Justin(e) Rennes, le 25/09/18

Le groupe de punk-rock le plus « mollo » de Loire-Atlantique est passé à Rennes, pour jouer lors de la soirée d’adieux de The Decline. Une belle occasion de parler du secret de leur longévité, de leur vision de l’intermittence et de Beyoncé.



Comment est-ce que vous présenteriez Justin(e) à des gens qui ne connaissent pas du tout ?

Fabien : Justin(e) est un groupe de Punk Rock chanté en français qui vient de Nantes et qui officie maintenant depuis près de 15 ans.
Alex : Et qui est un genre de synthèse entre le Punk français des années 90 et le Punk américain.

Et pour des gens qui ne connaissent pas ce genre de musique ?

Fabien : C’est avec des guitares électriques, ça va vite, très vite.
F-X: On comprend pas les paroles en concert et c’est difficile de comprendre sur un album.
Alex : Oui, ce qui est un peu la particularité du Punk Rock. Enfin je ne sais pas si c’est général,  peut-être que les anglais comprennent ce qui se raconte dès la première écoute, mais de mémoire moi quand j’écoutais des albums dans les années 90 il me fallait le livret à côté. C’est une des particularités de cette musique, et je dirais même que c’est un des défauts de cette musique.

Ce soir vous jouez avant le dernier concert de The Decline. Dans vos 15 ans de groupe ça ne vous a jamais tenté de faire une pause, voire d’arrêter ?

Fabien : En fait on en fait des pauses, c’est juste qu’on fait pas genre « Eh, on arrête et on reprendra !». Il y a des périodes d’inactivité qui permettent de faire autre chose, parce qu’on ne peut pas tout faire. Si tu regardes les dates de concert, l’activité a sérieusement ralenti depuis trois ans. Donc rendu là, pas besoin d’arrêter totalement.
Alex : De ce qu’on connaît, les groupes qui arrêtent c’est des groupes qui ont des gros régimes d’activité. C’est des groupes qui font beaucoup beaucoup de concerts, et puis à un moment ils en ont marre. Et nous on a jamais fait beaucoup beaucoup de concerts. Enfin si, à une époque, mais en vieillissant, le rythme s’est ralenti progressivement.

Vous vous voyez encore continuer sur ce rythme  ?

Fabien (Basse) : Ouais, carrément. Après j’imagine que ce sera cyclique, il y aura des petites zones de regroupement où on en fera plus et puis d’autres où on en fera moins. Ça dépend de ce qui se passe dans nos vies à côté, on peut pas en faire une priorité.
Alex (Chant): C’est difficile d’en avoir marre mais en même temps on vieilli, quand on fait des tournées on galère de plus en plus.
Fabien : Physiquement, un petit peu ouais.
Alex : À chaque fois, soit il y en a un qui tombe malade, soit il y en a un qui en peut plus...
Olivier (Guitare) : Soit il y en a quatre qui tombent malades. (rires)
Fabien : Là on a fait deux tournées ces dernières années, une où on a un peu subi physiquement et une autre qui s’est bien passé derrière. Ça nous a rassuré un peu mais ça nous a quand même planté le doute. (rires)
Olivier : Celle avec Diego Pallavas et Guerilla Poubelle, c’était dur.
F-X (Batterie) : Celle qu’on a subi, on était quand même trois sur quatre à faire deux concerts par soir les quatre premiers jours, avec un qui était déjà malade et qui a contaminé le reste du monde… Bon, voilà.
Fabien : Y a eu un coup de pas de bol, mais on se demandait quand même si c’était pas parce qu’on était trop vieux.
Alex : On rentre tranquillement dans la catégorie pépé, quand même... (rires)
F-X : Mais on se voit continuer. Une phrase qui résume bien ça, c’est « Puisqu’on a pas d’objectif on a pas de raison d’arrêter ».

J’ai vu une interview que vous avez fait pour Mollo la vidéo récemment…

F-X : Oui, alors Mollo la vidéo c’est moi en fait. On produit notre propre contenu parce que tout le monde s’en fou. (rires)
Fabien : Je sais pas si il faut être fier ou être embarrassé...
F-X : Il faut être sincère !

