Refused Hellfest 2016

Quelques heures avant de conclure ce Hellfest 2016 par un concert de Refused tout aussi furieux que celui de 2012, nous rejoignons le leader Dennis Lyxzén (Chant) dans l'un des box du VIP. Le chanteur jovial et affable, prend le temps de nous parler de leur reformation depuis 2012 et de leur nouvel album, Freedom, sorti l'an dernier. En fond sonore, Megadeth joue sur la Mainstage 2.



Dennis : C'est assez bruyant avec Megadeth qui joue derrière.

Oui, mais j'ai pris deux enregistreurs, au cas ou. Tu as eu le temps de voir des groupes aujourd'hui ?

J'étais à Slayer, oui. J'ai seulement vu un petit bout de Megadeth. Ensuite j'aimerai bien filer à Jane's Addiction, voir Ghost peut-être et quelques morceaux de Black Sabbath avec un peu de chance, mais on joue juste après eux. Il y a pas mal de groupes que je voulais voir comme Power Trip ou Municipal Waste, mais ils jouaient trop tôt. On est arrivé à 18h, donc bon, ça sera pour une prochaine fois.

Il y a quatre ans vous avez annoncé un Reunion Tour en 2012, puis quelques temps après vous avez annoncé un nouvel album, Freedom, 17 ans après The Shape Of Punk To Come. Vous n'aviez pas prévu de faire un nouvel album ?

Non, pas du tout. Je veux dire, quand on est parti sur l'idée du Reunion Tour, ça ne devait être qu'une dizaine de dates il me semble. On en a fait quelques-unes, puis on a poussé jusqu'à 22 concerts... et on s'amusait vraiment. On aimait de nouveau jouer ensemble, donc on s'est dit que, si on voulait poursuivre cela, il fallait qu'on ait de nouvelles compositions. On ne voulait pas être ce groupe qui ne joue que de vieux titres. Donc... ouais, on ne l'a pas vu venir. Par contre en 2009 tu vois, je ne me serais jamais dit qu'avec Refused on referait un jour de la musique. C'est assez fou quelque part.

Quelle était l'idée directrice de ce nouvel album ?

Simplement l'idée de refaire de la musique ensemble. On voulait créer de nouvelles choses, continuer dans cette direction et si on n'avait pas fait ça, on ne jouerait pas aujourd'hui. David, Kristofer et Magnus ont eu un groupe instrumental, et ils avaient plusieurs bons riffs. Ils m'ont demandé de chanter par dessus et c'était clairement des morceaux destinés pour du Refused. C'est ce qui a donné l'album Freedom après de nombreuses heures de travail acharné.

Refused a splitté en 1998, lié notamment aux difficultés pour vous de gérer votre succès grandissant et vos idéaux (anticapitalistes)...

Oui, pour un tas de raisons à vrai dire... (rires)

Pourtant sur l'ouverture de Freedom avec le morceau Elektra, tu répètes plusieurs fois « nothing has changed », donc, c'est vrai ça, rien n'a changé ?

Non, tout a changé en vérité pour nous. Dans Elektra, quand on évoque « nothing has changed » on parle du climat économique. Il y a toujours plus de gens pauvres, les différences se creusent entre nantis et population en difficulté. Quand on a fait ce disque dans les années 90, il était très marqué politiquement, mais quand on revient 17 ans après, c'est toujours le même bordel. Effectivement rien ne semble avoir changé et on a plus que jamais besoin de parler de ces problèmes. D'un point de vue plus personnel, tout a changé à travers toutes ces années, c'était aussi une façon pour nous de jouer de la musique différemment

On vous a vu sur cette scène du Hellfest en 2012, c'était fou. On avait cette sensation de vous retrouver comme à l'époque (que je n'ai pas connue).

Et bien, quand on joue ce type de musique, on doit garder une sorte d'énergie. On agit désormais différemment en tant que personnes, mais une fois sur scène, cette énergie est toujours car elle est au cœur de notre musique. C'est ce que je suis et ça a toujours été le cas dans mes autres groupes, me focaliser sur un dépassement de soi, sur des choses agressives.

Quelles étaient les sources d'inspiration pour ce nouvel album ?

