Faux Départ Le Mans - 12/03/2020

Faux Départ était au Mans le 12 mars pour un concert avec Nylex. Alors que nous avons chroniqué leur dernier album Vie Ordinaire il y a quelques jours, nous avons également pu échanger avec Pascal (Guitare / Chant), Telly (Basse) et Vincent (Batterie). L’occasion d’en apprendre un peu plus sur le groupe.


Hello Faux DépartCa a été le concert ce soir ?

Pascal : Ouais. Mais on a bien roulé les deux jours précédents, on était un peu fatigués.

C’est la deuxième date de la tournée.

Pascal : Troisième.

Vincent : On n'a qu’à dire que la première ne compte pas. La première était un peu dure, on a pas très bien joué.

Vous continuez après, donc Rennes, Angers.

Pascal : Rennes, Angers et ensuite Tours pour finir.

Vous avez eu un peu de retour sur le nouvel album qui vient de sortir ?

Pascal : Pas trop mais c'est encore très récent. C’est les premiers concerts qu’on fait depuis la sortie du disque. On a fait une release party à Paris et puis une autre chez nous, à Lyon, et ce sont les premières dates depuis. C’est tout frais encore.

J’ai vu que le nouveau sortait chez Destructure, Echo Canyon (ndlr : il est disponible chez Destructure, Les Chœurs De l’Ennui, Echo Canyon Records, Colilla discos, Mutant records et Tocsin). Le précédent était pas sorti sur ces labels.

Pascal : Certains de ces labels étaient déjà là. Il y avait Mutant (le label de Vincent), Tocsin à Grenoble, Colilla, des potes à Séville et Nice. Le précédent, on avait mis des thunes du groupe aussi.

Et sur ce nouvel album, qu’est ce qui a motivé le choix de ces labels ? Destructure par exemple qui est plutôt Punk / Hardcore ?

Pascal : Ce sont des potes tout simplement.

Vincent : On leur a proposé, on leur a juste dit « Est ce que vous voulez écouter le nouveau disque ? », ils ont dit oui et puis ils se sont fait avoir quoi.

Avant Faux Départ vous avez joué dans d’autres projets ?

Pascal : Surtout toi (montrant Vincent) !

Vincent : Ouais, j’ai joué dans Lexomyl à l’époque, dans Pizza OD, dans Télécommande et maintenant dans Faux Départ. Je crois que c’est tout.

Telly : Moi dans Passion Armée il y a 10 ans.

Pascal : J’ai joué dans un groupe un peu éphémère qui s’appelait Mountza et puis là en ce moment je joue dans un autre groupe qui s’appelle Tiresias. Je passe sous silence les groupes de l'époque du lycée héhé, il y a prescription maintenant.

Des styles qui n’ont rien à voir ?

Pascal : Rien à voir, je ne sais pas si on peut dire ça. En tous cas, Tiresias, c’est plus Pop/indie.

Vincent : Moi ça a toujours été Punk Rock, tout ce que j’ai fait.

Telly : Dans Passion Armée, c’est plus Cold Wave ...

Vincent : Anarcho-Punk !

Telly : Y’avait un Synthé quand même.

Vous venez de Lyon, qui a une scène qui bouge pas mal, portée par des gens qui sont depuis des années dans la scène. Est-ce que pour vous il y a quelque chose qui se dégage ? Par exemple, je peux prendre l’exemple de Contractions qui a sorti un nouvel album il y a peu également. Il y a un microcosme qui bouge un peu ou juste la coïncidence ?

Vincent : On a la chance d’avoir des bons groupes en ville je trouve.

Pascal : Effectivement, tout le monde se connaît. Il faut mentionner un lieu un peu central, qui est la Luttine à Lyon, un infoshop/distro ouvert tous les samedi après-midi. Tous les 3, on y a passé énormément de temps et tous les groupes dont on est proches ces 10 dernières années traînent ou se sont formés là bas. Ça crée une émulation, tout le monde répète dans le même local... tout ça crée une sorte de scène effectivement.

J’ai un peu moins écouté l’album précédent, je trouve qu’il y a une évolution dans le son, qui est un peu plus Indie sur le nouveau. Je sais pas si c’est ma perception ou si je me plante complètement. Est-ce qu’il y a quelque chose qui a changé ? Une approche différente ?

