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Lorène et Fred de Garmonbozia par mail, 2020

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En cette période de crise sanitaire et d'annulation de concerts nous sommes allés à la rencontre des acteurs et actrices du milieu culturel, celles et ceux qui organisent des concerts, promeuvent les groupes, gèrent des salles de spectacles ou organisent des festivals. Tout.e.s ces acteurs et actrices de l'ombre qui font vivre et défendent toute l'année les musiques que nous aimons. Sauf que depuis quelques mois, une saleté de virus à mis au point mort et à mal leur activité. On leur donne donc la parole à travers une série de questions histoire de prendre la température et faire un peu le point sur la situation.



Tout d'abord, comment avez-vous vécu cette période de confinement d'un point de vue personnel, mais aussi professionnellement parlant vis à vis des activités de Garmonbozia ?

Lorène : Pour ma part, je suis passée par tous les états, que ce soit à titre personnel ou professionnel. J'ai d’abord été dégoûtée de voir tous ces concerts annulés et le travail qui va avec être anéanti à une rapidité impressionnante. Un gros coup de blues de voir les festivals de l’été s’annuler. Ensuite, la sensation de régresser dans notre organisation en revenant au télé travail, d’avoir été stoppé dans notre élan (nous venons d’embaucher un troisième permanent en la personne de Clément en janvier dernier). Aussi, blasée de faire de la paperasserie administrative pour espérer avoir des aides (quand on rentre dans le cadre !) Enfin, je me suis fait une raison mais qu’est ce que je m’ennuie quand je ne bosse pas, ahah !

Fred : Tout est tombé très vite, nous avons organisé nos derniers concerts le 09 mars avec Anathema à Rennes, Uli Jon Roth à Paris et The Night Flight Orchestra à Toulouse avec l’appréhension que tout allait être annulé le jour même. J’avais d’abord espoir que les concerts repartiraient avant l’été, puis la sentence est tombée avec l’annulation des festivals, ce qui fut un gros coup de massue, encore plus que l’impossibilité d’organiser nos concerts. Cette période de confinement est tout de même passée super vite, sans avoir réellement le temps de se poser. 



Plusieurs concerts ont pu être reportés comme ceux de Belzebong ou Primordial, alors que d'autres non, comme Dool ou Winterfylleth. J'imagine que ça a dû être très compliqué de retrouver des dates pour les groupes et à négocier avec les salles ? C’est plus avantageux pour vous en terme de contrats de reporter les dates plutôt que les annuler simplement ?

Lorène : Les annulations étant liées au covid-19, nous avons à faire ici à un cas de force majeure, donc pas de somme en jeu, qu’on annule ou qu’on reporte. Nous préférons le report quand cela est possible pour essentiellement aider les salles (ils peuvent ainsi conserver les acomptes et avoir une meilleure visibilité à + long terme) et pour les spectateurs (les billets restant valables). Mais ce n’est pas toujours possible malheureusement.

Fred : Il y a malgré tout des frais engagés avec tout ce qui touche à la promotion. La tendance est tout de même à la volonté de reporter les tournées, même si quelquefois il est compliqué de reprogrammer ces mêmes concerts parce que l’itinéraire de tournée n’est plus le même ou parce que les salles ne sont déjà plus disponibles. Nous venons d’ailleurs d’annoncer de nouvelles dates avec Dool, il ne s’agit pas réellement d’un report car les conditions ne sont plus les mêmes avec la participation d’une co-tête d’affiche au côté de Dool : Secrets Of The Moon.

Avez-vous eu beaucoup de demandes de remboursement sur les billets que ce soit sur des annulations ou des reports de concerts ?

Lorène : J’avoue que c’est un peu le flou. Au début de la crise, les spectateurs ont surtout attendu d’en savoir plus. Après, avec les formalités différentes entre Ticketmaster, France Billet / Fnac et Digitick, puis ce décret proposant un avoir au lieu d’un remboursement, c’est franchement un peu bordélique. Donc difficile de te répondre clairement, car la mise en place réelle des remboursements par tous les revendeurs est finalement assez récente… Mais je sais que beaucoup de spectateurs nous soutiennent.

Quelle est votre façon de procéder en ce moment ? Plutôt essayer de retrouver des dates pour les programmations annulées ces dernières semaines ? Plutôt tenter de faire jouer d'autres groupes dans les prochains mois ? Dans l'attente d'une situation plus claire ?

