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François Blanc de Rock Hard par mail, 2020

Cette interview fait partie d'une série d'articles pour vous présenter la presse Metal française depuis ses débuts jusqu'à aujourd'hui. Cette série est financée grâce à vos dons Tipeee, si nous n'arrivons pas à l'équilibre ce genre de contenu ne pourra pas continuer.



Après notre dossiers sur la presse papier française dédiée au Rock / Metal (Partie I / Partie II) nous avons souhaité nous entretenir avec certains de ses acteurs et en savoir un peu plus sur ces magazines. Rendez-vous pris avec François Blanc, journaliste chez Rock Hard, pour ce second entretien.

Comment Marc Villalonga et Philippe Lageat en sont arrivés à monter Rock Hard en 2001 ? Quelle était leur motivation de départ ? Avaient-ils des diplômes ou un cursus en lien avec le journalisme ? De même pour toi, quand tu as rejoint le magazine en 2010, comment ça s’est passé ? Etais-tu journaliste avant ?

François Blanc : Marc et Philippe se sont rencontrés dans les années 90, alors qu’ils bossaient tous deux pour Hard Rock Magazine. En fin d’année 2000, Marc s’est brouillé avec le directeur de la publication, Jean Nouailhac et a quitté le magazine. Lors de son dernier entretien, lorsque Marc a annoncé à M. Nouailhac qu’il comptait monter son propre magazine, ce dernier l’a traité de « grand malade ». Cette jolie formule a donné le nom de la maison d’édition qui édite Rock Hard depuis toujours : Grands Malades Editions ! De son côté, Philippe Lageat avait aussi des envies de départ. Ayant été approché par Rock Hard Allemagne qui désirait s’implanter en France, Philippe a quitté Hard Rock pour fonder Rock Hard France avec Marc. Rapidement, plusieurs membres de l’équipe de Hard Rock les ont rejoints : Olivier Rouhet (qui avait déjà été rédacteur en chef de Hard Rock Mag.), Stéphane Auzilleau, Benji et Sandrine Kowalik. Contrairement à Marc qui disposait déjà d’un statut d’indépendant et collaborait avec de nombreux titres de presse, les rédacteurs prenaient un gros risque en quittant leurs postes. Ils lâchaient en effet un magazine bien implanté et qui fonctionnait très bien - rappelons que ces événements précédaient l’explosion d’internet - pour se lancer dans l’inconnu. Mais quelle fierté, d’un autre côté, d’avoir leur magazine bien à eux et d’être enfin les seuls décisionnaires ! Aucun des deux n’avait de diplôme de journaliste, mais ils avaient une solide expérience de terrain ; Philippe Lageat avait passé six ans et demi à Hard Rock Mag. avant de monter Rock Hard et avait également tenu un fanzine sur son groupe favori, AC/DC. Et Marc faisait de la photo depuis le début des années 80 pour toutes sortes de magazines musicaux (dont le pionnier Enfer Magazine). En revanche, devenir gérant d’une entreprise était nouveau pour lui et il lui a fallu apprendre sur le tas. C’est au fil des mois que cette petite équipe a fini par imposer ce nouveau titre.

Personnellement, j’ai commencé à écrire pour le webzine Heavylaw.com en début d’année 2006, conduit ma première interview en face à face en juin de cette même année (avec un petit groupe de Metal Progressif marseillais, Blowback), et réalisé mon premier phoner en anglais (Borknagar, pour la sortie de l’album acoustique Origins) quelques mois plus tard. En septembre 2009, j’ai intégré l’Ecole de Journalisme et de Communication de Marseille avec un rêve : devenir journaliste et bosser dans la culture. Le rêve ultime étant de bosser dans la musique et, pourquoi pas, soyons fous, d’intégrer la rédaction de Rock Hard. Lorsqu’il nous a fallu trouver des stages, Rock Hard est la première structure que j’ai contactée. L’équipe n’avait jamais embauché de stagiaire auparavant, mais Marc et moi avons eu un bon contact au téléphone et le fait que je sois étudiant en école de journalisme a éveillé son intérêt. Dans ma lettre de motivation, j’ai précisé qu’outre le Hard Rock et le Heavy Metal, j’aimais aussi le Black, le Doom Metal et que je suivais de près la scène Pagan / Viking / Folk Metal. Ce dernier point a fait pencher la balance en ma faveur : le style gagnait en popularité, et personne à Rock Hard n’en était particulièrement friand. Je suis donc venu passer trois mois à Paris au printemps 2010. Puis, pendant l’été et l’année scolaire qui a suivi, j’ai continué à écrire pour eux en tant que pigiste. J’ai fait un second stage d’avril à juin 2011, allant complètement à contre-courant des recommandations de mes professeurs, qui nous incitaient au contraire à multiplier les expériences dans des structures les plus variées possibles et à ne jamais mettre tous nos œufs dans le même panier. J’ai cependant eu de la chance : en septembre 2011, j’ai signé mon premier contrat, qui s’est ensuite transformé en CDI. Rock Hard est mon premier boulot - et mon seul à ce jour.