Mais il y a toute une chaîne Youtube Mollo la vidéo, avec plusieurs vidéos, c’est bien ça ?

F-X : Oui, il y en a trois. Et puis après j’ai trouvé un boulot et j’ai eu la flemme donc j’ai arrêté (rires). Et puis ils ne voulaient pas parler en interview, aussi.

En tout cas sur cette vidéo vous dites que vous pensez que vos albums se ressemblent tous, est-ce que vous êtes tous d’accord là dessus ?

Fabien : Pas vraiment, moi je dis que oui, lui il dit que non… Bon, il y a quand même un gros fil rouge, quoi. On voit bien qu’il n’y a pas de changement radical. Pour moi y a un vrai changement entre le premier et le deuxième, parce qu’on est passé d’une configuration de quintet à un quartet, et à partir de là on a créé une petite formule qu’on a quand même gardée pendant quatre albums. Pour nous y a des variantes, mais peut être que de prime abord c’est comme ma mère quand elle écoute Green Day, elle dit que c’est tout le temps pareil, quoi.
F-X : En fait, si quelqu’un qui ne connaît pas le Punk Rock ou Justin(e) écoute un titre du dernier album et un titre d’Accident Numéro 7, il y a peu de chance qu’il comprenne qu’il y a dix ans qui se soient passés entre les deux.
Fabien : Après nous on est contents, on y trouve des petites finesses, des nouveautés, des petites fraîcheurs qui nous font bien du bien.

Dans votre discographie vous avez pas mal bossé avec d’autres groupes, vous avez fait des reprises, on vous a repris… Pour moi le climax c’est que vous ayez repris Santa Cruz, et que la reprise aie été reprise par Resto Basket.

Fabien : Ouais, c’est tout récent ! C’est marrant ça.
F-X: C’est important de parler de Resto Basket, parce que déjà on les connaît pas (rires). J’ai écouté leurs chansons et leur esprit m’a bien plu.
Olivier : Je suis tombé par hasard sur ce groupe et j’ai adoré le nom. J’ai jamais écouté mais j’ai adoré le nom, et c’est super. C’est comme ça qu’il fallait appeler le groupe.
F-X : C’est important les noms de groupes ! Y a un groupe à Paris qui s’appelle Super Steak. Juste le nom, j’ai eu envie d’aller voir le concert.
Alex : Mais imagine c’est des cons Resto Basket, imagine dans deux ans ça devient des Dieudonnés ou des fafs, c’est chaud…
Fabien : Parle pas de malheur, pour l’instant ça a l’air de très bons gars, hein.
Alex : C’est ça qui est intéressant, on les connaît pas du tout.
Fabien : C’est marrant, déjà c’était un peu n’importe quoi d’avoir repris Santa Cruz… Du coup c’est cool ! Santa Cruz pour nous c’était des parenthèses bien fraîches, parce qu’on a une musique pas si marrante que ça en fait, dans les thématiques abordées, dans les textes. Même si des fois on passe un peu pour des rigolos, parce qu’on est un peu rigolos... Enfin des fois j’essaye de faire marrer les copains (rires). Dans l’absolu un album de Justin(e) c’est pas forcément hyper optimiste. Et du coup de pouvoir faire ces reprises de Santa Cruz ça nous a permis de péter des câbles, c’était toujours des étapes très cool. Ils skatent symbolise bien le bordel. J’aime bien avoir ce côté là aussi.

Ça fait partie de l’esprit Punk pour vous, ce côté où on se reprend les uns les autres, ou on forme une grosse communauté ?

