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Les anecdotes de tournée n°2 TC, Etienne et Harun

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Dans cette période sans concerts on a eu envie de vivre quand même un peu cette ambiance particulière. Du coup on a demandé à plusieurs de musicien.ne.s de nous raconter leurs anecdotes de tournée. En effet être dans un groupe ce n'est pas tout le temps évident et ça l'est encore moins de tourner pour jouer en concert. D'un point de vu extérieur, on peut avoir l'impression que le groupe monte sur scène, joue ses morceaux et puis tout roule et on recommence le lendemain. Sauf que la réalité des tournées est tout autre : tourner en van, entassés à plusieurs ce n'est pas que du fun, que les accueils craignos sont légions et que les galères peuvent tomber à tout moment. C'est aussi des anecdotes marrantes, des rencontres étranges, des situations ubuesques et tout cela fait en quelque sorte partie "du jeu". Ainsi, qui de mieux pour parler de ces choses là que les groupes eux-mêmes ? On a donc recueillis plusieurs témoignages de musicien.ne.s qui nous racontent quelques anecdotes de tournées et on poursuit cette série d'articles avec T.C. (Regarde Les Hommes Tomber), Etienne (Aqme, DeliveranceKarrasFreitot) et Harun Demiraslan (Trepalium, Step In Fluid).


Photo du crew prise à Berlin après les balances, 10h avant l'accident.

T.C. (Chant - Regarde Les Hommes Tomber

Nous avons vécu bon nombre de moments irréels sur la route, l'un d'entre eux me vient particulièrement à l'esprit : Fin 2017, nous étions en tournée européenne avec Der Weg Einer Freiheit, pour 24 concerts. Nous venions de donner le tout dernier show le soir même à Berlin. Nous avions bien fraternisé au fil des dates, donc comme tu peux l'imaginer, nous célébrions dignement la fin de l'aventure. Un grand moment dans le bus sur l'autoroute, avec tout le crew. La nuit et la fête. Nous roulions vers Würzburg, où notre tour-manager devait nous récupérer le lendemain pour nous ramener en van à Nantes. Bien éméché, je monte à l'étage et m'engouffre dans mon bunk (couchette individuelle), ressentant un mélange intense de fatigue, de joie et de mélancolie. 3h du matin. La tournée est finie et chaque concert fut unique. Allongé, le vide se fait, le sommeil me gagne, bercé par la route. Et là... Sans rien comprendre, je me retrouve brusquement projeté contre la paroi. J'ai vite réalisé que le chauffeur opérait un virage extrêmement violent, et que nous étions toujours sur l'autoroute. Pendant un instant j'ai réellement eu la sensation que le bus allait se renverser. À peine une seconde après, j'entends un immense fracas, comme une grosse détonation. Je retrouve rapidement mes esprits, et redescend pour voir si ceux qui continuent la soirée en bas n'ont rien.

 Chacun se relève comme il peut, le sol est recouvert de verre brisé, bref, c'est le chaos. Personne n'est blessé, et le bus s'arrête finalement sur une aire déserte. Un peu sonné, le chauffeur sort alors de sa cabine et nous apprend qu'un cerf a traversé la route, que nous avons percuté de plein fouet la barrière de sécurité pour l'éviter. Le cerf s'en est sorti indemne, mais... pas le bus. Les dommages sont conséquents et le chauffeur ne veut pas reprendre la route, estimant à juste titre qu'il serait dangereux de rouler avec un véhicule dans cet état. Nous voilà donc immobilisés à un peu moins de 100 km de Berlin, en pleine nuit. Nikita (chanteur / guitariste de Der Weg Einer Freiheit) chapeautait l'ensemble de cette tournée et il cumulait les casquettes d'artiste et de régisseur. Il lui incombait donc de trouver une solution, lui seul était en lien avec la boîte de production et celle de location du bus. Avec le recul, on se dit qu'il a géré la situation de manière extrêmement professionnelle, comme sur toute la tournée... Il a rapidement fait le nécessaire : a appelé la police et l'assurance, géré le constat en direct, etc... J'ai d'ailleurs été assez bluffé par sa capacité à se maîtriser, car pour lui ça aura été un bel ascenseur émotionnel : quelques minutes avant, la fiesta battait son plein et on peut dire qu'il avait, mais alors, complètement lâché les chevaux. Une heure plus tard, il décrivait cordialement et sereinement l'accident face aux flics.

L'ambiance qui s'est ensuite installée était totalement absurde... à la fois tragique et drôle. Personne n'était blessé et c'était le plus important. Certains ont donc exorcisé ce coup du sort en (re)buvant des coups dans une espèce d'euphorie post-traumatique, d'autres sont allés se coucher. Je me souviens d'un réveil particulièrement difficile le lendemain, et d'une infernale vingtaine d'heures assis pour rentrer à Nantes. Mention spéciale à Youenn, notre chauffeur de van, qui lui dormait à Würzburg la nuit de l'accident et s'est fait réveiller vers 4h pour s'entendre dire que, finalement, il fallait nous récupérer largement plus à l'est du pays. Une drôle de manière de clôturer une tournée, mais au moins on s'en souviendra longtemps... Cette même tournée où Gabriel, le chanteur d'Implore (qui est un bon pote aux gars de Der Weg Einer Freiheit) était roadie et tatouait ceux qui le souhaitaient dans le bus... Si les gars de Der Weg ont pratiquement tous une petite racine de gingembre tatouée quelque part. N'y voyez aucun lien avec le fait qu'en grand consommateur de cette plante, je leur en ai (un peu) vanté les mérites !



