Le guide de Radiohead par Einar Solberg (Leprous) [par Skype, février 2019]

Au départ, cette sélection devait porter sur Massive Attack. L'amour porté par Einar Solberg au duo de Bristol n'est plus à prouver, c'était une bonne base pour entamer une conversation. Cependant, lorsque nous avons commencé ce Skype, Einar nous a fait savoir qu'il avait été très déçu (NdR : à raison) par la tournée anniversaire de Mezzanine, qui avait été selon lui "très mal répétée et avec un son de merde". Du coup, le malicieux norvégien a décidé de nous parler d'un autre de ses groupes préférés : les protéiformes Radiohead.  A noter que cette interview a eu lieu quelques jours avant que Leprous n'entre en studio pour enregistrer Pitfalls.



Tu conseillerais quel album de Radiohead pour découvrir le groupe : OK Computer (1997)



Einar Solberg (chant/clavier) : "OK Computer, sans hésitation. C’est le plus représentatif si tu veux découvrir le groupe. Pour moi il a révolutionné l’histoire de la musique. Ce n’est pas forcément "le" meilleur, même si je pense que c’est un des meilleurs albums de Radiohead, mais il a une très forte personnalité. Si tu écoutes cet album, tu sauras très vite si tu peux aimer Radiohead ou pas, parce que c’est le genre de groupe qu'on adore ou qu'on déteste.

Que penses-tu de la production de ce disque ?

Tu sais, je suis un gros geek pour tout ce qui est de la composition et de la scène, mais pas du tout pour parler de musique, je suis assez nul pour ça (rires). Mais bon, ce que j’aime dans la production de cet album, c’est qu’elle est vraiment caractéristique et que quand un instrument fait quelque chose, c’est une évidence. Chaque élément a sa raison d’être là. Et j’aime cette vision très claire sur chacune des notes de l’album, je pense que la scène prog pourrait en tirer des leçons. Dans la scène prog, typiquement, les musiciens jouent en continu. Mais c’est mieux si tu enlèves ce qui est ennuyeux et que tu te concentres sur ce qui sert la chanson, par exemple : « Est-ce nécessaire d'ajouter une autre guitare, est-ce qu’on a besoin que la basse ou la batterie joue sur cette section ? ». Et chaque note de cet album est accrocheur à sa manière, on le reconnaît instantanément. Mais pour ça, il faut se concentrer sur ces choses quand tu composes la chanson. 

Tu veux parler de l’importance du silence, peut-être ?

Pas forcément le silence non plus mais plutôt le fait que tout ce que tu fais a un sens. Et parfois tu peux aussi avoir une chanson pleine de sens avec tous les instruments qui jouent en permanence. Mais la chanson doit être très claire et ça demande de la détermination. Ce que j’aime aussi dans OK Computer c’est le panoramique. En ce moment, beaucoup de groupes ont un très bon son parce que c’est facile à obtenir : tu peux trafiquer la batterie, tu peux utiliser des outils numériques pour avoir un son puissant. Aujourd'hui si tu joues bien, c'est facile d’avoir un bon son avec une production assez raisonnable. Mais il n’y a aucune prise de risque ! C’est le problème aujourd'hui, personne ne prend de risque ! Pour le panoramique, les groupes se disent : « ok, ajustons la stéréo un peu plus comme ci ou comme ça… », et tout est beau, bien équilibré. C’est sympa mais on s'ennuie ferme. Tandis que Radiohead peut te mettre des guitares complètement à gauche et ça dénote dans le mix, c'est un choix délibéré selon moi. 

Le groupe a récemment sorti des enregistrements inédits de l’époque de OK Computer, est-ce que tu as écouté ?

Je ne les ai pas écoutés. Je suis plutôt old school mais je préfère quand un groupe sort quelque chose de vraiment nouveau. Je ne prends pas la peine d'écouter les rééditions ?

Quel est ton album de Radiohead préféré : Hail to The Thief (2004)



C’est dur de choisir entre OK Computer et Hail To The Thief. Mais je vais dire OK Computer, quand il est sorti en 1997, il n’y avait rien de comparable à cet album, de près ou de loin. Il a ce son incroyable qui ne vieillit pas, il est toujours d’actualité. S’il sortait aujourd’hui il serait toujours en avance sur son temps. Même si c’est l’album préféré de tout le monde, je ne vais pas dire autre chose juste pour me démarquer. 

Et qu’est-ce que tu penses de Hail To The Thief ?

