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Nona Limmen, photographe mélomane par mail, 2020

 English version below

Nona Limmen est une artiste photographe venue des Pays-Bas, et certaines de ses œuvres ne vous sont certainement pas inconnues si vous appréciez le Black Metal ou le Rock sombre. Associant le plaisir des yeux à celui des oreilles, les photos de Nona nous ont poussé à la contacter pour lui poser quelques questions. 

Peux-tu te présenter ? Depuis quand fais-tu de la photographie ? 

Je m’appelle Nona Limmen. Je suis née et j’ai grandi à Beverwijk, un petit village de bord de mer près d’Amsterdam en Hollande. Je suis mordue de photographie analogique depuis l’âge de 15 ans, quand ma mère m’a offert son appareil Pentax pour mon anniversaire. Mon style s’est forgé assez vite suite à cela, très instinctivement orienté vers ma propre découverte des choses qui m’entourent. Mon style reflétait ma façon de percevoir les différentes facettes du monde autour de moi, et l’appareil était un moyen de capturer l’instant et d’arrêter le temps.

Sinmara, Chelsea Wolfe, Dool ont utilisé tes photos comme pochettes d’album. As-tu déjà reçu des demandes d’artistes en dehors de la sphère Metal ? As-tu des projets avec des groupes prochainement ?

Oui tout à fait. J’ai chopé le virus des artworks d’albums parce que ça mêlait deux de mes centres d’intérêt : la musique et la photo. Pouvoir combiner ces deux passions, peu importe la renommée de l’artiste, est très gratifiant. Je ne privilégie pas spécialement les groupes de Metal ou les chanteurs/chanteuses avec un bagage Metal. Si la musique me parle, que l’artiste renvoie de bonnes énergies et qu’il ou elle fait preuve d’ouverture d’esprit (et surtout une volonté de tenter des choses, même lorsqu’elles ne sont pas planifiées en amont), alors je suis la femme de la situation. C’est un milieu très intéressant, particulièrement dans le monde du Metal, et j’ai la chance de pouvoir me permettre d’être assez sélective quant à avec qui je travaille. Je suis très contente de pouvoir dire que la plupart de mes partenaires sont des amis, et c’est un réel privilège de bosser avec eux sur de nouveaux projets. La musique et la photographie ont une grande importance pour moi et je veux que les gens qui font appel à mes services partagent ce point de vue. 
Malheureusement la plupart de mes prochains travaux avec des groupes ont été reportés à l’année prochaine à cause de la pandémie actuelle. 

Tes photos recueillent beaucoup d’éléments issus du gothique (pierres tombales, églises, silhouettes d’oiseaux) et la nature est également très présente. Qu’est-ce qui t’a poussé vers cette esthétique ? Es-tu fan de musique, une lectrice, une cinéphile ? 

La musique, les livres et les films ont toujours eu un rôle important dans ma vie depuis l’adolescence. J’écoute de la musique absolument tous les jours. Ça m’aide grandement à enrichir mon monde intérieur, qui me sert ensuite dans mon processus créatif. L’objectif de mon travail est de proposer plusieurs degrés de lecture tout en étant plaisant pour les yeux et les oreilles. Quelque chose qui sorte le spectateur de sa zone de confort. En ce qui me concerne une photo doit avoir une présence visuelle forte mais aussi pouvoir s’étendre au-delà du cadre. Ce qui m’inspire c’est la noirceur de ce qui nous entoure jour après jour, les trésors qui sont omniprésents dans notre réalité. 


Tu as collaboré avec Chelsea Wolfe pour la pochette de son dernier album, Birth Of Violence. Comment ça s’est passé ? Vous vous connaissiez d’avant ? Avait-elle déjà des idées en tête ? Son album était-il déjà composé ? Toi-même, as-tu pu l’écouter avant de prendre tes photos ? 

J’ai toujours adoré aller voir des concerts, rencontrer et traîner avec les musiciens. J’aime la musique et rencontrer ceux qui la font donc mes relations se créent assez naturellement, puisqu’elles se fondent autour d’une passion commune, ce que j’aime le plus. 
J’ai eu la chance d’avoir travaillé avec Chelsea il y a quelques années déjà, quand elle faisait sa tournée Européenne de 2015. C’est vraiment une fille extra, adorable et de bonne compagnie. Elle m’a contactée sur Instagram et m’a demandé si je voulais faire un shooting avec elle. Et la même chose s’est produite quand elle travaillait sur Birth Of Violence et qu’elle m’a demandé de venir shooter la pochette avec elle en Islande. 
L’inspiration pour ces photos m’est surtout venue en écoutant certaines de ses démos, et aussi en discutant des thèmes de l’album et des raisons qui avaient pu mener à l’écriture de ces chansons. J’aime les collaborations exigeantes, qui me forcent à essayer quelque chose de nouveau, tout en incorporant un peu de ce que je fais déjà. Elle m’a fait confiance tout au long de notre collaboration et je lui en suis toujours très reconnaissante pour ça. C’est le meilleur compliment que je puisse recevoir en tant qu’artiste. 


