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Dälek Hellfest 2018

Il y a des artistes que j'estime énormément, musicalement et artistiquement. Humainement aussi. Pour cette édition du Hellfest 2018 c'était enfin l'occasion de rencontrer MC Dälek et d'échanger à propos des deux derniers albums qui sont sortis coup sur coup en 2016 et 2017. Et d'une manière générale de parler Hip-Hop de collaborations, de projets et d'influences en tout genre.

Bientôt un an que ton dernier album Endangered Philosophies est sorti. Quel regard portes-tu avec plus de recul sur cette sortie et quels sont les retours que tu en as eu ?

Génial ! Nous avons sorti Asphalt For Eden sur Profound Lore Records, c'était merveilleux de pouvoir le faire, et sortir Endangered Philosophies sur Ipecac Recordings c'est comme rentrer à la maison, ça m'a fait du bien. C’est même au-delà de ce que j’espérais comme de pouvoir jouer des concerts, jouer en festivals, être invité ici au Hellfest... Pour être honnête, je n’ai jamais vraiment été préoccupé par les critiques. Je ne dis pas que je n'en lis pas ci et là, mais je suis trop occupé pour toutes les lire. La réponse de la foule est positive. Je ne fais pas vraiment de disque en essayant de penser à ce que le public veut. Ce n’est pas mon souci principal, ma principale préoccupation est l’album lui-même et la façon dont je peux dire ce que je dois dire.

Comme tu disais, ce dernier album a marqué ton retour sur le label de Mike Patton, Ipecac Recordings. Qu’est ce qui a motivé ce choix alors qu’Asphalt For Eden était sorti chez Profound Lore Records ?

Ce n'était pas vraiment un retour. Sortir un disque sur Profound Lore Records ne signifiait pas quitter Ipecac Recordings, honnêtement, c’était plus une question de timing et de calendrier. Ipecac n’avait pas vraiment de place pour sortir Asphalt For Eden à temps et nous ne voulions pas attendre pour une fois que nous l’avions fini et Profound Lore nous a proposé de sortir le disque. Nous avons beaucoup de respect pour ce label et nous sommes heureux d’avoir pu travailler avec eux. Une fois qu’Endangered Philosophies était prêt, Mike Patton nous a appelé pour nous dire "je veux sortir celui-là !" Nous nous sommes dit "absolument, faisons ça.".

Justement Profound Lore Records est un label spécialisé dans la lourdeur extrême et peu habitué au Hip-Hop. Comment avez-vous atterri chez eux ?

Ils nous ont contactés et nous respectons beaucoup de groupes avec qui ils travaillent. Si ça leur suffit, ça me suffit (rires). Pour moi, le fait que ce ne soit pas un label Hip-Hop m'importe peu car même Ipecac n’est pas un label Hip-Hop, donc ce n’est pas vraiment un problème pour nous. Ce qui nous intéresse surtout c’est de sortir un disque sur un label qui permet aux artistes se s’exprimer librement, qui croient en eux et qui les traite de manière équitable. J’ai eu la chance de travailler avec des labels comme Profound Lore ou Ipecac qui se soucient vraiment des artistes, c’est une bonne situation. (NDR : comme scribe).



Tu as laissé s’écouler sept ans entre Gutter Tactics et Asphalt For Eden pourtant il a fallu moins de 2 ans pour que sorte ton dernier album. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

Nous avons pris une pause après Gutter Tactics. En gros, pour Oktopus et moi-même, nous tournons depuis près de quinze ans, pratiquement non-stop, et je pense que nous avions tous deux besoin d'une pause avec la musique et les tournées. Je suis resté inactif pendant quasiment un an avant de commencer mon autre projet Iconaclass et commencé à faire des tournées. Mais le son Dälek me manquait. Je voulais recommencer et c'est ce qui m'a poussé à reprendre l’écriture et à travailler sur un nouvel album.

Comment s'est déroulé le processus d'écriture avec Dj Rek et Mike Manteca après le départ d’Oktopus ?