Hail To The Thief est un mélange entre l’ère OK Computer et Kid A, c’est comme si le Radiohead Electro rencontrait le Radiohead Rock alternatif, et ça fonctionne très bien. La première piste, 2+2=5, est incroyable : on dirait un morceau de The Bends mais en plus mélancolique. Après, par exemple, tu as We Suck Young Blood, un titre avec un rythme très très lent. Son seul élément percussif, c’est un claquement de main désynchronisé qui ajoute beaucoup de caractère. C’est une idée si simple et pourtant si difficile à trouver. Et c’est comme ça que je vois Radiohead : ce qu’ils font n’est pas très compliqué. Ils ont quelques trucs qui sont un peu complexes, mais en général c’est plutôt simple, tout en restant très créatif : faire quelque chose qui sorte des conventions et qui fonctionne malgré tout comme ils le font. Il y a juste de la basse, surtout du piano, ce claquement de main et Thom Yorke qui chante. Après tu as The Gloaming qui est un morceau plus Electro pur et qui est aussi un de mes préférés. C’est un peu plus dans le style de Kid A et Amnesiac, mais ça a quand même ce… C’est incroyablement bien fait, avec le sample et les éléments Electro. Ils ont une façon de faire sonner la musique électronique de manière très organique (rires). C’est quelque chose que j’aime beaucoup. La musique électronique peut être totalement à l’opposé de ça : très générique. Ce n’est jamais le cas avec Radiohead. C’est parce qu’ils créent tout eux-même, ils font leurs samples, ils n’utilisent pas juste des presets. Je dirais que Hail To The Thief peut aussi être un bon début pour les nouveaux auditeurs, c’est un bon mélange entre les deux ères de Radiohead.

Hail To The Thief est aussi politiquement engagé. Est-ce que ce genre de choses compte pour toi ?

Tout à fait. Mais dans le cas de Radiohead, c’est souvent dissimulé par un ensemble de métaphores. Ce n’est pas comme Massive Attack, par exemple : leur message politique est très clair, dans leurs vidéos etc. C’est presque un peu trop clair parfois. Pareil pour Gojira, ils ont un message politique très clair sur l’environnement etc. C’est quelque chose que je respecte vraiment beaucoup et je pense que c’est une bonne chose. Mais je n’ai pas l’impression que Radiohead soit un groupe très politique de manière générale, sauf bien sûr pour Hail To The Thief. C’est important pour moi, mais je vais toujours mettre la musique au premier plan et ensuite les paroles.

Quel album est le plus sous-estimé, d’après toi : In Rainbows (2007)



Peut-être In Rainbows. Moi-même je ne l’appréciais pas beaucoup avant de l’avoir vu sur scène. J’étais genre : « Hé, ce morceau était super, il vient d’où déjà ? », « C’était génial, je ne sais plus sur quel album c'est. » Et j’ai réalisé que presque tous les morceaux venaient d'In Rainbows, et qu’en fait je les adorais. Ce n’est pas un album qui a une personnalité aussi forte que les autres, mais les titres sont très bien écrits. Le son est assez simple mais il y a certains de mes morceaux préférés de Radiohead sur cet album.

Radiohead sont connus pour réinventer complètement leurs morceaux sur scène, c’est peut-être pour ça que tu as redécouvert cet album en concert ?

C’est vrai et c’est aussi quelque chose que j’adore. Mais cette fois ils ne les avaient pas changés tant que ça. Ce n’était clairement pas 100 % la même chose, mais une bonne composition est une bonne composition, quelle que soit la manière dont tu la joues. Elle sera bonne avec des tonnes d’arrangements ou avec très peu d’arrangements. C’est la définition d’une bonne chanson selon moi. Je pense que j’ai un peu oublié cet album parce qu’il est sorti entre Hail To The Thief et The King Of Limbs. J’adore Hail To The Thief mais je n’aime pas particulièrement The King Of Limbs : trop d’expérimentations, pas assez de composition. (rires) Et j’ai un peu oublié ce double album au milieu (NdR : Einar évoque sans doute le deuxième disque d'In Rainbows), même si je l’ai bien sûr beaucoup écouté à une époque. J’ai presque oublié que ce disque existait, à un moment. Si tu m’avais demandé quel album venait après Hail To The Thief, j’aurais dit : « Ah, c’est ce King Of Limbs ! » (rires). C’est bizarre parce qu’il est sorti quelques années après que j’ai commencé à écouter Radiohead, j’aurais dû être à fond.