Rock Hard possède une particularité par rapport à d’autres magazines ; il est édité dans d’autres pays comme en Allemagne ou en Espagne. Est-ce qu’il y a un lien avec ces autres pays comme une sorte de franchise ou bien vous êtes indépendants ?

Nous sommes totalement indépendants en termes de contenu et sommes libres de faire absolument ce que nous voulons. En revanche, nous partageons le même logo et payons chaque année une redevance à notre confrère allemand, le fondateur original de Rock Hard, pour l’usage de son nom. Nous entretenons de très bonnes relations avec la rédaction allemande, et il arrive que nous lui achetions des interviews exclusives ou des photos lorsqu'il propose quelque chose d’exceptionnel et inversement. C’est d’ailleurs plus souvent eux qui se fournissent chez nous que l’inverse ! Je me souviens qu’ils avaient notamment acheté notre entretien avec Gojira et Metallica (ainsi que les photos qui allaient avec) lorsque nous avions rencontré Joe Duplantier et James Hetfield lors du concert de Metallica au Stade de France en mai 2012.

Es-tu salarié chez Rock Hard ou est-ce du bénévolat ? Quelles sont les personnes salariées ? Combien êtes-vous au total actuellement en comptant journalistes, photographes, maquettistes, etc. ?

Marc et Philippe ont toujours été révoltés par les pratiques des magazines qui ne paient pas les journalistes travaillant pour eux. C’est hélas souvent le cas dans la presse musicale : « on te file une place de concert gratos et l’opportunité de discuter avec tes artistes favoris, tu ne vas pas en plus demander de l’argent ! » Estimant que tout travail mérite salaire, l’équipe de Rock Hard a toujours mis un point d’honneur à payer les personnes qui bossent pour elle. Alors bien évidemment, il s’agit de Metal et d’un secteur de niche, donc il serait bien illusoire d’espérer amasser des millions, mais j’ai la chance d’être salarié chez Rock Hard et ce depuis septembre 2011. L’équipe compte quatre salariés (Philippe Lageat, Morgan Rivalin, Benji et moi). Vanessa Girth est indépendante mais travaille à plein temps pour le magazine (maquette et mise en page, visuels, publicité, partenariats…), et il en va de même pour Marc Villalonga, directeur de la publication et photographe. Outre les six personnes évoquées ici, il y a les pigistes/journalistes qui sont également payés chaque mois : Charlélie Arnaud, Djul, Stéphane Auzilleau, Emmanuel Hennequin et Guillaume Fleury côté rédaction, et Nidhal Marzouk, qui s’occupe des photos, notamment lors de concerts. Cela forme, au total, une équipe de douze personnes.

Sur le prix d’un magazine actuellement, est-ce que tu sais à peu près quelle est la part qui vous revient ?

Le magazine est vendu 6€50. La distribution prélève plus de 30% de nos recettes. Il faut ensuite soustraire toutes les charges sociales et prendre en compte les coûts du pressage des samplers, de l’impression du magazine, le règlement des droits SDRM… Nous touchons donc plus ou moins 60% sur les ventes en kiosques. Je te laisse le soin de faire le calcul ! Rock Hard a une masse salariale bien plus importante que les autres titres de la presse Metal, ce qui est une fierté pour nous, mais ne facilite pas les choses. Cela a un coût…

Est-ce que vous entretenez des liens avec des labels ou autre en termes de publicité afin de vous y retrouver financièrement ou la vente du magazine suffit d’elle-même ?

La publicité constitue une source de revenus importante, dont nous ne pourrions nous passer. La concurrence d’internet étant ce qu’elle est et les usages et habitudes des métalleux ayant également changés avec le temps, une boîte comme Rock Hard ne pourrait espérer survivre sur les seules recettes des ventes au numéro. Les labels sont les principaux annonceurs, mais il y a aussi des festivals et des groupes qui communiquent chez nous. Enfin, source de revenus non négligeable, nos fidèles et valeureux abonnés !



Les samplers ont été mis en place dès le premier numéro en 2001. Pourquoi maintenir le sampler désormais alors qu’on peut facilement écouter les albums en streaming sur Spotify ou Youtube, et même avoir des morceaux diffusés avant les sorties d’albums ? J’imagine que ça un coût pour le magazine aussi ?

