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La mise en abyme de la mise en abyme, pt.2 (avec A.K. de Decline of the I) Entretien vocal

Cette suite de l’interview avec A.K de Decline Of The I est une partie peut être un peu plus dense philosophiquement, qui va s’intéresser beaucoup plus à Kierkegaard, au concept de trilogie et à tout ce qui peut y être lié : l’artiste, l’ontologie de l’œuvre, mais aussi tous les termes Kierkegaardiens spécifiques à la pensée de l’esthète Danois. Comme pour le premier article, en fin de papier se trouve quelques clés de compréhensions ainsi qu’une bibliographie indicative, pour les lecteurs qui ne veulent pas simplement absorber de l’information mais plutôt la digérer et l’intégrer. 
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Fin de partie I : « A. […]  Maintenant, j’aimerais parler de Johannes de Silentio ou Johannes Climacus, et pour ça, j’ai pensé à une simple introduction, j’avais envie de te dire : « Parle-moi de Johannes » … »

A.K. : Il se trouve qu’effectivement… en fait, quand j’ai eu l’idée de faire la trilogie sur Kierkegaard, très vite m’est venu à l’idée que j’allais appeler chaque opus par le nom des figures emblématiques des stades, et je me suis aussi amusé avec l’ironie un peu égotrip parce que finalement, Johannes Climacus, c’est un de mes pseudos de toujours sur les réseaux sociaux, choisi il y’a 10/15 ans. Je trouvais ça ironique d’avoir comme pseudo… un pseudo. Cette blague est certes un peu solitaire (on m’a rarement abordé en me disant « Ah tiens, tu t’appelles comme Kierkegaard ») ; mais finalement Louise notre bassiste, lorsque je l’ai rencontrée il y a 8 ans, elle m’avait dit « Tiens, Johannes Climacus comme Kierkegaard ! ».  Je ne me l’étais jamais reformulé mais c’est spécial, étonnant quand j’y pense. 

Søren Aabye KierkegaardJe me disais qu'il y avait déjà quelque chose d’intime extériorisé avec la musique, et j’ai pensé que ça serait une étape supplémentaire d’appeler mon album par le nom d’un de mes alter-ego. Donc, plus qu’un égo-trip, c’est un alter-égo-trip. L’album ne s’appelle pas Judicaël (mon vrai prénom) non plus, quoi. Ça m’intéressait aussi, dans une perspective de recherche intime, d’extérioriser quelque chose qui est une part en moi et que j’ai toujours questionnée. Ce rapport au désir, à l’amoralité, … Et aussi corollaire de l’épuisement du jouir, qu’est-ce qu’il se passe quand on vit sans valeur transcendante… Je n’ai jamais eu l’envie de séduire une fille pour rompre mes fiançailles dans la foulée (NDLR : Ce que fit Kierkegaard avec Regine Olsen), mais je sentais des échos en moi de cette maxime « La beauté avant tout, avant la morale ». Je me suis dit que c’était essentiel de mettre ça sur le tapis, en appelant un album du nom d’un de mes alter-ego. Finalement, c’est un peu aussi un hasard, mais je me suis empressé de sauter sur l’occasion de l’ironie.