Alex : Ouais y a de ça, c’est sympa de faire des reprises, d’inviter des gens à chanter sur l’album.
Olivier : Et puis c’est cool de reprendre des groupes qui sont pas vraiment dans la même approche que nous, ce qui nous fait marrer c’est l’adaptation.
Fabien : Y aurait pas trop d’intérêt à adapter un Nofx ou un Beatles ou un truc international. C’est assez cool de reprendre des homologues, des petits trucs comparables à nous . C’est vrai qu’il y a un côté potes, un côté famille, label. C’est ceux qu’on aime bien.
Alex : On avait un projet de faire un album « Justin(e) reprend les petits groupes de merde ». (rires)
Fabien : Petits groupes de merde c’est hyper affectif hein !
Alex : Ça peut aller d’AC/DC à Metallica en passant par Resto Basket...
F-X : Dans l’esprit punk y a quand même le côté entraide qui est assez cool, ça reste de la mise en lumière d’une autre scène de gens qui ont pas forcément beaucoup de notoriété ; bien que Justin(e) n’aie pas forcément une énorme notoriété. Mais je pense qu’il doit y avoir quelques personnes qui ont découvert Santa Cruz avec Justin(e) et vise versa. Dans l’idée, c’est de créer un truc où ça reste assez bienveillant, assez sympa, de reprendre des groupes de potes plutôt qu’une reprise où tu te dis ben je vais reprendre Beyoncé parce que ça va buzzer.

Vous allez pas reprendre Beyoncé, du coup ?

Tous : Non, non...
Olivier : Enfin jusqu'à ce qu’on le fasse, quoi.
Tous : Oui, voilà.
Alex : T’aurais aimé qu’on fasse une reprise de Beyoncé ?

Oui, dans votre CD de reprises.

Olivier : On verra.
Alex : Si il y a une commande on peut y réfléchir. (rires)

C’est bon à savoir !

Alex : Tu voudrais quelle chanson de Beyoncé ?

J’en connais qu’une, c’est Single Ladies.

F-X : Ah ouais, Single Ladies !
Alex : Single Ladies, ouais on peut essayer de la traduire.
F-X : Y a des « Oh oh oh », c’est un peu Punk Rock...
Alex : Donne nous une dizaine d’années et on voit.

Quand vous tournez en concert c’est plutôt avec des groupe de potes ?

Alex : C’est plutôt avec Beyoncé. (rires)
Fabien : C’est jamais arrivé qu’on tourne des vraies tournées, avec plusieurs dates d’affilées, avec des gens qu’on connaît pas déjà, je crois.
Alex : En fait on subit rien du tout donc c’est une logique d'afffinités à chaque fois.
Olivier : On a toujours choisi des groupes avec qui on avait envie de partir.

C’est des choix plutôt musicaux ou amicaux ?

Tous : C’est surtout parce que c’est des potes.
Alex : Et des groupes qu’on aime bien écouter aussi.
Fabien : C’est comme à l’école, les gens de ta classe deviennent tes amis, là si tu croises des gens tout le temps en concert ça devient tes potes aussi.
Alex : De toute façon si je me trompes pas, dans les tournées, y a eu tout le paquet Guerilla Asso, avec les Blacks Sheep en Belgique, Dolores Riposte quand ça existait encore, et Guerilla Poubelle évidemment. Après y a eu la rencontre avec les Diego Pallavas qui était vraiment un coup de cœur musical. Et après c’était la région nantaise, donc c’était les frères et les copains : Olivier il a un groupe avec mon frangin et son frangin, y a The Attendants et Heavy Heart qui sont de Nantes, Santa CruzWank For Peace d’Angers qu’on a vraiment croisé à fond et puis y a eu Charly Fiasco, toujours du paquet Guerilla Poubelle. Et puis The Decline, et je crois qu’on a fait le tour.
Fabien : En gros on a fait une tournée avec Guerilla Poubelle en 2008, on était chapeautés par Guerilla Poubelle avec Dolores Riposte et du coup l’année d’après on a fait pareil. On a calqué la dynamique, on a demandé à des potes et puis on s’est organisé une petite tournée et puis voilà.



Et si un jour quelqu'un venait vous proposer de faire une tournée avec Bad Religion ou Nofx, ça vous tenterait ou pas plus que ça ?