Tu conseillerais quel album pour aller plus loin avec Radiohead : Kid A (2000)





Amnesiac (2001)





Ils n’ont pas vraiment d’albums superficiels, si tu vois ce que je veux dire. Bien sûr, tu peux te plonger profondément dans OK Computer parce que c’est un album incroyable, et je ne m’en lasse jamais. Mais c’est aussi un album facile à appréhender. Des albums qui prendraient un peu plus de temps pour certaines personnes seraient plutôt Kid A et Amnesiac. Ce sont deux très bons albums, mais ils sont un peu moins accrocheurs, surtout Amnesiac. Même s’il a quand même ce cachet particulier. Je pourrais choisir tellement d’albums pour ça : OK ComputerKid AAmnesiac… L’un d’eux, je dirais, parce qu’ils sont tous considérés comme des albums iconiques de Radiohead, mais aussi parce qu’ils étaient révolutionnaires. Je n’arrive pas à en choisir un.

Pourquoi pas un bon album de Radiohead plus récent, alors ? A Moon Shaped Pool (2016)




Je pense que A Moon Shaped Pool est aussi très bon, je l’ai beaucoup écouté. Il ne prend pas trop de risques, on peut dire que c’est du Radiohead prudent. Le truc c’est qu’il est très acoustique, mais qu’il a aussi une écriture incroyable ! Quand j’ai entendu Burn The Witch pour la première fois, je me suis dit : « Oui, parfait ! », et pareil pour plein d’autres morceaux sur cet album. De plus plus, il fonctionnait très bien en live. 

Tu as écouté les chanson bonus Ill Wind et le morceau pour le film Spectre ?

Oui, il n’a pas été utilisé au final... Quelle bande d'idiots ! (rires) Qui a fait la chanson finalement ? Quelqu’un de moins bon, je parie ! (NdR : Sam Smith)  Et je viens juste de voir le nouveau morceau III Wind sur Spotify, il faut que je l’écoute. Bref, ce que j’ai adoré à propos de A Moon Shaped Pool c’est qu’il est sorti après The King Of Limbs, et avec Pablo Honey, ce sont les seuls albums que je n’écoute pas vraiment. C’était génial de voir qu’il était super entraînant. Il ne prend pas beaucoup de risques mais l’écriture est excellente, il est agréable à l'éocoute. Ce n’est pas du tout un album révolutionnaire, ils n’ont rien inventé, mais ils ont fait un super album de Radiohead que j’ai beaucoup aimé. C’est un album qui sonne acoustique, qui est très bien réalisé et qui a un son super. Je sais que tout le monde ne l’a pas aimé, mais moi oui.

Est-ce que tu as pu les voir sur cette tournée ?

Oui, et ça a eu un vrai impact sur moi, d’ailleurs. C’était un concert génial. C’est après avoir vu ce concert que j’ai réalisé qu’ils changeaient la setlist tous les soirs. J’étais super excité, beaucoup plus que s’ils avaient gardé la même setlist sur toute la tournée. « Merde, ça c’est le genre d’excitation qui me plait ! ». Et là j’ai compris qu’on devrait faire ça nous aussi, parce qu’à ce moment-là on était devenu un groupe très routinier, dans un sens. On faisait la même setlist tous les soirs. C’était comme lancer une machine qui marchait toute seule, ça sonnait bien et tout, mais au bout d’un moment il n’y avait plus de passion. C’était intense pendant les cinq premiers concerts de la tournée, et ensuite c’était juste de la répétition, encore et encore. En voyant Radiohead j’ai réalisé que je n’avais aucune idée de quel serait leur prochain morceau, ça pouvait presque être n’importe quel morceau de leurs albums. Et une fois qu’on a commencé à faire ça, j’ai réalisé que c’était stimulant pour nous aussi. C’est beaucoup plus excitant pour le groupe et les spectateurs, c’est très imprévisible. C’est comme regarder une série, c’est nul quand ça devient trop évident, quand tu peux deviner ce qui va se passer. Je trouve que c’était vraiment super de créer cet aspect imprévisible dans les concerts. Je ne sais pas s’ils le faisaient consciemment,  peut-être qu’ils l’ont toujours fait. Mais c’était tellement agréable de voir que certains groupes font encore ce genre de choses

Je suppose qu’ils le font pour les mêmes raisons que vous. Ils font beaucoup de tournées et doivent vouloir que ça reste intéressant pour eux.