Les seuls êtres humains que tu représentes dans tes photos sont des femmes, peux-tu nous en dire plus sur ce choix ? Est-ce simplement une décision artistique ou est-ce aussi une volonté politique, féministe de ta part ?
 

Le corps féminin a toujours été prédominant en tant qu’inspiration pour les artistes, moi y compris. Nous vivons dans un monde patriarcal et les femmes sont généralement oppressées et objectivées.  Que l’on parle d’art ou bien dans la vie de tous les jours, je souhaite créer un monde où la féminité réclame ses droits, je le fais en représentant mes modèles comme des femmes fortes, indépendantes et puissantes. 

Plus généralement, comment travailles-tu ? As-tu une composition spécifique en tête que tu essayes de reproduire en vrai, ou bien te balades-tu dans différents endroits en prenant beaucoup de clichés ? 

Je veux faire de la photographie de façon intuitive, créer pour représenter ce qui résonne en moi et non pas faire ce que les gens attendent. La photographie m’a transformée quand j’y mettais le plus de spontanéité. La plupart du temps j’ai une idée qui fait son chemin, et son exécution se fait naturellement. Je pense qu’il faut accepter une part d’inattendu et ne pas toujours chercher la perfection à tout prix. J’aime penser que mon appareil est le miroir du spectateur : quand on regarde mes photos, on peut y voir une extension de mon univers esthétique, personnel ou artistique, mais ça peut aussi être le prolongement de votre univers. 

Dans quels endroits du monde t’es-tu rendue pour prendre des photos ?

La forêt des Ardennes en Belgique, en Ecosse, Islande, France et Suisse.

Le brouillard revient très souvent dans tes clichés, et je suis surpris de la densité qu’il a, au point de paraître irréel. C’est quoi ton truc ?

Vivre dans un coin où il y a beaucoup de brume marine haha. Grandir dans une village proche de la mer et bordé par une des plus belles réserves naturelles de Hollande, ça a posé les bases pour mon amour inconditionnel de la nature, et donc ça explique l’incorporation de brume dans mes photos. Le brouillard matinal est devenu un élément sur lequel je compte naturellement pour mes clichés. Ça leur confère un côté assez intemporel, qui permet d’avoir l’impression que mes images représentent un autre monde. 


Question technique, dont je ne comprendrai pas la réponses, mais nos lecteurs et lectrices intéressé.e.s par la photographie aimeraient peut-être savoir quel appareil et autre matériel tu utilises. 

La plupart du temps je choisis de tirer mes photos sur pellicule, par amour pour le format, la dynamique plutôt lente que cela m’impose, et la magie du hasard qui en découle. J’essaye de créer des images qui reflètent la façon dont j’aimerais voir le monde. Je crois que c’est comme ça que mon style s’est forgé : utiliser un appareil photo pour créer quelque chose d’autre qu’un simple cliché. 

Merci à Nona pour le temps consacré à nous répondre. On vous encourage grandement à aller découvrir son travail : 
*Instagram
*Tumblr
*Site officiel / boutique

Skaldmax (Juin 2020)

 English version

Nona Limmen is an artist and photographer from the Netherlands.Some of her works may ring a bell if you're interested in Black Metal or Dark Rock. Adding visual pleasure to listening pleasure, Nona's photos pushed us to contact her and ask her a few questions. 

Could you quickly introduce yourself? How long have you been taking photographs?

My name is Nona Limmen. I was born and raised in Beverwijk, a small coastal village close to Amsterdam in the Netherlands. I got caught up in the frenzy of analog photography at the age of 15, when my mother gifted me her Pentax camera for my birthday. I think my style was formed early on since then, which was a very instinctual way of self-discovery. It was my way to perceive the layers of the world of my surrounding reality -a tool to capture the moment and freeze time.

I know Sinmara, Chelsea Wolfe, Dool used your pictures as album covers. Do you or did you ever get requests from artists apart from the Metal scene? Do you have some upcoming projects with some bands? 