Tous : Mmh...
Alex : Si si, ça pourrait être posé ! Bien sûr, oui !
Fabien : Mais là tu nous parles de trucs improbables… Quoi que, on aurait pu tourner avec Anti-Flag, mais bon, y a plein de trucs qui se sont pas faits, qui dépendaient pas que de nous. Ça aurait été faire les dates françaises avec eux, mais en fait les dates françaises se sont pas faites. (rires)
Olivier : Le truc qu’on ferait pas trop, c’est l’idée d’échanges de dates, le « On vous fait jouer donc vous allez nous faire jouer », ça marche pas forcément comme ça.
Fabien : C’est pas simple d’organiser des dates à Nantes, on a toujours plein de choses à faire. Je l’ai fait un peu à un moment, mais j’ai plus le jus pour le faire. J’ai la flemme (rires). Mais y a encore des orgas à Nantes, le relais est pris, y a pas de problème.

En parlant de groupe de potes, y a une dizaine d’années Guerilla Poubelle chantait « Punk Rock is not a job », qu’est ce que vous en pensez aujourd’hui, la musique pour vous c’est un boulot ?

Olivier : Toujours pas un boulot.
Alex : Pour Justin(e) ça l’est pas, après pour Fabien ça l’est par exemple.
Fabien : Moi je suis intermittent oui, après pour moi un groupe comme Justin(e) n’est pas du tout fait pour dégager des salaires, c’est contradictoire avec tout le discours, avec toute la démarche. Je pense que le Punk Rock un tantinet politisé comme on le fait n’a pas sa place dans les salaires, ou très difficilement.
Alex : Moi je suis moins tranché par rapport à ça.
Fabien : Je suis pas tranché, c’est une réflexion qui n’est pas finie.
Olivier : Faudrait déjà qu’on ramène du monde. (rires)
Alex : Après c’est vraiment une question de désir, si un groupe, même avec un contenu dit « politique », a envie de faire sa vie de ça je vois pas vraiment le problème. Par contre moi c’est pas mon désir, individuellement, parce que j’ai pas envie d’être uniquement un artiste. J’ai envie d’avoir autre chose qui fasse le contenu de ma vie. Je parle individuellement, parce que je ne sais pas pour Olivier et F-X. Peut être que si l’occasion s’était présentée et qu’il y avait eu un désir commun dans Justin(e) d’en vivre on aurait essayé la professionnalisation.
Fabien : Je pense que c’est toujours prendre le problème à l’envers. Dans Ultra Vomit on a réussi à en vivre à partir du moment où le public nous a autorisé à en vivre, c’est à dire qu’il venait suffisamment pour qu’on puisse regarder les chiffres et se dire ouais, là c’est possible, donc on y va. Mais si on se dit « Viens on essaye d’en vivre », on se plante, ça peut pas marcher comme ça.
Alex : Ouais mais dans Ultra Vomit y avait la possibilité dès le début, enfin c’était ouvert quoi. Objectif Thunes, d’entrée de jeu...
Fabien : Oui mais ça c’est de la blague. Sincèrement, on a emboîté le pas de la professionnalisation parce qu’elle était permise par le succès, mais pas l’inverse.
Olivier : Moi je pense que c’était un mix des deux parce que Ultra Vomit c’est du Metal, y a un plus gros marché que le marché Punk Rock, qui est un marché plus confidentiel.
Fabien : Après si ça veut dire que s’appliquer et faire les choses bien, faire le meilleur album possible, c’est se donner une chance derrière pourquoi pas, mais pour nous c’était surtout l’occasion de faire le meilleur truc possible sur le moment. Après les conséquences bien entendu qu’on les perçoit, qu’on les envisage, on les anticipe. Mais c’est clairement le public qui décide si t’en vis ou pas. Je pense pas vraiment qu’avec Justin(e) c’était là.
Alex : On le saura jamais.
F-X : Puisqu'il y a moins de gens qui écoutent du punk rock que du Metal ça veut aussi dire faire payer plus cher à ce petit nombre de personnes ce qu’un grand nombre peut payer moins cher dans le Metal. Donc ça veut dire augmenter les prix des tickets, ça veut dire aller à l’encontre de l’idée politique qu’un spectacle doit être accessible au plus grand nombre. Faire passer des prix de tickets à 15, 20 balles, forcément les gens auraient pas suivi. Voire Justin(e) à 20 balles, ben… peut être que ça vaut pas 20 balles, tout simplement. C’est aussi ces curseurs là qui fonctionnent pas avec des groupes comme les notre.