A. : Je vais enchaîner là-dessus et parler un peu plus de la matière littéraire en elle-même. Je voudrais parler de Ou bien… Ou bien… (NDLR : L’ouvrage principal de Kierkegaard, où sont exposés tant le Stade esthétique que le Stade éthique ; voir les Clés de compréhension pour plus de détails) : dans la préface et l’introduction, l’éditeur du livre (qui est en fait Kierkegaard sous un autre nom, « Victor Eremita ») parle du fait qu’il ait trouvé deux manuscrits secrets dans une armoire cachée, etc… Finalement, il note chaque manuscrit par opposition à l’autre, il y a l’esthétique et il y a la morale, et chaque manuscrit est rédigé par une personne spécifique. Le premier est Johannes, le second Wilhelm. Mais ce truc de « combat », où Wilhelm attaque Johannes entre autres, ce truc d’alter-ego où Kierkegaard est à la fois réalisateur et acteur, où il se perd un peu dans tout ça, j’ai trouvé que c’était pertinent pour parler d’art. On pourrait très bien comprendre l’art&la création comme une retranscription analogue de la multiplicité du rapport au monde, au sens où Kierkegaard est un être un peu torturé qui se questionne sur sa façon d’agir dans le monde et sur comment devoir agir, pourquoi le faire, etc. Il était en constante déroute entre ces trois stades de l’existence (esthétique, morale, foi). Je me demandais si on pourrait parler de cet album comme un de tes alter-ego, au même titre que Johannes et Wilhelm sont des alter-egos de Kierkegaard. 

A.K. : C’est juste et bien vu. Comme par hasard, en plus, je créé à partir d’une œuvre qui utilise elle aussi des alter-ego. C’est une sorte de mise en abyme x4, qui devient assez post-moderne où le sens est de plus en plus enfoui. Historiquement aussi, il s’élevait contre l’Hégélianisme qui prétendait tout systématiser ; là, il y avait une espèce de proto-Deleuzianisme, car les Stades de l’existence ne sont pas des étapes chronologiques, on va perpétuellement de l’un à l’autre, et c’est une approche rhizomatique. On commence par le début, le milieu, la fin, peu importe ; il n’y a pas ce cheminement traditionnellement dialectique, un arbre qui s’ouvre avec ses racines. Au contraire, Kierkegaard amène quelque chose d’assez nouveau, cette approche qui se veut moins systémique. Ça m’a toujours séduit, ayant moi-même slalomé entre Kant et Hegel pendant mes études de philo (je trouvais ça impossible à lire, et presque moribond). J’avais l’impression de lire un manuel compliqué où ça fonctionne certes, mais à la fin ce n’est qu’un mécanisme sans âme. Ce procès un peu rapide veut simplement dire que je préfère des auteurs à la Cioran, Nietzsche ou Kierkegaard, qui jugent la contradiction. Ce dilemme présenté par Ou bien… Ou Bien…, où on est mis entre deux possibilités, montre que Kierkegaard s’inclut dans sa philosophie en disant « je ne peux pas trancher entre ça et ça ».  C’est la première fois qu’un philosophe se met autant à nu, là où on était plutôt habitué à des débats qui étaient déjà à l’ordre du jour, où on pouvait complètement séparer l’homme de son œuvre (n’est-ce pas Rousseau ?). Kierkegaard, non, impossible de séparer son œuvre de sa vie, d’autant plus qu’il s’amuse à essayer de le faire. C'est le premier penseur intime. Tout ce système de pseudonymes compliqués donne envie de s’intéresser au contenu, de comprendre ce qu’il y fait et où est sa place. 

A. : Personnellement, j’aime bien utiliser le terme de « vagabond » pour parler de Kierkegaard : c’est un constant aller et retour entre les stades, une constante pérégrination. Ce qui est intéressant dans le fait que tu l’as pris comme figure de ta trilogie, au-delà du fait que ça produise une double mise en abyme, c’est le fait que ce soit le précurseur de l’existentialisme. Il s’est divisé lui-même, s’est polarisé lui-même dans des oppositions qu’il ne pouvait pas supporter… Sans vouloir rentrer dans une psychanalyse de comptoir, on pourrait penser pareil de toi, artiste, qui fait une trilogie sur Kierkegaard, non ? Premier album, tu vas esquisser ton aspect esthétique et toutes les jouissances qui y sont comprises, et l’album suivant tu redresses tout ça avec Wilhelm et des structures... Je trouvais intéressant de prendre la trilogie comme une unité, où à la fin, peut-être, tu auras une espèce de Grand Moi, avec les trois rapports au monde. 