Fred : En relation avec les tourneurs et agents des groupes concernés par ces annulations, nous tentons de proposer un maximum de possibilité de report, c’est ce que nous faisons dans environ 70% des cas. Nous avons encore une bonne dizaine de concerts prévus cet automne sur lesquels aucune discussion de report n’a pour l’instant été évoqué, on essaie de ne pas ajouter de nouvelles dates sur l’automne, justement en attendant d’avoir des informations plus claires sur une réelle reprise des concerts avec des conditions d’accueil autres que celles envisagées à ce jour qui ne permettent pas du tout d’organiser des concerts. La tendance est donc de diminuer le nombre de concerts sur cette période, car personne ne sait concrètement ce qui va se passer d’ici là.



Votre programmation est aussi pas mal liée à celle de groupes internationaux, parfois américains et qui semblent coincés chez eux pour encore des mois. Est-ce que ça serait intéressant pour vous de vous consacrer sur une programmation peut-être un peu moins prestigieuse, mais pas pour autant moins qualitative, en vous focalisant sur d’avantages de groupes français ? En gros c'est quoi votre point de vue sur la situation des groupes internationaux pour le moment et est-ce que vous pensez vous dirigez vers une programmation plus locales dans les prochains mois ?

Fred : Travaillant effectivement beaucoup avec des agents étrangers pour représenter leurs groupes en France, nous échangeons en donnant nos ressentis sur la situation actuelle et à venir. Il est donc compliqué et long de reprogrammer une tournée internationale car nous devons aussi prendre en compte ce qui se passe dans les autres pays. Certains agents ont souhaité reporter des tournées prévues à l’origine cet automne sur 2021, d’autres préfèrent même reporter ce qui est prévu au premier semestre 2021 à 2022. Il est donc peut être plus sage d’organiser des concerts avec des groupes français qui ne tourneront pas ailleurs en Europe et pourront éviter d’être en quarantaine pendant quelques jours ou semaines, pour l’instant nos concerts prévus cet automne avec des groupes français (Magma, Benighted…) sont d’ailleurs toujours d’actualité, mais là encore il faut que les mesures évoluent en ne diminuant pas les jauges des salles comme c’est le cas actuellement. 

Est-ce que tu trouves que le gouvernement a pris des mesures nécessaires dans la gestion de la crise vis à vis de vos activités et de manière générale dans le secteur culturel ?

Lorène : A mon avis, on a payé plein pot (comme d’autres secteurs) la non anticipation du gouvernement de ce type de crise (pas de masque, pas de test), et surtout la baisse des moyens engagés pour la santé. Avec + de lits, nous n’aurions pas eu besoin du confinement. Il y a aussi "deux poids, deux mesures" et des incompréhensions sur les restrictions qu’on nous impose : quand tu vois le nombre de personnes dans les transports en commun parisiens, en quoi les gens seraient plus en danger pendant un concert si le port du masque est obligatoire ? Les aides gouvernementales et autres sont venues au fur et à mesure… Les montants engagés sont loin des besoins du secteur (et n’oublions pas que derrière un concert, il y a plusieurs partenaires engagés). Et puis, qu’en est-il des intermittents ? Leurs droits sont prolongés certes, mais dans quelles conditions ? Je n’ai, à ce jour, toujours pas vu passer les détails. Et ne parlons même pas de notre Ministre de la Culture qui visiblement n’y connait absolument rien. On voit bien que la Culture au sens large n’a pas une grande valeur pour notre gouvernement. On espère qu’une reprise dans les conditions habituelles sera possible dès septembre mais c’est pas gagné !

Fred : Tout semble avoir été décidé dans la précipitation sans réelle consultation avec les différents acteurs du spectacle vivant. L’impression aussi que le gouvernement ne connaît pas bien ce secteur, en ayant oublié de nombreuses professions qui pourtant sont indispensables à l’organisation et au déroulement d’un concert ou festival.

De manière générale, avec toutes les reprogrammations en fin d'année ou début 2021, j'ai un peu peur que tous les concerts se télescopent et qu'il y ait une sorte de trop plein de concerts en même temps, surtout dans un milieu comme le Rock / Metal ou le public n'est pas nécessairement extensible. Est-ce une crainte que tu partages ?

