GiedRé l'Européen (Paris), le 4 décembre 2019

C'est à l'occasion de la dernière des trois dates parisiennes à l'Européen de son "constacle" GiedRé est les gens que nous avons pu rencontrer, à nouveau, l'artiste d'origine lituanienne pour une discussion à bâton rompu, quelque peu décousue, une discussion retranscrite telle quelle afin d'en conserver son authenticité.

On s’est vues récemment à une séance de dédicace de ta BD donc on va en parler un peu.

Ah mais oui, je me disais bien que je t'avais déjà croisée !

Et déjà cette fois tu m'avais dit que tu avais l'impression de me connaître tu t'en souviens? Donc cette fois je peux te dire "Oui, on s'est déjà vues!"

Mais oui, c'est à cause de ton visage tristement banal ! (rires) Non, mais maintenant j'arrête de dire cette vanne aux gens, je les regarde juste, un peu bizarre, parce que je suis jamais sûre, mais là effectivement, on s'est vues à la dédicace.

Et depuis j'ai lu ta BD (NB : La Boîte de petits pois, chez Delcourt).

Ah, merci pour elle !

Alors, comment t’est venue l’idée d’écrire une BD sur la vie de ta maman ?


Ah, c'est marrant que tu aies compris ça comme ça, que c'était sur la vie de ma maman.
Sinon, pourquoi cette BD ? À l'origine, c'était une demande de Davy Mourier, auteur de BD et directeur de collection chez Delcourt (NB : et pas que), qui voulait pour sa collection n'avoir que des auteurs qui ne sont pas auteurs de BD à la base.
Ça me disait bien, mais après il s'agissait de savoir de quoi j'allais parler. Alors, j'ai essayé de l'arnaquer en lui disant "Ouais, je vais faire une BD sur la tournée, les concerts ..." mais il m'a répondu "Ouais, mais ça on connait déjà ! Ce serait cool que tu parles de choses qu'on ne sait pas !" Et je me suis dit "Je sais pas, peut-être que ça serait marrant parce que ça s'est passé juste à côté, c'était y a pas longtemps, mais pourtant c'est une page et demie dans les livres d'histoire". L'URSS ici on connaît pas trop quoi, alors que je pense quand même que ça fait partie de l'histoire collective.

Donc pour toi, c'est plus sur l'URSS que sur la vie de ta maman ?

Alors, oui c'est vrai que c'est autobiographique mais tous les gens qui sont dedans, c'est des gens de ma famille , mais pour moi c'était juste un prétexte pour raconter la grande histoire. Le hasard de la vie a fait que dans ma propre famille, il y avait tous les paradoxes du système. Il y avait un apparatchik, quelqu'un qui avait des privilèges dans un système qui était censé abolir les privilèges. De l'autre côté j'avais un oncle qui était dissident et qui a été déporté au goulag. Tout ça gravitait autour de moi, j'avais tout sous la main, c'était donc un prétexte pour raconter un autre quotidien, plutôt que de raconter mon histoire à moi ! Puisque moi, on s'en fout finalement.

Est-ce que ta maman a lu la BD ? Parce que tu avais peur qu'elle trouve ce que tu as écrit "pas suffisamment horrible et affreux" ? 

Ah oui , c'est ce que je dis à la fin de la BD ! Ouais, ouais, elle a fini par la lire, et  c'est drôle parce que quand elle l'a fini, elle m'a dit "bon, j'ai rien appris." "Ben ouais, mais en même temps, c'est normal, c'est ta vie, tu vois !" Ben en fait, c'est un peu comme si on lui sortait un album photo, en dessin ! Du coup forcément, pour elle, il n'y a pas vraiment de suspense, elle sait comment tout se finit. Et puis c'était drôle aussi parce qu'elle m'a dit : "mais ça intéresse les gens ? Les gens ils savent déjà tout ça !" Et je lui ai dit que non, ici les gens ne savent rien. Pour eux, l'URSS, c'est de l'autre côté du mur, c'est Staline, Gorbatchev, ...voilà !

La chaîne humaine, on s'en souvient un peu...

Et encore, il y a très peu de gens qui s'en souviennent. Les gens ici ne savent pas grand chose, alors que c'est notre génération.

