"J'essaie toujours d'étendre ce que j'ai déjà fait pour retravailler ça d'une nouvelle manière. " Ihsahn (Emperor) Paris, novembre 2018

Connu pour avoir sorti des albums marquants dans l'histoire du Metal extrême avec Emperor, Ihsahn continue depuis une grosse décennie à développer une carrière solo protéiforme, avec un besoin irrépressible de se renouveler à chaque sortie. Sur son dernier album Ámr, il renoue avec la noirceur et expérimente une production inspirée du Trip-Hop.


Photo par David Fitt © 2018

Alors, comment se passe la tournée?

Ihsahn : Très bien, surtout en sachant que je n'étais plus habitué à ces choses-là. Je veux dire, c’est ma première tournée en bus depuis 1999 !

Si je me souviens bien, tu as composé Arktis avec un état d'esprit particulier, dans le but de travailler avec une structure de chanson « classique ». Etais-tu dans un autre état d'esprit avant d'écrire Ámr?

Oui, quelque chose de très similaire. Je veux dire, avec tous mes albums solo, j'ai des objectifs spécifiques et un cadre avant de commencer à écrire. Et les deux albums ont un style similaire, je pense que je voulais continuer à utiliser une structure de chanson plus traditionnelle sur Ámr, comme avec Arktis. Mais le cadre était différent. Donc, évidemment, Arktis était très à l’extérieur, dans ce genre de paysage hivernal, les sons et tout le reste reflètent cela, je pense. Et avec Ámr, je voulais quelque chose d’intérieur, dans ce genre de pièce sombre, c’est quelque chose de plus intime. Et la pochette va également dans cette direction, il en va de même pour les sons: il y a plus de synthés analogiques, beaucoup moins de reverb. Il s’agit de créer une atmosphère, d’avoir certains paramètres pour que l’album donne l’impression d’être un tout et d'aller au delà des limites, voir ce que je peux faire dans ce cadre. Ca rend la chose plus facile pour moi.

Tu avais dit dans le communiqué de presse d'Arktis que tu ne te souvenais pas avoir passé un aussi bon moment à faire un album.

Ah oui ? D'accord ! [rires] Je passe toujours un bon moment. Je pense que c'était l'un de mes albums les plus positifs sur le plan atmosphérique, oui. Le contenu était comme ça.

Et ce n'est pas la même chose pour Ámr?

Je suppose que Ámr est en quelque sorte moins optimiste. Je ne sais pas, c'est une perspective plus large et différente. Quelques indices sur l’album : Lend Me The Eyes Of Millenia regarde les choses sous d'un point de vue millénaire plutôt que d'un court laps de temps, prendre du recul sur les choses et les regarder sous un jour différent. C'est ce qu'on pourrait appeler un concept lyrique.

Alors est-ce que c'est un album concept?

Non, pas à cet égard, mais comme je l’ai dit, j’ai ces lignes directrices qui lui confèrent une cohésion globale, en tout cas je l'espère. [rires]

Depuis le début de ta carrière, on a l'impression que tu as toujours eu la capacité de créer des parties vocales harmonisées grandiloquentes, que ce soit avec Emperor ou sur la chanson Wake de ton dernier album par exemple. Pour moi, cette chanson a vraiment cette signature en termes de parties vocales.

Merci !

Comment travailles-tu ça ?

Je ne sais pas, c'est probablement plus difficile à voir pour moi que pour n'importe qui d'autre. J'essaie toujours d'étendre ce que j'ai pu faire pour retravailler cela d'une nouvelle manière. Mais je suppose qu'avec la longue expérience que j'ai maintenant, il se peut que j'ai des préférences que j'applique automatiquement sur la façon dont j'organise les choses, en ce qui concerne mes goûts en harmonie.

Et il y a beaucoup d'autres pistes comme celle-ci. Il y a Regen de Das Seelenbrechen. C'est un titre très différent bien sûr, mais il a le même genre de travail vocal.

Regen est un peu spécial également, parce qu’il s’agissait d’une expérimentation avec une gamme synthétique, ce n’est pas une gamme diatonique. Cela crée donc une ambiance légèrement différente.