C’est ce que je dirais aussi, oui. C’était trop drôle : pour le premier concert qu’on a fait sur la tournée de Malina, on a posté la setlist et les gens étaient tellement énervés. « Putain, vous nous gâchez la surprise, bla bla bla !! » Ensuite on a posté une autre setlist, et on a fait ça pendant plusieurs jours. Les gens se sont dit : « Aaah ! ». Maintenant on n’a plus à le faire nous-mêmes, c’est les fans qui le font. C’est beaucoup de travail d’y arriver et d’être capable de jouer correctement tous ces morceaux. On a dû passer un temps fou en répétition avant d’y parvenir. Et c'est ça aussi que j'ai aimé avec les concerts de Radiohead, ce n’était ni minutieux ni parfait, mais c’était exactement ce qu’il me fallait. C’était comme ça devait être, j’ai adoré. Ils ont clairement fait des erreurs ici et là, mais je m’en fiche : c’était passionné et intéressant. La perfection n’est pas si importante pour moi. Je pense que la musique, c’est de la passion, pas un sport, et c’est pour ça que j’adore les groupes comme Radiohead. L’intérêt, ce n’est pas les compétences techniques, c’est l’écriture, l’innovation, le son et la passion. Et j’adore avoir un groupe comme ça, qu’on peut facilement détester. Radiohead n’est pas facile à apprécier parce que Thom Yorke a une voix très particulière, qui peut être agaçante pour certaines personnes. Mais je préfère encore qu’il y ait plein de groupes avec une individualité forte. Tu peux les aimer ou les détester, mais au moins ils ont quelque chose de spécial. Je pense que les groupes se ressemblent trop dans la scène d’aujourd'hui, je crois que je l’ai mentionné récemment à propos de la scène prog ou d’un autre sous-genre. C’est pour ça que je n’aime pas les sous-genres : tu dois t’adapter à certaines règles. Peut-être qu’il y aura un peu d’individualité, mais pas du tout assez selon moi (rires). C’est pour ça que je peux avoir plus de respect pour un groupe qui joue de la musique que je n’aime pas mais qui a de la personnalité. Par exemple, je ne suis pas un grand fan de Rammstein mais je les respecte parce qu’ils ont leur truc : un son très clair et des concerts spectaculaires. Pareil pour des groupes comme AC/DC, je ne suis pas fan de leur musique, je ne les écoute absolument jamais, ou alors par hasard. Mais je les respecte parce qu’ils ont leur propre son, on les reconnaît tout de suite. C’est pareil pour Radiohead. Je préfère ça à un groupe qui est un peu sympa mais qui ne propose rien d’intéressant. (rires)

Pour Leprous, les changements de setlist sont très appréciés des fans, bien sûr. Mais je crois que ce qui a le plus surpris les gens, c'est cette reprise de Massive Attack. Ça venait de nulle part et je pense que c’était une déclaration très forte, venant d’un groupe qui n’avait jamais fait de reprises auparavant. 

C’est ça que je veux dire, tu vois. C’est genre : « Ok, on fait des reprises maintenant ! ». Pour quelqu’un qui m’a déjà interviewé, ce n’est pas un secret : je suis un gros fan de Massive Attack. J’adore leur façon d’écrire, c’est très simple et pourtant tellement riche. Et j’ai composé une chanson plus ou moins en hommage à cette façon d’écrire la musique. Ça ne sonne pas du tout comme eux, mais quand tu y réfléchis, la structure n’est pas si différente. Par exemple, j’ai écrit The Flood avec ça en tête, je voulais faire quelque chose de grand à partir de quelque chose de minimaliste. Enfin bref, ça fait longtemps que je voulais faire une reprise. Notre reprise de Angel est étonnamment proche de l’originale, et certaines personnes nous ont reproché le fait qu’on ne se la soit pas appropriée. Et je comprends. Mais bon, ce qu’on voulait, c’était rendre hommage à leur façon d’écrire de la musique, pas à la nôtre. On voulait jouer leur chanson et y ajouter notre petite touche, mais pas trop. On ne voulait pas en faire quelque chose de complètement nouveau. Je pense qu’elle fonctionne très bien pour nous en live, et on a eu des supers retours. C’est une de nos préférées à jouer, en fait.

Parce qu’elle n’est pas de vous ?

