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Léa Mkl ex-présidente Fauchage Collectif, label manager Fauchage Collection par mail, 2020

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En cette période de crise sanitaire et d'annulation de concerts nous sommes allés à la rencontre des acteurs et actrices du milieu culturel, celles et ceux qui organisent des concerts, promeuvent les groupes, gèrent des salles de spectacles ou organisent des festivals. Tout.e.s ces acteurs et actrices de l'ombre qui font vivre et défendent toute l'année les musiques que nous aimons. Sauf que depuis quelques mois, une saleté de virus à mis au point mort et à mal leur activité. On leur donne donc la parole à travers une série de questions histoire de prendre la température et faire un peu le point sur la situation.



Tout d'abord, comment as-tu vécu cette période de confinement d'un point de vue personnel (si tu as envie de nous le dire), mais aussi professionnellement / musicalement, vis à vis des activités de Fauchage Collectif ?

Léa : Personnellement, je n’ai pas à me plaindre de mon confinement : déjà adepte du télétravail et bénéficiant d’un accès à un jardin, j’ai surtout pu profiter du confinement pour me reposer et faire le tri dans mes priorités dans la vie, revoir mes objectifs, etc. Par contre, le confinement a eu un effet plus rude sur le collectif : Déjà une de nos grosses dates de l’année était prévue le 13 mars (Release party de Slift au Point Éphémère) : date sold out, public sur-motivé, groupes au top... et paf, on doit annuler moins de dix heures avant le show. Ça fait mal, mais c’est comme ça. Aussi, on est très actifs (deux à trois dates par mois en moyenne) et là donc on s’est retrouvés sans dates et surtout dans le flou total, à devoir faire le pont entre les groupes, les salles, le public... Le mois de mars a été un peu compliqué, mais par la suite ça s’est calmé. La vie du collectif a repris son cours presque habituel, on a continué à pas mal s’écrire les uns les autres, faire des apéros à distance… (mais pas de slam à distance ceci dit, malheureusement). 

Est-ce que vous avez réussi à reporter des dates de concert, vous avez vos salles préférées et vos groupes, mais est-ce que vous aviez signé des contrats ou des engagements avant le confinement ?

Il y a encore très très peu de dates qu’on a reporté car finalement on est toujours dans le flou de savoir quand est-ce qu’on pourra reprendre nos activités à peu près normalement. Même si on risque peut-être d’être "en retard" sur nos progs de 2021, on préfère prendre notre temps et faire une reprise toute en douceur. Il n’y a pas eu spécialement de contrats ou d’engagements avec les salles, mais il y a clairement un soutien et une bienveillance entre les salles et l’asso : finalement on est tou.te.s dans le même bateau donc il n’y a pas de raison de se mettre des bâtons dans les roues. On a même eu des nouvelles propositions inédites venant de la part de salles, on sent qu’il y a vraiment l’envie de faire plein d’événements chouettes pour remplacer ce vide ! 

Avez-vous eu beaucoup de demandes de remboursement sur les billets que ce soit sur des annulations ou des reports de concerts ? La scène underground ne se repose pas souvent sur des préventes, surtout pour les petites dates, cela s'est présenté comme un avantage ou un inconvénient ?

Alors sur les préventes, on avait juste deux concerts concernés et les gens ont été encore une fois ultra bienveillants et sympas : finalement peu de remboursements et même des dons. Ça nous a permis de rembourser une partie des frais engagés, mais surtout au-delà du soutien financier, on le ressent comme un vrai soutien de la part du public qui par ce geste nous exprime qu’on n'organise pas tout ce bordel pour rien (ahah). Sur les petites dates c’est plus difficile à jauger parce que déjà en temps normal c’est compliqué : là où parfois t’attends cent personnes, finalement t’as que vingt têtes qui viennent... Donc je ne saurais pas trop quoi te répondre, c’est ni un avantage ni un inconvénient : c’est juste plein de dates de ouf qui ont disparu dans les abîmes de 2020. 

It It Anita à Petit Bain par Nondenon
It It Anita à Petit Bain par Non2Non

Quelle est votre façon de procéder en ce moment ? Plutôt essayer de retrouver des dates pour les programmations annulées ces dernières semaines ? Plutôt tenter de faire jouer d'autres groupes dans les prochains mois ? Dans l'attente d'une situation plus claire ?

Il y a un peu de tout ça. On avance vraiment au jour le jour, en proposant des dates, mais en mettant beaucoup de "si", surtout pour les groupes étrangers. Bien sûr qu’on aimerait aussi retrouver des dates pour celles annulées, mais on peut difficilement s’engager à 100% donc pour l’instant c’est à tâtons et on verra bien comment ça se passe... Mais on a déjà des belles choses prévues pour les mois à venir en tout cas ! 

Est-ce que tu trouves que le gouvernement a pris les mesures nécessaires dans la gestion de la crise vis-à-vis de vos activités et de manière générale dans le secteur culturel ?

