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Ddent Hellfest 2019

Ddent ouvrait à 10h30 en ce jour de clôture de Hellfest. Devant un public surprenamment nombreux pour une heure aussi matinale, le groupe, qui jouait pour la première fois dans un événement d’une telle ampleur, s’en est tiré sans fausse note. Un concert chargé d’émotion, très apprécié ici et plus largement ayant suscité beaucoup d’échos positifs. C’est sous le soleil de plomb que je rejoins Louis Lambert, compositeur et guitariste du groupe. C’est sa dernière interview de la journée, la fatigue commence un peu à se lire sur son visage.

J : Je vais essayer d'éviter de poser les questions qu’on trouve dans d’autres interviews. Avez-vous déjà joué dans d’autres festivals aussi gros ?

Louis : Non clairement, on a fait très peu de festivals et le plus gros qu’on ait fait c’est des trucs comme le Doomed Gatherings à Paris au Glazart ou alors le Rock In Bourlon qui est un plein air, mais c’est plutôt dans les 1000 personnes donc clairement pour nous c’était une première fois pour beaucoup de points.



Pas trop compliqué d’ouvrir et de commencer à dix heure et demi, même avec des bières à la main ? 

On pensait ! (rires) On pensait que ça allait être compliqué, en plus ça fait sept mois qu’on est au courant pour la date, donc il y a tout le truc qui va avec de stress, de se poser beaucoup de questions et tout. Et t’as les cinq minutes avant de monter sur scène où tu te dis « ça y est, il est 10h30, c’est chaud » et quand tu commences en fait, tout disparaît, tout le stress, toutes les questions en fait. T’arrives, il y avait du monde et tu te mets à jouer et ça marche et je pense que ça se voyait qu’on était plutôt détendus. Parce que dès qu’on a commencé, c’était fini quoi ! C’était comme d’hab, c’était un concert et t’oublies qu’il est 10h30, tu bois une bière et voilà ! Puis après il est 11h du mat et tu te rends compte que c’est encore le matin ! Ce n’était pas si compliqué, c’est juste l’appréhension qui rend le truc… Mais bon pour nous c’est la première fois, à cette heure là mais maintenant ça ne me fait pas peur, ça se passe bien.

C’est toi qui composes, forcément les guitares sont assez prégnantes. La basse a une place très importante aussi. Tu fais de la basse aussi ?

Oui je fais beaucoup de basse, j’ai même fait de la basse pour d’autres groupes, je fais de la guitare, je fais les synthés, beaucoup de machines, de trucs électroniques… J’ai un autre groupe NNRA, je ne sais pas si tu as jeté une oreille. C’est un projet solo où je fais tout, qui est beaucoup plus dans le côté industriel, électronique, que je développe beaucoup aussi. 

Ta musique est épique, on a l’impression que tu pars à la découverte d’autres mondes, que ce soit sur terre ou dans l’espace. Tu penses à quoi quand tu composes, tu as des films en tête ?... Je trouve qu’il y a un côté assez romantique, c’est ce que j’ai ressenti dans le sens ‘"proche de la nature".

Oui, ce ne sont pas des choses auxquelles je pense consciemment au moment où je compose, mais oui je suis quelqu'un de très proche de la nature, les films m’influencent beaucoup. Ça arrive très souvent qu’en sortant d’un film j’ai envie d’en refaire la BO, mais à ma manière, que j’ai envie presque de re-raconter le film musicalement donc oui il y a toutes ces choses qui m’inspirent. Assez romantique aussi oui, dans ma musique qui est assez mélancolique, ce n’est pas juste un truc de bourrin, ça je le vois aussi. Après il y a des choses auxquelles je ne pense pas, c’est juste des choses qui sont en moi. Après quand je compose je me laisse complètement aller aux idées que j’ai et ça donne ce résultat-là. Je ne me prive pas en fait, je ne me prive en rien. Ce qui serait peut-être le cas si je composais avec d’autres gens, ce que j’ai déjà fait aussi. En fait je ne fais jamais de compromis si tu veux, je me laisse aller à mes idées et j’aime bien me mettre des couches et des couches de guitares, qui font un son assez sonique en fait, et qui se prête pas mal effectivement à l’évasion. Comme tu parlais d’autres mondes, c’est vrai qu’on m’a souvent dit « c’est assez lunaire, ça invite à… tu mets ça et tu tripes un peu… » Mais ce n’est pas quelque chose de conscient, c’est le résultat de ce que j’aime faire en fait. Mais je ne me dis pas « je vais faire un truc tripant », tu vois.

Ton rapport à la mélancolie ? Que je ressens beaucoup, et notamment dans آكتئاب (prononcez Ektiheb).

