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Messa Hellfest 2019

Mai 2018, nous invitons les italiens du groupe de Doom Metal Messa à jouer à la Scène Michelet de Nantes. Une prestation excellente et une discussion avec un des organisateur du Hellfest et les voilà propulsé sur l’édition 2019 du festival. Un an plus tard, c'était l'occasion pour nous de discuter avec les musicien.ne.s, de parler de Jazz, du dernier album Feast For Water et de leurs influences. Une ascension formidable et méritée et une discussion intéressante avec de belles personnes qu'on vous propose de lire ci dessous.



Je voudrais tout d’abord vous demander comment vous sentez-vous et comment s’est passé votre premier concert au Hellfest ? Et que pensez-vous de votre performance et d’être ici aujourd’hui ?

Marco (Guitare): Super question. (rires) On ressent beaucoup de choses, je pense. Énormément.

Sara (Chant): Oui, en effet.

Marco : Jouer pour la première fois dans un festival comme celui-ci.

Est-ce le plus gros festival dans lequel vous…

Sara : Oui, dans lequel on a joué jusqu'à présent.

Marco : C'est la première fois qu’on joue devant un public aussi grand.

Sara : On n’a pas l’habitude de ça, on joue plutôt dans des lieux ou des salles plus petites. C’est un peu effrayant quand on sait qu’on va jouer devant autant de gens. C’est excitant mais aussi très angoissant. Non mais vraiment, cette expérience a été géniale, la qualité du retour de scène était remarquable pour chacun de nous, ce qui n’est pas toujours le cas. Et le public était très accueillant, tout le monde nous écoutait, ça nous a fait vraiment plaisir !

Il y a deux mois je vous ai vu au Roadburn, sur la Het Patronaat, c’était super cool et l’endroit était génial évidemment. Comment ressentez-vous votre performance au Roadburn et que pensez-vous de la diversité des groupes ?

Mistyr (Batterie): C’était un type de concert différent, au Roadburn on a essayé de faire quelque chose de spécial avec…

Marco : Et l’autre arrangement était un peu plus complexe, tu vois, il y avait beaucoup de répétitions et de préparation derrière notre concert au Roadburn. Disons que celui-là est un peu plus commun pour nous…

Sara : C’est plus du plug and play. 

Misrtyr : Oui, ce qu’on fait d’habitude.

Vous jouez du saxophone, est-ce un instrument qui resurgit à chaque concert ?

Sara : Non, on a juste joué du saxophone en live pour le Roadburn. C’était uniquement pour le festival.

Alberto : C’est la personne qui l’a enregistré sur l’album.

Marco : Oui, ce n’est pas la première fois qu’on utilise un saxophone en live.

Sara : On l’a aussi utilisé pour un concert secret qu’on a fait pour nos amis.

Alberto : C'est vrai.

Votre album Feast For Water est sorti l’année dernière et les opinions sont vraiment positives. Vous attendiez-vous à ça ? Lisez-vous les chroniques ?

Sara : Oui, on lit tous les commentaires.

Marco : On ne peut pas comprendre ceux en polonais ou d’autres langues.

Sara : Mais il y a Google Traduction donc, plus ou moins. On peut comprendre s’ils aiment ou pas. Non, c’est cool, et on ne fait pas ça pour chercher l’approbation de qui que ce soit, on fait de la musique parce qu’on aime ça et c’est un moyen très puissant qu’on a et qu’on utilise pour nous exprimer. Mais d’un côté, c’est vraiment vraiment agréable quand les gens aiment ce que vous faites, les chansons et les albums, quand ils vous montrent que votre travail est apprécié. C’est vraiment très agréable. Tous les compliments sont bons à entendre, même les plus petits ou juste quelqu’un qui dit « Eh, super concert ! ».

Marco : On fait de la musique pour nous-mêmes, avant tout, mais quand on voit les gens l’apprécier, c’est encore mieux.

La pochette et les morceaux de cet album Feast For Water ont une lien avec l'eau...

Sara : La première piste surtout.

Est-ce un album concept ?