A.K. : Oui, c’est peut-être programmatique, c’est un peu ce que j’espère, arriver à réaliser cette synthèse des trois en moi-même. On verra, hein. Et puis la quarantaine s’y prête, pour poser toutes ces questions-là. 

A.K.A. : Pour prolonger ce parallèle entre Kierkegaard et toi, est-ce qu’on pourrait parler de la figure de Régine Olsen dans la retranscription d’un objet-muse ? Pour Kierkegaard, Régine Olsen est une muse, elle provoque tout le rapport qu’a l’auteur au désir et à ses contradictions. Pourrait-on parler de la musique comme muse première, pour toi ? J’ai pensé cela en faisant un lien avec le sample de « Hurlements en faveur de FKM » : la personne samplée dit « La définition de la composition musicale c’est apprendre par cœur un texte qui n’a pas encore été écrit ». J’ai trouvé intéressant la façon de faire retranscrire la composition musicale comme quelque chose qui est en puissance, qui existe mais qui n’attend que de se faire incarner par la personne. On pourrait revenir à cette volonté d’extériorisation par le désir, où l’œuvre s’incarne réellement comme une figure démonique (pour reprendre des termes très Kierkegaardiens) : quelque chose auquel se livrer, quelque chose auquel on se laisse se livrer. 

A.K. :  C'est aussi intéressant le fait qu’il ait rompu ses fiançailles, comme un symptôme du fait qu’il ait du mal à se sortir du premier stade. On pourrait dire que chronologiquement, il a fait le premier stade pour arriver au troisième, sans passer par le stade éthique, le second. Se sauver par la foi, la transcendance… Pour filer le parallèle, j’espère ne pas trahir la musique à mon tour, mais effectivement dans tous les cas il y a une volonté d’extériorisation de quelque chose qu’on trimballe et qui est trop pour nous. On pourrait presque dire que Kierkegaard était obligé de rompre ses fiançailles dans sa vraie vie pour faire exister l’œuvre dans laquelle il allait parler de ce dilemme du dandy. S’il avait filé une vie de famille parfaite, il n’aurait sûrement jamais écrit cela ; au contraire de Rousseau, qui écrivait des manuels d’éducation pour ensuite abandonner tous ses enfants. Il n’aurait pas pu supporter le paradoxe. 

A. : C’est justement ça qui interpelle : la rupture des fiançailles témoigne du stade esthétique, de la jouissance. C’est le rapport au démonique, le concept de l’esthète qui explose dans son lyrisme, qui est tellement chaotique que lui-même se laisse balader par ses propres désirs&jouissances. Je retrouve un peu cet aspect dans l’album : si je reviens dans les structures, et aux enchaînements des structures, je pense notamment au 4ième titre où on passe d’un départ très fort en blast pour passer à du breakdown et des éléments beaucoup plus lents. Il y a une espèce de chaos subi, consciemment, volontairement, et même alimenté. 

A.K. : Ça me parle assez, je suis tout à fait d’accord. Justement, on pourrait dire que comme il avait un peu sauté la case de l’éthique, il se retrouve à faire des choses incomprises comme rejeter les fiançailles. Se marier à une femme c’est renoncer à toutes les autres. Il est complètement soumis au désir, et justement plus tard dans Crainte et Tremblement, c’est la figure d’Abraham qui devient soumise au désir de Dieu. Comme un dépassement du désir…

A. : Je vais pousser l’analogie encore plus loin : le chemin de Kierkegaard, le fait d’avoir rompu ses fiançailles, le fait d’avoir abouti à son œuvre, pour moi ça relève de la composition avec le réel. 