Pascal : C’est pas enregistré avec la même personne.

Vincent : Je pense qu’on n’a pas abordé l’enregistrement de la même manière. On a enregistré le premier avec beaucoup d’intensité, de stress. Le dernier, c'était un peu plus posé, plus organisé, ce qui fait que l’album d’avant est un peu plus sauvage.

Pascal : Pour le nouveau, on a eu envie de plus déléguer les choses. On ne s'est occupé ni de l'enregistrement, ni du mixage/master, ni même de la pochette. À l’inverse, pour le précédent, c’est moi qui avait fait le mixage et on avait fait la pochette ensemble. Ça avait été long et laborieux et on y avait laissé beaucoup de forces. Ce coup-ci, on avait envie d’être un peu moins stress et plus confort.

Vincent : C’est aussi pour cela qu’on vit bien la sortie de ce disque. L’objectif était de l’expulser de nous. On a fait les morceaux pendant 9 mois ou 1 an, peut être deux ans. L’idée c’était « On enregistre et derrière il faut que ça sorte le plus vite possible », ce qui était totalement le contraire du premier.

Qui a composé pendant ces deux ans ? Est-ce qu’il y a en termes d’écriture une organisation spécifique ?

Vincent : Pascal ramène le gros des morceaux. S’il y a besoin d’ajustements, on ajuste mais les morceaux comme les paroles c’est Pascal. On fait quelques coupes des fois si c’est nécessaire, pour couper dans le gras.

Pascal : Ça n'a pas trop changé entre les deux, de ce point de vue là. La seule nouveauté, c’est que nous n’avons plus le même bassiste entre les deux albums.

Depuis combien de temps ?

Telly : Le premier concert qu’on a fait ensemble c’était début 2019. 1 an de concerts mais on a commencé à répéter mi-2018.

Vous parliez de l’artwork qui est très différent du précédent, on a échangé tout à l’heure sur qui l’avait fait. Vous saviez ce que vous vouliez en termes d’approche ou c’est libre ?

Vincent : On s’est posé la question, on a essayé de le faire nous-mêmes à la base. On a piétiné. Pour suivre cet état d’esprit d’aller de l’avant et d’accoucher d’un truc, on a décidé de déléguer à des gens qui nous entourent et qu’on aime.

Telly : Que l’on connaît et dont on connaît le travail.

Pascal : C’est ça, des copains du coup. Benj (ад-ra zine) a fait le collage sur le devant de la pochette, la photo au dos c'est notre pote Ferdi (de Zone Infinie) et Julien de Contractions / Echo Canyon a fait tout le montage et le reste de l'artwork.

Vous vous êtes plus concentrés sur la partie Composition / Enregistrement.

Pascal : C’était assez agréable en fait…

Vincent : De faire avec des gens qu’on aime je trouve !

Pascal : Et de voir ce que ça leur inspire.

Et le résultat final, vous en pensez quoi ? Ça correspond à l’idée que vous aviez avant d’enregistrer ?

Pascal : On n'avait aucune idée préconçue.

Vincent : Faux Départ n’a pas d’identité visuelle spéciale.

Pascal : Et concernant la musique, il n’y a jamais eu de truc réfléchi. On ne se dit pas « on va sortir un nouvel album et à partir de maintenant on va prendre telle ou telle direction. ». Les morceaux viennent comme ils viennent.

Qu’est ce qui amène le son de Faux Départ en termes de construction ? Est-ce que c’est ce que vous avez écouté avant, ce que vous écoutez maintenant ? Ce que vous vivez ?

Pascal : C’est super varié. Tous les 3, nous avons des goûts qui se rejoignent sur plein de choses mais qui peuvent être très différents sur plein d’autres. Ça fait 5 ou 6 ans que ça a commencé et on n'a jamais eu une discussion du type « on va faire à la manière de … ».

Vincent : Si t’écoutes chaque morceau séparément, ils ne se ressemblent pas forcément. Mais à la fin, il y a un espèce d’ensemble, une homogénéité qui se fait étrangement par des points de liaison, la voix de Pascal par exemple où mon jeu de batterie. La liaison de tous les morceaux, ce sont des points qui ne sont pas forcement à tendance musicale.