Fabien : C’est vrai qu’on a assez rabâché le discours du CD pas cher et du concert pas cher pour que ce soit relativement incompatible avec une professionnalisation. Je dis pas que le Punk Rock politisé est fermé à la professionnalisation, la preuve, y en a,  mais pour moi y a quand même un petit paradoxe qui est beaucoup plus simple quand tu fais avec une structure d’asso.
Olivier : Et puis ça permet aussi de garder un peu de contrôle. Je suis pas sûr qu’au début avec Ultra Vomit vous ayez eu l’impression de tout maîtriser.
Alex : Je pense que c’est une fausse question, pour moi c’est vraiment une question de choix. Franchement, dans le champs de la littérature, les gens qui font des essais politiques et qui en vivent... Bon, après ils peuvent pas en gagner des millions, mais un mec qui fait des écrits philosophiques et qui vend ses livres il va pas se poser la question du paradoxe entre son écrit politique et le fait de gagner des dividendes sur les livres qu’il a vendu. Après ça dépend de ce que tu fais de ton économie. Globalement je pense que dans les groupes qui font du Punk et qui en vivent, en France en tout cas, aux États Unis c’est peut être un peu différent, mais en France ils deviennent pas des milliardaires les mecs, hein.
Fabien : Non c’est sûr, et puis c’est pas des reproches, c’est juste que là, logistiquement, en chiffres tout court, j’y voyait pas d’issue à ce niveau là pour Justin(e) tel que ça se présente, quoi.
Alex : Mais le bon exemple c’est Guerilla Poubelle, parce que regarde, eux ils ont un régime d’activité où ils font des concerts à fond, ils tournent tout le temps et je pense que c’est vraiment central dans leur vie. Et eux par contre ils ont vraiment cette logique là de pas professionnaliser l’affaire alors qu’ils ont une visibilité similaire à un groupe professionnel.
Fabien : Là on sent bien que le choix est possible, même si ça complique tout. À partir du moment où tu décides d’en vivre, je peux te dire que t’as moins d’argent pour réparer le camion si tu veux te faire des salaires aussi. C’est quand même hyper simple pour nous de décider de pas en vivre. Et puis ça crée ce qu’on a vécu avec Ultra Vomit par exemple. En 2008 ça marchait bien, on a vécu cinq années avec l’intermittence et au moment où il a fallu rendre la copie, c’est à dire faire un album pour créer l’actualité et continuer derrière, nous on a pas su rendre la copie à l’heure et on a dû faire une pause. On a dû s’affranchir de l’intermittence parce qu’au niveau de la créativité c’était pas un retour positif, c’était plutôt quelque chose de bloquant, de paralysant pour nous. Après ça dépend des gens, j’imagine. Là on est dans les questions d’art, d’inspiration, de sincérité, d’honnêteté ou je sais pas trop. C’est pas si simple, avec Justin(e) j’ai l’impression qu’on est bien plus peinards comme ça.
Olivier : Ouais, ça permet d’avoir de la liberté.
Alex : Pour Justin(e), vu la gueule des textes, avec la musique qui est aussi parfois assez alambiquée, c’est pas masse négatif du tout, ça aurait vraiment été la galère d’essayer d’en vivre.
Fabien : Peut-être aussi qu’on a bien fait de pas essayer parce qu’on se serait croûté (rires), on aurait peut être bien arrêté le groupe derrière et puis voilà.
Olivier : Je crois que notre manque d’ambition a sauvé le groupe. (rires)
Fabien : Ce que j’aime bien c’est l’ambition de vouloir bien faire les choses. Là ce qu’on fait le plus c’est les albums, c’est des étapes où on essaye de bien s’appliquer à chaque fois, et moi je suis content à la fin quand on se dit qu’on a bien fait de notre mieux. Les concerts on essaye de s’appliquer aussi. Bon des fois ça marche pas bien, mais voilà (rires). On s’applique bien dans ce qu’on fait et puis derrière on verra bien. Moi j’aime bien cette idée là, ça suffit comme ambition.

Dans Treillières Über Alles vous chantez une adresse postale, dans votre dernier album vous chantez un numéro de téléphone, c’est quoi votre truc avec les coordonnées ?