A.K. : C’est la définition même du dandy ! Jacques Rigaut par exemple, qui était la figure du livre de Drieu la Rochelle reprise dans le film de Louis Malle, que j’ai abondamment samplé dans la première trilogie (NDLR : Le Feu Follet, 1963). Il y a une biographie qui est sorti récemment, et tout ça, ce n'est pas simple à réaliser parce que c’est un dadaïste pré-surréaliste qui n’a aucune œuvre en fait ; sa vie était son œuvre, finalement. « L’art est ce qui doit faire aimer la vie plus que l’art », et il en vient même à se débarrasser de l’art pour rendre hommage à la vie. Evidemment, en grand dandy, il a mal fini et s’est suicidé. Pour lui, avoir un médium de second degré (musique, peinture...), ça devient trop, c’est trop loin. Il faut œuvrer directement dans sa vie, sinon c’est tiède, faux. 

Jacques Rigaut, "Le suicidé magnifique"A. : C’est le Dionysisme absolu, le refus total de forme au profit du flux. Je caractérise toujours Dionysos par le flux : ça traverse, il est perpétuel changement et compose avec ce qu’il trouve et qui est abstrait des formes. Se figer dans des formes ce serait perdre la vitalité, alors que la définition de l’esthète (et peut être du dandy aussi), c’est d’exploser au monde constamment, c’est vivre sa vie comme une œuvre d’art. 

A.K. : Oui, c’est ça. Poser un tableau, sortir un disque, écrire… un moment, c’est quand même tailler dans le vif, quoi. Ça pose une étape. C’est pour ça que je trouve que la musique est l’art idéal dans une perspective du flux, elle rend plus hommage à la vie qu’une peinture qui n’est pas un flux. Mais bon, ça reste une entaille, ce n’est pas la vie même. Ce n’est qu’une expression d’elle-même. 

A. : J’aimerais maintenant qu’on parle un peu plus de la trilogie qui est en train de se créer dans sa globalité. On a déjà dit que la composition, comparée à la précédente trilogie, avait changé. J’ai essayé de montrer comment, quels éléments… ce qu’il y avait de prégnant à voir et à sentir pour constater ça. Je me demandais donc toi, comment tu percevais ce nouveau fil rouge du concept, et est-ce que tu le conçois comme une continuité avec le précédent fil rouge, ou est-ce une totale discontinuité ? Si c’est le cas, alors quels changements, qu’est ce qui provoque cette discontinuité ? 

A.K. : Je ne calque pas vraiment mon approche de cette trilogie comme la précédente. Là, j’ai envie à la fois d’être un peu plus…. De suivre un peu plus quelques idées a priori, quelques règles… Encore une fois, je ne veux pas être esclave d’idées premières ou d’idées tout court, mais comme on disait au début de l’entretien : j’aime bien l’idée de jeu. Je pense qu’en me posant quelques règles par avance, en me disant que je vais à peu près les tenir sans les supprimer. Ce ne sont pas des structures, ce sont vraiment des contraintes. Je pense que le fil rouge sera plus présent, plus visible, sans pour autant qu’il soit hyper clair. Mais j’aime vraiment cette idée de jeu, et je compte faire en sorte qu’il y ait bien plus d’écho entre chaque album. Je voudrais faire des albums un peu plus marqués, là où par exemple les deux derniers albums de la première trilogie ont un style très proche. Mais bon, je reste assez ouvert, je ne veux pas en faire une prison, je veux me laisser une marge. Au contraire d’une prison, je pense que les contraintes peuvent me donner plein d’idées, me faire avancer, plutôt que de redémarrer par une page blanche à chaque fois. Je veux garder l’idée de concept, mais au contraire de la musique de film où la musique est au service du film, moi je veux mettre le concept au service de la musique. 

A. : C’était déjà le cas avant ça !

A.K. : Disons qu’avant il était encore plus dilué. Là, j’aimerais qu’il soit un peu plus fort, mais que cette force ci soit un marchepied supplémentaire pour la musique. 