Je l’avais dit tout à l’heure, j’ai vraiment accroché au disque, et pourtant je suis pas forcément un fan d’Indie Punk à la base. Je le trouve vraiment cool, notamment sur le premier morceau dévoilé, « Merci pour vos Services », qui était vraiment captivant en termes de chant et d’écriture. L’album ne ressemble pas forcement à ça. Pourquoi ce premier titre au début ?

Vincent : Il y a eu débat. Je pense qu’on savait que c’était un morceau qu’on aimait tous. Il y a eu quelques trucs d’enregistrement qui font qu’on a eu un doute mais les quelques personnes qui ont écouté les morceaux en amont ont montré de l’intérêt pour ce morceau en particulier.

Pascal : C’est l’un des plus vieux morceaux de l’album, ce qui fait qu’on l’avait déjà beaucoup joué en concerts et pu constater qu’il marchait bien.

Vincent : Ça nous a convaincu de le montrer en premier.

J’ai pas trouvé de page Facebook, juste le site avec les disques en téléchargement. Est-ce une volonté spécifique de pas avoir une page, ou je suis passé à côté.

Pascal : On n'a pas de page Facebook en effet. Et, oui, c'est une volonté !

C’est moins courant maintenant, une omniprésence de ce type de com'. Quel est le parti pris ?

Vincent : Perso, je l’utilise pas ce truc dans ma vie quotidienne. Je ne tenais pas à ce que le groupe l’ait.

Pascal : L'idée, c'était d'étendre l'esprit DIY qu'on a toujours eu au site internet, de le faire nous mêmes et de rester dans cette optique. Ça permet aussi de mettre des choses un peu différentes et d'avoir plus de contenu. Après c’est peut être un peu moins visible mais bon.

Vincent : Je trouve aussi qu’il y a un rapport d’humilité au truc, je trouve que Facebook c’est beaucoup de visibilité mais il faut l’assumer.

La question peut paraître vraiment super bête mais on a tendance a avoir le combo Facebook / Bandcamp, avec à la rigueur Twitter et quasiment plus de site Internet.

Vincent : On n’a pas de Bandcamp. Les labels ont des Bandcamp par contre.

C’est déstabilisant au début. On galère à trouver des infos, des dates si on ne va pas sur le site. Plus le fait que sur le site, tout soit en téléchargement gratuit, je trouvais ça assez cool aussi. 

Vincent : Ce sont des questions que l’on a, même dans la voiture tous les jours. Moi je suis complètement curieux de Facebook et tout ce qui l’entoure, mais je n’y arrive pas. Est-ce que c’est bien ? Est-ce que ça nous servirait ? Est-ce que les gens ne sont pas saoulés des gens qui sont omniprésents sur Facebook ? Des fois je me dis que la discrétion, ça nous correspond, nous sommes trois gars plutôt calmes. Et au final, si t’es bon, t’es visible.

Ça amène la curiosité, c’est aussi pour cela que j’ai envoyé le mail en passant par Julien. Concernant la mise à disposition des disques en libre téléchargement, il y a des perceptions différentes de pourquoi mettre en téléchargement libre. Certains, c’est pour la visibilité, d’autres l’accès à la musique. Quelle est votre vision de ce téléchargement gratuit ? 

Pascal : On n'a pas envie que l’argent soit un obstacle pour écouter notre musique. C’est un truc politique. Totalement politique.

Vincent : Totalement ça.

Pascal : Et puis après sur Internet c’est tellement facile de choper les morceaux. Autant les mettre nous mêmes.

Tu parlais de politique, est-ce que pour vous la politique est quelque chose que vous intégrez dans la musique ?

Pascal : Dans nos manières de faire, oui, totalement.

Telly : Comme toujours, dans les pratiques. Dans la manière de faire les choses, cela montre ce à quoi on tient, ce à quoi on ressemble. Un truc qui n’a pas pour objectif de faire du profit, mais faire de la musique avec des potes et qui permet que ce soit accessible à plein de gens, d’aller partout en France ou ailleurs.

Vincent : C’est pas banal parce que dans le monde de la musique, tout ça n’est pas si évident. Dans le DIY qui nous entoure, il y a beaucoup de gratuité. Il y a tout un monde un peu institutionnel où les gens demandent des sommes pas possibles pour jouer, pour faire de la musique. Au final, ces groupes n’arrivent pas à faire grand chose, ils en bavent et nous, on fait partie d’un réseau fort, qui permet de faire des trucs de fou que l’on ne ferait jamais autrement dans notre vie.