L'inspiration vient d'éléments extérieurs, du monde que l'on observe, de ce monde qui part en couille. Quand on était jeune, une bonne partie de nos idées politiques étaient « fuck you », « fuck you », « fuck that », mais maintenant on essaye de se pencher sur nous mêmes. Je veux dire, le monde est pourri à cause de nous, à cause de l'espèce humaine. Je suis responsable car je fais parti de tout ceci. Donc on réfléchit d'avantage à nous-mêmes, en tant qu'Européens on analyse l'Europe en tant qu'idée et les problèmes qui en découlent, ou les choses qui détruisent l'homme comme le sexisme, l'homophobie et la masculinité. C'est un peu différent forcément, mais si tu as l'esprit ouvert et que tu restes critiques sur ce qui se passe, c'est assez facile d'être inspiré par ces problèmes et d'en parler.

Avec l'enregistrement de Freedom, vous avez travaillé avec Shellback qui est connu pour avoir collaboré avec des artistes comme Maroon 5 et Taylor Swift...

Oui ! (rires)

Comment en êtes-vous venus à travailler ensemble ?

Alors, en premier lieu, c'est seulement sur deux morceaux (Elektra et 366) car tous les autres titres ont été produit par Nick Launay (Killing JokeTalking Heads, Nick Cave And The Bad Seeds...). Nick, c'était le gars avec qui on voulait produire l'album, mais il y avait deux titres qui ne fonctionnaient pas vraiment et Shellback a répondu présent « OK, je peux le faire pour vous ». Il était aussi batteur et chanteur pour un groupe de Metal et c'est aussi un passionné de Hardcore old school et fan de Breach et de Refused. On l'a rencontré il y a plusieurs années et il est venu nous voir en nous disant qu'il était à fond sur Refused, on ne s’y attendait pas. Quand on a composé Freedom, David m'a envoyé quelques démos et sur ces deux titres on s'est tout de suite dit : « tiens, il produit des groupes de Pop et sait comment faire des tubes, donc, sans doute que ce refrain sonnerait mieux avec lui, ou que ce son de guitare serait mieux ainsi ». En vérité on n'avait rien écouté de ses travaux. Notre première version d'Elektra faisait dans les 8 minutes, c'était très lourd et lent, puis Shellback nous a envoyé une démo fidèle à la version actuelle et on s'est dit « wow, c'est bien meilleur, que notre version ». On a essayé d'enregistrer une combinaison des deux versions aux Etats-Unis, mais ça n'a pas fonctionné, donc, quand on est rentré à la maison on l'a rappelé pour qu'il enregistre avec nous, il était carrément partant et une fois l'enregistrement fait au studio de Max Martin, on était super content. Le fait qu'il y ai marqué produit par Nick Launay ainsi que deux titres par Shellback sur l'album, ou que ça soit récupéré par la presse, ça nous a fait vraiment marrer, parce que ça faisait chier les gens. (rires) Et pourtant c'est un mec qui adore la scène Metal / Hardcore, comme quoi...

Tu te souviens dans quel groupe il jouait ?

Non, c'était il y a plusieurs années... Mais c'est un mec vraiment sympa et c'était une super expérience d'enregistrer avec lui.

Est-ce que vous vous attendiez à autant d'avis variés pour la réception de Freedom ?

Oui, en quelque sorte. On a enregistré un album il y a 17 ans, et des gens ont vécu avec ce disque pendant 17 années. Peu importe ce que l'on aurait sorti, les gens l'auraient forcément critiqué parce que ça n'aurait pas été pareil qu'à l'époque. On le savait. Mais on ne devait pas non plus avoir peur de notre passé, il fallait qu’on arrive à se détacher ce disque, The Shape Of Punk To Come, on voulait être un groupe qui créer de nouveau de la musique ensemble peu importe que les gens aiment ou pas ce que l’on fait. Quand The Shape Of Punk To Come est sorti, pas mal de gens que l’on connaissait nous disaient « c’est de la merde ce disque » donc au final tu vois, ça a toujours été un peu comme ça. On continue juste de travailler, d’écrire, d’enregistrer… On ne peut pas écrire de la musique pour quelqu'un d’autre à part nous-mêmes. Après on espère quand même que des gens aimeront, mais ce n’est pas le point de départ quand on commence à écrire, on le fait car l’on souhaite créer quelque chose de nouveau.

Est-ce que vous passez du temps à lire les chroniques ou les avis sur internet ?

