Hard Mind L'Etage, Rennes, septembre 2019

Le Hardcore est synonyme de liberté. Une scène à part qui dit toujours quelque chose de notre société. Un témoin du réel qui occupe une place toute particulière dans le milieu du Metal. À la frontière du Punk, du Rock ou même du Rap ou du Hip-Hop, la musique puise son énergie dans les rues d'ici et d'ailleurs. Une approche loin du système qui ne s'arrête pas à cette seule portée artistique... Toute leur démarche repose sur une bonne part de do it yourself. Il n'est pas rare que certains musiciens participent à l'organisation même des concerts : pour défendre des groupes qu'ils soutiennent mais aussi pour garder le contrôle sur leur musique. Une éthique qui colle parfaitement aux propos de Hard Mind. Très active sur les grosses et petites scènes, la formation rennaise (et nantaise) a sorti en juin 2019 un album sur le label FWH Recs. Corrupted Souls offre un son incisif, proche de l'énergie défendue en live. L'artwork signé Hervé Costa souligne le message engagé qui se dégage des neuf titres : des propos ciselés et corrosifs sur la société d'aujourd'hui. Après quelques belles scènes en France, Hard Mind partira en tournée Européenne le 7 novembre : Allemagne, Belgique, Pays-Pays... le tout sur dix jours. On se rencontre dans le cadre de la soirée I'm From Rennes et Garmonbozia le 13 septembre 2019.



Votre définition du Hardcore en un mot ?

Loïs : exutoire.
Yvan : ouais, pareil. Exutoire.
Kevin : tolérance.

Si je vous dis Underground Society ?

Yvan : je dis oui. Un excellent groupe de Rennes des années 90.

Si je vous dis Nasty ?

Yvan : des copains allemands qui font du gros son.
Kevin : ceux qui m'ont donné envie de faire de la musique.
Loïs : on les a fait jouer à Nantes avant qu'ils explosent. Un exemple d'humilité ces gars-là.

Vous êtes passé de quatre à cinq musiciens, comment s'organise le travail de composition aujourd'hui ?

Yvan : on commence par la gratte, la batterie et on met tout sur préprod. Après on retranscrit en répète.
Loïs : on compose tous ensemble et une fois qu'il y a une base, je pose les textes.

Guitare, batterie, chant... Au sein de Hard Mind ou de vos groupes respectifs, vous n'hésitez pas à changer d'instrument. Comment faites-vous ?

Yvan : moi et Fabian, on est guitaristes de base. Avant l'arrivée de Simon, Fabian était batteur dans Hard Mind. Ça faisait 2-3 ans qu'il avait appris à y jouer. Moi, j'étais chanteur dans un autre groupe : Ultimate.
Loïs : j'ai fait un peu de basse chez Sutured.
Kevin : j'ai toujours voulu faire de la guitare. Là, je suis à la basse mais j'ai aussi fait de la batterie.

Vous avez enregistré votre troisième album en Angleterre. Pourquoi ? Les studios Français sont-ils moins bons pour capter le son Hardcore ?

Kevin : pas du tout. Je vais te dire, c'est le tarif qui nous a fait aller là-bas.
Loïs : quand on a inclut le cinquième membre du groupe, on voulait vraiment un album plus fourni. Bon, je parle pognon là mais on a économisé 2000 balles. C'était trop juste pour les studios Français. L'Angleterre, c'était une histoire d'argent mais aussi un trip humain. Le gars qui nous a enregistré, c'est une pointure dans le domaine. Tout ne s'est pas passé comme prévu, on avait un temps très limité. À la base, on voulait enregistrer dix morceaux mais on a réduit un peu. Il a fallu s'adapter. À être enfermés tous ensemble pendant une semaine, on a beaucoup appris. C'était vraiment une bonne expérience.



Signer sur un label, ça change quoi ?

Yvan : pas grand chose. Un peu de visibilité en plus. Quand tu démarches, c'est peut-être un peu plus simple qu'en autoprod mais c'est tout. C'est un petit label, c'est plus le côté humain qui nous intéressait.
Loïs : on est tous des passionnés mais j'avoue que ça structure le tout. Pour la sortie de l'album, ils nous ont un peu aidé financièrement aussi.
Kevin : grâce au label notre album a quand même été distribué au Japon, Allemagne, Australie, Angleterre, États-Unis, Hollande...

Pas de Hardcore sans aller au contact du public ? Continuer à jouer dans des cafés-concerts, c'est important pour vous ?

Loïs : c'est super kiffant de jouer dans des petites salles.
Yvan : même les gros groupes le font.
Kevin : je lisais un truc sur les nostalgiques du Hellfest mais des concerts, il y en a partout, toute l'année. À moins d'1h00 de route, tu peux voir des concert dans le coin.
 
Yvan, tu gères le Superbowl Of Hardcore avec Jo. Vous avez proposé de belles affiches et je crois que vous faites tout sans subventions. Cette part de do it yourself est-elle gage de liberté ?

Yvan : c'est vrai. Chaque fois, c'est un nouveau pari financier mais c'est notre choix. On a relancé cette édition depuis 2014. Déjà.

Avez-vous eu des contacts avec des musiciens de la scène Hardcore rennaise des années 90 ?

Yvan : ouais, mon oncle. C'était le guitariste de Porto Pak. Je suis né dedans. Une partie des musiciens de Voight Kampff faisaient aussi du Hardcore avant. C'est eux qui ont vraiment monter la scène rennaise dans les années 90. On a beaucoup de respect pour eux.

Un groupe que vous souhaitez soutenir ?

Yvan : Entertain The Terror.
Loïs : The Worst Doubt.
Yvan : on le dit à chaque interview.
Loïs : ouais, mais c'est pas grave. Je le redis : The Worst Doubt.
Fabian : Who I Am.
Kevin : Final Showdown.

Vos textes sont très politiques, comment voyez-vous le monde dans dix ans ?

Fabian : perso, je ne me pose pas la question. J'ai pas envie de le faire.
Loïs : s'il n'y a pas un réveil de la société, là, tout de suite, on expliquera à nos enfants à quoi ressemblait un ours polaire et toutes les autres espèces. On partira sans doute aussi pour une troisième guerre mondiale si ça continue. Il faut vraiment un sursaut.

Ubuto Kro (Novembre 2019)

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