Fabien : On est con, hein ? (rires)
F-X : Dans le prochain y aura un mail, normalement. (rires)
Fabien : L’adresse c’est chez moi. J’ai reçu quelques lettres marrantes mais je me suis pas fait emmerdé, donc c’est bien la preuve qu’on est tranquille niveau succès.
Olivier : C’est vrai que les gens sont respectueux. On a vu sur les internets des mecs qui se prenaient en photo devant le panneau de Treillières, mais jamais ils sont venus te casser les couilles.
F-X : On a même reçu un livre, y a des gens qui nous envoient des cadeaux !
Fabien : Après l’adresse, pour l’asso et tout ça, elle était sur le site. C’est plutôt moi qui m’occupe de la logistique quand y a des concerts aussi… Le numéro de téléphone on a pris un abonnement exprès, selon une idée d’Alex, pour créer un nouveau nom original. Un concept fabuleux qui nous a vite épuisé parce que personne s’occupe de ce téléphone, plus personne répond et plus personne n’écoute les messages. (rires)
Olivier : C’est vrai qu’on l’emmène pas toujours… On l’a pas avec nous là, ce week-end ?
F-X : Ah non, je t’ai demandé si tu voulais t’en occuper et t’as dis non. (rire)
Fabien : D'ailleurs peut-être qu’on te laisse t’en occuper pour la prochaine date, parce que nous on a la flemme. Au début c’était hyper excitant, on était ravis. On avait plein de messages, on les a foutus en piste cachée sur le cd. On a 40mn de messages au total. Et y a eu plein de messages derrière, et j’imagine que si les gens ont essayé récemment ils on dû recevoir des messages disant que la messagerie était pleine. Ça nous a fait marrer un temps et puis ce petit jouet nous a vite fatigué. (rires)
Alex : L’adresse au début c’était un peu pour rappeler qu’on était des petits péquenauds de la campagne. Et de marquer un peu là d’où qu’on vient, quoi.

Est-ce que c’est aussi un peu pour encourager le dialogue avec les gens qui vous suivent ? Parce que vous êtes aussi pas mal actifs sur internet, vous aviez le forum avant, et maintenant Facebook...

Fabien : Ouais, cette année on est assez mollo sur la communication, mais après on sent bien qu’on a pas une communauté démentielle. On est à 10 000 sur Facebook, donc on sent que c’est possible, si les gens nous posent une question on peut y répondre et on le fait avec plaisir parce que c’est pas du tout démesuré. Sur ce genre de groupe ce serait con de mettre une distance avec ceux qui nous écoutent, ça n’aurait pas de sens.
Alex : De toute façon l’essentiel des concerts c’est quand même des cafés / concerts ou des petites salles, ça reste dans une logique de proximité.

Vous utilisez des coordonnées, mais vous utilisez aussi beaucoup de prénom féminins : Aurélia, Alicia, Alyzée… Même dans le nom du groupe, Justin(e).

Olivier : Faudra qu’on fasse un ep avec tous les morceaux avec des prénoms qui commencent par A et qui finissent par A : Aurélia, Amélia, Alicia… T’as un truc avec les prénoms Alex ?
Alex : J’ai pas vraiment d’explication, si ça se trouve c’est un peu inconscient, une fois que t’as fait un morceau, t’en refait un deuxième et puis tu continues.
Olivier : C’est peut être aussi dans la phonétique que ça ressort facilement, c’est chantant.
Alex : C’est vrai que j’y ai jamais vraiment réfléchi.
Fabien : La première fois c’était vraiment Alicia, qui était quand même typiquement ce genre de texte par rapport au prénom, non ?
Alex : En fait dans le premier album y des prénoms partout. C’est une écriture qui était faite de prénoms, alors pourquoi… ? Je saurais pas vraiment dire.
Olivier : Une manière de personnifier.
Fabien : C’est un style quoi.
Olivier : Même toi t’as pas théorisé la question. (rires)
F-X : Si si, parce que pour Amélia il y a un sens non ? Amélia pour l’Amélie, c’est pas ça ? Y a une étymologie.
Alex : Amélia, améliorer, l’amélioration… Oui parce que c’est une chanson sur le transhumanisme, un désir de l’être humain de devenir immortel, du coup amélioration, oui… J’y pense et puis j’oublie, quoi ! (rires)
Fabien : En fait on se crame le cerveau en écriture et puis une fois que c’est fait on s’en branle. (rires)

Et ça ne vous a jamais tenté d’écrire en anglais, comme d’autres groupes de Punk français ?