Oui, la production des samplers représente un coût important et à vrai dire, la question de l’abandon de cette pratique s’est posée à plusieurs reprises. Mais lorsque nous interrogeons nos lecteurs à ce sujet, la plupart manifeste son fort attachement au sampler et nous témoigne le plaisir qu’elle a à l’écouter en voiture, par exemple. Même s’il n’est plus aussi indispensable qu’à l’époque de la création du magazine, le sampler demeure une compilation de l’actualité qui permet à certains lecteurs de découvrir des groupes qu’ils n’auraient pas forcément fait l’effort d’aller écouter eux-mêmes sur le net. De nos jours, nous essayons, lorsque nous le pouvons, d’agrémenter l’intérêt des plus-produits encartés avec le magazine, comme nous l’avons fait récemment encore en publiant en exclusivité un CD live de Malemort au Hellfest et le DVD de Myrath au Sweden Rock, par exemple. C’est là, à mon avis, qu’est l’avenir de cette pratique : proposer des contenus inédits et introuvables ailleurs, pour justifier de l’intérêt de l’objet face aux problématiques que tu évoques dans ta question. Je le répète, c’est la volonté de nos lecteurs. Nous nous efforçons de leur faire plaisir !

A combien d’exemplaires était tiré Rock Hard en 2001, autour des années 2010 et actuellement ?

Je ne pourrais te donner les chiffres de 2001 et 2010, car je ne faisais pas encore partie de l’équipe. Actuellement, nous tirons entre 25 et 30 000 exemplaires en fonction du groupe mis en couverture et de l’actualité.

Quelle est la situation financière de Rock Hard actuellement ? Je sais que c’est compliqué pour Metallian ou New Noise par exemple de maintenir leur magazine à flot…

Il va de soi que la presse écrite connaît une érosion depuis de nombreuses années et que le modèle économique qui la régit n’avantage pas les petites boîtes comme la nôtre. Se maintenir à flot, comme tu dis, n’est pas évident…

Est-ce que le fait que le député Patrick Roy brandisse par deux fois le magazine dans l’hémicycle en 2009 et 2010 a eu un impact sur les ventes peu après ?

A ma connaissance, non. Mais nous avons beaucoup apprécié bénéficier d’une telle tribune, et que Patrick Roy nous mette en avant de cette façon. Le « député à la veste rouge » était un homme fort sympathique doublé d’un authentique passionné et nous gardons de très beaux souvenirs de nos rencontres avec lui. Alors qu’il était à l’hôpital, il m’avait laissé un chaleureux message sur mon répondeur téléphonique pour me remercier de lui avoir fait découvrir, via une chronique très positive que j’avais rédigée, l’album Norron Livskunst de Solefald en fin d’année 2010.  Son soutien nous aura valu ces images extraordinaires et hautement improbables : un député qui fait la pub de notre magazine à l’Assemblée Nationale. Ca, franchement, on ne l’aurait jamais vu venir !



Est-ce que vous avez remarqué qu’une couverture sur tel ou tel groupe vendait plus ? Sur des gros groupes par exemple, plus que des formations un peu moins connues ?
 
Oui, c’est indéniable. Nous avons toujours été surpris de constater à quel point la couverture était un déclencheur d’achat. Pourtant, Rock Hard propose toujours un menu qui se veut roboratif, avec un bon balayage de l’actualité Hard Rock et Metal dans toute sa diversité, et il nous arrive bien souvent de proposer de longues interviews, allant parfois jusqu’à quatre ou cinq pages, à d’autres groupes que celui qui figure en couverture. Pourtant, une couverture sur Iron Maiden ou AC/DC nous garanti inévitablement de meilleurs chiffres de vente, indépendamment du sujet traité ou du reste du sommaire du numéro en question. Quand on y réfléchit, c’est un peu regrettable… Si l’on désire mettre en avant une formation plus modeste, on lui rend paradoxalement davantage service en lui accordant un article d’une ou deux pages dans un numéro avec AC/DC en une qu’en la plaçant en couverture avec une grosse interview, que beaucoup moins de monde lira. Nous sommes soucieux de proposer de la variété et de ne pas toujours mettre les mêmes têtes d’affiche en avant, mais hélas, notre audace et nos coups de poker ne sont pas souvent récompensés. Les ventes n’ont pas suivi lorsque nous avons mis en couverture les Norvégiens d’Audrey Horne ou les Tunisiens de Myrath, ou des formations plus extrêmes comme Napalm Death ou Hypocrisy, par exemple… Bien sûr, je pourrais te citer quelques rares contre-exemples, comme celle de Testament, qui a cartonné et qui prouve que ce n’est pas une science exacte ! Cependant, l’expérience tant à prouver que nos lecteurs veulent avant tout retrouver Iron Maiden, AC/DC et Metallica. Pour survivre, il nous faut nous adapter et répondre à cette demande… Ce qui ne nous empêche pas de valoriser tous nos autres coups de cœur dans nos pages, bien sûr, et de défendre autrement les perles que nous dénichons en leur offrant un coup de projecteur parfois plus qu’appuyé. Même si nous ne les avons jamais mis en couverture, je ne compte plus le nombre de pages que nous avons consacré à un groupe comme The Devil’s Blood, par exemple.

