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Frost (Satyricon) Hellfest 2018

Malgré le beau soleil qui anime cette journée du vendredi au Hellfest, nous sommes allés poser quelques questions à un Frost tout de cuir et de noir vêtu à l’ombre d’un parasol. On a pu papoter une quinzaine de minutes du dernier album mais aussi du passé des Norvégiens avec un batteur assez bavard et ma foi sympathique. 

Bonjour Frost, comment ça va ?

Très bien, on est très contents d’être présents au Hellfest cette année.

L’année dernière Satyricon a sorti Deep Calleth Upon Deep, et comme tu le dis souvent, le but du groupe est de repousser constamment ses propres limites à chaque sortie. Qu’est-ce qui selon toi est différent sur cet album ?

Je pense que c’est quelque chose de totalement différent de ce qu’on a pu faire auparavant. D’abord parce que l’oeuvre en elle-même a un feeling propre, elle laisse plus de respirations et d’espace que ce qu’on faisait à nos débuts. Les dynamiques ne sont pas les mêmes non plus et on avait déjà entamé une approche comme celle-là sur Satyricon (2013). C’était comme... trouver une clé ouvrant de nouvelles portes et avec Deep Calleth Upon Deep on a essayé de rôder dans toutes les pièces en creusant autant que possible chaque idée. Cette recherche en profondeur nous a quelque part donné une autre idée de la composition et je pense que tâtonner pour trouver des solutions pour faire sonner tel ou tel morceau a vraiment influencé cet album.
Et puis bien sûr ce disque est assez personnel aussi. Je pense que la maîtrise que l’on a aujourd’hui de notre musique a fait resurgir encore davantage notre affect. Nous avons traversé des situations vraiment difficiles (ndlr : Satyr avait été diagnostiqué d’une tumeur au cerveau en 2015) et d’une manière ou d’une autre ça a forcément déteint sur notre musique, la rendant bien plus grave et dangereuse que tout ce dont on était capables jusqu’alors.

Tu parlais de Satyricon tout à l’heure, j’ai le sentiment que la période plus récente du groupe a évolué musicalement. Alors qu’avant on entendait beaucoup de tremolo picking et des constructions très Black Metal, aujourd’hui les titres sont beaucoup plus hachés et rythmiques. Est-ce que vous écrivez vos titres à partir de jams ? 

Je vois ce que tu veux dire, on a effectivement des titres plus séquencés aujourd’hui. On fait facilement du jam maintenant et on se laisse beaucoup de liberté quand on se lance dedans. Mais c’est aussi une volonté de notre part de créer des titres plus aérés, car on pense que c’est une force pour nos albums. Et puis c’est aussi un moyen de composition assez facile.

Lancer une improvisation sur du Black Metal c’est sans doute pas ce qu’il y a de plus facile…

En fait, on ne se met pas à jouer en se disant "On va faire du Black Metal et rien d’autre". Non, on se laisse porter assez simplement et c’est aussi ce qui fait notre plus grande ouverture musicale actuellement. On veut surtout réussir à exprimer quelque chose plus qu’à jouer absolument d’un genre. Bien sûr, on reste très liés à notre genre d’origine à cause de l’agressivité, de la noirceur de notre musique. Et pour autant on sait que chaque genre a ses codes, ses attentes, qu’il est façonné aussi par les gens qui l’écoutent. Mais notre vision a toujours été de ne pas se préoccuper de ça et de privilégier la liberté artistique avant tout. 

Pour revenir sur votre première partie de carrière, je trouve que Rebel Extravanganza (1999) a apporté un souffle assez différent après des Dark Medieval Times, The Shadowthrone et Nemesis Divina très traditionalistes. Et à la même époque, Ulver sortait Perdition City (2000), et Mayhem avait composé Grand Declaration Of War (2000). Est-ce que les nouvelles directions de vos compagnons de scène et la fin de la décennie Black Metal ont fait évoluer votre vision du genre ? Est-ce que tu as vu ça comme un mouvement global des grands groupes Norvégiens à cette époque ? 