Pascal : Qui en vrai marchent mieux que les réseaux dits « professionnels » !

C’est un peu la politique que l’on voit pour certains labels ou groupes. La politique du prix libre. Quel que soit l’objet, c’est du prix libre, ça amène les gens à payer le prix qui leur semble le plus juste et adapté, même si des fois les groupes perdent de la thune ou les gens paient un peu plus cher. C’est là ou les gens font un effort, parce que c’est pas le prix imposé. J’ai pris des LPs tout à l’heure, le dernier est à prix fixe. Pourquoi ne pas les proposer en prix libre justement ? 

Vincent : Déjà, si on nous proposait moins, on aurait pas de problème pour cela. Le prix libre, il a un intérêt si les gens sont éduqués à cela. Je suis pas sûr que tout le monde le soit. En fait, perso, des fois je préfère des trucs pas chers ou basés sur des trucs que je peux justifier sans contrainte qu’un truc prix libre qui est parfois confus. Ça me met moins de mauvaise conscience, ça me met mal de voir des gens surpayer un disque.

Pascal : Après, le groupe a un petit stock de disques pour les concerts, mais chacun de nos labels est assez libre du prix, même si on leur a demandé de ne pas dépasser un certain montant. Par exemple, un de nos labels vend à prix libre, d’autres à 10 euros. Nous en concert, on a fait le choix de le mettre à 10 euros aussi.

Les gens ne connaissent pas forcement le prix de fabrication et de production d’un vinyle et, que ce soit du 7 ou 12 pouces, les prix peuvent paraître parfois déconnant. Entre du 20 ou 30 euros, parfois du 10 euros et à côté du prix libre avec des gens qui vont te proposer un euro pour le vinyle, on peut avoir des décalages. Je posais la question car proposer les disques en téléchargement gratuit et les avoir à 10 euros, il peut y avoir des liens.

Vincent : Tu trouves que ça s’oppose toi les deux ?

Pas que ça s’oppose, je pense qu’on est dans une scène qui a pour principe de payer le produit (vinyl, tape, t-shirt, …) et pas juste d’en profiter en téléchargement, ce qui est pas le cas dans d’autres scènes. Comme ils sont en prix libres en téléchargement, je me suis demandé « Pourquoi du gratuit d’un côté et pas du prix libre de l’autre ? ».

Vincent : Le prix, le premier voyage en voiture on a parlé de ça. On se posait la question.

Pascal : Après, le MP3 on le met gratuit parce que ça nous a rien coûté alors que le disque c’est une grosse somme, même si on a des labels. Aucun de nous n’a d’argent pour financer le groupe donc on a besoin de rentrer dans nos frais.

Qui a fait le design du t-shirt ?

Pascal : Un pote qui s’appelle Eric qui joue dans les groupes Bitpart et Legumes Sex avec qui on a fait notre release party et puis ça a été sérigraphié à la main par nos soins.

Vincent : On a fait des release party à Lyon et à Paris et les groupes qui ont joué avec nous ont participé d’une manière ou d’une autre au disque, t-shirt, photo. On est dans une logique de partager ce qu’on a fait.

C’est un truc de potes, de famille, …

Vincent : Oui, même si je crois qu’il y a une volonté d’élargir la famille.

Vous avez tourné avec Nylex sur 2 dates, c’est une coïncidence ou vous les connaissiez avant ? 

Vincent : Non, John (Symphony Of Destruction) qui nous a calé le concert à Brest nous a proposé de jouer au Mans avec Nylex.

Ça va Le Mans, vous tenez le choc ?

Vincent : C’est une soirée spéciale …

Je ne me prononcerai pas (rires). 
Vous avez des groupes en parallèle, vous venez de sortir le disque. Quelles sont les prochaines étapes pour Faux Départ ?

Pascal : Je t’avoue que jusqu’à 20H ce soir, on ne savait pas si on allait pouvoir jouer (le concert a eu lieu le 12 mars, jour de l’allocution présidentielle dans le cadre de la prise en charge du Coronavirus) ni si on va pouvoir terminer la tournée. C'est vraiment un contexte particulier...

Telly : On a une tournée prévue en Espagne début avril, et on est un peu suspendus à ce qu’on voit (NdFD : la tournée est bien sûr annulée). Pas mal de concerts et festivals sont annulés depuis deux / trois jours.