Yes, absolutely. I got the bug for shooting artwork for/with bands because it combined two of my favorite things: music and photography. To combine those two passions, no matter how big or small the band or singer is, is such a rewarding feeling. I don’t have a preference for metal bands or singers with a ‘metal background’. If I like the music and the artist has a good energy and an open mind (and most importantly; a willingness to try something different, even if it’s not been planned beforehand), then I’m your girl. It’s an interesting industry, especially within the metal scene, and luckily I can be very selective about who I work with because of that. I’m grateful to call many of them my friends, and to be able to work with them on new projects is a privilege. Music and photography are very important to me, and I want the people that hire me to believe the same.
Unfortunately most of my future plans with bands have been postponed to next year due to the current Corona situation. 

You have many gothic elements in your pictures (tombstones, churches, bird silhouettes) and nature is also very present. How did you come up with these aesthetics? Are you a music fan, a reader, a film enthusiast?

Music, books, and film have always played a huge role in my life since I was a teenager. I listen to music every single day. It really helps me to enrich my inner world and create a personal emotional archive that I can use in my creative process. The idea behind my work must have a multidimensional meaning that makes sense and is aesthetically pleasing to the ear and eye. One that makes you leave your comfort zone. In my case a photograph must have a strong visual presence, but also go beyond its frame. I’m driven by the obscurities of the mundane. The hidden treasures that are omnipresent in our reality.


You collaborated with Chelsea Wolfe on her latest album cover, Birth Of Violence. How did that happen? Did you two know each other? Did she have a specific idea in mind? Was her album already fully written? Did you hear it before you shot these pictures?

I always enjoyed going to shows, meeting and hanging out with musicians. I’m interested in music and getting to know them so a lot of my relationships build organically, bonding over a common passion, which is what I most enjoy.
I’ve been fortunate to have worked with Chelsea a few years before when she was doing a European tour back in 2015. She’s such a wonderful soul, incredibly sweet, and fun to be around. She reached out to me through Instagram and asked me if I wanted to do a shoot with her. The same thing happened when she was working on her accoustic album Birth of Violence, asking if I wanted to shoot the artwork with her in Iceland. 
Most of my inspiration came from listening to some of her demos, and discussing the themes and things that went into writing and making the songs. I enjoy collaborations and projects that are demanding, that trigger me to do something new, combined with a little of what I already know. She trusted my vision throughout the whole process and I’m still incredibly grateful for that. It is the best compliment I could get as an artist. 


The only human beings you represent through your photographs are women, can you explain about that choice? Is it merely an artistic decision or is it a political/feminist statement as well?


The feminine form has always had predominance as the muse for the artist, including mine. We live in a male-centric world and women generally are oppressed and objectified, be it in art of daily life. I want to create a world where femininity reclaims its space, portraying my models as strong, independent and powerful individuals.

On a larger scale, how do you work? Do you have a specific composition in mind that you try to recreate in real life or do you wander in various places and take multiple pictures?

I want my photography to always be intuitive, making art for whatever it is in myself that resonates, and not doing something that the audience wants to see from me. Photography changed me most at my unguarded moments; most of the time I get an idea and it starts developing in my head and the execution just comes out naturally. I think it's important to embrace the unexpected and not striving for constant perfection. I like to think of the camera as a mirror onto the onlooker. When you look at an image of mine, you ought to see an extension of my world – aesthetically, personally, or artistically – but also a mirror onto your own.

Which parts of the world did you visit to take photographs?

The Ardennes forests in Belgium, Scotland, Iceland, France, and Switzerland.

Fog is a recurrent feature in your works, and I’m surprised to see how thick it is to the point that many of your photos look unreal. What is your fog trick?

Live in an area where there is lots of sea-haze, haha. Growing up in a village close to the sea and surrounded by some of the most beautiful nature reserves in the Netherlands, laid the foundation for my unbridled passion for nature and incorporating sea-haze in my photos. The early morning fog has naturally come to be something I can rely on in my photographs. It leaves a certain amount of timelessness in my images to achieve that otherwordly feeling.


More of a technical question, and I will probably be completely unable to understand the answer, but some of our readers interested in photography might want to know the type of camera and tools you use.

In most cases I choose to shoot on film out of a love for the medium, the slow pace it keeps me in, and the odd chances for unknown magic it brings. I aspire to create images that reflect the way I (would like to) see the world. I think that’s how my photographic style established: out of a desire to use the camera as a tool for something other than just photography. 

Many thanks to Nona for the time she dedicated to answer our questions. We highly encourage you discover her work : 
*Instagram
*Tumblr
*Official website / shop

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