Comment as-tu rencontré ton illustrateur Holly R ?
Par mon éditrice de l'époque. Je lui ai dit ce qui me touchait comme dessins, ce que je pensais être bien pour l'histoire, dans l'esthétique. Elle m'a proposé plusieurs dessinateurs et dessinatrices, et les dessins d'Holly m'ont le plus parlé. Et on s'est rencontré pour définir ensemble les têtes des bonhommes, tout ça... Je suis un peu un nazi dans le travail et je m'attache à des détails du genre "non, là, les chaussures elles sont beaucoup trop rondes, tu vois !" On a travaillé les détails ensemble pour définir une espèce de charte graphique et esthétique.

Maintenant, comme on est quand même un webzine musical, avec les questions suivantes on va plutôt parler de musique.

Ouais, j'ai pas mal de public de metalleux !

C'est pour ça qu'on a sauté sur l'occasion pour te rencontrer.

Ben trop bien !

Sur ton site, tu es définie comme un OCNI (Objet Chantant Non Identifié) ou une « douce asperge balte ». C'est toi qui as trouvé cette expression ?

Non, non, écrire des biographies sur moi-même c'est pas vraiment ma passion! C'est un écrivain qui s'appelle Nicolas Destiendorff. Je sais pas trop, c'est son avis, mais je m'y reconnais un peu peut-être. L'asperge balte, même si y a pas d'asperge dans les pays baltes.

Et ça sent pas bon après l'asperge !

Ouais mais c'est que après, au début tout va bien ! Et c'est que après qu'on se rend compte que ça pue ! Donc finalement, ça me va bien l'asperge.


Comment as-tu développé ce ‌goût pour l'écriture en français ? Personnellement, je suis impressionnée par cette habileté que tu as de jouer avec une langue qui n'est pas ta langue première. 

Je n'ai pas énormément de mérite car j'ai fait quasiment toute ma scolarité en France, même si j'ai toujours parlé lituanien chez moi. Quand je rentrais de l'école, c'était un tout autre univers et j'ai grandi avec une mère qui encore aujourd'hui ne sait pas qui est Georges Brassens par exemple. Mais le français, c'est vraiment ma deuxième langue, donc il n'y a pas vraiment de mérite. Je ne vais pas me la jouer comme Jane Birkin et faire semblant d'avoir "encore un peu le mal de le parler", c'est bon, ça va ! (rires) Ça fait les trois-quarts de ma vie que je suis là !

Mais, si , si, je t'assure que c'est impressionnant ! Parce que tu es arrivée à 7 ans, c'est ça ? Normalement, c'est avant cet âge que les enfants absorbent mieux les langues, après c'est plus difficile.

Ah bon ? Après je sais que, souvent, les gens qui ont appris une langue qui ne leur est pas naturelle et innée, dans la majorité des cas, ces gens font plus attention, ils abordent la langue avec une sorte de modestie, des pincettes, pour pas faire de fautes. Souvent les élèves étrangers sont les meilleurs en dictée, c'est ce qu'on dit toujours, parce que ça va pas de soi, donc il faut faire attention tout le temps. 

Ce phénomène a un nom en linguistique, on parle d'hypercorrection, dûe à de l'insécurité linguistique.

Ah ouais ? D'accord. En fait, c'est comme s'il y avait ce complexe de l'immigré : comme c'est pas ta langue, tu peux pas te permettre de faire des fautes, parce que c'est pas la tienne justement.

Ouais mais justement, toi tu arrives à manier la langue même familière, c'est ça qui est bien !

Bah, ouais mais encore une fois, ça fait vraiment longtemps que je suis là, je sais pas...

On va parler du Motocultor ? Comment ça s’est passé ?

Ok, on parle du meilleur concert de ma vie c'est ça ?

Ah ouais, à ce point là ?

Franchement, c'est dans le Top 5, pour plein de raisons mais essentiellement parce que j'appréhendais à vrai dire. C'était pas comme si j'étais pas à ma place parce que je sais que j'ai beaucoup de metalleux parmi mon public, mais là, voilà, j'étais dans les loges à côté de Deep Rectum* et genre, je sais pas, Death Anal Orchestra* tu vois! (rires) Et moi je suis là au milieu de tout ça, avec mes robes et mes champignons... Et je me disais "Pfff, comment ça va se passer ?" Et c'était vraiment la grande scène, il y avait , je sais pas, 15000 personnes. Et en fait quand je suis rentrée sur scène et que j'ai vu que beaucoup de gens connaissaient les paroles, j'ai eu un accueil comme si c'était mon propre concert alors que c'était un festival et que j'étais un peu l'intrus du truc. C'était même parfois un peu trop, je m'attendais vraiment pas à ça !