Un peu oui, ça m’arrive. Mais bon maintenant avec les réseaux sociaux, tout va super vite et tu te prends vite des commentaires du genre « fuck that ». « Ecoutes, prends le temps d’écouter l’album au moins deux fois avant de dire ça ! » (rires) C’est moi qui m’occupe du Facebook de Refused et je lis les commentaires de temps en temps et je suis là « allez, sérieusement ? » (rires) Je sais que c’est pas bon pour moi, mais c’est comme ça, peu importe.

Est-ce que l’on va devoir attendre encore des années avant la sortie d’un prochain album ?

Non, on écrit de nouveaux morceaux en ce moment même. Une suite à Freedom est prévue. Après pour être tout à fait honnête, on pense que ça va prendre du temps. On est ce genre de groupe où on est plusieurs à avoir une famille, des enfants… J’ai un autre groupe, David (batterie) a déménagé à Los Angeles pour être compositeur pour d’autres formations et Kristofer (guitare) est directeur d’opéra. Donc on a tous ces autres projets à gérer en même temps, mais on compose toujours de nouveaux titres donc on peut se dire que d’ici 2/3 ans il y aura un nouvel album. On n’attendra pas 17 ans en tout cas ! A ce moment-là, je serai trop vieux pour jouer ce genre de musique ! (rires)

Depuis votre retour, vous jouez parfois devant des milliers de personnes, mais à l’époque de The Shape Of Punk To Come, ce n’était pas vraiment le cas…

Non pas du tout ! (rires)

Comment vous expliquez cette évolution, et comment vous vivez ce changement ?

On savait que ça serait différent quand on s’est reformés en 2012. Je veux dire, notre dernier concert avec Refused c’était dans un sous-sol devant 65 personnes, et celui d’après a été au Coachella devant 20 000 personnes. C’était un énorme bond ! Pour cela on a du se préparer et s'entrainer très durement, parce que dans un sous-sol tu peux t’en tirer si tu fais un peu de la merde, mais pas en festival. On a aussi dû changer notre approche de la musique en tant que groupe. On est ici aujourd'hui, mais on n’a jamais demandé cela. On s’est séparés et les gens sont revenus nous voir : « voilà de l’argent », « venez jouer à notre festival ». Et bon, OK, mais pour cela on a changé notre approche à la musique, ce n’est plus la même chose que quand on jouait en 1997. On devait s’adapter de toute manière à jouer sur des grandes scènes, mais cela nous est encore assez étrange…

Est-ce que tu as des craintes au moment de monter sur scène ?

Euh non pas vraiment, parce j’ai continué à jouer dans The (International) Noise Conspiracy, on a joué au Coachella par exemple ou le Rock Am Ring, sur des grandes scènes ect. Donc non, finalement ça ne changeait pas grand-chose pour moi de reprendre avec Refused. Mais pour les autres gars, oui, carrément ! (rires) On a joué quelques concerts secrets avant le Coachella, et ça sonnait super ! Mais là-bas c’était différent, c’est gigantesque, on était nerveux, et pour tout te dire ce concert n’était pas terrible. Mais même, il y a une grande différence entre jouer devant 2000 ou 20 000 personnes, la taille des scènes est impressionnante, le son aussi est différent, donc forcément quand tu arrives là-bas tu es nerveux. Mais maintenant on a appris à gérer ça tous ensemble.

De plus en plus de groupes font des tournées d’anniversaire de tel ou tel album où ils le jouent en entier. Dans deux ans, The Shape Of Punk To Come aura vingt ans, donc est-ce que vous pensez faire une tournée anniversaire ?

Je ne sais pas, je ne suis pas opposé à l’idée, mais en même temps on ne veut pas surfer sur la nostalgie. Donc peut-être car il y a quelques nouveaux titres que je n’ai pas envie de jouer en live ! (rires). Mais tu vois, l’album d’avant, Songs To Fan The Flames Of Discontent, va avoir vingt ans cette année et j’étais là « oh, il faut trop qu’on joue cet album en entier » mais bon ça ne s’est pas fait, peut-être que pour The Shape Of Punk To Come, oui, on verra, je ne suis pas contre le fait de faire ça !

Refused avait splitté avec Jon Brännström (Guitare / Chant / Synthé) et s’est reformé avec lui. Ont suivi des messages interposés sur les réseaux sociaux sur le reunion tour, jusqu'à ce qu’il quitte le groupe en 2012. Qu’est-ce qui s’est passé à ce moment-là ? 