Marco : En fait, ce n’est pas un album concept parce que ces albums sont vraiment différents de ce qu’on a fait. Disons qu’il y a un concept, ce qui est différent pour moi, donc toutes les chansons sont un peu… Elles ont leurs propres âmes et leurs paroles, elles ont leur propre thème et signification, donc elles sont séparées les unes des autres, mais le concept qu’il y a au-dessus de tout est juste un concept qui collecte des choses et les colle les unes aux autres. Mais voilà le truc : dans un album concept on trouve des différences dans toutes les chansons, nous, on a utilisé le même concept. Ce sont des pensées avec le même concept.

Sara : Il faut ajouter à cela qu'il y a aussi parfois une suite de chapitres, comme une histoire cachée.

Mistyr : Oui mais nous ne sommes pas dans un groupe pour faire ça. 

Marco : Quoi qu’il en soit, pour moi, de part ma propre expérience, l’album concept est différent de ce qu’on a fait. Le truc c’est qu’il y a une signification et un thème, des éléments qui sont super puissants et on voulait les accentuer avec des compositions quand on travaillait sur le reste, du mastering aux sons, graphiques, photos et autres. Ils disent que c’est un « fil rouge ».

Défendez vous un message écologique derrière ce concept ? Notamment ce qui est en rapport à l'eau...

Marco : Personnellement, une des choses qui me poussent beaucoup à parler de ce thème c’est qu’il y a deux ans, près de ma ville natale, une polémique a émergé concernant un projet visant à déplacer le lit d’une rivière avoisinante pour de nombreuses raisons. Donc ces choses me touchent énormément et me font réfléchir sur ce sujet. Je suis sûr que l’eau sera un sujet primordial dans les années à venir. L’eau sera un sujet très important dans les cinq prochaines années. Je suis sûr que nous serons tous à la recherche d’eau, on paiera une fortune pour un réservoir d’eau. C’est mon opinion, sur…

Misryr : Les cinq prochaines années ! (rires)

Marco : Je suis sûr que dans les cinq prochaines années, (rires) je suis persuadé qu’on paiera très cher pour une bouteille d’eau.

Sara : Après tout, le monde s’effondre donc je pense que tu as raison. C'est probablement ce qui arrivera.

Marco : C’est ce qui se passe en Inde, j'en reviens tout juste et c’est ce que j’ai vu sur place. Aujourd'hui, ils boivent tous de l’eau en bouteille parce que la plupart de leurs rivières sont polluées, mais super polluées, pas comme les nôtres. Ils ont des problèmes. Depuis 10 ans, ils boivent de l’eau en bouteille, des bouteilles en plastique. Ils cuisinent avec de l’eau en bouteille aussi.

Sara : Oui, avec des bouteilles d’eau en plastique utilisées dans l’eau polluée.

Marco : Dans le passé, ils avaient de gros problèmes pour obtenir de l’eau et pour collecter l’eau, à cause des réglementations, de la pauvreté et tout le reste. Mais aujourd'hui, ils construisent beaucoup d'usines et donc toutes les rivières et tous les endroits où ils peuvent collecter l’eau sont super pollués. Donc toutes les personnes ouvrent et boivent de l’eau qu’ils ont utilisée dans les bouteilles en plastique, et comme tu le sais le plastique tu dois l’acheter...



Quand j’écoute des titres comme Leah, ça me rappelle le groupe Bohren Und Der Club Of Gore. Je ne sais pas si vous le connaissez...

Sara : On adore ce groupe. C’est d’ailleurs une des principales influences de l’album Feast For Water. C’était un heureux hasard, en quelque sorte, lors du premier concert qu’on a fait ensemble avec Messa un de nos amis a sorti un de leurs albums et l’a posé sur le PA pendant qu’on faisait les tests de son. On ne connaissait pas ce groupe avant et on s’est tous dit : « Quoi ? C’est trop cool ! » Et bien sûr, ils nous fascinaient. Alberto a probablement plus de choses à dire à leur sujet. Sur Bohren Und Der Club Of Gore.

Alberto : Je les ai vus deux fois.

La chance !