Oui, et parce qu’elle est tellement aérienne, tu vois. D'ailleurs c’est une chose à laquelle on prête plus attention maintenant, le fait d’avoir plus de retenue. Particulièrement pour les nouvelles composition. Le but n’est pas de sonner comme Massive Attack, c’est d’avoir cette façon de penser, d’avoir un peu de patience dans les morceaux, de ne pas tout dire tout de suite. D'une certaine manière, étant Français, tu sais ce que c’est de cuisiner un bon plat. 

Je suis un très mauvais cuisinier, mais je vois ce que tu veux dire.

La France est connue pour sa cuisine, et les bons chefs savent que tu ne peux pas faire de bon plat en balançant directement tous les ingrédients que tu aimes dans la casserole.  II faut que tu sélectionnes minutieusement la recette et je pense que c’est la même chose pour écrire une chanson.

À ce propos, je trouve votre travail sur Angel intéressant, parce que votre version studio est très différente celle que vous jouez sur scène. Le chant et la batterie sont bien plus traités dans la version studio. 

C’est parce qu’on a enregistré la version studio pendant les sessions pour Malina. On voulait avoir deux morceaux en plus, alors on a commencé avec Golden Prayers. Ce n’était pas un titre très surprenant pour Leprous, même si elle est entraînante et cool à jouer en concert. C’était une de nos sorties les moins controversées, je pense, une sorte de mélange de The Congregation et Malina. On voulait continuer à faire des choses avec le groupe, et pas juste faire : album, quelques années en tournée, rien, et des nouveaux morceaux. Et le truc, c’est qu’à partir du moment où on a sorti Golden Prayers et qu'on a commencé à la jouer en concert, on a eu plein de nouvelles idées, parce que ça faisait longtemps. On s’est dit : « Est-ce qu’on devrait ajouter ces nouveaux éléments dans la version studio ? », mais on l’a gardée telle quelle. La seule chose qu’on a changé, c’est ajouter plus de violoncelle sur la version studio parce qu’il n’y en avait pas vraiment au début, et c’était un peu trop proche de l’original. On a aussi ajouté un peu plus de clavier. Il y a plus de voix à la fin de la version live parce qu’on n’arrivait pas à pousser les cordes assez fort sur la dernière partie. On voulait que ça sonne vraiment puissant, mais ça ne fonctionnait pas avec juste du violoncelle. Alors j’ai pensé qu’on pourrait renforcer le final avec de la voix et ça a marché. Tu sais, les gens ont déjà l’habitude de m’entendre chanter  « Aaah »… (rires) Donc, un peu plus de « Aaah ».

C’est la signature Einar Solberg.

Je suppose, oui.

On peut conclure sur un mauvais album de Radiohead. Je parie que ce sera soit Pablo Honey soit The King Of Limbs (2011).




Oh, ce sera définitivement The King Of Limbs. Je respecte toujours le premier album parce que c’est le début d’un projet, et certains de leurs morceaux les plus connus sont sur Pablo Honey. Je pense que Creep est une très bonne chanson. J’ai un lien très intéressant avec ce morceau : le premier concert que j’ai fait de toute ma vie, c’était avec un groupe de reprise et on a joué Creep. Il a une place spéciale dans mon cœur.

Vous savez que c’était un plagiat, non ?

Oui, et quelqu’un d’autre l’a re-plagiée ensuite. Comment elle s’appelle déjà ?

Lana Del Rey.

Oui, c’était complètement aberrant. Je n’ai jamais entendu de pire plagiat. Quand tu compares Creep avec The Air That I Breathe des Hollies, tu peux entendre les ressemblances dans les accords ici et là, mais ce n’est pas du tout un plagiat intégral. Mais Get Free de Lana Del Rey c’est vraiment du plagiat. Enfin bon, les membres de Radiohead ont été tellement ultra originaux toute leur carrière, ils sont autorisés à faire du plagiat ! Bref, je dirais que le pire album c’est The King Of Limbs. Pour moi expérimenter pour le principe, ce n’est pas assez, j’ai besoin de vrais morceaux. J’ai un faible pour les chansons entraînantes qui me rentrent dans la tête, et ça manque un peu selon moi.

Je me souviens quand ce disque sorti. J’étais à fond, et quand je l’ai écouté je me suis dit : « C’est quoi ce truc ? ». La même année sortaient Bilateral pour vous, Grace For Drowning de Steven WilsonHeritage de Opeth et The Hunter de Mastodon. Et The King of Limbs était dans le top de fin d'année de plusieurs membres de Dream Theater. Mais je l’ai réécouté récemment et maintenant je comprends ce qu’ils ont fait.