A. : On pourrait dire que Laborit, dans ta première trilogie, était un concept « thématique », au sens où il amène des représentations. Mais pour Kierkegaard et son existentialisme, et étant donné que sa pensée est vraiment intimiste, ontologique, il y a vraiment quelque chose qui accroche à la matière, qui va la façonner avec elle, en même temps… 

A.K. : Ouais, qui va plus l’habiter, plus l’irriguer, ça c’est sûr. C’est intéressant de se poser la question, sans pour autant m’angoisser avec ça : comment je peux faire un album qui, de près ou de loin, évoque ou transmet quelque chose de l’ordre de la moral, quelque chose d’Apollinien sans pour autant que ce soit chiant… Jouer avec, sans se laisser enfermer, déborder… Enfin voilà, juste me dire ça, ça va stimuler mon inspiration, je pense. 

A. : Ce que je trouve encore plus pertinent avec Kierkegaard, c’est que comme on l’a dit, les 3 Stades sont anti-Hégéliens, anti-systémiques. Et ce qui m’a marqué dans ce que tu viens de dire, c’est que tu pensais qu’il y aurait plus d’écho d’un album à l’autre dans cette trilogie-là. Je trouve ça très intriguant, parce que ça va parfaitement avec les 3 stades. Chaque stade fait écho aux autres, chaque stade se détermine par les autres, se positionne par rapport aux autres. 

A.K. : C’est vrai que ça me fait penser que peut être que je suis en train de faire une trilogie de trilogies ! 

A. : C’est ça ! Parce que ces contraintes que l’auteur amène, contrairement aux thématiques de Laborit, ce sont des contraintes qui sont vraiment intimes et qui vont te déterminer de sorte à faire ressortir la façon dont toi tu vis ces stades. La fluidité finale de la trilogie, on pourrait être tenté de penser que ce serait la fluidité de ton vécu. C’est à la fois super et vertigineux, je trouve. 

A.K. : Je ne l’avais pas vu comme ça, pas avec ce cran encore au-dessus. Je suis peut-être en train de faire une trilogie qui porte globalement sur mon stade éthique, et que la première trilogie était plutôt quelque chose d’esthétisant. Je le saurai après mon 9ième album alors ; il va falloir que je discute demain avec Agonia… 

A. : On peut clairement parler de changement dans le rôle du concept vis-à-vis de la création non ? 

A.K. : Oui, certes. Néanmoins, le gros du travail reste quand même sans que j’aie à chaque fois à me replonger dans Kierkegaard pour savoir quoi faire comme riffs. Je ne veux pas arriver à me dire, comme dans un film « Tiens, là c’est la partie angoissante, faut que je fasse une musique angoissante ». Tout simplement, c’est une question d’input/output : tout ce qui va machiner, c’est moi, et je vais juste mettre un output plus précis&conséquent. Mais la machine, même si elle évolue, reste celle qui va créer l’output. L’input est plus dense, mais ça reste encore quelque chose à découvrir, qui va me surprendre, j’espère. 

A. : J’irais jusqu’à dire que, contrairement à la trilogie précédente où Laborit et ses 3 concepts t’étaient extérieurs, les 3 contraintes de Kierkegaard sont toi littéralement, elles sont existentielles… 

A.K. : C’est vrai, et en même temps quand je bossais sur Laborit, ça me faisait un peu bizarre quand je me disais « Si quelqu’un lit ça, « une trilogie sur un biologiste », il va se demander qui est le geek qui compose ». Alors que fondamentalement, c’est tout simplement sur les concepts d’inhibition, fuite et violence, qui restent aussi très existentiels. Je trouvais que cette grille marchait très bien, et je le pense encore, quant à la façon de réagir face au monde. Ça reste basé sur l’intériorité, mais peut-être que je ne laissais pas autant de place pour le fait que ça m’affecte, pour mon travail dans la composition. C’était là, dans ma vie, mais l’écart entre ma compo et ma vie est encore plus réduit avec Kierkegaard et ses concepts. 

A. : On arrive vers la fin de l’interview, je voudrais revenir sur deux éléments un peu plus concrets. Quelque chose qui m’est venu à l’idée : dans la perspective où les concerts ré-existent un jour, quid du mélange des trilogies sur scène ? 