Vous avez fait la release party, quelques dates, et après c’est plutôt en mode « on retourne tranquillement en phase de composition / pause » ou vous essayez de faire quelques dates à côté ?

Vincent : Point d’interrogation, on fait les deux tournées et on ne va pas parler du reste.

Vincent, tu as Mutant Records …

Vincent : Et Cool Marriage Records ! D’habitude, je dis trois labels mais le troisième n’a rien sorti pour le moment.

J’ai vu ta distro, tout à l’heure et on a également un peu échangé. Qu’est ce que tu sors sur Mutant Records et qu’est ce qui t’a donné envie de te lancer dedans et d’avoir des choses aussi différentes que Disfear

Vincent : Ça m’intéressait de faire un truc par moi même et pas avec un groupe. Je suis très nul à faire des choses tout seul, donc lancer un projet seul comme un label, ça me fait du bien et je sors des groupes de copains que j’aime, qu’ils soient locaux ou pas. J’ai sorti des groupes d’Espagne, des locaux qui sont des copains, des Finlandais aussi. Après il y a aussi d’autres histoires de groupes que je sors autrement que par amitié, mais pour moi faire un label c’est participer au grand cirque du DIY. Il faut que chacun fasse sa part et si on ne le fait pas, ça atterrira dans les mains d’autres gens qui feront les choses de manière vénale. C’est un peu dans la grande tradition du DIY.

Et le deuxième label, pourquoi un second ? (lien)

Vincent : Le deuxième est un label avec un copain, Alex. Je lui ai juste dit que c’était quelqu’un qui parlait bien de la musique et qu’il écrivait bien sur la musique, donc je lui ai proposé de faire quelque chose ensemble. « Moi j’envoie les colis, et toi tu t’occupes de la promo », on fait une bonne team et il a eu du mal à dire non. On fait surtout des cassettes de groupes qu’on aime, un peu originaux, étrangers, un peu humble et de paire avec ce que je disais avant. On fait également un fanzine, Psycho Disco, qui sort une fois par an, en complément d’une sortie de cassette généralement.

Vie Ordinaire est sorti qu’en vinyle, pas de cassette ?

Pascal : Non, la Démo était sortie qu’en K7. La première K7 et le premier vinyle avaient été mis sur un CD ensuite. « Vie Ordinaire » n'est qu'en vinyle et en téléchargement.

La cassette revient un peu à la mode, le CD un peu moins.

Vincent : C’est un truc de niche, il faut les trouver les 100 personnes qui veulent ta cassette. C’est un public différent, une manière de partager différente et un objet totalement différent. On est sur des choix graphiques un peu différents.

Pascal : C’est pas le même budget surtout. Si on a sorti la démo en cassette, c’est à cause des thunes aussi. C’est un format qui était dans notre budget pour faire un petit pressage pas cher.

C’était de l’autoproduit uniquement ?

Pascal : Oui.

Comment êtes vous arrivés dans la musique à l’époque ? Vous avez des groupes plus ou moins anciens, qu’est ce qui vous a amené à composer ou à jouer, à passer du spectateur au compositeur ? Il y a des déclencheurs un peu différents en fonction des gens.

Vincent : J’étais pas mal spectateur et je crois que c’était juste tenter l’expérience, voir ce truc qui n’avait pas l’air compliqué et prouver qu’on pouvait le faire sans être capable de grand chose car je suis un piètre musicien. Faire ça avec des copains : on était trois copains et une copine et on a juste lancé ça. C’était faire parti de ce grand cirque Punk Rock.

Pascal : Par passion pour la musique, en réalité mes premiers groupes étaient au lycée…

Vincent : Oui, quand t’as cité des noms de groupes, j’en espérais d’autres (rires)

Pascal : Y’a du dossier ahah mais ça restera secret. Mon premier groupe remonte à l’époque du lycée, pareil pour mes premiers concerts. J’ai commencé à jouer de la musique à 12 ans car j’étais un fou de musique. C’était clairement le truc le plus important dans ma vie, qui prenait toute la place. Composer a toujours été ma motivation numéro un pour jouer de la musique. Ça a commencé en écrivant des textes de chansons, mais comme je n’avais pas de groupe et qu’à cet âge c’était compliqué d'en trouver un, je me suis dit que je devrais apprendre à jouer de la guitare pour pouvoir m’accompagner au chant. Et ensuite, comme j’avais le chant et la guitare et que je composais des morceaux, j'ai voulu le faire avec d’autres personnes.

