réserve, on a fait des petits kiosques qu'on peut privatiser pour des anniversaires, c'est assez intimiste, j'aime beaucoup cet espace. On a fait sauter un parterre de fleurs pour avoir plus de chaises et de tables, on a refait le bois de la terrasse et tous les graffs qui commençaient à être bien usés ont été refaits pour donner quelque chose de plus harmonieux. Ceux sous le préau avaient été refait récemment en noir et blanc, donc on a tout harmonisé pour que ça soit cohérent. On a replanté pas mal de verdure pour rajouter de la couleur. On s'occupe, on jardine (rires). Mais c'est bien, ça permet de garder le moral et garder le lieu actif. Toute l'équipe s'y met et au lieu de servir des pintes ou sonoriser des concerts on fait du jardinage.

 

Quelque part vous restez présents dans l'esprit des gens avec toutes ces choses, parce que c'est terrible de disparaître pendant plus d'un an, comme beaucoup de salles au final, et les gens oublient les lieux, ne savent pas si ça va rouvrir... Comme le Ferrailleur qui a refait son intérieur pour tourner des vidéos, c'est important de garder de la visibilité et une activité.

Surtout que la Scène Michelet c'est une communauté, ce n'est pas juste le lieu et l'équipe. C'est une communauté de gens qui suivent le lieu depuis longtemps et il est construit par ces personnes-là, pas que par l'équipe. Donc c'est important de garder un lien avec le public, avec cette communauté. Le mot qui revient souvent c'est "la famille". Même au niveau de l'équipe, quand on travaille sur la terrasse on est tous ensemble, on déconne, on se soutient, on fait quelques soirées. Il y a vraiment cette esprit de famille entre nous. Ce n'est pas pour rien, la Scène Michelet a été fondée par la famille Piard et la personne avec qui je travaille le plus parfois ce n'est pas seulement Olivier, mais aussi son père Daniel Piard. Ils ont une énergie, un courage et une motivation, ils m'inspirent énormément. Quand tu vois le père d'Olivier à 77 ans qui est au taquet, qui est limite plus en forme physiquement que moi (rires). Ils sont hyper attentionnés, il est passé l'autre jour avec sa femme, Jocelyne, la mère d'Olivier, il me disait qu'ils m'avaient adoptée et que je faisais partie de la famille, c'est beau. Quand j'ai rencontré mon copain c'est les premières personnes que j'ai prévenues et ils me soutiennent énormément. Quand ils ont annoncé les dernières mesures, je ne me voyais pas rester enfermée avec des chats dans mon appartement, je préférais rejoindre mon copain à Clermont-Ferrand pour faire de la musique, m'occuper, être en extérieur et je n'ai même pas eu à argumenter, Olivier m'a dit tout de suite d'y aller, il me fait confiance.

Et concernant l'avenir, ce que voulez faire ensuite ?

On a demandé à Ben de nous aider sur les contacts presse, parce qu'il est aussi en asso résidente et depuis le Covid il n'a plus d'activité, il est occupé sur les mobilisations de l'Opéra Graslin. On le soutient aussi, on fait en sorte qu'il aille bien et on lui a proposé de passer un peu plus au bureau, il vient de temps en temps chez moi et donc il nous aide sur les relations presse, histoire de donner de nos nouvelles par la presse, même si on continue de communiquer sur le lieu via les réseaux, mais c'est bien d'avoir aussi de la visibilité ailleurs pour que les gens ne nous oublient pas. Depuis septembre on accueille l'émission de radio YCKM qui enregistre toutes les semaines ici. J'en ai fait partie pendant six mois, j'étais chroniqueuse, mais j'ai dû arrêter parce que j'avais trop de boulot et je n'arrivais pas à lier les deux, surtout qu'on enregistrait le dimanche ou le lundi après-midi, or ce sont mes deux seuls jours où je peux être tranquille, ne pas aller à la Scène Michelet et faire des choses pour moi, pour avoir une vie de couple aussi. Afin de ne pas être une contrainte pour eux, annuler ou ne pas avoir bien préparer ce que j'allais dire, j'ai préféré quitter l'émission, même si je kiffais bien, mais dans tous les cas on les accueille toujours pour leurs enregistrements.

Sur les prochains mois sinon c'est difficile de se projeter, en tout cas on va reprendre les résidences dès que ce troisième confinement sera levé. On a quelques projets sur le feu, on se lance sur de l'archivage en ce moment, pour retrouver de veilles photos et vidéos de la Scène Michelet, pour un gros projet qui devrait sortir en mai ou juin, mais je ne peux pas t'en dévoiler d'avantage pour le moment. On va faire plusieurs projets vidéo, mais sur du clip et pas du livestream car on reste un lieu de culture live et pas de culture digitalisée. C'est pour cette raison qu'on a fait le choix de ne pas se positionner sur le livestream, personnellement j'ai assez peur de la digitalisation de la culture, que le public s'habitue à force à regarder des concerts posé sur son canapé à boire des bières. C'est pas la même chose qu'un vrai concert, mais c'est facile d'avoir la flemme de sortir de chez soi, surtout quand tu as été habitué à rester enfermer pendant longtemps. 

Après de mon côté, les gens qui avaient l'habitude d'aller à des concerts, j'ai pas l'impression que ça les botte plus que ça de regarder des concerts chez eux. J'ai dû en regarder deux ou trois de groupes que j'aime vraiment, mais c'est pas le truc qui me fait le plus kiffer. Je pense que les gens ont surtout très envie de retourner en concert, pas de regarder des vidéos.

Ça me rassure un peu ce que tu me dis. C'est pour ça que je préfère me positionner sur des clips ou des live sessions, pour que les groupes aient des outils promotionnels pour quand ils pourront retourner et sortir des vidéos qui seront toujours disponibles plutôt que de faire un stream en direct qui ne sera disponible qu'à un seul moment. Je vois moins l'intérêt. Ça c'est quelque chose qu'on va un peu plus développer, mais aussi de développer des projets engagés sur la parité dans la scène Rock / Metal, montrer un peu plus les femmes du milieu, sans rentrer dans quelque chose d'hyper genré car ça ne me correspond pas, mais faire en sorte de détruire certains stéréotypes dans notre scène. On réfléchit aussi à développer notre activité de jour, avec ce projet d'accompagnement artistique qui s'intitule Le Caisson, avec Nathan Frouin, le chanteur d'Obsidian, comment faire pour accompagner les groupes émergents de la scène Rock / Metal dans la continuité du projet de résidence. Mais ça s'élargit un peu plus car là on propose un accompagnement au niveau de la communication, du management et de la technique. Si ça rouvre, on se réorganisera encore une fois à la dernière minute, on rebondira. On reste positif, on partage des moments tous ensembles et on a hâte de retrouver le public à la réouverture.

Pentacle (Mai 2021)

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