Il ne voulait pas tourner avec nous, pourtant il l’a fait, et il était cool sur scène, vraiment, dans l’esprit de Refused. Ce n’était pas un très bon guitariste, mais il était excellent sur scène, tu vois, dans l’esprit, dans ce que l’on apportait. Mais il n’aimait pas les tournées, c’était la personne qui apportait une énergie négative au reste du groupe. Il ne devait pas être là. Nous on voulait avancer, on était un groupe soudé, tout le monde était super content d’être là, mais pas lui. A un moment ça a bloqué, on était à fond et lui se plaignait, donc on voulait continuer sur quelque chose de positif, qui nous poussait vers l’avant. On est toujours amis, c’est cool, mais il fallait qu’on reste concentré sur ce qu’on voulait… Il est docteur désormais, il a une meilleure vie que ce qu’on pouvait espérer tous ensemble. Donc on l’a évincé du groupe, mais un an plus tard, il était toujours admin du Facebook de Refused et on avait complètement oublié. (rires) Donc il postait ses trucs de manière contrariée, mais on était du genre, ok, « écrit ce que tu veux », « dit ce que tu as sur le cœur », ça nous allait mais au bout d’un moment c’était un peu bizarre. (rires)



En 2012 vous avez joué au Bataclan et l’année dernière vous avez joué au Trianon, deux semaines après les attaques terroristes du Bataclan. Comment vous vous sentiez au moment de jouer ce concert ?

C’était très bizarre. Et très puissant, très émotionnel, puisque c’était deux semaines après les attentats du Bataclan. Plusieurs personnes ne sont pas venues,  c’était complet, mais c’était aussi très proche de ces événements donc… (visiblement très ému) C’était très émotionnel, je me suis senti le besoin d’en parler sur scène, parce que c’était quelque chose dont on se devait de parler et de réfléchir. Je ne suis pas un fan d’Eagles Of Death Metal, mais j’en parlais avec mes amis sur Paris, et si j’avais été là, ils m’auraient invité, et j’aurai été une de ces personnes au fond de la salle à ce moment-là, et je connaissais pas mal de gens qui y étaient… c’est horrible. Au début avec Refused on se disait, il faut qu’on annule, mais on ne pouvait pas… Si on s’arrête de jouer, c’est qu’on a peur, c’est ce que veut le terrorisme, donc on a joué tout de même. C’était très intense, et étrange à la fois, j’ai pas mal d’amis sur Paris et Kristofer avait une de ses amies au concert de Eagles Of Death Metal, elle s’est cachée dans un des balcons pendant plus d’une heure et elle est venue deux semaines après, la première fois qu’elle ressortait, à notre concert. C’était un truc très fort pour elle, de puissant. Toute la soirée a été géniale pour elle, avec un feeling très positif. C’est assez fou quand on y repense…

C’était ce dont les gens avaient besoin pour extérioriser cet évènement…

Oui, oui, la musique a ce pouvoir là. On y repensant, on a joué en Belgique quelques semaines plus tard après, et derrière notre ingénieur lumière, il y avait un sniper. C’est complètement fou, tu joues du Rock depuis des années, et là, il y a des militaires pour encadrer ton concert. On est en 2016, voilà comment ça se passe.

Aujourd’hui aussi, c’est un peu la même chose, il y a de nombreux policiers sur le site du Hellfest.

On m’a dit ça oui, pour encadrer 65 000 personnes. Ouais, c’est fou. Mais ça sous-entend que derrière tout cela, il y a une guerre qui se prépare entre nos pays capitalistes et les groupes terroristes. Le pire, c’est qu’on sait que ça ne va s’en aller, ça va continuer de progresser, et l’on connait tous quelqu’un qui a été affecté de près ou de loin par ces actes de terrorisme et notre plus gros défi c’est de surmonter cela, et surtout de ne pas succomber aux conneries d’extrême droite, « pas d’immigrants » et toutes ces saloperies. Il faut qu’on comprenne pourquoi ça arrive et ce que l’on peut faire pour arranger les choses. Ca va être un sacré challenge pour nous avec le monde de merde dans lequel on vit.

Cette année vous clôturez les trois jours de festival et c’était également le cas en 2012. Est-ce que tu te souviens de ce moment là ?

