La Sélection #7 : Prince commenté par Steven Wilson (Paris, 2018)

"Ca ne sonne pas professionnel, ça sonne Prince.Steven Wilson 

Quand on balance le nom de Steven Wilson dans une conversation, votre interlocuteur a probablement en tête un maniaque de musique, le genre de type qui explose Mikael Akerfeldt (Opeth) à un quizz sur le rock prog. C'est effectivement une facette de l'anglais multi-tâches, mais Steven est également un grand spécialiste de musique pop. Et quand nous lui avons proposé de faire une sélection discographique, il a instantanément répondu : Prince ! Nous voici donc avec Steven Wilson, examinant le meilleur (et le pire) de sa longue et protéiforme carrière.





Metalorgie : Bon, nous sommes ici pour que tu nous fasses sélection de Prince.  Est-ce que tu connais toute sa discographie ?


SW: Pour être honnête, je connais très bien jusque dans les années 90, à peu près.


Sa période classique!


SW : Oui, puis mes connaissances deviennent un peu plus inégales.


Quel album recommanderais-tu pour découvrir Prince, avec le critère "fan de rock/metal" peut être : Purple Rain (1984)




SW: Dans ce cas, c'est facile. Purple Rain est définitivement l’album où il s'est ouvert à un public rock. Ce qui est intéressant avec Prince, c’est le fait qu’il a évidemment grandi en écoutant beaucoup de musique funk, soul et noire. Mais, grandissant à Minneapolis, il a également été exposé au rock, par exemple à Santana et Jimi Hendrix. Et on peut entendre tout ça, particulièrement sur Purple Rain. Evidemment, cet album contient beaucoup de classiques que les gens connaissent sans doute déjà. Mais c’est l’album où l’esthétique rock et l’esthétique funk sont les plus parfaitement équilibrées. Et aussi la sensibilité pop, les chansons pop. Ce n'est pas mon préféré, mais même pour moi, c'est la porte par laquelle je suis entré dans l'univers de Prince. Il y a aussi le film Purple Rain, je veux dire, c'est une sorte de plaisir coupable parce qu'il est assez ringard mais j'adore ça. Ses performances dans le film sont juste sublimes. Je veux dire, quand on parle de pop stars... Là, c'est une vraie pop star, ce n'est pas une contrefaçon. Il transpire naturellement le charisme, sait danser, bien s’habiller, est une bête de scène et sait comment engager le public. On voit tout ça dans les séquences musicales. C'est aussi un guitariste incroyable, ce qui s'entend très bien sur cet album.

Blague à part, est-ce que tu t'imaginerais jouer dans un film basé sur un de tes albums ?

SW: Eh bien, je ne pense pas que je pourrais faire un film dans lequel je serais placé aussi centralement. Premièrement, si tu veux faire un film comme ça, il faut avoir un ego gigantesque. Et tu sais quoi, ce n'est pas forcément quelque chose de négatif d'ailleurs. Une partie de ce qui fait que les pop stars sont ce qu’elles sont, c'est qu'elles ont un énorme ego : Mick JaggerBruce SpringsteenBonoMadonnaMorrissey ou Michael Jackson. La chose que toutes ces personnes ont en commun est un égo énorme. Ils sont tous vraiment convaincus qu'ils sont des génies, mais surtout qu’il est tout à fait naturel qu’ils se trouvent dans une salle où 20.000 personnes ne regardent rien d'autre qu'eux. Ils croient vraiment que c'est normal et ça ne sera jamais mon cas. Je ne peux pas divorcer de la réalité assez pour croire et être à l'aise avec cela. Lorsqu'on me voit dans le film Home Invasion, par exemple: je suis heureux d’être le centre de l'attention, mais il n'y a aucun moment où je ne suis pas conscient de l'absurdité de la situation. Parce que je ne suis pas une pop star, je suis juste un gars qui fait de la musique et qui aime ça. Mais quand on voit Prince, c'est une vraie pop star, avec l'ego, le narcissisme, qui croit en son propre charisme. Mais ça a une vraie magie et c'est pourquoi ces personnes sont des icônes en fin de compte. C'est comme les stars de cinéma, quand elles sont presque au point de transcender le fait de faire partie de l'espèce humaine. Elles sont comme des demi-dieux. Et c’est ce qui me manque le plus avec les pop stars stars, de nos jours. Elles n'ont plus vraiment ce type de personnes. Certains d'entre eux existent encore, comme Kanye WestBeyonce... Mais dans le monde du rock, nous n'en avons plus vraiment. Les musiciens de rock sont devenus beaucoup trop comme l'un d'entre nous maintenant. Ce petit côté magique me manque un peu. Ozzy Osbourne était un dieu du rock et maintenant ... C'est un peu une sorte de bouffon, tu vois ce que je veux dire : qui tombe de son fauteuil et n'arrive pas à utiliser sa télécommande. 

