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Tatouages & Musique : Fanny DX Par email

Après une interview en 2016 sur le lien entre tatouage et musique (à lire ici) avec plusieurs artistes français, nous voulions relancer le sujet. Première interview sur le thème du tatouage et de la musique. Cette fois, c'est au tour de Fanny (Instagram - Facebook), qui a joué dans Mon Autre Groupe et Veteran, tatoueuse à Rennes et qui s'est rendue disponible pour répondre à quelques questions.


Hello, dans un premier temps, je te remercie d’avoir accepté cette interview et pour ta disponibilité. Une première question, afin de situer un peu le contexte, peux-tu te présenter en quelques mots ? Pour quel salon bosses-tu et dans quels groupes joues-tu / as-tu joué ?

Salut, je m’appelle Fanny, je tatoue à Buzztattoo Rennes et Vannes depuis 2 ans. Avant ça j’habitais Paris où ma vie était centrée autour de la musique avec un job à la SNCF qui me permettait d’avoir du temps pour ça. J’ai chanté dans plusieurs groupes de punk rock (Mon Autre GroupeVeteran) avec aussi un projet plutôt folk toute seule avec ma guitare.

Qu’est-ce qui t’a amené dans le milieu du tatouage ? Est-ce que cela s’est fait à travers la musique ou est-ce que c’était sans lien direct ?

Alors la première fois que j’ai vu un mec tatoué c’était l’ingé lumière du groupe de mes frangins qui ont 12 et 13 ans de plus que moi. Il avait une tête de mort sur le coude, j’étais fascinée. Mon premier tattoo c’est Léa Nahon qui me l’a fait il y’a bien 15 ans. C’est un manager/booker qui m’avait conseillé d’aller la voir. Mon deuxième tattoo c’était à Montréal au Québec, suivant le conseil d’un membre du groupe les Vulgaires Machins d’aller au shop de Safwan, qui joue lui même dans Banlieue Rouge. Et enfin, j’ai rencontré Greg Laraigne, qui jouait dans Hateful Monday, à Paris via un pote en commun qui était journaliste de mag de musique. Et Greg a commencé à me tatouer et m’a complètement ouvert les yeux sur la passion et l’art du tattoo. Quand il venait à Paris pour le tattoo Art Fest et le Mondial du tatouage je venais lui donner un coup de main sur son stand. Par la suite on a fait des tournées ensemble parce qu’il joue aussi en solo. Bref c’est un de mes meilleurs potes qui me guide toujours. Et sa mère m’a adopté aussi en skred.
Alors autant te dire qu’aujourd’hui il y’a beaucoup moins de musique dans ma vie, à part les quelques dates de Mon Autre Groupe parfois et les soirées Karaoké avec les copains à Nantes, même si on fait ça sérieusement attention. Il n’empêche que je bosse avec Alice Patulacci et que nos mecs respectifs sont tous les deux dans la musique jusqu’au cou. En bref : le tattoo et la musique ici c’est la consanguinité absolue.

Perçois-tu une relation différente aux artistes en fonction du milieu tatouage ou musical ? (Ex : est-ce qu’on va te parler / juger différemment en fonction du milieu ?)

Ah! je suis pas sure de comprendre le sens de ta question mais je vais essayer de répondre quitte à être à la ramasse. (ndlr : Le sens est parfaitement compris).
Il n’y a pas vraiment de différence, j’ai quand même bien l’impression que tattoo et musique quand c’est ta vie, tu es assez dans la marge. En tant qu’ex agent SNCF quand je revenais avec une nouvelle grosse pièce ou même d’un week-end de dates et que je racontais mon week-end aux collègues, on me prenait assez facilement pour une poche un peu tarée et personne n’allait me croire si je disais que je ne bois pas par exemple.

Est-ce qu’être musicienne a eu un impact ou une influence pour te faire connaître dans le milieu du tatouage (ou l’inverse) ? J’avais évoqué ce point lors de l’interview précédente en 2016, et ce n’était majoritairement pas le cas pour les concernés à l’époque.

Pas du tout. Rien de ce que j’ai fait en musique n’a eu assez de notoriété pour faire venir des gens de la France entière. Par contre ça m’a bien aidé pour avoir des cobayes quand j’ai commencé! Les copains du punkrock ont jamais peur d’avoir un tattoo raté bizarrement.

Quel.le.s sont les artistes, tatoueurs / tatoueuses ou non, qui t’influencent dans ton travail ?

