Voight Kampff Rennes, 2019

Voight Kampff a ce petit truc en plus qui fait qu'il ne ressemble à aucun autre groupe. Des musiciens passionnés qui n'hésitent pas à réenregistrer leurs morceaux en studio quand ils remarquent « qu'ils ne vont pas dans le bon sens ». Des fans de science-fiction et de Metal qui se retrouvent pour développer un projet hors norme : faire un album basé sur l’œuvre Blade Runner. Des artistes courageux qui un an après le décès de leur guitariste, Mathieu Broquerie, remontent sur scène. Quelques heures avant leur concert du vendredi 13 septembre à l'Étage (Garmonbozia / I'm From Rennes), ils ont accepté de répondre à nos qustions. Entre échanges autour de K. Dick et d'Azimov, les musiciens sont revenus sur la sortie de l'excellent Substance Rêve (label Sliptrick Records) : une réussite tant au niveau technique, qu'artistique. Un album cohérent et pointu qui laisse la part belle à l'imaginaire. Mais avant d'en savoir plus, une petite explication s'impose... Voight Kampff est la machine utilisée par les Blade Runners : policiers en charge d'arrêter et de déterminer si un individu est un répliquant ou non. Il faut croire que l'inspiration ne s'est pas tarie avec le temps... comme quoi, un simple nom de groupe peut se révéler porteur d'un véritable projet.

Motocultor, Hellfest, les 15 ans de Garmonbozia... Être sur un label donne-t-il accès aux grosses scènes ?

Z : Dans notre cas, pas vraiment car Sliptrick n' a pas un de réel impact en France. Ils ont géré le pressage du cd, la distribution numérique et la promo dans pas mal de pays en Europe. Mais pour ce qui est des concerts, c'est à Garmonbozia que l'on doit la plupart de nos dates, comme leur festival anniversaire des quinze ans, la première partie d'Exodus à Paris ou le Hellfest. Pour le Motocultor, on avait gagné un tremplin au 4Bis à Rennes. C'est comme ça qu'on s'est retrouvés à jouer là-bas.

Gaël : ça nous aurait certainement pris plus de temps en autoprod.

Z : C'est clair que si nous avions dû l’auto-produire, l'album ne serait jamais sorti à temps pour que nous puissions être invité au Hellfest. Donc sur cette date ils y ont tout de même contribué indirectement en permettant que Substance Rêve soit disponible quelques mois avant. Nous n'avons pas l'habitude de faire beaucoup de dates. Nous cherchons avant tout à nous exprimer dans de bonnes conditions et c'est sûr qu'on s'estime chanceux d'avoir pu jouer sur des scènes de cette envergure.

La pochette de l'album est signée Caza. Comment s'est concrétisé le projet ? A-t-il écouté les morceaux enregistrés en studio avant de vous proposer un visuel ?

Gaël : avec Mathieu, on cherchait mais on ne trouvait pas un visuel qui nous correspondait. On l'a contacté, tout simplement. Et ça a collé tout de suite.

Z : nous lui avons envoyé les morceaux et il nous a proposé huit croquis qui correspondait chacun à un titre de l'album. On lui en a pré-commandé deux qu'il a enrichi et finalisé. C'est quelqu'un de très accessible. On est tous fans de S.F. et d'illustrateurs tels que Moebius, Druillet ou Caza. On voulait retrouver cette ambiance sur la pochette de l'album.

Pyromancer, tu as remplacé Oliv à la batterie. Comment as-tu posé ton jeu ? As-tu pris en compte ce qu'il a fait sur l'album ?

P : les deux. J'ai beaucoup écouté l'album. J'ai gardé des éléments de la vision d'Oliv mais je voulais aussi mettre ma patte dans les morceaux. On a pas du tout la même façon de faire de la batterie. J'ai un jeu plus chargé, je remplis plus les espaces. Oliv a une approche plus épurée. J'ai eu beaucoup de liberté, les gars m'ont laissé faire ce que je voulais.

Z : C'est un excellent musicien, il est aussi guitariste dans Architect Of Seth.

Votre musique est à la fois très technique et hypnotique, comment composez-vous ? Dans un même morceau, faites-vous le choix de moment purement instru et d'autres plus propices à poser la voix ?

Z : ce n'est pas une science exacte. Pour le premier album More Human Than Human, j'avais quasiment tout composé. Il est plus direct mais un peu linéaire à mon goût. Pour le second, nous avons tous participé à l'écriture des morceaux et ça se ressent. Je le trouve plus riche et avec un spectre musical plus large. La plupart du temps, on compose à la maison, on enregistre une ébauche du morceau et on la propose au reste du groupe. Les textes et le placement du chant viennent après le travail de composition. Même si les morceaux paraissent complexes il y a quand même une base couplet/refrain et d'autres parties plus « pensées » pour les solos ou les ambiances plus progressives mais au final, ça reste assez ouvert.