Je crois sincèrement qu'il a joué la scène dont tu parles.

SW: Peu importe, en fait.


Quel est ton album de Prince préféré : Parade (1986), Dirty Mind (1980)

SW: C'est vraiment difficile de choisir, j'ai trois albums en tête. Je pense que je vais choisir Parade avec Dirty Mind juste derrière. 



SW: Dirty Mind est en quelque sorte l'album avec lequel il s'est fait connaître. C'est l'un des disques les plus funky que j'ai jamais entendu de ma vie, c'est aussi l'un des plus sexy et assez controversé. Il y a une chanson sur l'inceste qui s'appelle "Sister", une qui s'appelle "Head" et qui parle de cette femme sur le point de se marier et elle finit par lui faire une fellation. C'est tellement grossier! Mais tu sais quoi, c'est aussi tellement sexy et plein de vie. Et il y a une chose à propos de l'album : il joue tout dessus et ça sonne comme une démo. Ce disque a quelque chose de très brut et immédiat. Il dure trente minutes et est tellement funky ! 



SW : Ce qui nous amène à mon album préféré, Parade. Principalement à cause de la production, je me considère avant tout comme quelqu'un qui s’intéresserait à l’aspect sonique d’un disque. Parade a un son extraordinaire, très sec, très direct. "Kiss" est un bon exemple, le morceau est réputé pour ça, un peu comme "When Doves Cry" : c'est un incroyable hymne pop et il n'y a pas de basse ! Et je ne n'ai aucun autre disque en tête à par celui-ci, un disque de danse sans basse. 

C'est donc possible de faire ça ?

A priori, oui puisqu'il l'a fait. Disons simplement qu'on a presque jamais vu ça. Et il y a clairement quelque chose dans sa conception musicale qui est très éloigné de la manière prescrite avec laquelle tu es censé concevoir un album. Et quand j'ai entendu "Kiss", je me suis dit "c'est quoi ce bordel?" ! La production est vraiment très particulière et j'aime ça de lui. Cette audace dans la façon dont il utilise le vocabulaire musical. Au cours des années 80, il utilisait une boîte à rythme, programmant tout lui-même et il avait des choix très particuliers pour le son de batterie et la manière dont il programmait. Et en fait pour moi, le problème avec sa carrière plus tardive est que sa musique a commencé à sonner un peu plus générique. Dans les années 90, il a recruté un vrai groupe et a commencé à sonner différemment.  Je me suis donc un peu désintéressé à cause de ça.  Il reste tout de même quelques disques étonnants, "Sexy Motherfucker" sur Love Symbol ou "Get Off" sur Diamonds and Pearls, mais ils ressemblaient un peu plus aux disques de tout le monde. À une époque, dans les années 80, les disques de Prince ne sonnaient comme aucun autre. "If I Was Your Girlfriend" sur Sign o' the Times, qui aurait été mon troisième choix comme disque préféré : la façon dont il enregistre sa voix à différentes vitesses, de sorte que sa voix ressemble à celle d'une fille. Il y a certaines choses dans son approche de la production  qui m'ont ouvert les yeux et je suis loin d'être le seul.

Lequel de ses albums considères-tu comme le plus sous-estimé : Around The World in a Day (1985) 



SW :  Around The World in a Day, qui a suivi Purple Rain, est aussi un disque incroyable et fut considéré comme un échec commercial à l’époque. Purple Rain avait fait 10 millions de ventes et Around The World in a Day, trois millions. Je suis sûr que nous aimerions tous avoir un tel échec commercial, mais proportionellement, c'était considéré comme tel. Un autre aspect de son parcours de carrière des années 80 que j’aime beaucoup, c’est que chaque LP est comme une réinvention. Purple Rain est comme le funk rock de stade, Around the World in a Day ressemble à un disque dance psychédélique, même la pochette est très psychédélique. Des chansons comme "Raspberry Beret", "Paisley Park" sont ce genre d’idées de récupérer le psychédélisme de la fin des années 60 dans un contexte un peu funk / pop. Et puis Parade est ce disque de funk électrique très dépouillé, tout comme Dirty Mind est un album de funk un peu low-fi. De plus, tout le monde te dira que si tu veux vendre beaucoup d'albums, la pire chose à faire est de changer, car vous désorientez vos fans. David Bowie l'a fait aussi. Les gens ont tendance à oublier que Low et Heroes étaient considérés comme des échecs lors leurs sorties. Parce qu'ils ont suivi des LPs comme Young Americans et Diamond Dogs, qui eux même sont arrivés après Ziggy Stardust. Ils ont été considérés comme des échecs parce qu'ils n'ont pas atteint les sommets commerciaux de Ziggy ou de Young Americans. Mais en même temps, 30/40 ans plus tard, nous les considérons maintenant comme des pinacles artistiques. Et je pense que c'est la même chose avec Prince. Si tu changes, tout le monde est perdu : tes fans et ton label. Mais ce sont ces artistes qui ont résisté à l'épreuve du temps. Neil Young : on ne sait jamais s'il va faire un album country, un album grunge, un album folk ou électronique! J'aime ça de tous ces artistes. À ma manière, je voulais être ce genre de musicien, qui fait face aux attentes de son public. Mais c'est la chose la plus difficile à réussir. C'est presque comme si tu devais avoir un album qui se vende à 10 millions pour que tu puisses te permettre d'en avoir un qui ne se vend qu'à deux millions. Chaque fois que tu sors un nouvel album, tu risques tout. Prince est un cas d'école en la matière.