Oui, on était mine de rien assez conscients de notre statut au sein de cette scène et comme j’étais moi-même un passionné de cette musique, la tournure que prenaient les événements représentait quelque chose d’important à mes yeux. Comme je te le disais, on essaye de penser le moins possible aux attentes que peut avoir le public, mais quand tu es parmi les leaders d’un mouvement, tu ne peux pas non plus complètement ignorer ce qui se fait autour de toi. Et c’est vrai qu’à cette époque ça virait presque gothique, il y avait de plus en plus de synthés, d’harmonies et de voix féminines qui s’immisçaient dans le genre et qui avaient tendance à l’adoucir. Le genre devenait de moins en moins reconnaissable et ça me semblait être une sorte d’anachronisme. Ça nous paraissait donc naturel de prendre un autre chemin que ces groupes et de nous raccrocher à cette agressivité, de sortir quelque chose de plus froid et de plus sombre. Je pense qu’on y est parvenus et que c’était la meilleure chose à faire pour Satyricon à l’époque.

Cela fait environ 25 ans que Satyricon existe et si la musique a évolué, les paroles restent toujours très sombres, influencées par le satanisme et le mal en général. Qu’est ce qui vous inspire pour que vous écriviez des textes tout aussi « evil » qu’à vos débuts ?

Je dois faire attention quand je me prononce sur les paroles car c’est Satyr qui est en charge de les écrire. Cependant je pense pouvoir dire qu’il s’inspire de ce qui préoccupe son esprit, bien sûr pas la trivialité du quotidien, mais la partie ténébreuse de ses pensées. Je vois les paroles comme une autre forme d’expression, une manière différente pour projeter un état d’esprit en parallèle avec la musique, et on essaye autant que possible d’établir une connexion entre ce que jouent les instruments et les mots que l’on écrit.

Je sais que tu es amateur d’Art au sens large, est-ce que tu pratiques d’autres forme d’Art ? Ou admires-tu des artistes qui selon toi ont des liens avec la musique que vous jouez ? 

Personnellement, j’ai décidé de ne me consacrer qu’à la musique, c’est une décision que j’ai prise plus jeune et je m’y suis tenu. Mais je peux bien entendu apprécier une belle toile ou un bon livre. Ce qui me fascine c’est le lien qu’il peut y avoir entre des œuvres séparées dans le temps. Je pense à The Kiss Of DeathTodeskuss ») de Edvard Munch, qui est le tableau que nous avons choisi pour illustrer notre dernier album. Nous n’avions jamais vu cette œuvre avant d’avoir composé Deep Calleth Upon Deep et ce qui me frappe c’est que cette pièce de Munch correspond quasi parfaitement à ce qu’on a choisi d’exprimer sur notre dernière sortie. C’est Satyr qui a remarqué The Kiss Of Death et bien qu’il soit assez amateur de Munch, ni lui ni moi n’avions rencontré ce tableau qui est loin d’être bien connu de la carrière du peintre. Je trouve ça assez incroyable que deux artistes que des décennies séparent puissent faire ressentir la même chose.

Oui, on peut aussi penser au graveur Gustave Doré qui sans le savoir a influencé beaucoup de pochettes d’album (ndlr : Emperor - Emperor, Mono - Requiem For Hell, Lucifer’s Fall - Lucifer's Fall,…). Le temps passe et j’en arrive à ma dernière question, comment décrirais-tu un show de Satyricon à quelqu’un qui ne vous a encore jamais vu ?

Nos concerts sont très électriques et habités, c’est magique et très direct à la fois. On ne mise pas sur des effets théâtraux, ce qui compte pour nous c’est avant tout de créer une connexion avec le public et de livrer un show qui va le marquer et le transporter. 

Merci beaucoup Frost pour cette interview et on vous souhaite un bon concert ce soir.

Merci à toi également.

Skaldmax (Août 2018)

Merci à Elodie et Philippine de HIM Media pour le bon déroulement de cette interview. 

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