Oui carrément, je me souviens que c’était un super concert ! On s’était éclatés sur scène. Je ne me souviens pas de quelque chose de spécifique… Des fois quand tu sors de scène t’es un peu frustré ou déçu de ta prestation, mais pas là, on était très satisfait et c’était un excellent concert.

Tu penses quoi du Hellfest de manière générale ?

Alors deux choses : le festival est génial, on est super bien accueilli et il y a pleins de groupes talentueux à l’affiche que je souhaiterai voir sur les trois jours. Avant d’évoluer dans des scènes Punk / Hardcore j’écoutais beaucoup de Metal, j’adore toujours autant Slayer par exemple. L’autre truc, c’est que ce soir il y a 208 musiciens à l'affiche. Et seulement cinq femmes ! C’est n’importe quoi ! Et on doit réfléchir la dessus, la communauté des musiciens doit réfléchir à ça : « pourquoi il n’y a que des mecs sur scène ? ». Je pense que j’en parlerai un peu ce soir devant le public. On doit parler de ça, on a besoin de voir plus de femmes sur scène, que plus de femmes jouent de la musique, mais pour ça on doit déjà faire en sorte qu’elles soient plus visibles sur scène. C’est super important.

La seule musicienne que j’ai vu aujourd’hui c’était la bassiste de King Dude

Tu vois, d’où le problème dont je te parle. Il y a peut-être un peu plus de femmes chanteuses dans les groupes de Power Metal ou quoi, mais ça change pas le problème de fond, du tout.

L’année dernière, le musicien de Jazz Ornette Coleman est décédé. Il avait sorti en 1959 The Shape Of Jazz To Come. Est-ce que sans lui votre Punk serait différent ?

Probablement ! (rires) Pas évident de dire à quel point ce titre nous a influencé. Mais c’est David, notre batteur, qui est le gars qui écoute du Jazz dans le groupe. Après, c’est son quatrième album, mais c’est surtout avec celui-ci que je me suis mis a écouter Ornette Coleman. De toute manière, tout ce qui permet de sortir des conventions en musique, est fantastique et c’est ce qui m’intéresse là dedans. Quand on a sorti The Shape Of Punk To Come, on avait pas du tout la prétention, de « ça va être un bouleversement », « on va changer les choses », on a juste écrit la musique qu’on voulait entendre, les gens ont apprécié et c’était fou. On était fatigué de la scène Hardcore, c’est pour ça qu’on a appelé ce disque ainsi, c’était un forme de message : « allez tous vous faire foutre ! ». Bon on n’était pas très malin ! (rires)



Quels artistes ont été de réelles influences pour Refused ?

Le groupe qu’on avait et qu’on a toujours tous en commun et qu’on adore c’est Slayer. Aujourd’hui on est tous super fans des Swans pour leur lourdeur, leur approche de la musique. Ils se sont reformés en 2010, mais la manière qu’ils ont de sonner, de jouer, c’est incroyable. Bien sûr on ne sonne pas comme eux. On apprécie aussi beaucoup Nick Cave And The Bad Seeds pour son attitude, et continuer de jouer de superbes chansons… mais sinon Slayer ouais, toujours Slayer ! (rires)

Tu as écouté la reprise de New Noise par Anthrax ?

(rires) Bien sûr, elle est géniale ! Quand j’avais quatorze ans, Anthrax était mon groupe préféré ! J’ai rencontré Scott Ian il y a quelques années et il est venu me voir : « est-ce que je peux prendre une photo avec toi ? » Et j’étais du genre gêné : « mais non, c’est moi qui devrait prendre une photo avec toi » (rires). J’ai grandi avec Anthrax et Among The Living a été pendant longtemps un de mes albums de chevet ! Quand on a joué au Download Festival en Angleterre en 2012, les musiciens sont venus me voir pour se prendre en photo avec moi et c’était « non ça devrait pas être comme ça » (rires). Et puis Joey Belladonna me chantait les « Can I screeeaaam » (il prend une voix très aiguës) C’était énorme ! (rires)

Est-ce que tu as réalisé que de nombreux groupes adorent Refused et font des reprises de votre groupe ?