Déjà la super équipe avec qui je bosse. Alice, Yann et Sophie de buzztattoo ont toujours des conseils hyper bienveillants, en plus d’être des obsessionnels de la ligne propre et de la couleur bien posée. C’est juste énorme de bosser dans une ambiance où tu peux compter sur des gens qui ont envie de te pousser à être meilleure et à te sentir bien parmi eux. À côté de ça, les tatoueurs que je fréquente, comme Greg Laraigne forcément, Manue Dakota qui cartonne à Binic, Manon Fromouterspace avec qui j’étais en colocation à Paris et qui m’a impressionné à fond. L’équipe de Lowbrow à Montpellier, Stef Dess et Aurore sans qui je ne tatouerai peut être pas. Des gens hyper talentueux et passionnés déjà. Puis Claudia de Sabe, Alix Gé, Joao Bosco, Dansin, Ichibay, Ganji, Cokney, Adrian Hing et le travail de Crash Mac Creery, John Howe, Shohei Otomo, Fortifem et blablablaaaaa...

Comment est vu ton métier par les gens qui semblent éloignés de ce monde ?

Aujourd’hui avec toutes les émissions télé, c’est beaucoup moins obscur de vivre du tattoo que de la musique. Même la vision de ma mère a évolué là dessus. Il y’a dix ans elle me demandait d’aller voir un psy limite en larmes ou me faisait la gueule quand j’avais un nouveau tattoo. Aujourd’hui elle trouve ça cool je crois, surtout quand on dessine ensemble.

Au-delà du tatouage et de la musique, est-ce que tu réalises des oeuvres type Print, t-shirt ? Si c’est le cas, travailles-tu de manière différente ?

J’en ai pas fait beaucoup, à part une pochette d’album pour The Attendants, tout au stylo bille j’ai bossé 250 heures là dessus, sans compter la préparation. Ca existe en vinyle et encadré dans ma cuisine.
Une approche tout à fait différente, j’ai dessiné un « Évier Métal » pour Ultra Vomit qui a pris vie dans un clip, et mon dessin se retrouve sur leur vidéo de concert, il y’a aussi un t-shirt phosphorescent et une affiche sérigraphiée par l’Atelier du Grand Chic.
Ce qui est similaire avec le tattoo c’est que je fais toujours beaucoup de recherches pour préparer le dessin, et c’est tout. Je peux pas bosser une illustration au stylo bic de la même manière que je vais approcher un dessin qui finira en tattoo. C’est pas compatible.

Est-ce que tu as une expérience artistique à la base (études ou métier précédent) ?

J’ai fait option Arts Plastiques au Lycée ça compte un peu?

Est-ce que tu te souviens de ton premier tatouage en tant que cliente et en tant qu’artiste ? Quel souvenir en gardes-tu (si ce n’est pas trop personnel) ?

Ça en tant que cliente j’ai bien répondu à une question précédente ! Je peux ajouter que c’était sur le crâne et qu’on en a chié toutes deux. Sinon le premier tattoo que j’ai fait c’était sur moi à Lowbrow Montpellier, et je me rappelle que c’était flippant et que j’avais aucune idée de ce que je faisais.

Comment s’organise ta vie entre tatouage et musique ? Est-ce qu’un équilibre permet aux 2 de cohabiter ou l’un est-il privilégié ?

Là en ce moment c’est Total Tattoo. L’équilibre sera pas pour tout de suite et le tattoo aura toujours l’ascendance, les enjeux et conséquences sont pas les mêmes...!

On idéalise parfois un peu la vie de tatoueur ou tatoueuse, mais pourtant on ne perçoit pas forcement les RDV annulés, les projets avortés, etc … Comment décrirais-tu le quotidien d’un tatoueur / d’une tatoueuse ?

Effectivement c’est pas la vie d’artiste hippy. Comme dit Alice c’est un métier d’artisan. Tu bosses avec un client, le tattoo se fait à deux de la conception à la réalisation. Parfois c’est la cohésion évidente et d’autres fois on se cherche. Dans tous les cas voir ton client content c’est ce qui fait le plus plaisir.

Concernant la musique, des groupes comme Amygdala, G.L.O.S.S., ou Punch portent ou ont porté des messages engagés, avec une certaine reconnaissance. Est-ce quelque chose que tu tentes de faire dans tes projets artistiques ?

Non il n’y a pas de politique dans mes dessins ou tattoo. Apres tous les ans on participe tous (les membres de l’équipe Buzz) à la vente aux enchères de la convention tattoo de Nantes qui verse les bénéfices à des assos caritatives et on fait des actions ponctuellement, toujours au sein de Buzz. A l’année à la boutique de Rennes on récupère des fringues pour Utopia 56, une asso qui vient en aide aux migrants.