Vous n'habitez pas les uns à côté des autres, comment travaillez-vous ?

Z : C'est sûr que la distance ne facilite pas les choses. On travaille beaucoup chacun de notre côté afin d'arriver en répé en connaissant un minimum les morceaux. On essaie de répéter au mieux une fois par mois donc pas de temps à perdre à se montrer les plans et à bosser les riffs. C'est quand nous les jouons ensemble que les morceaux prennent vie et subissent quelques modifications jusqu'à leurs rendus finals.

P : on s'est bien trouvé aussi. On a vraiment de la chance que ça marche.



Le nom du groupe, la thématique de l'album... L'univers de Philip K. Dick est plus qu'une source d'inspiration pour vous. Les sujets développés par l'auteur sont-ils inépuisables ?

Gaël : son imaginaire est à son image. C'est fou quand même, il a imaginé des choses qui sont en train de se passer en ce moment. Après, sur Blade Runner, je pense qu'on a fait le tour avec nos deux premiers albums.

Z : Philip K dick est une source d inspiration intarissable et son univers est vaste et d'actualité. Nous continuerons certainement à nous en inspirer encore mais on pourrait très bien à l'avenir aller puiser dans d'autres auteurs de S.F. comme Azimov par exemple. On ne s'interdit rien.

Les adaptations cinématographiques de K. Dick comme A Scanner Darkly ou Blade Runner (Ridley Scott et Villeneuve) sont-elles aussi sources d'inspiration dans votre travail ?

Z : le film de Ridley Scott, clairement oui ! Je l'ai vu avant de connaître K.Dick ! C'est une adaptation très personnel avec une vision bien différente de la nouvelle. Celui de Villeneuve, j'ai bien aimé même si pour moi, le premier restera à jamais une référence du genre. Je l'ai trouvé assez cohérent avec celui de Ridley Scott et esthétiquement très réussi. C'était un vrai challenge et c'est ce que j'aime chez Villeneuve, il n'hésite pas à aller sur des projets bien « casse-gueule » et je trouve qu'il s'en sort plutôt bien à chaque fois. La grosse déception viendrait plutôt de la musique que je ne trouve pas au niveau du chef d’œuvre de Vangelis !

Question K. Dick : selon vous, qu'est-ce que le réel ?

Z : oh là comme ça, c'est pas simple comme question.

Gaël : on a tous des perceptions de ce qui se passe. Par exemple, si j'étais à l'extérieur de cette scène, de ce qui se passe en ce moment précis, ça serait plus simple. Je serai plus objectif. En fait, il manque une dimension pour le définir.

Z : c'est pas mal comme réponse.

P : ouais, c'est bien.

En réalité, l'album a été enregistré deux fois. Vous n'étiez pas satisfaits de votre travail sur la première version, alors vous avez décidé de tout refaire. Une décision très courageuse. Faut-il arriver à une certaine maturité musicale pour être capable d'avoir ce recul ?

Z : C'est surtout qu'au rythme où on sort nos albums, on ne pouvait pas imaginer proposer quelque chose qui ne nous plaise pas ! Nous n'étions certainement pas bien préparé lors de la première session et au final pas satisfaits de nous et des conditions dans lesquelles on avait enregistré. On a retravaillé le processus d'enregistrement. Pour être précis, on n'a pas tout jeté du premier enregistrement. On a gardé quelques parties de gratte et le plus gros du chant.

Gaël : quand on travaillait sur la première version, on avait même l'impression que ça nous échappait.

Z : on savait que ces morceaux-là valaient mieux.



Un groupe que vous écoutez toujours ?

Z : Death.

P : Death, pareil.

Gaël : Coroner, n'importe quel album.

Un mot sur l'hommage rendu ce soir à Mathieu Broquerie ?

Z : on est très touché par cette attention et on tient à remercier, au nom de tous ses amis et de ses proches, I'm From Rennes, Garmonbozia et Romain (qui est à la base du projet et qui a réalisé l'affiche de la soirée) d'avoir organisé cet hommage. Mathieu a laissé son empreinte sur la scène rennaise avec tous ses projets tels que StormcoreDarkseidAs One ou encore Dissonant Elephant et Lonsai Maikov. Pour nous, c'est encore délicat. C'est une perte énorme et ce soir, nous jouerons pour lui comme nous le ferons à chaque fois.

Gaël : il arrivait toujours à bonifier les gens. C'est pas parce qu'il n'est plus là que je dis ça mais avec lui, on avait l'impression d'être meilleurs. On a l'impression d'avoir perdu une partie de nous-même.

Qu'est-ce qu'on vous souhaite pour la suite ?

Z : de bons concerts et des enregistrements. Jouer. Faire de la musique encore et encore.

Gaël : de bons concerts avec notre nouveau guitariste, Clément. Il s'est beaucoup investi pour apprendre les morceaux. On l'en remercie !

Ubuto Kro (Novembre 2019)

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