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Yves Campion de Metallian par téléphone, 2020

Cette interview fait partie d'une série d'articles pour vous présenter la presse Metal française depuis ses débuts jusqu'à aujourd'hui. Cette série est financée grâce à vos dons tipeee, si nous n'arrivons pas à l'équilibre ce genre de contenu ne pourra pas continuer.

Après notre dossiers sur la presse papier française dédiée au Rock / Metal (Partie I / Partie II) nous avons souhaité nous entretenir avec certains de ses acteurs et en savoir un peu plus sur ces magazines. Rendez-vous pris avec Yves Campion de chez Metallian pour ce premier entretien.

Au départ, comment en es-tu venu à devenir directeur de publication chez Metallian ? C'était quoi ton parcours avant de rejoindre le magazine ?

J'avais plutôt un parcours de musicien, ça remonte à très longtemps. 1991, à l'époque ce n'était pas un magazine, moi j'étais au Canada et c'est une rencontre avec une personne qui déclenché le truc. Il y avait une émission de radio Sonic Disaster, à Montréal et le gars derrière ça se faisait appeler Alix the Metallian. Lui faisait de la radio, moi j'étais musicien. On a eu l'idée de crée un petit fanzine, à l'époque c'était avec des photocopies, le format traditionnel et distribué dans réseau underground. Il était distribué dans des magasins de disques, aux Etats-Unis, en Angleterre ou nous à Montréal on avait Rock En Stock. On n'était pas dans la presse traditionnelle en tout cas. Au fur et à mesure des années ont a sophistiqué les photocopies, on est passé en offset ensuite, mais on a démarré petit, en bas de l'échelle.

Tu lisais les magazines à l'époque comme Enfer Magazine ?

Oui bien sûr ou Metal Attack dont j'étais vraiment fan à l'époque, c'était la grande période de la presse, on ne donnera pas les chiffres par rapport à aujourd'hui (rires). Bien sûr, j'achetais Metal Attack et Hard Rock en France. Il y avait aussi un magazine anglais qui s'appelait Metal Forces, c'était selon moi un des meilleurs à l'époque, j'étais super fan de ce qu'ils faisaient.



Ça t'as donné un peu aussi envie de te lancer j'imagine ? Et tu écrivais des chroniques à l'époque ? Ou tu réalisais des interviews ?

Oui c'était ma bible et c'était un peu notre modèle pour Metallian. Par contre non, je n'écrivais pas vraiment, je n'ai pas fait ça pour des raisons journalistiques. Je faisais le print, le montage, je m'occupais de la gestion du fanzine, mais j'avais des journalistes qui écrivaient. J'écrivais quelques petits trucs comme ça, mais je n'avais pas de talent de journaliste.

Actuellement, tu es salarié de Metallian ? Il y a d'autres rédacteurs salariés ou c'est du bénévolat ?

Oui je suis salarié et on a des pigistes, mais aujourd'hui on n'est plus dans la même structure comme on avait à l'époque, bien entendu on a une structure professionnelle depuis longtemps. Aujourd'hui, Metallian est devenu une société composée de trois entités avec Metallian Production, Metal Store qui est indépendant mais qui est relié au groupe. C'est une petite holding si on peut dire ça comme ça. Nous on a suivi toutes les périodes de la presse depuis le début, on a été les premiers à mettre un CD, le catalogue de vente par correspondance aussi à l'époque... On a eu des moments fastes, on a vécu des périodes plus difficiles pour la presse papier... Le magazine a été lancé en presse en 1993, on a été un peu de toutes les périodes.

Justement, a un moment il y a eut un lien avec Adipocère ?

Oui c'est un vrai partenaire qui nous a aidé, au départ on était partenaire ou partenaire / associé si on peut le dire ainsi, car on proposait régulièrement son catalogue de vente par correspondance à la grande période, là où ça marchait vraiment. Tout le monde attendait le catalogue, il avait aussi un label avec des groupes comme Moonspell ou Diabolical Masquerade par exemple. Il y a eu un vrai partenariat, il a cru en nous, nous aussi, on mettait  certains morceaux des groupes de son label sur le sampler. C'était une période faste, sans commune mesure avec les chiffres qu'on a aujourd'hui.

Et ça s'est terminé comment avec Adipocère ?