Comme on a pu le lire et l’entendre un peu partout, je pense que la Culture a clairement été la grande oubliée de cette crise. Je suis clairement vénère de voir qu’aucune mesure concrète n’a été prise, qu’on laisse nous, intermittents et autres, totalement dans le flou…Et alors, j’ai lu ce matin le communiqué de presse sur La Fête de la Musique, j’ai eu un fou rire nerveux. On est vraiment pris pour des con.ne.s, c’est dingue. Avec Fauchage on s’attendait, et on ne s’attend, à rien comme aides, mais j’espère par contre que les lieux, les bar-concerts etc. auront un minimum de soutien. Mais bon je t’avoue que je suis plutôt pessimiste. Le secteur culturel est tellement important, je ne comprends pas qu’on le laisse autant à l’abandon. 

De manière générale, avec toutes les reprogrammations en fin d'année ou début 2021, j'ai un peu peur que tous les concerts se télescopent et qu'il y ai une sorte de trop plein de concerts en même temps, surtout dans un milieu indé / expé ou le public n'est pas nécessairement extensible. Est-ce une crainte que tu partages ?

Oui totalement c’est une crainte que j’ai, et en même temps c’est une crainte mélangée à de l’excitation parce que ça risque d’être assez fou ! Plein de propositions, de concerts où on va se devoir se déchirer pour savoir qui aller voir… Après, tout dépend encore une fois de la venue ou de groupes étrangers, mais en tout cas oui ça risque d’être un joyeux bordel. 

De même, le jour où les restrictions sautent (1 personne pour 4 m2), tout le monde n'aura peut-être pas envie de retourner en concert. Est-ce une crainte également de votre côté ? Est-ce que tu envisages une perte d’affluence ? Puis pour de la scène underground, on va perdre une moiteur et une odeur de sueur, comment faire sans ?!

Alors j’avoue j’ai pas encore vu et discuté avec un maximum d’humain en dehors de chez moi, mais j’ai pas l’impression que les gens aient la crainte de retourner en concert. Qu’il n'y ait pas une excitation folle à l’idée de retourner dans des lieux fermés remplis de sueur et de gens parfois ivres, je peux comprendre mais une peur… Après, c’est aussi le "devoir" des associations comme la nôtre de bien communiquer avec le public et de le rassurer là-dessus : et ça va passer par un dialogue avec les lieux, d’être sûr.e.s de ce que l'on fait, des conditions d’accueil, d’instaurer un climat sécurisé pour tous.te.s. Même avant la crise on faisait en sorte d’être le plus sérieux possible, surtout quand le public est concerné : on a une responsabilité et c’est à nous d’assumer. Donc il n'y a pas de raison pour que ça change maintenant. Si il faut asperger le public avec du gel antibactérien, on le fera. (tout en douceur) 

NNRA à Gazart
NNRA - Occult Mass IV - photo de Fauchage Collectif

Le livestream qui s'est généralisé depuis trois mois pourrait vous porter atteinte sur le long terme ou tu penses que c’est une pratique qui ne va pas perdurer ?

Je ne pense pas que le livestream et le live se fassent concurrence : pour moi c’est deux trucs totalement différents. Le livestream s’est imposé comme une alternative pendant le confinement, mais il existait déjà bien avant et il continuera d’exister. Je pense qu’il s’est juste ouvert à un nouveau public, qui s’arrêtait peut-être pas avant dessus et aussi à des artistes qui ne l’avaient jamais utilisé auparavant. Personellement, j’ai vécu des moments incroyables devant mon ordi grâce à Boiler Merde, haut-lieu de l’underground numérique ahah. On n'exclut pas d’ailleurs avec Fauchage d’en faire aussi, peut-être même pour diffuser en direct nos concerts live ? Tout est possible, il suffit d’expérimenter ! 

Est-ce que les activités de Fauchage Collectif sont menacées avec cette crise sanitaire ? Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face et quelle est la suite des activités pour vous ?

Non, les activités de Fauchage ne sont pas menacées, parce qu’on est une asso à 100% bénévole, qu’on trouvera toujours des conneries à faire et des lieux à occuper pour organiser nos concerts. Je pense que la crise nous a permis de faire une pause, parce que Fauchage ça représente une dizaine de personnes et qu’être un collectif, ce n’est pas facile tous les jours. Mais avoir été séparé.e.s et à l’arrêt pendant deux mois nous donne encore plus aujourd'hui l’énergie pour la suite ! On a d’ailleurs sorti début juin notre compile Génération Déviante en collaboration avec La Souterraine, qui est un projet dont on est très fièr.e.s ! Et depuis peu, j’ai monté le label sœur siamoise de Fauchage Collectif : Fauchage Collection, qui se veut un label qui accueille des groupes déjà inscrits dans notre univers, mais qui est aussi amené à s’ouvrir à des groupes extérieurs. Ce label est maintenant ma principale activité liée à Fauchage, bon alors tu me diras, l’intérêt de monter un label en 2020 est discutable, mais écoute, je suis ultra motivée donc on y va hein ! (ahah)



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Kebaba (Juillet 2020)
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