Fabien : Ah non. Je pense que la cause principale c’est un grand défaut en compétences en anglais, pour la part d’Alex, non ?
Alex : Ah oui, moi j’ai pas un bon accent, en tant que chanteur.
Olivier : En fait on a essayé, avec The Attendants.
Alex : Oh l’enfer… Pour chanter en anglais, quand t’es francophone, faut être courageux.
Fabien : Là maintenant y a des générations qui s’en sortent beaucoup mieux, avec toute la culture du sous-titrage et tout ça, des trucs qui font que t’es mieux préparé. Mais je vois Arnaud dans The Attendants, il galère toujours un minimum, hein, même si il s’améliore.
Alex : Les groupes qui s’en sortent pas mal… Dans The Decline, Kevin il a quand même des origines Irlandaises, et si je me trompe pas Ed de Not Scientists il a quand même vécu aux États Unis, quoi.
Fabien : Ouais, ils ont passé leur enfance à Washington donc ça aide, ça aide à fond. Ça aide Ed.
Olivier : Mais si tu regardes les Burning Heads, Pierre il a un accent de merde hein. Par contre je pense qu’il sait écrire.
Fabien : Après j’ai pas vérifié, j’ai pas les compétences pour corriger la grammaire anglaise.
Alex : Voilà, et puis moi j’avais envie d’écrire en français, quoi. La question s’est jamais posée. Au début y a eu des petits relents, des petites tentatives d’insertion, et puis on s’est rendu compte que c’était pas cool.
F-X : C’est aussi une manière de mettre le texte au centre, que les autres s’en foutent pas, que tout le monde comprenne le groupe.
Alex : D’avoir accès au sens, même si on entend rien de prime abord. (rires)



On sent qu’il y a une vraie réflexion sur le langage dans le groupe, avec la citation « Tous les langages sont sales » dans De l’Indirect Et Des Mots d’Ordre, et avec votre tendance à changer l’ordre des lettres dans les mots à l’écrit, notamment sur votre site...
(rires)


Fabien : Ouais, c’est d’abord une vanne qu’on a maquillé en sens, on a étendu le concept pour faire croire que c’était intello.
Alex : Sur internet t’as des textes où l’ordre des lettres est inversé, sauf la première ou la dernière, et quand tu lis le texte tu t’en rends presque pas compte en fait.
Fabien : Et tous les langages sont sales c’est Deleuze, non ?
Alex : Ouais, tous les langages sont sales ça exprime l’idée que le langage ne permet pas de dire grand-chose, en fait.

Comment est-ce qu’on écrit des paroles quand on ne fait pas confiance au langage, alors ?

Alex : On essaye justement de le manipuler, de le tordre. La poésie c’est la réalisation la plus concrète de ça, c’est à dire d’essayer de peindre le monde en tordant le langage pour essayer de voir les choses un peu différemment.
Fabien : Alors Metalorgie, t’en dis quoi de ça, hein ! (rires)
F-X : C’est de toi cette phrase ?
Alex : Non non, enfin tordre le langage je sais pas mais Deleuze disait « Faire bégayer la langue », oui.

Pour revenir au concert de ce soir, vous avez l’habitude de jouer dans ce genre de salle, plutôt grande ?

Fabien : Ça arrive, mais c’est pas la majorité des concerts.
Olivier : Je pense qu’on est plus à l’aise dans les bars.
Fabien : Oui c’est sûr, mais là on est en bonne compagnie.
Alex : Après c’est assez particulier ce soir, parce que c’est quand même un décès, c’est pas souvent qu’on enterre un groupe. Ce qui est un peu dommage pour nous, parce qu’au-delà du fait qu’ils font une musique qui est super, c’était quand même bien de tourner avec eux, ça créait une chouette dynamique. Ce soir le concert risque d’être assez furieux parce que pour les gens qui aiment The Decline c’est la dernière fois qu’ils les verront, c’est pas rien.