Sara : Quel veinard ! (rires)

Alberto : Je les ai vus une fois en Pologne et une fois à Londres. Ils jouaient dans une église qui ça s’appelle Whitechapel. C’est comme une église-café qu’ils ont transformée en salle de concert, donc tu es devant l’autel, où jouent les groupes, et tu es assis sur les bancs en bois. Ils vous servent des tasses de thé ou autre, tout ça dans une église...

Sara : L’ambiance parfaite.

Alberto : Ils ont de bons concerts, de la musique Folk en passant par l'Electro, de la musique Ambiant aussi. Si vous êtes à Londres, allez à Whitechapel, il y a plein de concerts et de lieux incroyables.

Est-ce quelque chose que vous aimeriez faire avec Messa ? Jouer dans des lieux atypiques comme ça, avec des jeux de lumières différents peut-être ?

Sara : Je pense que ce serait bien. Et l’occasion qu’on a eu de jouer au Roadburn sur la scène de Het Patronaat était formidable pour nous, on était très contents de jouer là-bas, c’était parfait. Messa et les églises c’est juste la combinaison parfaite.

Marco : Notre salle de répétition est une église d'ailleurs. Enfin ça l'était...

Sara : Oui bien sûr ce n’est plus le cas aujourd'hui, mais c’était une église et notre salle de répétition est sur l’autel. Et le son est vraiment excellent, cette église est très vieille donc la réverbération est géniale. Maintenant des groupes de notre région l’utilisent comme salle de répétition, mais c’était une église où ils faisaient la messe, les rituels, les prières et tout ça.

En parlant de Bohren Und Der Club Of Gore, quels groupes de Jazz écoutez-vous, ou quels groupes peuvent vous influencer quand vous composez pour Messa ?

Sara : OK, alors c’est lui le fan de Jazz (désignant Alberto), enfin nous aimons tous le jazz mais c’est en quelque sorte lui le plus professionnel.

Alberto : Le Jazz est la raison pour laquelle je suis musicien donc quand je joue, le Jazz me vient aussi facilement que le Blues. Je me considère plus comme un guitariste de Blues que de Jazz d'ailleurs. Et j’ai obtenu mon diplôme de guitare Jazz dans un conservatoire, j’ai aussi étudié le piano. Donc quand j’ai entendu Bohren Und Der Club Of Gore, je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? » et depuis ça je suis fan de piano Rhodes parce que j’adore Stevie WonderHerbie Hancock et tout ce qui s'en rapproche. J’ai décidé de réunir ces deux choses et étant donné que je maîtrise le piano je l’ai emmené en répétition et on a essayé de faire marcher tout ça.

Sara : Je pense qu’on a réussi à ce que ça s'inclue dans notre musique.

Quand j’écoute le titre Tulsi certaines sonorités me rappellent Oranssi Pazuzu et le groupe français Aluk Todolo.

Sara : Oh ! On adore ces groupes ! On te remercie énormément car tu es le premier à mentionner Aluk Todolo.

Mistyr : On a composé cette chanson en pensant à ce groupe, ce putain de groupe français et personne ne l’a reconnu, donc je suppose que ça n’a pas marché.

Marco : Bravo !

Sara : Enfin in n'a pas composé ce titre en pensant à Aluk Todolo ! Je veux dire qu’ils ont eu une influence là-dessus parce que quand on les a découverts on s’est dit : « Putain, c’est trop cool ce qu'ils font ! », donc…

Mistyr: Je veux dire, j’adore ce groupe, je suis tous leurs albums et j’aime beaucoup leur attitude et tout, l’identité qu’ils se sont créée. 

Sara : Ils ont leur propre manière de faire les choses. 

Mistyr : Mais sinon pour moi Oranssi Pazuzu est un des meilleurs groupes de Black Metal.

Sara : Oui, de nos jours.

Marco : Oranssi Pazuzu, clairement, je suis d'accord, pour parler d’Aluk Todolo dans le monde du Black Metal, ils sont incroyables et j’adore ça mais c’est un genre de Metal différent, et je ne dis pas ça de manière négative.

Sara : Ils ont beaucoup de variantes, c’est un groupe de Psyché, de Black Metal mais tellement éloigné des codes.



Je n’en suis pas sûr mais je crois avoir lu quelque part que vous faites de l’improvisation, je ne sais pas si vous travaillez comme ça. L’improvisation est-elle une de vos manières de composer ?