Comment t'ont-ils contactée en fait ? Je sais qu'ils ont fait venir Henri Dès également.

Oui ! Après, je sais que chaque année ils aiment bien avoir un artiste un peu différent, c'était dans ce cadre là j'imagine. Donc moi, évidemment, j'ai dit oui tout de suite parce que c'était un peu un défi. Déjà, avant le concert, c'était dingue parce qu'ils m'ont demandé si je pouvais faire des dédicaces. Ils m'ont donné un créneau deux heures avant le show, et y avait une file d'attente qui ne se finissait jamais ! Je me disais qu'ils avaient dû se tromper de file. C'était dingue. Ça m'a juste conforté sur ce lien, cette grande chaleur qui nous lie avec les fans de Metal. Moi qui ne suis pas trop fan de Metal, enfin pas de la musique en tout cas : du concept, du message et de l'humour, de tout ça oui, mais pas de la musique. Du coup, je ne vais pas souvent à des concerts de Metal, même si j'ai plein d'amis qui font du Metal. Donc ouais, ça m'a conforté là-dedans, comme si, bon ben y a eu le Motocultor et depuis c'est genre "maintenant on sait quoi " ! (rires) C'est drôle !

Et t'en as profité pour voir des groupes ?

Alors, je suis arrivée le dernier jour donc j'ai pas pu voir grand chose. Mais bon, je devrais pas le dire dans un webzine de Metal mais je suis très sensible à la musique et au son et tout ça et y a beaucoup de choses que je peux pas écouter. Le Metal typiquement, je crois que ça remue des trucs qu'il ne faut pas du tout remuer, faut les laisser là où ils sont, sinon ça va pas ! (rires) J'avais fait la première partie de Napalm Death à Charleville-Mézières, au tout tout début , quand j'ai commencé à chanter. Et c'était déjà hyper cool dans l'accueil. Et après je me suis dit, "je vais quand même aller voir le concert" mais vraiment, j'ai fait une espèce de crise d'angoisse, il a fallu que je sorte de ce chapiteau.

Après Napalm Death, c'est costaud quand même comme entrée en matière en live !

Ouais, c'était costaud ! Mais je suis dégoûtée de ça... C'est un peu comme quelqu'un qui adorerait manger du fromage mais qui serait intolérant au lactose. Je me sens pareil avec le Metal parce que je sens que je devrais en être, de tous ces festivals et ces concerts.

Donc, tu serais prête à renouveler l’expérience d’un festival Metal ?

Mais tellement, mais mille fois oui !

Le Hellfest n'a pas encore appelé?

Non mais alors, on se tourne autour ! Faut trouver le bon truc...

On aurait un scoop ?

Non, on se tourne autour, après j'ai pas dit de scoop, ni de date, j'ai rien dit ! (rires)

Pour revenir à ton dernier album, Giedré est les Gens, dedans tu te mets souvent dans la peau d'un homme. (Jean-Do, Dans Ma Loge, La Campagne, ...). 

Mais non, mais c'est vrai, on m'a dit ça après.

Donc tu t'en es pas rendu compte alors ?

Non pas du tout !

Ma question suivante tombe un peu à l'eau, je voulais te demander si c'était difficile de se mettre dans la peau d'un homme pour écrire une chanson du point de vue d'un homme ?

Ben du coup je peux pas répondre à cette question parce que c'est ce que j'ai fait spontanément ! (rires) Mais après, bon alors là c'est vraiment de la psy à deux balles de comptoir hein, mais peut-être que quand on est écrit des chansons à interprétation, à personnage, on a envie de pousser le truc et d'aller au plus différent de soi, tu vois ? Et le plus différent de soi pour une femme c'est déjà d'être un homme ! Donc, ça peut être une explication.

Je me demandais que tu pensais peut-être que c'était la faute aux mecs si le monde était aussi moche, c'est pour ça ! (rires)

Ouais, après je suis pas trop pour cette théorie. Par exemple, Miss Maggie de Renaud.

Oh la la, je déteste cette chanson !

Mais moi aussi, je la déteste ! En fait, je la trouve involontairement, je pense que c'est tout à fait involontaire, hyper misogyne. Genre "oh mais non mais les filles c'est gentil parce que ça porte la vie !" Alors qu'il y a eu des femmes qui ont appuyé sur les boutons des chambres à gaz et il y a eu Eva Braun... Du coup, c'est enfermer les femmes dans ce rôle de la petite chose douce, gentille, fragile et toujours bienveillante, donc non ! Et quand bien même ce serait à cause des hommes, ce dont je ne suis pas sûre, si quelqu'un fait quelque chose, c'est que les autres le laissent faire. Donc la responsabilité est collective quoi !