Dälek a toujours été composé d’Oktopus et moi-même. Nous étions les coproducteurs ensemble alors nous avons écrit la musique ensemble. Ce n’était pas trop compliqué parce que Mike Manteca était avec nous depuis Absence à jouer de la guitare sur beaucoup de tournées, donc il connaissait le son Dälek, nous travaillions beaucoup ensemble et Dj Rek était le DJ original quand Oktopus et moi avons démarré. Même si nous avons recommencé avec des membres différents, ce ne sont pas de nouveaux membres, ils avaient tous été impliqués pendant des années. C’est la raison pour laquelle le son est toujours le même. Ce n’est pas comme si j’avais recruté de nouvelles personnes qui ne savaient rien de ce que nous faisions. Je veux garder cette continuité, l'âme de ce qu'est Dälek.

Combien de temps penses-tu que l’on devra attendre avant qu’un nouvel album voit le jour et as-tu déjà commencé à travailler dessus ?

Oui, nous écrivons constamment et il y a déjà beaucoup de morceaux en travaux en ce moment. Pour un nouvel album de Dälek, il faudra attendre probablement quelques années, mais il y a deux projets dont je ne veux pas trop parler car il y a des étapes préliminaires, des étapes de planification. Nous aurons probablement des collaborations intéressantes à venir. Je pense que les gens seront très enthousiastes. Il y aura d’autres choses à venir cette année, mais ce n’est pas encore un album à proprement parler, mais en attendant, nous aurons peut-être un ep ou quelque chose du genre. Nous avons en fait trois ou quatre morceaux enregistrés durant des sessions d'Endangered Philosophies qui n’ont pas fini sur l’album mais nous voulons quand même les sortir. Comme je l'ai dit, nous écrivons constamment, mais nous sommes loin d'avoir fini (rires).

J’ai lu dans une interview qu’un split ou album collaboratif avec Blut Aus Nord était en préparation. Est-ce toujours d’actualité ?

Celui-ci est malheureusement en veilleuse pour l’instant. Cela ne s’est pas vraiment concrétisé aussi rapidement que nous le voulions, mais c’est toujours quelque chose que nous voulons faire. Je ne dis pas que ça ne se fera pas, juste que ça va prendre du temps.

Depuis peu, vous êtes de plus en plus à l’affiche de festivals comme le Roadburn ou le Hellfest qui n’a pas pour habitude de programmer du Hip-Hop. Qu’en penses-tu ?

Je pense que c'est super. Nous avons toujours été un groupe qui existe entre les genres. Nous sommes un peu trop lourds pour les fans de Hip-Hop et nous sommes trop Hip-Hop pour les metalleux, mais dans les festivals comme Roadburn, Hellfest ou Dour, vous avez des fans de musique qui ont un esprit plus ouvert. L’expérience Roadburn était phénoménale, la réaction de la foule était folle. Vous savez, en tant que musicien, vous choisissez de jouer là où vous le voulez, alors si tel ou tel festival nous invite, nous y irons.

Ressentez-vous plus de pression à jouer pour un public de festival plus varié ?

Pas du tout. Nous avons joué aux Eurockéennes dans le passé. Nous avons également joué dans un festival dont je ne me souviens plus du nom, en Norvège je pense. Les Guns N RosesRoger Waters et Bob Dylan y ont également joué, c’est insensé. Je trouve que jouer dans un petit sous-sol devant cinq personnes c’est bien plus de pression parce que ces cinq personnes en face de vous ont cette connexion intime. Lorsque vous avez un océan de personnes, il est très facile de vous laisser aller, c’est une expérience merveilleuse.



Alors que la majorité des albums de Hip-Hop regorge de featurings, tu n’en as jamais fait. Pourquoi ce choix ?

Il n’y a jamais eu d’invité sur les albums d’Eric B. And Rakim, alors si je pouvais n’être qu’1/8 de Rakim, j’en serai heureux. Voilà pourquoi ! (rires)

Pendant la campagne présidentielle américaine et encore plus depuis l’élection de Donald Trump nous avons eu droit à une augmentation de musique militante anti-Trump. Cet événement t’a-t-il inspiré plus qu’à ton habitude ?