On n'a pas terminé le partenariat, c'est toujours actif. Chaque société a suivi son parcours. Il a plus développé le label, mais on n'a jamais vraiment arrêté Adipocère. De temps en temps il nous soutient toujours, il met des pubs quand il a des sorties, comme pour Rosenkreuz ou Sacral Night récemment. De temps en temps il se fait plaisir et réactive le label pour quelques sorties et il a d'autres activités, il fait des boissons, il a toujours son magasin. On a eu des parcours différents, mais on a toujours été en partenariat.



Comme tu disais tout à l'heure, Metallian ce n'est pas que le magazine, avec par exemple l'organisation de concerts, le magasin... des choses comme ça. Combien ça fait de personnes qui gravitent autour de ces activités ?

Metallian Production c'est une association commerciale de production de concert et qui maintenant développe le booking, ce sont deux activités complémentaires. Il y a deux ans, on s'est associés avec un gros producteurs de la région (qui gère des artistes comme SardouHallyday) pour sa partie Metal, donc on a beaucoup évolué. Dans le spectacle on fonctionne beaucoup avec des intermittents, du coup c'est une activité parallèle, qui peut être en lien avec la société d'édition, mais ce sont bien deux structures différentes.

D'accord, sur le magazine tu as une idée de combien de personnes sont employées ?

Alors on a des personnes fixes comme les graphistes pour la partie production et après on a des journalistes, des pigistes et moi en gérant salarié. On a eu un rédacteur en chef qui était aussi chef de pub, maintenant avec la baisse d'activité on a toujours un rédacteur en chef, mais qui est en freelance et qui est donc détaché. On a changé la manière de gérer le magazine, forcé par l'évolution de la presse papier. Mais on est toujours là, depuis 1991 au final (rires).

Est-ce que le prix de vente du magazine suffit à couvrir tous les frais ? 

Et bien comme tout société on a des dépenses et des recettes, et il faut équilibrer sinon tu déposes le bilan. Donc aujourd'hui on a dû changer notre façon de faire. On a pas les mêmes scores qu'avant, on n'a pas la même gestion qu'à l'époque où on a eu des périodes très fastes comme je te disais. On est toujours là, donc nos recettes couvrent nos dépenses, forcément.

Et la crise du coup, c'est arrivé au début des années 2000 ?

Non non, il n'y a pas vraiment de crise. Ça a commencé à impacter les distributeurs à partir de l’avènement d'internet où le papier se transformait en digital. Là, toute la presse, pas juste la presse musicale, dans tous les domaines, a subi une évolution puis c'est venu des réseaux sociaux comme facebook. Toute l'information est passée sur le web aujourd'hui, on y a accès sur les smartphones, sur tout. Il ne reste que des puristes qui gardent le papier et malheureusement, tous les domaines ont souffert de cette évolution. Après faut s'adapter avec le monde actuel. On a toujours eu une visibilité chez Metallian, mais aujourd'hui on est en train de muter, on ouvre une nouvelle plateforme en ligne dans pas longtemps qui devrait être solide, on est obligés de suivre l'évolution du temps.

Est-ce qu'à l'époque, le fait d'être indépendant et de ne pas dépendre d'un groupe de presse aidait à perdurer dans le temps?

On est dépendant de notre propre gestion, pas d'un clash d'un autre magazine dans un autre domaine qui peut tout embarquer. Alors on a une liberté en étant totalement indépendant. Avec une gestion saine, on peut arriver à perdurer. La preuve on est là depuis 35 ans. Il y a des magazines dépendant de groupes de presse dans d'autres domaines qui fonctionnent très bien aussi, tout est une question de gestion, de choix.

Il y a toujours un sampler avec le magazine. Face aux plateforme d'écoutes comme Spotify ou Youtube, le fait que les labels mettent en écoute des morceaux avant la sortie d'album... Pourquoi le garder ?

Et bien le choix il est aussi financier. On offre aussi ça aux lecteurs, les labels et les groupes qui veulent être sur le sampler payent une petite somme (on a la sacem à payer également) mais pour nous c'est un plus car les gens l'attendent. Sans sampler, aujourd'hui, on vendrait moins. C'est quelque chose qui perdure depuis longtemps, on a été les premiers à créer un magazine Metal avec un sampler et sauf si on n'avait pas du tout les moyens de le faire, ça me semblerait aberrant qu'on ne le sorte pas aujourd'hui.