J’ai la perception que le féminisme est aussi un élément qui peut ressortir dans le tatouage. De part les expériences que peuvent malheureusement vivre certaines clientes, mais aussi par les motifs. Il y a également des salons exclusivement féminins qui se sont créés. Comment, en tant qu’artiste, vois-tu ce phénomène de l’intérieur ?

De « l’intérieur » j’ai envie de dire qu’il y’a des connards comme partout. Le tattoo, la musique, la rue, le métro, chez les flics et les médecins, les chauffeurs Uber, partout. Est ce qu’il y a un milieu où il y’a plus d’agresseurs qu’ailleurs, j’en sais rien. Il faut tenter d’être ouvert et sensible aux signes d’une personne qui pourrait se sentir mal à l’aise ou en danger. Et c’est pas forcément facile à détecter en plus de demander le courage d’intervenir.
En tout cas on est un shop de deux nanas, et c’est très bien comme ça. Se sentir à l’aise, en sécurité et respecté c’est quand même la base des métiers qui interviennent sur le corps.

Quelle est ta perception du patriarcat et du féminisme dans l’univers du tatouage et de la musique (même en fonction des différents styles musicaux) ? Penses-tu que ces domaines soient plus ouverts que d’autres plus traditionnels ?

Je pense qu’on peut remercier à l’infini les nanas qui sont dans le tattoo depuis une dizaine d’années et plus parce que nous aujourd’hui on est peinardes.
Pour la musique c’est sûr qu’il y’a plus de nanas sur la scène folk et punk rock que sur la scène black métal par exemple . C’est vrai que c’est flippant de se lancer; est ce qu’on nous pousse moins ou juste qu’on a pas les mêmes références de héros, du coup les projections seraient plus compliquées? Ça c’est une question à laquelle je te demande de répondre, parce que tu commences à me poser des questions dignes du bac de philo. En tout cas quand j’étais môme je voulais être Indiana Jones, pas une de ses zouz (surtout pas la nazie) ou Luke Skywalker pas Leïa. Je me sentais humiliée quand les ptits gars me donnaient le second role des dindes qu’on voyait dans les films.

Nous avions interviewé il y a peu Pauline, une tournanager / merchandiser en France, qui indiquait que le fait d’être une femme impliquait d’être irréprochable pour ne pas être prise pour une incapable, quel que soit le travail effectué en amont. Est-ce également quelque chose que tu perçois ?

Non je ne peux pas dire que je perçois ça, et je ne pense pas que ma situation soit comparable. En tant que « chanteuse », les seuls comptes que j’ai à rendre c’est à moi même. Si je foire tout le monde s’en fout. Et si on a pas envie de se faire tatouer par moi, de me faire jouer ou de faire un groupe avec moi on me contacte pas, tout simplement.

Je te remercie pour l’interview et te laisse le mot de la fin, si tu souhaites ajouter quelque chose.

Voilà. (C’est mon mot de la fin préféré)

Euka (Janvier 2020)




Réponse à la question posée "Est ce qu’on nous pousse moins ou juste qu’on a pas les mêmes références de héros, du coup les projections seraient plus compliquées?" : 

Euka : Ma perception est que nous avons des références / projections différentes, de part l’éducation, le marketing, la publicité, … que nous avons / subissons. Néanmoins, il y a une évolution depuis quelques années (parce que les médias ont un peu évolué), et aussi une prise de conscience qui peut être plus visible via la circulation de l’information que nous avons actuellement (réseaux sociaux, accès aux informations via journaux numériques, ...). Pour autant, cette évolution n’est pas embarquée / suivie et dépend de l’ouverture que nous avons, ce qui fait que pour certain.e.s, les références de héros seront totalement différentes.
Les héros que nous avons évoluent aussi (et ceux que j'avais quand j'étais petit étaient les mêmes que toi pour exemple). Actuellement, pour une certaine partie, je trouve que la représentation des femmes dans certains milieux a changé (il suffit de voir, pour le milieu du comics par exemple, l’évolution de certaines héroïnes comme Kamala Khan dans Ms Marvel) mais est souvent par des personnes concernées principalement et pas une projection d’une autre (qui là est plus souvent décriée, ce qui est à mon sens justifié car ne retranscrit pas un vécu). A nouveau, si l'on grandit / évolue dans un milieu complètement hermétique, il est délicat de changer les héros que nous avons et de changer de point de vue sur eux. Néanmoins, je fais partie de la majorité représentée dans les différents médias (Homme blanc hétérosexuel valide), donc il ne s'agit que de ma perception et non de celle des personnes concerné.e.s.

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