Oui malheureusement. Cette présidence me donne suffisamment de matière toutes les 24 heures pour écrire un nouvel album. Je ne prendrai pas plaisir à ce que notre pays soit en ruine. Il y a beaucoup à écrire. Vous savez, quand la maison est en feu, il faut que quelqu'un dise que la maison est en feu. Je me sens que notre métier est de faire savoir aux gens ce qu’il se passe. En tout cas nous essayons de le faire.

Pour moi, ce que je ressens dans votre musique c'est une cohabitation entre de la colère et quelque chose de plus aérien.

Cela vient avec l'âge. Au début de notre carrière, c’était juste de la colère, mais au fur et à mesure que tu développes ta colère, tu te rends compte qu’il y a d’autres choses à explorer, d’autres choses à dire. Cela m'intéresse vraiment et je veux voir où nous pouvons aller avec. Quand quelque chose est constamment dans la colère, il a tendance à perdre son intensité. En grandissant, je pense à une autre émotion que tu peux toucher seulement lorsque le bonheur est passé. Une sorte de tristesse, mais je n’ai jamais eu assez de maturité pour l'exprimer plus tôt. Sur des morceaux comme Masked Laughter (Nothing's Left), j'aime la façon dont c’est composé et les émotions que ça suscite. Je ne pense pas que nous ayons déjà fait quelque chose comme ça, c’est plutôt cool.

Te sens-tu influencé par la scène Hip-Hop actuelle comme Kendrick Lamar ? As-tu des rappeurs à nous conseiller ?

J’ai beaucoup de respect pour Kendrick Lamar. Je tiens à dire qu’il m’inspire dans le sens où je pense qu’il est est formidable qu’il dise aux jeunes ce qui doit être dit et il parle au nom d’une toute nouvelle génération qui a besoin de cela. Je suis très heureux de voir un musicien incroyable comme lui faire ça. Mais il y a tellement d'artistes underground dans le Hip-Hop que j'adore et qui m'inspirent notamment un artiste appelé Ka que je trouve incroyable. Les gens pensent que le Hip-Hop n’est que ce qui passe à la radio, que c’est de la musique Pop, mais il y a tellement d’artistes incroyables qui continuent à produire et qui n’obtiennent jamais la lumière de la radio. J'ai 42 ans et je pense que beaucoup de gens de mon âge ont facilement tendance à voir la musique actuelle comme étant merdique mais je ne pense pas que ce soit vrai. Je pense qu’en vieillissant, tu arrêtes de chercher. Mais moi, je continue à chercher. Les gens m'envoient des trucs et j’écoute tout. Je pense que c’est le moment idéal pour vivre avec la musique. Il te suffit de chercher un peu et d’écouter. Du point de vue artistique, il se passe beaucoup de choses.

Es-tu régulièrement approché par des groupes pour faire des remixes ou des featurings ?

Oui, je reçois des demandes pour les deux. C’est sans doute plus facile pour moi de faire un remix parce que je peux prendre la source de ce que je veux et arriver à quelque chose qui est à moi. Je suis très sélectif à propos de ce sur quoi je pose ma voix, ce qui fait que je ne fais presque jamais de featuring. Si je le fais, c’est que j’aime beaucoup le morceau. Pendant vingt ans, j’ai fait de mon mieux pour ne pas mettre ma voix sur quelque chose que je regretterai plus tard et à ce stade ça a plutôt bien marché alors je vais continuer comme ça. (rires)

Auras-tu le temps de voir quelques concerts ? Pour rappel, Dead Cross joue sur la même scène que toi un peu plus tard dans la journée.

J'espère ! Je ne sais pas combien de temps nous resterons. Nous avons joué avec Dead Cross il y a quelques jours, alors je n'ai pas besoin de rester plus tard pour les voir mais je vais essayer (rires) ! J’aimerai vraiment voir Deftones, mais ils jouent tard alors je ne sais pas si ça passera.

Merci de m'avoir accordé un peu de temps pour cette discussion !

Merci mec, et j'adore ton t-shirt ! (NDR : je portais un t-shirt Dälek pendant cette interview)


Pentacle (Octobre 2018)

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