J'imagine que ça a un coût quand même ?

Oui, mais comme je te disais, à partir du moment où on a des ventes suffisantes, qui ne sont plus les mêmes qu'avant, mais qui nous permettent de vivre : payer l'imprimeur, payer nos frais, ça suffit. Si nos recettes couvrent nos coûts, on fonctionne. Après on n'a plus la même gestion, les mêmes coûts, les mêmes tirages, les mêmes ventes qu'à la période de "la grande presse", au moment où c'était top quoi.

Est-ce que tu te souviens à combien d'exemplaires était tiré le magazine dans les années 90 ou 2000 ?

Dans les belles années on tirait à 50 000 exemplaires, on avait 6 000 abonnés, on a même fait de plus gros scores. On a eu des périodes très fastes. Mais tout à évolué dans la presse, les coûts du papier ou des machines, à l'époque on avait un tirage trop petit pour utiliser les rotatives, alors que ça avait un moindre coût par rapport aux machines à feuilles chez les imprimeurs. Aujourd'hui, les machines ont évolué, du coup les imprimeurs peuvent tirer de plus petit tirage en rotative, ce qui a aussi permis de maintenir la presse papier vivante. Les imprimeurs s'adaptent aussi au marché. Les coûts chez les imprimeurs français et à l'étranger ne sont pas les mêmes car c'est moins cher ailleurs. Il y a une évolution des machines, au départ on ne pouvait imprimer en rotative, car il fallait imprimer à 5000 exemplaire au minimum et les machines à feuilles coûtent bien plus cher. Aujourd'hui en rotative avec un moindre tirage c'est possible parce qu'il y a eu une évolution chez les éditeurs et les imprimeurs ont suivis. Les éditeurs ne pourraient pas payer, donc ils disparaîtraient... il y a une certaine logique derrière tout cela. Cette évolution, le coût du papier, pas mal de facteurs ont fait que ça a été compliqué, mais on s'est adapté et actuellement ce n'est pas facile dans la presse papier, car si tu n'as pas un nom, installé depuis longtemps comme le nôtre ou Rock Hard, c'est compliqué et il y a eu beaucoup de va et viens. On ne voit pas vraiment de nouveaux magazines papier Metal survivre très longtemps.



Est ce que tu as remarqué que la notoriété d'un groupe influait sur les ventes ? Par exemple des couvertures avec Immortal ou Behemoth par rapport à un groupe avec une notoriété moindre ?

On a toujours été assez précurseurs sur certaines choses, on prenait des risques sur certains groupes qui n'étaient pas forcément "headliner". Mais on n'a jamais trop eu de gros écarts. On a eu un public qui ne faisait pas attention aux couvertures, enfin pas à la notoriété. Ce n'était pas un facteur, car on a toujours eu une identité underground qui faisait qu'on pouvait se permettre de faire certaines couvertures que d'autres n'auraient pas faites car ils étaient plus mainstream. Nous c'est pas notre came, ni notre public, mais évidemment que les magazines qui font une couverture sur AC/DC ou Metallica, ils auront peut-être plus de retombées que quand ils font un truc réchauffé ou parce qu’il n'y a pas de sorties. Car il ne faut pas oublier qu'on est aussi très très liés aux sorties. On ne peut pas sortir des couvertures comme ça, on est liés au marché et même si on aimerait mettre en lumière tel ou tel groupe en couverture on est liés à l'actualité.

Metallian a plutôt une ligne éditoriale basée sur des groupes extrêmes. Est-ce que ça vous est déjà venu à l'idée de traiter des groupes plus mainstream qui vendraient d'avantage peut-être ? Pour attirer une autre partie du lectorat ?

On le fait forcément, parce que les maisons de disques proposent des sorties qui ne sont pas que dans l'extrême. On n'a pas que ça, on est ouvert sur pas mal de choses. On tait peut-être plus sur des groupes extrêmes avant, mais aujourd'hui on est ouvert à pleins de styles, peut faire aussi bien une couverture de Doom, de Black Metal que Heavy Metal. On a fait My Dying Bride, Cannibal Corpse, Behemoth, on a toujours été assez varié dans les couvertures, dans les styles, dans l'éditorial et dans le sommaire. Mais on garde quand même une grosse partie underground, pour écrire des articles avec des groupes pas très connus, plus que d'autres.