Sinon, à la demande générale de mes collègues profs...

Est-ce que tu peux épeler ton prénom s'il te plaît? (rires)

(rires) Non ! Est-ce que tu pourrais faire une chanson sur l'école, s'il te plaît ?

Ouais, c'est vrai que ce serait bien ! Y a tellement de choses qui se jouent pour ceux qui sont devant le tableau et ceux qui le regardent. C'est un moment clé, essentiel, donc ouais.

Je te donnerai des anecdotes si tu veux! (rires)

Ah ben ouais, je pense qu'il y a de quoi faire, y a plusieurs tomes à sortir!

Tu as une formation de comédienne. Avec tes « constacles », c’est comme si tu n’avais pas choisi entre la chanson et le théâtre, n’est-ce pas ?

Ouais, ou que je choisissais de les mettre ensemble (rires) !

Pour donner envie aux gens de venir voir le spectacle, en quoi est-il différent d'un concert traditionnel de GiedRé ?

Déjà, c'est très différent pour moi et pour le public d'avant parce que j'ai un musicien avec moi, maintenant on est deux ! Et ça, mine de rien, ça change pas mal de choses. J'appréhendais parce que pendant 8 ans, j'avais un rapport exclusif avec le public. J'étais toute seule et mon unique partenaire de jeu c'était les gens devant moi. Et maintenant j'ai ce musicien qui finalement, parce qu'il est un peu particulier, le pauvre, (rires) a vraiment su trouver une place qui n'attendait que lui je pense, dans tout cette histoire !
Voilà, donc ça c'est différent. Ensuite, c'est un "constacle", dans le sens où ce sont les chansons du dernier album, c'est construit sans les "tubes" qu'on connaît. J'ai voulu vraiment faire une parenthèse par rapport aux concerts d'avant, les huit ans de tournée d'avant, où quelque soit l'album qu'on sort, y a toujours les mêmes chansons qui reviennent, parce qu'il faut, et que c'est un peu les codes dans la musique. J'ai eu un peu envie d'aérer un grand coup pour après revenir à quelque chose d'un peu plus traditionnel on va dire, dans la forme.

Sinon, on a adoré ta nouvelle version de « Toutes des putes » avec Frédéric Fromet. 

Ah ouiiiii ! (rires)

Comment s’est passé cette collaboration ?

Alors, Frédéric Fromet... Je l'ai rencontré il y a je pense huit ans. On jouait tous les deux, pas ensemble mais tous les deux, dans un festival qui s'appelle "Musique à la rue" dans les Landes. C'est un gros festival qui mélange une scène un peu mainstream avec les vedettes du moment, et des trucs plus chansons de rue, c'est vraiment un énorme machin. Et moi je faisais trois concerts par jour pendant trois jours, toujours dans des lieux différents. Et Frédéric Fromet était là aussi et on jouait pas loin l'un de l'autre. Il me connaissait mais moi non, alors je suis allée le voir jouer et j'ai trouvé que c'était hyper rigolo ses chansons. Il était pas encore à la radio à l'époque. Donc voilà, on s'est un peu suivi comme ça. Après, j'ai fait un concert à la Fistinière.

No way ? (rires)

Si, pour l'entre deux tours des élections présidentielles ! Donc je l'ai invité. Mais je lui ai dit "par contre Frédéric, est-ce que tu connais la Fistinière? Il m'a dit (elle imite Frédéric Fromet en prenant une petite voix) "Non, mais Giedré, je te fais confiance!" (éclats de rire) Je lui ai dit "Non, mais attends, je vais t'envoyer une vidéo, tu vas regarder!"

La vidéo que tout le monde a vue, le fameux documentaire ?