Mais je ne pourrais pas le qualifier de « pire », ce n’est qu’une affaire de goût après tout. Quand on sort quelque chose avec Leprous, on sait que beaucoup de gens vont détester, surtout pour le prochain sur lequel on travaille en ce moment. On veut faire quelque chose de nouveau et de différent sur chaque album, et même si beaucoup de gens nous respectent pour ça, il y a aussi beaucoup de gens qui détestent ça. Surtout s’ils nous ont découvert avec Bilateral, comme tu disais. Ce type d’écriture est plus orienté prog, c’est plus chargé et on est devenu plus sobre avec les années. La transition de Bilateral à Coal a été très intense, je dirais. Entre The Congregation et Malina ce n’était pas aussi fort, même si ça l’était un peu. Certains morceaux de Malina comme Captive auraient pu être sur The Congregation. Mais je pense que notre prochain album va être plus controversé. Et dans la scène prog, controversé ne veut pas dire expérimental, en général ça veut dire le contraire (rires). Mais je n’aurais pas voulu qu’ils ne sortent pas The King Of Limbs, j’adore le fait qu’ils l’aient fait et qu’ils sortent ce qu’ils veulent. Et ensuite les gens sont libres d’aimer ou pas. Ce que je ne comprends pas, c’est les gens qui s’attendent à ce que le groupe les écoute. « Bien sûr, on va évoluer selon tes goûts pour le prochain album ! » Si le groupe ne fait pas ce qu’il veut, il n’y a aucun intérêt à avoir un groupe.

Certains groupes écoutent un peu l'avis des fans malgré tout. Metallica l’a fait avec Death Magnetic.

Mais c’était probablement leur choix personnel aussi, je dirais. Tu sais, parfois je me prends des critiques, et celles qui font le plus mal sont celles avec lesquelles on est un peu d’accord. Et ça m’arrive parfois. Par exemple, quand j’ai sorti Golden Prayer, j’ai eu des critiques qui disaient : « Ouais, bon, c’est toujours la même chose. » Et bien oui, je sais ! C’était exactement ce que je pensais. Je pense que c’est un bon morceau et j’aime le jouer en concert, mais il n’a rien d’innovant. En général je ne suis pas d’accord avec les gens qui me critiquent parce que j’ai confiance en mon travail. Mais quand je manque de confiance je peux les comprendre et je pense que les gens peuvent le sentir un peu d’eux-mêmes. Pour Metallica, peut-être qu’ils ont juste perdu leur créativité, je ne sais pas. (rires) Mais j’ai eu beaucoup de respect pour Metallica pour avoir exploré différentes directions dans leur discographie. Et c’est pour ça que je les préfère à Iron Maiden, par exemple. J’ai le sentiment qu’ils ont pris des gros risques et ça a marché pour eux. Ce ne sont pas les meilleurs musiciens du monde, mais ils ont fait des choses iconiques, en suivant leurs propres règles. Des artistes comme David Bowie ont fait des choses complètement différentes pendant toute leur carrière, et au final c’est ce qu’on attendait d’eux : « J’ai hâte de voir ce qu’il va faire la prochaine fois. » Ce n’est pas exactement ça qu’on vise, mais c’est plus proche de ça que du contraire."

Par Einar Solberg (Leprous)

Les précédents volets de "La Sélection" :


Episode #11 : Pink Floyd commenté par The Young Gods
Episode #10 : Meshuggah commenté par Dodecahedron
Episode #9 : Bathory commenté par Dan Terminus 
Episode #8 : Meshuggah commenté par Laurent David ([email protected])
Episode #7 : Prince commenté par Steven Wilson (Porcupine TreeBlackfield)
Episode #6 : Dream Theater commenté par Miguel Espinosa (Persefone)
Episode #5 : John Coltrane commenté par Christian Vander (Magma)
Episode #4 : The Melvins commenté par Atsuo et Takeshi (Boris)
Episode #3 : The Cure commenté par Neige (Alcest)
Episode #2 : Ministry commenté par Fabien W. Furter (Wheelfall)
Episode #1 : Ulver commenté par Aymeric Thomas (Pryapisme)

Neredude (Décembre 2019)

Merci à ceux qui ont lu jusqu'au bout.
Merci à Louise pour la retranscription.

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Commentaires

scandiskLe Jeudi 05 décembre 2019 à 20H32

Toujours hyper interessant! Merci!