Et est ce que vous avez une pression de certains labels qui prennent de la pub par exemple ?

Oui évidemment, les gens prennent de la pub, ils veulent des retours. Faut pas se voiler la face (et si quelqu'un dit le contraire c'est faux), quand un label prend de la pub dans un magazine papier, il veut des articles sur ses sorties, et en fait en quelque sorte ça influence un peu le sommaire. On n'est pas tellement en position de refuser. Des fois, quand c'est exagéré, on dit qu'il n'y a pas la place, mais oui on est plus ou moins lié avec un deal commercial plus ou moins annoncé. Avant on pouvait plus se permettre de refuser de la pub car on avait plus de revenus des ventes et plus de poids. Désormais, on ne peut plus de passer de la pub. Un magazine qui annonce le contraire est un menteur. En plus on est obligé de faire des offres plus basses et le label qui veut ses sorties dans le magazine on est plus ou moins obligé de suivre le truc. Faut pas faire de langue de bois, certains disent qu'ils sont totalement indépendant, c'est archi-faux, c'est pas possible. Forcément, s'il y a de la publicité, tu as un retour, ça fonctionne comme ça.

Pour finir, ça serait quoi les principales difficultés auxquelles vous êtes confrontés ? Pour que Metallian continue d'exister.

Les difficultés c'est uniquement celle de la presse papier de manière générale, par rapport à la crise qu'elle subit. Aujourd'hui, Presstalis, le principal distributeur, est limite en liquidation et l'état est obligé de sauver le truc, ça fait longtemps qu'il traîne des dettes colossales, et ça montre que c'est la presse papier en général, tout style confondu, pas juste Metal ou musical, a eu une baisse significative. Toute la presse, pas que Metallian, 100% des journaux et magazine, que ça soit les gros tirages genre presse people, de sport, de cinéma ou même les trucs de cul, avec ce qu'il y a sur internet .. Maintenant les gens se connectent sur Internet et ils ont tout ce qu'ils veulent tout de suite. Tout le monde a baissé, les seuls qui perdurent ce sont ceux qui avait une notoriété depuis longtemps, avec un public fidèle, des passionné.e.s, qui a sa marque de fabrique. Nous on en fait partie, comme Mad Movies par exemple, en magazine cinéma, on est dans le même bateau. Tout ce qui est dans l'entertainement souffre d'internet, forcément.

On dit aussi que le public Metal est un public de passionné.e.s, qui continue d'acheter des disques...

Oui, heureusement ! On a beaucoup de fidèles, de passionné.e.s, sinon on n'existerait plus. Comme Rock Hard par exemple. Et aujourd'hui on le voit, on fait encore beaucoup de vente dans les kiosques, ceux de gare par exemple. C'est toujours plus pratique d'avoir un magazine dans le train ou aux chiottes, que d'avoir un ordinateur ou une tablette. On suit l'évolution du temps. Nous on est encore là, pour combien de temps, ça reste à voir. On a encore des gens qui nous soutiennent, on les remerciera 200 000 fois, et c'est vrai que c'est moins facile qu'avant, et c'est aussi pour ça qu'on a diversifié nos activités, nous ne sommes pas qu'un magazine. On est sur de la production, de l'édition, du booking avec notamment Sortilège qui est revenu et qui cartonne aujourd'hui. On a d'autres vocations.

Pentacle (Mars 2020)

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Commentaires

Metal Witchcraft ZineLe Jeudi 26 mars 2020 à 19H25

Dommage que le fanzinat ne soit pas mentionné ou ne fasse pas l'objet d'un article. Enfer par exemple était un fanzine. Et bien avant que Metallian ne se mette au sampler, Troubadour de Rennes incluait un flexidisc dans son numéro 8.

La JuanLe Mardi 24 mars 2020 à 14H45

Précision apportée suite à la question "Actuellement, tu es salarié de Metallian ? Il y a d'autres rédacteurs salariés ou c'est du bénévolat ?"
Pour y avoir travaillé, les journalistes / pigistes ne sont absolument pas payés. Et il y a un gros turn-over régulier au sein de l'équipe suite aux conditions de travail, souvent intolérables. Ce qui génère beaucoup de ras-le-bol et de départs.
Il est important que cette face là se sache aussi...