Mistyr : Non, Marco et moi trouvons des idées qu’ensuite nous assemblons. Nous travaillons ensemble.

Marco : Des fois on improvise mais ça reste assez rare.

Mistyr : On n’enregistre pas d’improvisation, des fois on enregistre des petits morceaux improvisés dans l’album mais c’est uniquement ce qu’on fait en répétition quand on travaille sur nos morceaux. Et après, Marco improvise en live les soli et tout mais les structures sont vraiment dictées.

Sara : Oui, il y a des directives dans les structures, positionnées d’une certaine manière. Bien sûr ils ont de l’espace pour explorer et flâner comme par exemple lors des solos d’Marco. Ce n’est pas de l’improvisation mais d’un autre côté il doit y en avoir un peu quand même, autrement il n’y a pas de titre. Si vous n’essayez pas encore et encore, parfois c’est... Mais ce n’est pas quelque chose qu’on fait, qu’on va juste improviser et...
Alberto : Non, on va s’y reprendre quatre fois, quatre à six fois, et bam ! Étincelles ! (rires) C’est mon opinion.

J’ai une dernière question pour toi Sara. J’aime beaucoup ta voix dans votre dernier album. Il s’est passé un peu de temps entre vos deux albums. Est-ce que tu travailles ta voix ?

Sara : Merci, mais à vrai dire, je suis une chanteuse très ignorante, je n’ai jamais pris de cours de chant. Mais j’ai, on a beaucoup joué, je veux dire… Messa est le premier groupe dans lequel je chante.

Tu étais dans d’autres groupes avant ?

Sara : J’ai été dans d’autres groupes mais je jouais de la basse. De manière encore plus ignorante, en passant. J’ai commencé à chanter dans un groupe avec Messa, c’est le premier projet que j’ai signé et je n’avais jamais chanté avant. Donc cette approche a été une découverte pour moi parce qu’au début je ne savais pas chanter correctement avec un micro. C’était comme un chemin que j’ai suivi, petit à petit, comme apprendre à faire des concerts et, je ne sais pas… même la plus petite chose à apprendre. De mon point de vue, j’ai encore un long chemin à faire car j’ai beaucoup de choses à apprendre. Mais j’y travaille, tout le temps, vous pouvez découvrir tellement de choses chaque jour, on apprend quelque chose à chacun de nos concerts, surtout d’un point de vue vocal pour moi parce que vous pouvez vous retrouver dans toutes sortes de situations, avoir des problèmes de santé et tout. Je n’ai jamais pris de cours de chant mais je pense que je devrais en prendre dans un futur proche parce que ça sera sûrement très important pour moi. Je pense que, comme je le disais, de mon point de vue il y a un écart entre le premier et le second album. Quand j’écoute notre premier album, ce qui est rare, mais quand j’écoute certaines chansons, je peux entendre que je n’avais pas l’habitude et que j’avais beaucoup de choses à écouter pour m’améliorer. On avait fait qu’un seul concert avant d’enregistrer notre premier album Belfry, donc on avait juste eu nos répétitions et un concert entre amis, rien de fou. J’ai commencé à vraiment découvrir ma voix lors des concerts, ce qui est arrivé après l’enregistrement de Belfry. Les lignes vocales de Belfry ont donc plus de Blues, alors que celles de Feast For Water sont plus branchées Jazz, en quelque sorte. Mais oui, je pense que j’ai encore du travail.

Aimerais-tu faire du growl ?

Sara : J’adorerais, mais je ne pense pas que… J’aimerais beaucoup prendre part à un projet de Death Metal suédois et chanter en faisant du growl mais ça n’arrivera pas tout de suite je pense. Mais ce serait cool d’apprendre à chanter en faisant du growl correctement parce que je chante toujours en voix claire, donc ça serait vraiment intéressant. Je vais peut être essayer ça un jour, qui sait. (rires)

OK, merci beaucoup à vous tous.

Sara : Merci pour ton temps et merci pour l’interview.

Pentacle (Décembre 2019)

Merci à Dead Pig d'avoir rendu cette rencontre possible.
Les photos de sont de Méo.

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