Vous n’avez pas de pression particulière pour ce soir ?

Tous : Heum… non… (rires)
F-X : Moi j’ai toujours la pression parce que j’ai toujours peur de rater, et puis à la fin je rate et puis voilà, j’avais raison donc c’est bon.
Alex : Moi en général après le concert je viens lui signifier clairement que qui rate ou qui rate pas, je m’en branle.
F-X : Voilà, ça rassure ! Y a pas de pression. Encore une fois : y a pas d’objectif donc pas de pression... « Pas cher, pas bien »... Y en a plein des phrases comme ça.
Alex : Il peut rien nous arriver quoi.
Fabien : Ouais, il peut rien nous arriver, c’est à dire que si on fait un pain ben on pourra dire « Eh, oh, c’est pas notre métier hein ! » (rires). Non mais on essaye de s’appliquer hein, on fait ce qu’on peut et des fois on peut peu.
Alex : Ah ouais, y a des concerts bien ratés.
Fabien : Ouais, y a des concerts un peu pourris. C’est toujours les moins chers les plus pourris ! (rires) Non, c’est pas vrai.
Alex : Quand même y a une donne, c’est que Fabien ne picole pas , F-X ne picole pas, Olivier assez peu… Enfin avant le concert. (rires)
Fabien : Entendre par là que derrière il se rattrape pas trop mal en général.
Alex : Et du coup en général la musique tient le choc. Au niveau du chant c’est une autre question.  (rires)
Fabien : Mais le chant c’est du charisme,  de la prestance, c’est pas forcément l’onde sonore dans le micro.
Alex : C’est pas la technique, c’est l’attitude.
Fabien : C’est le leader charismatique, c’est ça qui nous faut, et c’est ça qu’on a ! (rires)
Olivier : Regarde, dans le Hardcore ils sont tout le temps en train de mettre leur micro dans le public… C’est pour ça que les mecs ils ont toujours de la voix.
Fabien : C’est là qu’on voit l’influence de Patrick Bruel sur le Hardcore. (rires)

Une dernière question : qu’est ce que vous écoutez en ce moment ? Est-ce que vous avez des recommandations à faire ?

Alex : Alors moi j’écoute beaucoup L'Album Bleu d’un groupe qui s’appelle Poésie Zéro, parce que c’est assez parfait quand même, à la fois musicalement, techniquement, et y a une tripotée de tubes. Un autre groupe que j’écoute, on reste dans le local, c’est les 70 Pornographik Men, qui sont un groupe de Nantes et qui ont une chanson que je met en boucle qui s’appelle La Loire Atlantique c’est super.
Fabien : moi j’écoute toujours Deportivo, même les derniers, plus personne n’aime ça, tout le monde s’en branle, moi j’adore. J’écoute Cradle Of Filth, du Black Metal, j’écoute Metallica. J’ai toujours écouté la même chose toute ma vie… J’en ai marre (rires)
Olivier : On tourne en rond ! La semaine dernière j’ai réécouté quasiment tout Nofx.
F-X : Moi j’écoute le dernier Impure Wilhelmina qui c’est vraiment un très bon groupe.
Alex : La compil d’hommage aux Sheriff aussi !
Fabien : J’écoute beaucoup le dernier Not Scientists, j’ai souvent envie de le mettre et je le mets souvent.
Olivier : Ah si j’écoute beaucoup le nouveau Heavy Heart qui va pas tarder à sortir.
Alex : En fait on n’écoute que les groupes avec qui on fait des concerts : Heavy HeartNot Scientists, Poésie Zéro, 70 Pornographik Men, Nofx… que des groupes avec qui on tourne (rires)
Olivier : Ah si moi j’ai aussi beaucoup écouté Deafheaven.
Alex : Et The Decline évidemment.

F-X : Et vous, vous écoutez quoi ?

Tame Impala, c’est du psyché australien super chouette.

Louise (Février 2019)

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