Ámr a peut-être plus de riffs et de parties Black Metal que Arktis en avait, par exemple. Penses-tu que tu as été influencé par la tournée avec Emperor?

C'est difficile à dire, je veux dire, tout vous influence dans la vie quotidienne. Je suppose que c’était sans doute plus facile pour moi d’utiliser certains de ces éléments de la vieille école et cette façon d’écrire étant donné la totale différence de son. Parce que je pense que la juxtaposition entre des blast beats et un son de batterie très sec, presque disco, avec des synthétiseurs analogiques ... Il s’agit d’écrire de cette manière, mais en quelque sorte de l’habiller différemment pour que ça devienne quelque chose de nouveau. Donc, je suppose qu'inconsciemment, je pensais plus à ce genre de musique avec ces couleurs. Cela me permettait plus facilement de ne pas ressentir que c'était une répétition de quelque chose que j'avais déjà fait dans le passé.

Vous avez récemment fait une sorte de mini-festival de votre label Mnemosyne à Nottoden. Starofash a joué son premier concert là-bas, si je ne me trompe pas.

Oui. Mais c'était un pièce particulière qu'elle a écrit pour cet événement. Même la plupart des sons et l'arrangement de cette composition sont échantillonnés aux alentours de l'endroit où ils ont été joués, en plus de la partie pour violoncelle bien sûr.

Et penses-tu qu'elle pourrait faire d'autres concerts ?

Pas des concerts à proprement parler, elle a maintenant une vision claire de ce qu'elle fait. Elle travaille depuis longtemps de différentes manières avec de la musique, des éléments visuels et de la poésie dans un style mixte. Certaines de ses sorties précédentes avaient des séries d'illustrations en collaboration avec Maria Picasso pour illustrer les paroles, puis on y ajoute la musique, ce qui en fait quelque chose de multi-format. Ce concert était une sorte de première, d'abord le fait que ça soit joué sur scène, mais aussi par l'utilisation de ce qu'elle a filmé dans la montagne, en randonnées etc... Et Costin Chianeru a ordonné tout cela. Donc, je pense que ça l’a peut-être inspirée pour s’étendre là-dessus, oui.



Concernant Peccatum, avez-vous des projets d'écrire à nouveau de la musique ou peut être de faire des concerts ?

Il n'y a pas de projets immédiats à ce sujet. Je sais que ce mélange d'éléments manque à beaucoup de personnes. Mais si je réfléchis à moi et Heidi, la manière que nous avons de travailler si étroitement de manière créative. Peccatum était plus ou moins notre premier travail collaboratif, mais maintenant c'est en quelque sorte devenu Mnemosyne Productions. Tout ce que nous faisons de façon créative est sous cette ombrelle et elle a une influence énorme sur la façon dont j'écris et joue, sur tout. Et j'espère que j'ai un retour positif similaire sur ce qu'elle fait, nous nous entraidons. Donc, pour nous, la différence n’est pas énorme. Ca l'est probablement plus d'un point de vue extérieur. (sourire)

Je ne sais pas si tu es au courant, mais le Roadburn a fait une commande à Tom Warrior pour terminer le Requiem de Celtic Frost. Serais-tu intéressé pour faire quelque chose de similaire en musique symphonique?

J'ai déjà travaillé sur des arrangements orchestraux, mais je n'ai jamais eu l'occasion de travailler avec un véritable orchestre. Mais je pense que, de préférence, je préférerais probablement travailler avec une section plus petite. Et j’ai depuis longtemps quelques idées pour faire des choses avec une section de cuivres complète, plutôt que tout le truc Black Metal mélangé avec des cordes. C'est sympa mais j'ai déjà pas mal fait tout ça. [rires]

Tu as déjà un peu travaillé sur des cuivres avec Jorgen Munkeby (Shining) sur After et Eremita.

Oui, mais ce serait plus large. Et aussi, ce serait génial d’arriver d'une manière ou d'une autre à jouer avec un orchestre. Nous verrons.

Il me semble que tu apprécies la musique de Justin Timberlake ?