Ouais ! Je lui ai dit que c'était un lieu un peu particulier ! Il m'a dit "Oui oui!" Bref, j'étais pas rentrée plus dans les détails que ça. Le jour du concert, on avait fait vraiment tout un événement, la Fistinière était en fête, c'était vraiment hyper cool. Et donc on part tous ensemble en train de Paris et on s'assied dans le TER et je lui dis : " Frédéric, t'as bien regardé la vidéo que je t'ai envoyée ?" (elle l'imite à nouveau) "Ah non, mais en fait, j'ai perdu le lien..." J'ai fait "Ok, donc tu sais pas du tout où tu vas quoi !" Et en fait on était censés dormir tous à la Fistinière, tous les artistes que j'avais invités. Mais lui a trouvé quelqu'un du public qui rentrait à Paris en voiture le soir même et il est rentré avec lui ! Et après il m'a plus parlé pendant six mois (rires). Et quand on se retrouvait dans la même pièce pour diverses raisons, il restait vraiment à quatre mètres de moi mais comme si j'avais un éloignement judiciaire ! Pis, à un moment, je lui ai dit "faut crever l'abcès ! Je suis désolée et tout !" et il me répond (elle l'imite encore!) "Non, non mais t'inquiète pas, y a pas de problème !" Donc voilà, on a fait la paix même en fait on  n'a jamais été fâchés mais cette histoire de la Fistinière est quand même très drôle ! J'imagine que quand tu vas là-bas sans savoir ce que c'est, tu peux avoir envie de partir !
Du coup, voilà, comme de temps en temps, je vais à France Inter dans "Par Jupiter" ou chez Nagui, où Frédéric officiait, il m'a invitée à chanter cette réécriture de "Toutes des putes".

Vous avez travaillé ensemble ces nouvelles paroles ?

C'est essentiellement lui qui a écrit. Je lui ai dit "Ecoute, tu as carte blanche ! C'est ma chanson mais ce sera tes paroles!"

‌Sinon, t'es-tu déjà auto-censurée sur des idées que tu as eues, parce qu’elles te paraissaient trop osées par exemple ?

Ben non ! Y a des trucs que j’ai jetés à la poubelle, parce que c’était pas le bon axe par exemple. Mais non, pas d’auto-censure, ce serait le début de la fin ! Si on se censure, c’est parce qu’on a peur que les gens ne nous aiment plus, c’est juste un problème d’ego au final, je pense.

Tu as donné un concert à la maison d’arrêt de Belfort ! Moi, je suis née là-bas en fait.

A la maison d'arrêt ? (rires)

Non, non, à Belfort ! (rires) Mais sinon, à quand la Santé, pour Balkany ?

Ah oui, "free Balkany" tout ça ! (rires) En fait, j'ai fait aussi deux concerts à Saint Etienne, un dans une prison de femmes et l'autre dans une prison d'hommes. Et j'ai vraiment envie d'en faire d'autres. Malheureusement, je me suis rendue compte que parfois mes chansons n'ont pas la même résonance en prison.

Surtout une !

L'amour en prison oui ! Mais toutes, en fait. Ce qui fait rire les petits bourgeois que nous sommes, ne fait pas rire les mecs en prison. Par exemple, quand j'ai chanté "On fait tous caca" en prison, ben, les mecs ils font caca les uns devant les autres en fait. Parce qu'ils sont cinq dans la cellule et y a un chiotte dégueulasse au milieu, sans porte sans rien. Donc en fait ça les fait pas rire quoi. Dans leur quotidien, c'est pas drôle de chier devant ses co-détenus. En fait, tout prend un autre sens. En plus, souvent dans mes chansons, c'est un peu leur histoire que je raconte... (petit rire gêné) Alors ils sont là : "Oh mais t'as vu Jean-Pierre, c'est comme toi ! T'as enterré ta gamine..." Du coup, pour faire la setlist c'était un peu compliqué ! (rires) 
Mais par contre, vraiment, si y a des artistes qui lisent cette interview, allez-y, allez jouer en prison ! Déjà vous allez rencontrer des gens qui font des trucs géniaux, des collectifs, des associations... Parce qu'en fait je me demande comment ça peut encore exister en France, de vivre dans des conditions pareilles. Pour moi, ce qui se passe dans les prisons, c'est de la barbarie autorisée, de la barbarie d'Etat. C'est aussi pour ça qu'il faut aller faire des concerts, des lectures, des spectacles de danse... Tout ce que vous pouvez, dans les prisons. Et j'écrirai des chansons d'amour pour pas que les gens se disent "Hé mais elle raconte notre life en fait !" (rires).

Cadjoleene (Décembre 2019)

* ces groupes ont été inventés de toute pièce par GiedRé, mais nous ne savons pas si leurs noms sont libres de droit pour autant...

Les prochaines dates de "constacle" de GiedRé sont disponibles sur sa page FB.

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