Boban Milunovic, programmateur du Metaldays Paris, 2018

Depuis 2013 (et même avant sous la houlette d'une autre organisation avec le Metalcamp), le Metaldays fait parler de lui et se place parmi les festivals metal underground de premier plan. Petit à petit, le festival a grandi pour accueillir maintenant des groupes qui sont en tête d'affiche. Nous en avons discuté avec Boban, l'un des programmateurs du festival.




Est-ce que vous introduisez quelque chose de nouveau sur le festival cette année ? 

Je vais te décevoir mais non. Je crois que nous sommes arrivés à notre maximum en terme de production pour ce qu'on peut faire et ne pas faire avec ce lieu. D'un côté, c'est un site merveilleux complètement différent d'autres festivals que tu connais. D'un autre côté, c'est un peu compliqué parce que le site est très étendu et ce n'est pas sur un terrain plat. Les routes d'accès sont petites. Par exemple, nous n'aurions pas de place pour rajouter une quatrième scène, nous ne pourrions pas avoir un camping plus grand ou plus de places de parking. Cette année, je dirais que ça sera 90% comme l'année 2017, mais les 10% qui restent changent toujours d'année en année. On essaye des choses, on veut en améliorer d'autres et ne pas réitérer des erreurs. Donc pas de changement par rapport à l'année passée, nous allons juste corriger quelques bugs.

Ce qui m'amène à ma question suivante : quels ont été vos problèmes l'année dernière ?

La météo, définitivement. Nous y sommes habitués, nous savons que Tolmin a un imprévisible micro-climat. On peut passer d'une journée ensoleillée à un orage en un rien de temps. Il n'y a pas grand chose qu'on puisse y faire, juste être prêt à réagir quand ça arrive. 

Je crois que c'est votre deuxième année avec une troisième scène. Comment ça s'est passé en 2017 et quels améliorations vous pourriez y apporter ? 

Ca s'est vraiment bien passé. C'est vraiment une bonne idée d'introduire une nouvelle scène pour les groupes "nouveaux arrivants" parce que lorsque qu'ils étaient sur la deuxième scène, en général, peu de gens venaient les regarder. Mais avec cette troisième scène spécialement dédiée aux petits groupes récents, il y a toujours beaucoup de monde qui vient soutenir les groupes.

Donc pas de changement par rapport à 2017 ?

Non. La scène en elle-même et les temps de set seront identiques à ceux de l'année dernière. 

Quand on regarde les dernières affiches du festival, on voit que chaque année vous arrivez à avoir des groupes un peu plus gros, les meilleurs exemples étant Marilyn Manson et Judas Priest. Quel est votre but à partir de là, avoir une plus grosse portion de groupes "mainstream" ou garder une bonne part de metal extrême comme vous en avez toujours eu ? 

Je penche pour la seconde option. Nous sommes un festival de metal, et nous le resterons. Nous n'avons aucune intention d'avoir de programmer des gros groupes mainstream au Metaldays. Avoir Manson l'année dernière et Priest cette année est quelque chose qui nous n'avions pas prévu. On nous a proposé le groupe et nous avons pensé "pourquoi pas ? Ca semble être plutôt une bonne chose!". Mais si je devais donner un avis aux festivaliers, je leur dirais de ne pas s'intéresser aux gros groupes et aux têtes d'affiche, ils devraient tout lire à partir de la troisième ligne parce que c'est avec eux qu'on en profite le plus. Pour moi, c'est le vrai coeur du festival et les groupes que nous avons cette année sont vraiment excellents. 

Est-ce que vous souhaitez développer la dimension "camping" du festival ? 

Oui, j'aimerais. Mais comme je l'ai déjà dit, ce n'est pas si facile parce que le lieu est déjà au maximum de sa capacité. Ce que nous essayerons d'améliorer est tout ce qui concerne les sanitaires. Nous aimerions remplacer les toilettes chimiques par autant de toilettes normales que possible. Mais pour ça, nous avons besoin d'un égout et nous coopérons avec l'administration de la ville pour pouvoir le faire. 

Oui, donc je suppose que vous devez beaucoup travailler avec la ville de Tolmin. Est-ce que la coopération fonctionne bien ?

Oui, la coopération est bonne. Il y a quelques années, nous avons atteint un point d'intérêt commun et depuis ce moment, je pense que nous avons d'excellentes relations avec la ville. Ils nous ont aidé sur de nombreux aspects pour amener notre lieu d'accueil à un meilleur niveau d'exigence. 


Que penses-tu des groupes français à l'affiche ?

Il y en a quatre, je n'ai en tête que MalemortHeart Attack et Igorrr. En ce moment, je dois dire que j'apprécie vraiment la musique d'Igorrr. J'ai été surpris de manière très positive quand j'ai découvert le groupe. C'est un super groupe qui combine différents styles de musique qui rend le tout excellent et unique. J'ai vraiment hâte de les voir sur scène. Concernant Heart Attack, je te mentirais si je te disais que je connais leur musique. Je ne m'occupe que du booking de la main stage. Nous avons quelqu'un d'autre qui s'occupe du booking de la deuxième scène et de la scène "nouveaux arrivants". En général, j'essaye de voir autant de groupes sur cette scène que possible parce qu'une bonne partie d'entre eux sont très intéressants. 