Oui, en partie. J'ai probablement écouté son dernier album mais ce qu'il a sorti dernièrement ne m'intéresse pas trop. En fait, l'atmosphère de ces albums ne résonne pas en moi, mais dans la plupart  des styles de musique, je peux être pris par un certain rythme. Et aussi l'emphase,la manière dont il est produit. Pour Ámr, j’écoutais beaucoup de Trip-Hop, pas vraiment pour le contenu, ni pour l’aspect émotionnel ou peut-être politique de la musique, mais j’aime vraiment les sous-fréquences comment elles s'intègrent aux parties de batterie plus aiguës. J'imagine que j'écoute un certain type de musique plus pour l'aspect technique, presque comme choisir des couleurs ou des textures en peinture. Je suppose que je suis plus un fan du travail de production de Timbaland.

Quels sont tes projets avec Emperor ?

Depuis que nous sommes plus ouverts à considérer certaines choses... Nous ne voulons cependant pas refaire les mêmes choses. Il y a quelques suggestions de projets que nous pourrions peut-être faire. Nous allons voir ce qui se passe.

Je sais en tout cas que ce ne sera pas une tournée Prometheus.

Ca, je peux presque te garantir que ça n'arrivera jamais. [rires] Tu sais, nous avons dit à plusieurs reprises que ce serait la dernière tournée, mais encore une fois, nous avons passé un si bon moment à la faire. C'est tellement simple maintenant, parce que ce n'est que moi et Samoth. "Tu veux faire ça?" Nous avons des offres tout le temps, donc si c'est quelque chose que nous voulons ou ne voulons pas faire, ce n'est pas un problème. Si tout le monde est OK et disponible, équipe technique comprise, et que c'est une bonne expérience, alors pourquoi pas? C'est aussi simple que ça !

La notoriété de Leprous devient de plus en plus importante et on pourrait presque dire que tu as été un mentor pour eux.


Je ne dirais pas mentor. Je veux dire, Heidi et moi avons été très impliqués avec eux depuis le début. Nous les avons aidés pour enregistrer, des choses comme ça. Mais ces dernières années, ils ont eux aussi été d'une aide précieuse, tu sais. Ce n'est pas juste une "grande famille", de fait nous appartenons à la même famille, alors nous nous entraidons. [rires] Heidi et moi sommes si heureux qu'ils aient autant de succès, ils travaillent tellement dur, c'est un groupe incroyable. Nous leur souhaitons le meilleur.

Quels sont tes albums préférés de Leprous?

Oh, c'est un peu difficile. Je pense que Heidi a enregistré et produit les voix d'Einar pour la plupart des albums, car il a toujours préféré le faire dans notre studio. Elle connaît très bien sa voix au point de pouvoir évaluer quand il a suffisamment poussé et quand il peut mieux faire. Nous avons fait du bon travail ensemble. Mais je pense que nous n’avons pas été impliqués du tout sur Malina, ils l’ont fait entièrement avec David Castillo. Il est difficile de choisir un album en particulier. J'aime MalinaThe Congregation, et j'ai du mal à me lasser de Coal, la ballade. [rires]

Qu'as-tu écouté récemment?

Je reviens toujours à Scott Walker quand je n'ai rien d'autre à faire.

As-tu vu le documentaire sur lui que David Bowie a produit?

Non, mais j'ai très hâte de le regarder. Donc oui, j'écoute principalement des choses comme ça.

C'est drôle parce que Mickael Akerfeldt de Opeth est un grand fan de Scott Walker.

C'est d'ailleurs lui qui m'a fait découvrir Scott Walker !

Pourrais-tu nommer un film fantastique et un film de science-fiction que tu apprécies ?

Bien sûr, j'ai vu tous les films Star Wars. Mais dans notre famille, nous avons eu une sorte de fièvre pour la franchise Star Trek. C'est très divertissant.

Même question pour pour les livres?

Je ne pense pas avoir déjà lu un livre de science-fiction. Et en ce qui concerne les livres de fantasy, les seuls que j'ai lus sont de Tolkien. Idem pour les film en fait, ceux en lien avec Tolkien! [rires]

Neredude (Mars 2019)

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