Lorène :Totalement ! C’est déjà le cas sur certains grosses périodes (octobre / novembre). Sauf gros concerts, on va bosser comme des fous pour seulement quelques cacahuètes malheureusement. En tant qu’association, notre but est d’équilibrer nos comptes et nous faisons en temps normal déjà pas mal de concerts à perte mais si nous voulons survivre à cette crise, nous allons devoir être vigilants.

Fred : On va se retrouver avec un an et demi de concerts concentrés sur un semestre avec beaucoup de concerts prévus en même temps et qui vont toucher le même public. Lorsque je regarde le planning pour l’instant prévu sur 2021 et qui ne concerne que Garmonbozia, j’ai peur que le public ne puisse suivre, sans parler donc des autres producteurs qui vont eux aussi avoir une actu super chargée.

De même, le jour où les restrictions sautent (une personne pour quatre m²), tout le monde n'aura peut-être pas envie de retourner en concert. Est-ce une crainte également de votre côté ? Est-ce que tu envisages une perte d’affluence ?

Lorène : Non, pas du tout. Je pense au contraire que les gens sont impatients de revenir dans les salles.

Fred : Je suis un peu moins optimiste, il est à prévoir de nombreux licenciements dans les mois à venir et une possible perte de budget qui pouvait être destiné aux loisirs et à la culture, sans parler d’une hypothétique « peur » de la foule avec toute cette psychose créée ces derniers mois. J’espère me tromper et voir un signe fort de la part du public en répondant présent aux concerts de reprise ! 



Le livestream qui s'est généralisé depuis trois mois pourrait vous porter atteinte sur le long terme ou tu penses que c’est une pratique qui ne va pas perdurer ?

Lorène : Je ne pense pas non mais elle va se développer sûrement un peu. Avec les outils actuels, c’est un bon moyen d’accentuer l’univers d’un groupe et de se faire connaitre du plus grand nombre je pense, mais rien ne remplace le LIVE.
C’est notre cœur de métier et pour moi, rien de vaut un concert avec son unicité, ses défauts, la sueur dans le pit…

Fred : Il est déjà un peu chiant de regarder un concert en dvd ou bluray, sauf peut être lorsqu'on est très fan d’un groupe. L’ambiance et les sensations ne sont pas du tout comparables avec un concert où nous sommes physiquement présent. Alors regarder un concert sur un écran sans spectateur présent et donc sans interactivité entre le groupe et son public, l’ambiance est d’une froideur…

Est-ce que les activités de Garmonbozia sont menacées avec cette crise sanitaire ? Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face et quelle est la suite des activités pour vous ?

Lorène : Bien entendu ! Nous sommes une structure indépendante, heureusement en bonne santé, mais cette crise nous touche de plein fouet et nous menace sérieusement. Ce qui nous a fait le plus mal, c’est l’annulation des festivals. Nous sommes trois salariés à temps plein depuis janvier dernier uniquement. L’objectif de l’année était donc d’équilibrer les comptes à trois permanents. Tout est remis en cause désormais. Nous bénéficions du chômage partiel, ce qui va déjà pas mal nous aider. Nous attendons une réponse de la part du CNM (fonds de secours)  et espérons pouvoir glaner ici ou là quelques aides auprès de notre département et/ou du gouvernement mais il faut pouvoir rentrer les cases ! Nous ne sommes pas les plus à plaindre (je pense notamment aux salles indépendantes et aux café/concerts qui ont de grosses charges de fonctionnement), mais pour te donner une idée, j’estime une perte de CA en 2020 de 70 à 80% par rapport à l’année dernière. Les années 2021 et 2022 vont donc être décisives pour nous et tout le secteur et les acteurs qui y sont liés.

Fred : Une reprise "à la normale" qui ne pourrait pas se faire début 2021 deviendrait très compliquée, pas seulement pour nous en temps que salariés, mais aussi pour les partenaires avec qui nous travaillons étroitement et qui sont nombreux. Nous sommes tous dans le même bateau, il va falloir une énorme solidarité entre tous les acteurs de cette profession pour se remettre d’aplomb, les discussions avec certains agents ne vont pour l’instant pas forcément dans ce sens avec des conditions demandées encore plus élevées par rapport "à l’avant covid".



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Pentacle (Juillet 2020)

La FAQ de Garmonbozia concernant les concerts annulés / reportés et les remboursements des tickets est à lire par ici.

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