Si je ne me trompe pas, il y a un festival à Tolmin juste avant le Metaldays et un autre juste après. 

Oui, nous faisons quatre festivals à la même localisation de manière successive. Notre saison commence avec Overjam qui est un festival reggae, puis ensuite Metaldays, puis Punk Rock Holiday et enfin Motorcity. 

C'est la même équipe sur les quatre festivals ?

Disons que l'équipe est commune à 70%, et tous sont mis en place par la même entreprise. 

Du coup, est-ce que tu as le temps de voir des groupes pendant le festival ?

Oui. Si ta préparation est bien faite et que tu as fait tout ce qu'il fallait, tu devrais avoir assez de temps devant toi pendant le festival pour voir quelques groupes. Si tu es occupé pendant le festival, ça veut dire que quelque chose s'est mal passé ou n'a pas été préparé comme il fallait.

Du coup, est-ce qu'il y a d'autres groupes que tu veux absolument voir ou que tu es fier d'avoir à l'affiche ? 

Je veux vraiment voir Judas Priest parce que c'est une fierté de les avoir. J'ai aussi hâte de voir Soulfly parce que ça fait très longtemps qu'ils n'ont pas joué ici. Je pourrais t'en citer beaucoup d'autres, bien évidemment. 

Je suppose que tu connais l'existence du Psycamp [ndlr : zone informelle du camping où on peut facilement se procurer des substances illicites] ?

[D'un air embarassé] : Oui... Pourquoi ? [Rires]

Est-ce qu'une officialisation serait envisageable, un peu comme ce que fait le Roadburn, qui permet maintenant aux festivaliers de se rendre dans les coffee shops pour acheter de la weed ?

Eh bien, c'est possible en Hollande parce que la loi le permet, ce qui n'est pas le cas en Slovénie, y compris pour un usage médical. Mais je crois que la situation se détend un peu et qu'un jour où l'autre, ça sera légal partout. 

En organisant ce genre d'événements, tu dois avoir une tonne de souvenirs incroyables. Quel est le premier qui te vient à l'esprit ?

Oh, c'est facile : avoir programmé Motorhead et avoir pu connaître Lemmy en personne. C'était un vrai gentleman et une authentique rock star d'une trempe qui n'existe plus aujourd'hui.

Et peut-être garde tu en mémoire un souvenir difficile ?

Je vais être honnête avec toi : je n'ai aucun mauvais souvenir associé au festival. Nous avons la chance de n'avoir jamais eu à faire face à une situation critique. Personne ne s'est jamais blessé gravement ou ce genre de choses. Après, quand tu as 12000 festivaliers sur une semaine, c'est normal que certains se fassent mal, en marchant dans la montagne par exemple. Mais je n'ai aucun mauvais souvenir concernant les festivaliers ou les groupes. 

Quels sont les groupes que tu rêverais de faire jouer ? 

J'adorerais vraiment avoir Tool. Gojira serait excellent aussi et c'est le groupe le plus demandé par ceux qui nous suivent. Jusqu'à présent, ça ne s'est pas fait par un concours de circonstance, nous envoyons des offres chaque année à leur agent. Mais ça arrivera un jour ou l'autre ! J'aimerais beaucoup faire jouer Alice in Chains

Peux-tu nous parler du Winterdays of Metal, le pendant hivernal du Metaldays ?

Le premier a eu lieu en 2010 ! Nous l'avons fait cette année là, et je ne me souviens plus pourquoi, mais ça ne s'est pas fait l'année d'après et nous n'avons pas poursuivi. Et l'opportunité s'est présentée l'année dernière, alors que nous avions l'idée en tête depuis un moment. C'était vraiment une superbe expérience et cette année, nous avons doublé les ventes de billet, ce qui est un bon signe d'engouement. Je crois que les gens sont intéressés par l'idée d'un festival d'hiver. Ce n'est pas commun et c'est pour ça que nous avons pensé que c'était une bonne idée. Les gens aiment partir en vacances en été, mais ça vaut aussi pour l'hiver, donc pourquoi pas ?

Et il est donc possible de skier près de la zone du festival ?

Absolument. C'est tout le concept, tu as deux options : un billet festival et un forfait de ski ou un billet festival et un forfait bien être. Donc tu choisis en fonction de ce qui te correspond le mieux : faire du ski, ou te poser dans un jacuzzi.

Est-ce que tu fréquentes d'autres festivals ? 

Oui, autant que possible. Parfois, j'y vais juste pour le travail ou observer comment font les autres mais sinon, il m'arrive aussi d'y aller juste pour la musique. L'année dernière, j'ai fait le Resurrection Fest en Espagne, et c'était une tuerie : bien organisé, dans un endroit sympa, avec une belle affiche. Le suivant est définitivement le Hellfest, un festival que j'admire. A mon avis, ils ont les meilleures affiches . Parfois, je vais au Nova Rock, en Autriche. Je n'ai jamais été au Wacken, parce que c'est un peu trop proche du Metaldays. J'aimerais aussi faire le Bloodstock en Angleterre.

Neredude (Juillet 2018)

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