Des albums live peut être ? C'est bizarre parce que tous ses albums live sont assez récents. (One Nite Alone, 2002)



 SW: La moitié de Purple Rain est en live, mais c'est retravaillé et considéré comme un album studio. J'ai écouté un ou deux albums live mais j'ai un léger problème avec ces derniers. Il avait souvent cette tendance à être un peu en mode « cabaret » sur scène. Maintenant, je dis ça avec mesure, car il est clairement l’un des plus grands, si ce n’est le plus grand performers de tous les temps. Mais, à l'écoute de certains enregistrements live, c'était parfois un peu kitsch et je n'aime pas trop ça. Par exemple, pour le live One Nite Alone, il fait une version de "Nothing Compares to You", qui est une chanson incroyable. Et ce qui est si beau dans la version originale et dans la reprise de Sinead O'Connor, c’est l'euphémisme, le sentiment que c’est la chanson de quelqu'un qui est complètement seul. Et la version qu'il fait dessus fait un peu cabaret, tu vois ce que je veux dire? C'est très intéressant à mon avis: tu ne comprends pas ce qui fait que ta propre chanson est adorée par tant de personnes ?

Je pense qu'ils n'en ont aucune idée... Toi non plus, d'ailleurs !

SW: Tu as probablement raison! Je ne sais non plus. Il a également fait une version de "The Ballad of Dorothy Parker", peut-être ma chanson préférée de 
Prince, qui est sur sur Sign o' The Times. Et encore une fois, il y a cette production vraiment bizarre, rien que lui et cette boîte à rythmes primitive, c'est une chanson très dépouillée. Il l'a jouée chez David Letterman ou Oprah Winfrey et l'a transformé en un espèce de truc jazz/fusion. Et je me suis dit "ca n'aurait tellement pas dû arriver!", ça ne marche pas du tout ! Donc, même s'il est un incroyable artiste sur scène, je ne suis pas fan de ses albums live, si ce n'est pas une contradiction... 

Un album pour approfondir sa connaissance de Prince : 
Sign o' The Times (1987)



SW : Donc, cet album est ce que les Anglais décrivent comme "tentaculaire". Cela veut dire qu’il couvre de nombreuses approches variées, qu’il s'essaye à pas mal de genres différents. C’est très bon du début à la fin mais il est difficile à assimiler je pense, parce qu'on ne peut pas se poser et dire "oh, c’est ce genre de disque", car la chanson suivante va encore complètement chambouler nos attentes. Là-dessus, il y a une chanson gospel, une chanson hip hop, un hymne pop psychédélique, la chanson titre est très politisée et dépouillée. Ca change constamment et il assez long, 80 minutes. Ce n'est donc pas un disque digeste, mais il est considéré comme le choix des « connoisseurs » (NDR : en français dans le texte) de Prince. C'est son chef-d'œuvre à cet égard.

Un bon album récent de Prince : HITnRUN Phase Two (2015) 



SW: Je pense que le dernier album sorti de son vivant est vraiment bon. Dirais-je qu'il est aussi bon que ce qu'il a fait dans les années 80? Non, mais par rapport aux standards de n'importe qui d'autre, ça reste un disque pop inventif et bien fait. J'ai écouté la plupart des disques des dix dernières années de sa carrière parce que je suis récemment revenu à Prince. Je les ai tous appréciés, mais honnêtement, je ne pourrais pas dire que l'un d'eux puisse dépasser sa discographie des années 80, sauf peut-être HITnRun Phase Two, il atteint presque ce niveau.

Un album un peu nul : Emancipation (1996)



SW : Eh bien, il y a la période « Temoin de Jéhovah ». A cette époque, il est devenu très religieux, à partir d'Emancipation, qui est encore un triple CD. C'est environ trois heures de musique et honnêtement, je ne suis pas fan. J'ai vraiment essayé. Je veux dire, quand il est devenu religieux, beaucoup de l'aspect sexy de sa musique, le petit sous-courant érotique, a disparu.