C’est quelque chose que je ressens beaucoup, qu’il m’arrive beaucoup de ressentir, comme la plupart des gens. Après c’est juste que tu choisis d’y prêter une réelle attention et d’y voir quelque chose de productif ou même d’autres choses. Après certaines personnes ferment un peu l’oreille à ça. Moi c’est quelque chose qui m’a toujours intéressé, ce n’est pas quelque chose que je trouve triste. C’est quelque chose d’assez fertile et d’assez beau en fait. Et voilà, l’album Etkiheb, j’ai voulu l’appeler « mélancolie », c’est un album qui dure une heure et c’est ma tentative d’illustrer la mélancolie, mais en musique. Sans mot, tout simplement. Il dure une heure et ça aurait pu être différent, durer dix minutes ou quatre heures, mais là j’ai voulu faire un format album, pour donner une définition de ce sentiment, avec des notes. 

Je n’arrive jamais à percevoir dans Ddent, si il y a de l’espoir ou si c’est totalement sans espoir en fait ?

Non, il y a de l’espoir ! je suis plutôt optimiste. Je suis quelqu'un d’optimiste et j’aime finir mes albums sur des notes lumineuses.

Je suppose que des poètes t’ont inspiré ? Notamment arabes pour Ektiheb ?

Je lis pas mal, j’ai toujours aimé lire, en ce moment c’est quand j’ai le temps. J’ai fait des études de philo donc je lis beaucoup de philo, de romans aussi. Je lis un peu de poésie mais c’est vrai que ça ne m’inspire pas vraiment, mais c’est une approche que j’aime beaucoup quand j’en retrouve dans la musique. On dit souvent que la musique peut être poétique et c’est à ça aussi que j’essaie de travailler, de faire quelque chose de poétique. C’est un chemin assez direct vers les émotions pour moi la poésie, sans trop de superflu ou de narration, c’est autre. En ce sens la poésie m’inspire. Après des passages de Fédérico Garcia Lorca ou des passages de psaumes arabes, ce ne sont pas des choix qui sont avant les morceaux, mais qui se font après. C’est-à-dire qu’une fois que j’ai fini mes morceaux, je me suis demandé « comment je vais illustrer le propos que j’ai, qu’est-ce que je vais raconter comme histoire ? » et c’est là que je vais puiser dans la poésie. Qui devient plus qu’une inspiration, une sorte de conclusion, c’est un peu la dernière étape.

Comment te sens-tu en tant que musicien qui ne se colle pas d’étiquette "Metal" dans un festival comme le Hellfest ?

C’est assez drôle, je disais aux autres du groupes que je me retrouve dans un festival où je ne connais aucun groupes…

Tu en écoutes un peu de temps en temps ?

Oui mais pas plus que d’autres choses. Ça fait partie de mon univers musical, c’est certain. J’aime le Metal, même si c’est un mot qui recoupe des choses que je n’aime pas du tout. Je ne viens pas du tout de l’école du Metal un peu brutal qui est là pour envoyer du lourd. Ce qui est vraiment un gros côté de ce festival. Je suis content d’être là, ne vous méprenez pas, mais c’est même un combat que j’ai instauré dès le début avec mon booker qui est Dead Pig, qui est quand même, comme ils le disent eux-mêmes, un distributeur de bûches. Enfn moi tout ce truc là ça ne me branche pas, le gras, le lourd et tout ce jargon un peu lourdingue… C’est pas quelque chose que je déprécie, c’est juste que ce n’est pas du tout mon univers et en fait, me retrouver ici, à la fois ça colle sur certains aspects, parce qu’on est quand-même référencés "Metal" parce qu’il y a des guitare saturées, de la double grosse caisse, et j’en ai conscience. Sur certains aspects ça colle et sur d’autres pas du tout. C’est même difficile de trouver… il n’y a pas de scène idéale en fait pour nous tu vois. On se retrouve sur des trucs Black Metal... limite je trouve qu’il y a beaucoup plus de poésie dans la violence du Black Metal, qui pour moi correspond plus à ce que je fais, même si je dis pas que c’en est. Mais, dans mes influences Post Black Metal, clairement j’en ai, je me sens plus à l’aise à jouer sur des line-up Black Metal que.. on a été pas mal sur des soirées un peu trop Stoner... et c’est vrai que ça, moi je ne me sentais pas à l’aise du tout et le public-même, on l’a vu, ça marchait pas.
Oui, c’est vrai que c’est pas la même chose.

Après ça ratisse large le Hellfest, évidemment qu’on a notre place. C’est un gros festival, y’a beaucoup de genres. Quand tu vois qu’il y a ZZ Top autant que The Ocean... c'est très éclectique ! Donc on a notre place, malgré tout ça. Je suis content de l’accueil qu’on a eu et c’est aussi l’intérêt d’avoir plusieurs scènes ici. J’ai senti que le courant était passé ce matin. Et c’est pas toujours facile, surtout qu’on est quand-même récents, de trouver sa scène. J’essaie, surtout avec NNRA, mon autre projet, j’aimerais être sur des scènes qui ne soient même pas ce qu’on appelle "extrêmes" ou "Metal". Ou par exemple, être l’élément qui appartiendrait un peu au Metal d’un festival plus éclectique, mais pas être toujours sur une base Metal. 