Etienne (Deliverance, AqmeKarrasFreitot)

En 2002, avec Aqme nous sommes partis faire des concerts en Suisse pour la toute première fois. Et notre passage à la frontière s'est passé de manière assez comique (bien que sur le moment ça ne nous ait pas vraiment fait rire...). La douane suisse, souvent zélée, n'a pas manqué l'occasion de contrôler de manière très poussée notre camion rempli de saltimbanques de la musique. Le contrôle aura duré plus d'une heure et demi, avec fouille appuyée du camion à grand renfort de chien renifleur. Et, clou du spectacle, demande est faite à toute l'équipe, musiciens et techniciens, de bien vouloir passer par la case nudité, histoire de bien vérifier que nous n'avons pas planqué des stupéfiants entre nos fesses. Je vous rassure, les suisses ont, pour ce faire, la décence de nous mettre à poil séparément. Mais quelle ne fut pas notre surprise de découvrir qu'un des douaniers connaissait Aqme. Donc, on aura pu converser tranquillement sur la musique, les salles dans lesquelles nous allions jouer... Le tout bien entendu à poil! (nous, pas le douanier bien entendu).

De nombreuses années plus tard, probablement en 2017 ou 2018 je n'en suis plus très sûr, nous avons eu la joie (comme beaucoup d'autres musiciens sur la route) de connaître la panne totale de notre camion. Il se trouve que j'étais au volant, sur l'autoroute, bien tranquillement calé autour de 115km/h (oui, c'est précis, et oui, je conduis bien tranquillou en toute circonstance, encore plus lorsque j'ai de précieux passagers à bord). D'un coup, plus rien dans la pédale d'accélération, obligé de m'arrêter sur le bas côté, pas bien large au demeurant. Jamais très agréable, ni très sécurisant. Nous sommes en Bourgogne, nous avons donc mis plusieurs heures à attendre la dépanneuse, déposer le camion dans un garage adapté, attendre le nouveau transport affrété par l'assurance : tous agglutiné dans un van pas vraiment adapté, avec l'ensemble du matériel sur les genoux comme nous pouvions. Pas vraiment la manière la plus chouette de terminer un weekend de concerts. Cerise sur le gâteau, le camion dont le moteur venait de lâcher (nous allions l'apprendre un peu plus tard lors du diagnostique du garagiste) n'était autre que le camion personnel de Vincent, notre chanteur. En effet celui-ci, avec ses camarades de The Butcher's Rodeo, avait investi plusieurs milliers d'euros dans ce camion. Quelques concerts plus tard, le camion venait donc de terminer sa course, moteur cassé définitivement. Vincent et ses camarades auront donc été obligés de faire changer totalement le bloc moteur, pour des milliers d'euros supplémentaires. A ce jour, le camion n'a toujours pas été remboursé alors qu'il tourne beaucoup. Bref, la musique ça n'est pas toujours rentable, vraiment pas !



Harun Demiraslan (Guitare - Trepalium)

On est dans le circuit depuis près de vingt ans donc inutile de te préciser qu’on ne manque pas d'anecdotes de tournée ! Mais je ne vais pas te parler de toutes les fois où nous sommes tombés en panne car c’est arrivé un paquet de fois, ou encore des fois où les soirées à l’hôtel ont dégénéré car ce qui se passe en tournée reste en tournée. Mais en voici tout de même quelques-unes.

Par exemple, un matin lors de notre tournée européenne de 2012 en compagnie de Gojira et Klone. Le chauffeur du tour bus avait donné rendez-vous à son patron qui conduisait un autre tour bus et qui passait par là pour régler un histoire de thunes. Il ne lui avait pas versé ses quatre derniers mois de salaire… alors évidemment, ça ne s’est pas très bien passé ! Nous dormions encore dans nos couchettes lorsqu'il a commencé à poursuivre son patron à toute vitesse sur plusieurs kilomètres. Premiers virages, premiers coup de frein… ça nous a réveillé un peu brutalement ! Gros coup de stress sur le coup mais bon bref. Ils ont fini par lâcher l'affaire et discuter plus calmement.

Après une nuit bien arrosée, on est parti la gueule dans le cul en oubliant notre ingé son sur le parking de l’hôtel. Heureusement, on s’en est rendu compte au bout de deux km… mais hélas, ce n’était pas la première fois ! J’aurais pu te parler de la fois où nous avions oublié une guitare à l’autre bout de la France ou encore la fois ou nous avions zappé une partie de la batterie à la maison… Je me souviens aussi d’un concert en tête d’affiche vers Marseille. L’alarme à incendie s’est activée quelques minutes après être monté sur scène obligeant l'orga à évacuer la salle. Bref treize heures de route pour dix minutes de show.

Une autre fois, c’était en 2004 et notre premier album n’était pas encore sorti. On s’était inscrit à un petit tremplin sur Saint-Maur près de Châteauroux. Le problème c’est qu’on s’est rendu compte sur place, en cours de soirée, que nous étions dans un bar identitaire. Nous étions en train de jouer lorsqu'une quinzaine de types crânes rasés et vêtus de t-shirts racistes a débarqué en faisant des saluts nazi juste devant nous…ambiance ! On n’était pas serein du tout. La soirée a failli dégénérer plus d’une fois avant de quitter les lieux... Bref, quelques jours plus tard, nous apprenions à la télé que le propriétaire des lieux venait d’être arrêté pour détention d’armes à feu et qu'il était le leader d’un groupuscule néo-nazi. Il entreposait dans une ferme près d’une cinquantaine d’armes à feu, fusils de chasse, des armes de guerre de la seconde guerre mondiale, des grenades, des armes blanches et de la littérature néo-nazie… on était sur le cul !



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Pentacle (Juin 2020)

A voir également :
- #1 des anecdotes de tournée.

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