Vincent : Tu parles de trucs dans ton passé, comme de Punk Rock DIY. Pour moi, c’est le Punk qui propose de la création de morceaux, et quand tu dis ça, je suis vachement étonné qu’un kid soit allé dans la création et pas dans les reprises de tel ou tel groupe. Pas mal de gens vont dedans et c’est la pire des fadaises. Que tu sois allé dans cette direction sans être affilié au Punk Rock, je trouve ça cool.

Telly : Moi, j’allais pas à des concerts de Punk, je connaissais pas du tout cette scène. C’est plus à la base des liens d’amitié avec des pratiques politiques. La musique est venue se rajouter là dessus. A la base, c’est plus des manières de faire qui correspondaient à ce que je faisais par ailleurs dans ma vie.

S'il y a un disque ou un élément qui fait que vous êtes dans Faux Départ, c’est lequel ?

Vincent : Dans Faux Départ en tant que groupe ou en tant que scène vivante ?

Les deux, tu as ouvert la porte ! Par exemple je sais que deux œuvres majeures pour moi sont Laissez Vivre Les Squelettes de Daitro pour arriver là ou j’en suis, alors qu’un des premiers disques qui m’a fait m’intéresser à la musique était un des premiers Deftones, Around The Fur, qui sont pourtant totalement différents en termes d’approche mais sans lesquels je serais pas là actuellement.

Pascal : C’est une question compliquée. Il y a des périodes... Ce sont pas les mêmes choses qui m'ont donné envie de faire de la musique à 12 ans qu’aujourd’hui. Et après si on parle de la scène DIY, ce n'est pas tant une question de disques pour moi que le fait d’être allé traîner voir des concerts de Punk dans des squats à Lyon, voir les groupes locaux et se reconnaître dans des personnes ou des textes, des façons de faire et d'avoir ce déclic après avoir tâtonné pendant des années et cherché un truc qui me ressemble vraiment et qui me parle.

Vincent : L’élément déclencheur, pour moi, ça a été une année d’études aux USA. J’ai baigné jusqu’au cul dans le Punk Rock. Avant j’étais dans la scène Underground à Lyon mais je n’avais pas de déclic. Je suis allé à 24 ans vivre aux USA à Portland en 2004, il y avait une scène ultra vivante avec plein de concerts dans les basements. Tous les copains avaient des groupes monstrueux et j’ai mis le nez dans une ribambelle de groupes, et pas que Nord- Américains. J’avais un entonnoir dans la bouche et j’ai bouffé des trucs pas possibles et quand je suis revenu à Lyon, il fallait que je digère le truc. C’est cet élément du DIY ou il n’y a pas de bons ni de mauvais, juste tu le fais et tu peux être bon mais pas le meilleur ou le meilleur mais pas forcément bon. C’est le truc du Hardcore DIY : « fais le toi même et accouche ». Je citerais les Big Boys quand même. 

Plutôt un moment ou un passage de la vie qu’un simple déclic de trois minutes.

Pascal : Oui, et puis des fois il y a des disques qui sont des claques énormes mais ce n’est pas pour autant que la musique que tu fais derrière va y ressembler (parce que t’en est pas capable déjà et parce que ce n'est pas intéressant d’imiter les choses).

Telly : De mon côté, il n’y a absolument aucun disque. J’ai une culture musicale à peu près inexistante dans ce milieu là. Si on s’est retrouvé à faire de la musique, c’est à la base un lien d’amitié. Avant que je fasse de la musique avec Passion Armée, je n’avais jamais baigné dans ce monde là et des liens se sont gardés et renforcés au fur et à meure. Dix ans plus tard, ça se retrouve à ré-exister sous cette forme.