Je voulais te demander ton coup de cœur du festival…

Et bien on a eu très peu de temps pour nous donc compliqué d’aller voir d’autres groupes, mais si j’avais pu voir, j’en aurais très certainement eu pour Cave In apparemment, j’aurais bien aimé voir Dool, et apparemment Envy aussi, selon mes amis qui me connaissent et m’ont conseillé, ça aurait pu me plaire pas mal. Donc j’ai plus des regrets que des coups de cœur. J’ai toujours aussi beaucoup aimé Tool, que j’écoute depuis que je suis jeune. Je les ai vu à Berlin récemment donc je ne regrette pas de ne pas les voir ce soir puisque je pars, mais très bien en live Tool aussi !

Les groupes que tu aimes, ou que tu écoutes en ce moment ?

J’écoute très peu de musique, parce que le peu de temps libre que j’ai, j’enregistre, et c’est beaucoup de travail. J’essaie aussi d’avoir le temps de lire, de faire des trucs et j’écoute beaucoup la radio en fait. J’écoute peu de musique, surtout des gens qui parlent en fait. Ça fait longtemps que j’ai pas eu un coup de cœur. Dans la musique j’écoute souvent des trucs que je connais déjà. Un peu le truc où tu sais que ça va marcher, tu sais que ça va te faire du bien et que ça va te faire un frisson à ce moment là et donc j’ai fait très peu de découvertes ces derniers temps. Je réfléchis à la question et j’y reviendrai si je me souviens de quelque chose.

Le prochain album, c’est pour quand ?

Là je viens de sortir Incarne avec NNRA, il y a un mois.

C’est ce que tu as distribué au public ce matin après le concert ?

Non ça c’était Ddent. Et du coup ça fait un moment que je bosse sur le prochain Ddent, que j’ai quasiment fini toutes les démos, en un an. Et donc je l’enregistre à Skyhammer en Angleterre, comme je fais à chaque fois, en décembre/janvier. Donc on pourra entendre le prochain Ddent dans un an à peu près. 

Et il y a des concerts à venir c’est ça ?

On bosse sur une petite tournée en octobre. Et c’est pour l’instant tout ce qui est prévu pour Ddent sur scène. Et NNRA à partir de novembre.



Je vais te laisser sur une dernière question, je pense que tu en as marre, quelle est la question que l’on ne te pose jamais et que tu aimerais qu’on te pose en interview ?

On peut jamais en vouloir aux media, aux journalistes et aux gens qui ne sont même pas journalistes et qui sont amoureux de musique et qui sont contents de t’interviewer… On peut pas leur reprocher de poser des questions, fin je veux dire c’est même pas des questions taboues quoi, mais c’est vrai que… j’ai plutôt pour habitude de refuser les interviews. Là j’ai accepté parce que c’est le Hellfest et que.. j’ai pris l’après-midi à faire ça parce qu’il faut quand même le faire de temps en temps et moi ça m’intéresse aussi de voir les questions qu’on va me poser, je suis content d’y répondre parce que je sais que ce sont des gens qui sont passionnés qui sont venus là. Mais d’habitude je ne le fais pas, parce que souvent les questions sont trop souvent autour de points auxquels je n’ai pas envie de répondre ou qui ne sont pas intéressantes, par exemple.. ; je sais que le facteur humain est important mais c’est souvent les mêmes questions "Alors c’est quoi Ddent, vous vous êtes rencontrés comment, c’est quoi cette histoire… et Ddent ça vient d’où ce mot…" Après y’a pas mal de gens qui abordent les concepts mais c’est vrai que ça arrive souvent qu’en fait ils ne les abordent absolument pas parce que.. sans raison en fait, y’a rien de mal c’est un constat mais c’est vrai que ça peut me gonfler un peu. C’est pas un reproche que je ferais mais j’ai tendance à éviter les interviews pour ça parce que je suis plutôt discret, j’aime pas trop parler en mon nom de choses… Sur les réseaux sociaux je suis discret, je parle assez peu donc quand je le fais c’est pas trop pour étaler des choses qui sont pas intéressants sur les groupes. Par contre c’est toujours cool de parler des concepts et comment se passe la composition et pourquoi en fait. Pourquoi cet album existe et puis voilà.

Et du coup pourquoi ces albums existent ?

Ça après c’est sûr que c’est assez long de partir d’un truc aussi général mais… Mais c’est par nécessité de toutes façons, c’est jamais vraiment un choix. Mais oui ça fait quelques années que ça m’a pris en solo et ça m’a tellement pris que maintenant je ne fais que ça dès que j’ai le temps et ça marche de mieux en mieux. Ça ne marche pas dans le sens en tant que projet mercantile mais ça marche de mieux en mieux pour moi en fait dans ma manière d’aborder la composition et la création et je m’y plait de mieux en mieux, donc je continue comme ça et on verra ce qui se passe !

Velvet Mind (Septembre 2019)

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