Rock Hard a une ligne éditoriale plutôt orientée sur des groupes généralistes dans le Hard Rock / Metal. Est-ce que ça vous est venu à l’idée à un moment de traiter de groupes plus extrêmes ou qui ont peut-être un peu moins de visibilité ? Ou ça serait un risque de la part du magazine ?

Il y a là un malentendu que nous peinons à dissiper. Car en réalité, c’est déjà le cas ! Rock Hard traite de beaucoup de groupes extrêmes, notamment dans ses chroniques. Nous aimons - et avons toujours aimé - varier les plaisirs. Certes, nous ne sommes pas Terrorizer ou Metallian, et une très grande partie de notre lectorat est plus sensible au Hard Rock, au Heavy Metal et au progressif qu’à l’extrême. Mais même si nos couvertures sont plutôt portées sur des groupes assez mélodiques ou « classiques », nous couvrons toutes sortes de styles dans nos pages, du Classic Rock anglais au Black Metal islandais, avec tout ce qu’il y a au milieu ! Rien qu’en prenant pour exemple notre dernier numéro en date, on y trouve des choses allant d’Ozzy Osbourne au Death Metal de White Stones, en passant par le Hardcore industriel de Code Orange, et avec des chroniques qui vont du Néo-Folk acoustique de Jonathan Hulten au Death Metal blackisant de Necrowretch… Rock Hard couvre un panel beaucoup plus large qu’on pourrait le croire et n’est pas aussi facile à étiqueter que ta question le laisse entendre.



Comment décides-tu des groupes dont tu vas traiter dans le prochain numéro ? Vous vous répartissez certains groupes qui ont une actualité pour des interviews / chroniques ? Ou c’est à l’envie de chacun ?

Outre les grands noms sur lesquels il est impossible de faire l’impasse, nous fouillons dans l’actualité pour trouver des choses que nous aimons et que nous avons envie de présenter à nos lecteurs. Le seul et unique critère de sélection est le coup de cœur. Après, chacun a plus ou moins son style de prédilection et la répartition des groupes entre les journalistes se fait naturellement et harmonieusement. Nous disposons d’un forum privé sur lequel chacun renseigne le nom des groupes dont il aimerait s’occuper. Philippe Lageat, notre rédacteur en chef, valide ou non ces choix en fonction de la place dont il dispose ce mois-là et du reste du sommaire. Si deux journalistes désirent s’occuper d’un même groupe, ils discutent et s’arrangent entre eux. Nous nous connaissons bien et nous entendons tous très bien, ce qui facilite les choses.

Est-ce que vous faites face à des difficultés actuellement pour maintenir Rock Hard, et si oui de quel ordre sont-elles ?

Ce mois-ci, nous nous trouvons devant la plus grosse difficulté que j’ai personnellement rencontrée depuis que j’écris pour ce magazine : le coronavirus et la crise qui l’accompagne vont faire de notre numéro 208 le premier numéro de Rock Hard qui ne sera pas imprimé, ne sera pas accompagné d’un sampler et ne sortira qu’au format digital. Par ailleurs, oui, faire vivre six personnes et payer nos pigistes devient chaque mois plus difficile, les labels étant de plus en plus frileux en termes de soutien publicitaire. Sans compter, encore une fois, la concurrence d’internet, où tant de choses sont accessibles gratuitement. Pour l’instant, nous accusons plus ou moins le coup, mais pour combien de temps encore ? Je ne te cache pas que je suis un peu inquiet lorsque je songe à notre avenir et à celui de la presse Metal en général. Chaque nouveau numéro publié représente une petite victoire en soi et je profite de la tribune que tu m’accordes pour vivement remercier tous nos abonnés et les lecteurs qui nous sont fidèles. Merci infiniment de nous permettre de vivre de notre passion et de maintenir la présence d’un titre comme Rock Hard en kiosques !




Entre l'interview et sa publication Rock Hard a dévoilé son numéro en PDF disponible pour tous ici, et a lancé une cagnotte pour les aider à surmonter ce mois blanc ici.


Pentacle (Avril 2020)

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