Ah, merde !

SW: Ouais exactement: merde ! Aussi, je pense qu'il est devenu tout à fait conscient qu'il voulait être plus attractif pour atteindre un public noir. Donc, beaucoup d'influences rock ont également disparu, ce qui est son choix et cela ne me pose absolument pas problème. Mais moi, cette sensibilité rock m'a manqué. Ainsi, ce que j'appelle les années « Témoin de Jéhovah » commencent à partir d'Emancipation jusqu'à Rave Un2 the Joy Fantastic, où il collabore avec divers artistes de RnB et cela ne m'intéresse pas du tout. Mais la plus grande déception que j'ai jamais eue avec Prince a été Emancipation, car c’était un set de trois CD et je me suis dit: «Waouh, il va s'étendre et faire pleins de trucs différents! ». Je pense qu'il y a environ 36 chansons dessus et je suis resté assis à attendre une chanson qui pourrait me plaire. Je me souviens avoir été écrasé par la déception. Mais tu sais quoi, je devrais essayer de l'écouter à nouveau, je vais peut être l'apprécier! [sourire]

Une chanson de Prince qui a une signification spéciale pour toi : "The Ballad of Dorothy Parker" (1987)

SW:  C'est une si belle chanson. Et c'est aussi une chanson qui raconte une histoire de manière très conversationnelle. Et j'ai entendu une anecdote à propos de cette chanson. Il était en train de faire construire son grand complexe Paisley Park l'époque et les studios n'étaient pas encore terminés. Il a eu une idée pour cette chanson et est allé en studio pour l’enregistrer. L'ingénieur lui a dit que le studio n'était pas terminé, que tout ce matériel ne fonctionnait pas et qu'il ne pouvait pas enregistrer. Et il a utilisé le fait que la table de mixage ne marchait pas correctement et produisait cet effet étrange sur le son, qui sortait avec un signal modifié. Il a fait de ce défaut la marque de fabrique de la musique. Donc, si tu écoutes cette chanson en particulier, tout semble très sombre. On dirait que la boîte à rythmes sonne comme si elle était sous un tapis. Mais ça donne à ce titre cette signature sonore vraiment intéressante, que j'adore. Et j'aime aussi l'idée d'un artiste tellement inspiré qu'il ne peut pas attendre pour enregistrer quelque chose. Et la chanson a également ce son particulièrement low-fi. C’est ce que j’adore avec sa période années 80. Il y a toujours cette touche low-fi, presque comme du DIY. Ça ne sonne pas professionnel, ça sonne Prince, tout simplement.

C'est vraiment intéressant que tu aimes cette production low-fi, puisque t'es beaucoup fait connaître en tant que professionnel de studio, perfectionniste dans la recherche du son.

SW: Je sais, c'est une belle contradiction. L'un des autres genres musicaux que j'aimais beaucoup en grandissant était la musique industrielle. Quand j'étais gamin, j'étais à fond sur Throbbing GristleSPKCabaret Voltaire...

Swans ?

Ouais ! D'ailleurs, j'écoutais Swans ce matin, Holy Money, qui est incroyablement low-fi. C'est une production typique des 80s. J'aime ce genre de musique et ça se retrouve dans ce que je fais, si vous voulez bien le voir, vous en trouverez ! Il y a par exemple le début de Hand.Cannot.Erase : la partie piano d'intro est délibérément faite pour sonner comme si elle était lue sur un lecteur de cassette qui mâche la bande. Il y a même certaines personnes qui se sont plaintes, elles affirmaient que leur CD avait un problème ! Et j'aime vraiment ça, l'idée que certaines personnes reviennent en magasin et disent qu'il y a un défaut, parce que tu as voulu que quelque chose sonne perturbé, low-fi et un peu vacillant. Cela ne ressort pas tellement dans ma musique mais l'influence est là. Sur Insurgentes, mon premier album solo, j’ai utilisé beaucoup de pianoise qui vient de l'écoute de musique noise japonaise comme MerzbowMasonna, des trucs comme ça. Donc, même si j'aime que mes albums sonnent très bien et soient cinématiques, on y retrouve aussi des éléments de l'esthétique noise et du low-fi.

Les précédents volets de "La Sélection" :
Episode #6 : Dream Theater commenté par Miguel Espinosa (Persefone)
Episode #5 : John Coltrane commenté par Christian Vander (Magma)
Episode #4 : The Melvins commenté par Atsuo et Takeshi (Boris)
Episode #3 : The Cure commenté par Neige (Alcest)
Episode #2 : Ministry commenté par Fabien W. Furter (Wheelfall)
Episode #1 : Ulver commenté par Aymeric Thomas (Pryapisme)








































Neredude (Octobre 2018)

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