A.K. : On s’est posé la question, mais bon, je me suis mis à la place des gens qui vont nous voir, et moi je suis le premier à être un peu dégouté quand je vais voir un groupe que j’aime et qu’il fait que le dernier album. C’est un très bon exemple de pas rester prisonnier d’un concept : niveau efficacité, pour la setlist, je pense qu’on va faire des choix plus classiques et piocher dans ce qui créera un alliage puissant et efficace. 

A. : Ça pourrait être intéressant de… Bon, je tire des plans sur la comète, mais je sais que le Roadburn aiment beaucoup des concerts exclusifs, et un concert de votre part avec toute la trilogie par exemple, comment tu le verrais ? 

A.K. : Ce serait super ! Je sais en plus que le mec du Roadburn aime beaucoup le projet. Dans l’immédiat, ce serait plutôt faire un concert du tout dernier album ; mais bon, ça fait tellement d’hypothèses… Ce serait pertinent de refaire toute la trilogie, mais bon. Je pense que ça serait déjà un boulot monstre, il faudrait un gros intérêt derrière. Pour l’instant, on veut surtout aller de l’avant et voir ce qu’on fait avec ce nouveau matériel. Mais bon, pour revenir sur les lives, je compte maintenir cette volonté d’art total, avec la vidéo, etc. 

A. : Une dernière question de ma part, qui va porter sur l’après-Johannes : « Wilhelm » ? Qu’est-ce que tu as à m’en dire ? 

A.K. : Ben, pas grand-chose à vrai dire. J’ai toujours un titre que j’avais composé dans cette fameuse maison de campagne, que je pensais mettre sur « Johannes », mais finalement j’ai trouvé qu’il n’y avait pas sa place. A voir si ça le fait sur le second album ; mais sinon, non, je n’ai pas lancé la compo… Avec le CoVid etc, je suis parti sur autre chose, et je ne veux pas me mettre un flingue sur la tempe pour me forcer à composer. Je n’ai pas plus avancé que ça, cependant j’ai établi des règles a priori comme je t’en parlais plus tôt, notamment une que j’ai bien défini et énoncé. On en reparlera à l’occasion, mais j’essaye de faire un travail préparatoire à la composition de cet album, un travail demandé par la contrainte que je me suis imposé. 

A. : Curieux ! Ayant lu Kierkegaard et connaissant ton projet, quand j’envisageais l’album « Wilhelm », je visualisais quelque chose de tout de suite plus industriel, plus machinique. Même peut-être électronique… Enfin bref, je trouvais ça intéressant cette variation. Mais j’avoue être surtout impatient de voir ce que rendra « Abraham ». 

A.K. : Oui, moi aussi. Je pense qu’il va falloir que je me dépasse là-dessus. Un peu pour la blague, je me suis imaginé faire un truc qui soit que du bruit, pour coller à l’aspect incompréhensible de l’acte d’Abraham. Sortir un truc que personne ne peut comprendre… mais bon, j’étais allé un peu loin sur le concept. Cependant, pour la petite histoire, il y a un titre du 2ième Love Lies Bleeding qui s’appelle « Crainte et tremblement » en Danois, et dont les paroles portent sur le sacrifice d’Isaac. J’ai déjà fait quelque chose là-dessus, donc je me dis que peut-être faire vite fait des liens comme ça pourrait être une bonne idée. Mais bon, je ne sais pas encore si je l’aborderai. Il aura une couleur particulière en tout cas. 

A. : J’arrive sur la fin de ce que j’avais prévu. Encore bravo pour ce super album, vraiment. 

A.K. : Merci, ça me fait plaisir. J’étais assez curieux, ton avis m’importait beaucoup parce que je savais que ce ne serait pas une oreille distraite au passage sur Youtube. Donc ça me touche. On a vraiment un peu tout traversé, c’était super intéressant, merci. 

Alixer (Avril 2021)

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