Pascal : C'est un peu l'histoire de la pelote de laine aussi... quand t’as dix ans, que t’écoutes Nirvana, tu te dis que c’est un groupe un peu différent. Après tu découvres Sonic Youth et tu te rends compte qu’on peut faire de la guitare différemment des autres et ensuite tu découvres le Punk et après le premier album de Wire et tu te dis « Quelle claque ! », puis le Hardcore, non seulement c’est une tuerie mais les concerts c’est quelque chose. Puis les pratiques DIY c’est aussi quelque chose. Tu te retrouves dans un squat à Lyon et tu découvres Télécommande en concert ou t’entends Pizza OD chanter avec un batteur qui joue plus ou moins juste (Vincent est le batteur de Pizza OD) et ça te touche, tu t'y reconnais. Ça te fait évoluer dans ton rapport à la musique, en passant par plein d’étapes.

On a l’impression que le DIY, sur cette partie là, les gens se prennent pas la tête, il n’y a pas de rapport de force. Tu as pas de notion de valoir mieux qu’un autre, n’importe qui peut jouer. Tu peux aller à un concert et profiter même si ça fait pas 10 ans que t’appartient à cette scène.

Pascal : Notre seul « principe » musical, c’est le fait qu’on essaie de jouer avec simplicité et énergie. C’est le plus important au final, pour nous.

Ça s’est vraiment ressenti dans le concert. J’ai trouvé le set très speed, sans temps mort. Je l’ai plus vécu comme un concert de Hardcore qu’un concert d’Indie Punk.

Vincent : Je suis content de l’entendre, parce que pour moi Faux Départ c’est du Hardcore. Pour moi, c’est une énergie. Le Hardcore, c’est l’anti-thèse du Rock Alternatif, des sets de 50 minutes. Le Hardcore, c’est 20 ou 25 minutes dans la cave et tu rentres chez toi après, tout le monde est crevé. Évidemment que musicalement c’est pas du Hardcore mais pour moi c’est un groupe de Hardcore car le DIY c’est du Hardcore.

Il y avait vraiment l’énergie dans le jeu, j’arrive pas à le qualifier mais je l’ai vraiment ressenti comme cela.

Pascal : Je pense que c’est un ensemble de choses. T’es une des premières personnes qui accole le mot Indie à ceux de Punk et de Hardcore à notre sujet.

Vincent : En vrai, les deux, ça fait vraiment plaisir. Je trouve que Faux Départ c’est pas du Punk Français. Tu vas t’imaginer des trucs qui sont pas nos bases.

Par exemple, pour moi le Punk Rock Français, ce sont des groupes avec lesquels j’ai grandit. Par exemple Guerilla Poubelle. C’était du Punk Rock et je retrouve pas ce lien dans Faux Départ. J’y retrouve un côté plus Indie, c’est pour ca que je fais le parallèle avec Contractions car j’y retrouve des éléments communs. Les deux disques m’ont plus car j’y retrouve des affinités, par contre ce coté Hardcore, je ne le retrouve pas dans Contractions par exemple.

Vincent : Le côté Hardcore de Faux Départ, tu le retrouveras peut être plus sur le premier album, ou on met la charrue avant les bœufs, ça galope. Tout trop vite, méga stressé, mais c’est aussi le groupe, on est comme ça.

(Entre Guillaume, l’orga de la soirée, qui fête son avant dernière date via « Vivement Hier (avec le RPR) »).

Est-ce que vous avez vous des trucs à dire ? Qu’est ce qui pourrait donner envie aux gens d’écouter Faux Départ ? Je pense qu’il y a des gens qui connaissent pas.

Guillaume : J’ai eu envie de faire jouer Faux Départ parce que le disque est super bien !

Vincent : J’espère qu’on sort du lot !

Guillaume : Une raison un peu drôle ! Faut dire une blague avec Les Inconnus !

(Rires)

Vincent : Merci en tout cas, c’est vraiment cool pour l’interview !

Pascal : Oui, merci d'avoir pris le temps de t'intéresser à nous !

Euka (Mai 2020)

Un grand merci à Vincent, Pascal et Telly pour leur disponibilité et à Guillaume pour l'orga !
Pour les curieux, le site du groupe est par ici, et pour aller plus loin, divers liens de groupes évoqués lors de l'interview.
Blogspot de Lexomyl
Bandcamp de Telecommande
Bandcamp de Tiresias
Bandcamp de Mountza 
Album de 2010 de Passion Armée
"Maison Hantée" de Pizza OD - "J'Sers à Rien" de Pizza OD
Site de la Luttine
2 émissions de Pascal sur la scène Punk Lyonnaise sur Radio Canut (lien 1 - lien 2)

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