Ouais c’est assez fou parce que quand tu vis au nord de la Suède, t’as un peu l’impression d’être coupé du reste du monde, tu ne peux pas trop bouger… Kirk Hammett est venu à un de nos concerts et nous a dit qu’il était super fan de Refused ! C’est dingue ! (rires) Et oui, c’est toujours surprenant de découvrir que des groupes font des reprises de tes morceaux. Hier on a joué en Espagne et il y avait le groupe de Goth Rock Fields Of The Nephilim qui jouait avec de vieilles vestes en cuir, de grands chapeaux et ils sont venus nous voir en disant qu’ils étaient de grands fans. C’est énorme, vraiment ! Ca me rend super content !

Tu as débuté deux autres groupes après le split avec Refused : The (International) Noise Conspiracy et Invsn. Est-ce que c’était une manière de séparer ce qui avait fait le succès de Refused ?

Effectivement, The (International) Noise Conspiracy était une manière pour nous de répondre à ce que Refused était devenu. On avait de petits amplis, de la disto approximative, on jouait comme un groupe de Garage avec des thématiques politiques, mais d’une manière différente. Et pour Invsn, mon autre groupe, c’est également autre chose. Je veux dire, en tant qu’être humain tu as pas mal d’idées, de but, de ce que en quoi tu te projettes, Refused est une partie de ce que j’aime et ce que je veux créer, mais Invsn est également une partie de moi et de ce que j’aime faire. Donc c’est nécessaire pour moi d’avoir ces deux groupes là. C’est parfois beaucoup de boulot, aussi pas mal de super expériences donc, c’est plutôt cool au final !

Est-ce que l’on peut espérer, comme Refused, une tournée de reformation de The (International) Noise Conspiracy ?

Euh, oui, j’espère ! J’en parlais avec le bassiste aujourd’hui, « hey, je joue au Hellfest aujourd’hui » « ah trop cool, moi c’était l’année dernière ». Il joue dans Against Me!. Donc oui on reste en contact. Le batteur de The (International) Noise Conspiracy habite Paris, j’ai passé le nouvel an là-bas, et on est resté très bons amis, et le guitariste / claviériste joue également dans Invsn, donc on parle toujours ensemble et peut-être que de nouveaux concerts pourraient voir le jour, qui sait ? (rires)

Pas mal de gens considèrent que la Suède est un pays incroyable en terme de production musicale. Est-ce que tu penses que c’est une communauté qui a grandi tous ensemble ou alors vous êtes meilleurs que les autres ? (rires)

On est meilleurs que les autres ! (rires) C’est un petit pays et on a des cours pour apprendre la musique à l’école, donc d’une manière ou l’autre ou est initié à ça. Donc quand on forme un groupe de Metal, on connait déjà un peu le truc, pour un groupe de Garage c’est la même chose. C’est d’ailleurs assez fou, on est 9 millions en Suède et il y a des tas de groupes à ne plus savoir qu’en faire. Aujourd’hui il y a pas moins de dix groupes suédois sur le festival, c’est vraiment impressionnant.

Tout particulièrement de la ville d’Umea avec vous Cult Of Luna et Meshuggah, c’est assez fou quand on y pense !

Complètement, on est moins de 100 000 et il y a un tas de groupes intéressants qui viennent de là-bas. C’est dingue !

Pour la dernière question, est-ce que tu es devenu le Punk que tu voulais il y a dix huit ans ?

(rires) Non, du tout ! Je ne pensais pas que les gens deviendraient comme nous, c’est super présomptueux. On espérait que les gens ouvre leur esprit par rapport à ça. Voilà le truc : on est punk, j’adore le Punk, ça a changé ma vie a tout jamais et m’a construit comme la personne que je suis. Mais pour moi, quand j’ai découvert le Punk, je pouvais faire tout ce que je voulais, il n’y pas de règles, je m’en fou des règles. Mais pour beaucoup de gens ces règles ne cesseront jamais d’exister et c’est pour ça qu’on pensait qu’une nouvelle forme de Punk pourrait se libérer pas mal de choses.

Parfois c’est la même chose pour le Metal.

Bien sûr. Que que soit le Punk, le Metal, le Hardcore, toutes les formes de musique ont leur version conservatrice. Mais tu as aussi les versions progressives de ces genres musicaux, et c’est ça qui est intéressant, je trouve.

Merci à toi, est-ce que tu as quelque chose à rajouter, en français si tu peux ? (rires)

Oh non, je n’ai pas grand-chose à dire de plus, encore moins en français, je suis super mauvais (rires). Je vais juste aller voir Jane’s Addiction maintenant. Merci les gars !

Pentacle (Juillet 2019)

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