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Billy Howerdel (A Perfect Circle, Ashes Divide) Paris, 2018

Le dernier album d'A Perfect Circle n'est pas juste différent parce que 14 ans le séparent de son prédécesseur. Dans sa composition comme dans sa production, le groupe a suivi un processus radicalement différent. Nous en avons discuté avec Billy Howerdel, l'une des deux têtes pensantes du groupe avec Maynard James Keenan. 




Votre dernier album est sorti il y a plus de dix ans. Avez-vous réfléchi à ce que vous aviez déjà accompli musicalement par le passé, pour faire quelque chose de différent cette fois, ou est-ce que le processus est resté spontané ?

Oui, j'ai effectivement réfléchi à ce que nous avions fait auparavant, avant que l'album ne soit fait, pour choisir les chansons qui seraient dessus. Nous ne recherchions pas à nous répéter et c'est vraiment un témoignage authentique de ce que nous sommes en tant que personnes aujourd'hui. Ceci dit, le fait de revisiter le passé ne me dérange pas.

En écoutant le nouvel album, j'ai trouvé que la guitare avait été mise en retrait. Est-ce une décision consciente ?

Oui ! J'ai écrit presque toutes les chansons au piano ou au clavier. J'ai pris la décision de poser la guitare au profit du piano il y a quelques années et de voir ce qui se passerait. Je ne suis pas un bon pianiste mais j'arrive à ttonner pour trouver des notes, des phrases qui sont intéressantes, c'est aussi simple que ça. Et quand le temps de faire l'album est venu, l'idée était d'ajouter des guitares et de les faire sonner comme du clavier. C'est plutôt ce type d'approche que j'ai eu, que j'ai plus ou moins toujours eu d'ailleurs. Il y a des riffs sur les vieux albums, mais si on prend tous les différents sons qu'on y trouve, ceux que je trouve les plus intéressants ne sonnent pas du tout comme de la guitare.

Comment écris-tu des chansons aujourd'hui et est-ce que ta méthode a changé avec les années ?

Ca va de pair avec ce que je viens de dire, le simple fait de passer de la guitare aux claviers. C'est un processus très différent, parce qu'écrire à la guitare signifie que tu te concentres sur une seule partie et tu ne peux pas tout à fait entendre la chanson complète. Il faut ajouter plusieurs couches pour commencer à voir où tu te diriges. Mais avec les claviers, et plus particulièrement le piano, tu as une pédale de sustain, et dans tes mains gauche et droite la basse et la mélodie, il te suffit de fredonner une mélodie par dessus et tu as déjà tout ! Mais je ne suis pas vraiment bon à cette méthode, donc si j'ai pu y arriver, c'est peut être justement grâce à cette possibilité de construire un morceau presque entièrement. Je n'ai pas vraiment de passif, de réflexes avec cette méthode, mais je peux tâtonner pour trouver ce qui est intéressant. 

Quel est ton critère pour déterminer si une chanson est bonne ou non quand tu composes ?

Quand la chanson ne me dérange plus, tout simplement ! [Rires] Auparavant, quand je produisais les albums, j'écrivais, j'enregistrais, je faisais un mix brut qui puisse bien sonner malgré tout, et j'en faisais une copie pour l'écouter en boucle dans la voiture, jusqu'à ce que je trouve quelque chose qui me dérange, ce qui me permettait de faire les corrections nécessaires, l'idée étant de continuer ce processus jusqu'à ce que la chanson ne me pose plus de problèmes. C'est une manière pessimiste de considérer la chose, mais je me disais que si plus rien de me dérangeait avec la chanson, ça me permettrait de continuer à l'écouter pendant longtemps, et c'est plus ou moins toujours comme ça que je m'y suis pris sur les albums précédents. Sur cet album, on a enregistré énormément de pistes, tout mis dans une boîte et, à la fin, on a regardé tout ce qu'on avait, et choisi où telle partie devait aller, en terme de son, par exemple. Donc oui, il y a bien eu différentes manières d'écrire et de construire un album. D'ailleurs, nous avons aussi fait appel à un producteur extérieur, ce qui est une grande première pour le groupe. Et je crois c'était plus sa manière de travailler, qui est très différente de la mienne.
La voix de Maynard  est très mise en avant sur cet album, en partie grâce aux instrumentaux minimalistes. Est-ce que tu es adepte de la philosophie "moins, c'est plus" ?

Oui, c'est toujours comme ça que je l'ai ressenti. Il y a certaines parties de l'album qui sont comme ça, sans aucun doute. Mais il y en aussi qui sont plus denses que tout ce que nous avons fait jusqu'aujourd'hui, avec plus de mélodies qui s'entremêlent en même temps. Donc je crois qu'il y a eu  un équilibre trouvé entre ces deux extrêmes, nous avons repoussé nos limites un peu plus loin. 



Est-ce qu'il y a eu une collaboration avec les autres membres en terme d'écriture ?

Non, pas vraiment. Comme nous l'avons toujours fait, Maynard et moi avons écrit les chansons et nous leur donnons vie avec le groupe pour que les concerts fonctionnent bien.

Si je ne me trompe pas, au début du groupe, tu voulais travailler avec une chanteuse. Est-ce quelque chose que tu voudrais pousser dans le futur ?

Peut-être, un jour et pas forcément avec A Perfect Circle. J'y ai pensé avec mon projet solo Ashes Divide, peut être pour intégrer une chanteuse. Il est également possible que ça soit avec un autre nom de groupe. Mais ce n'est pas quelque chose que je veux absolument faire à l'heure actuelle, j'ai plus ou moins laissé cette idée s'envoler. Peut être qu'elle reviendra justement parce que je n'y pense plus trop. Nous verrons. 

Jusqu'à présent, vous aviez des pochettes d'album plutôt neutres et minimalistes, mais la pochette d'Eat The Elephant est très sombre et retient l'attention. Quelle était votre idée ?

C'était vraiment une idée développée par Maynard. Donc je lui a fait confiance par rapport à sa vision. Si l'un de nous a quelque chose de fort en tête qu'il veut approfondir, l'autre le laisse en général y aller à fond et suit cette direction.

Tu ne veux pas développer concernant sa signification ?

Non. Je veux dire, j'ai une idée générale de ce que ça signifie, mais la beauté de ce que fait Maynard dans ses paroles comme ses choix artistiques est le fait que ça a toujours plusieurs significations, c'est difficile d'en pointer une en particulier. Je crois que Maynard est très bon pour renverser les choses auxquelles tu étais très attaché, rien n'est fixé.

Pourrais-tu développer le sens du titre de l'album ?

Non, je crois que la signification du titre est bien documentée. Je ne veux pas imposer notre interprétation, chacun peut avoir la sienne. Maynard a donné le titre à cet album et à cette chanson, tu peux partir de là. 

Si tu pouvais être un autre musicien, qui serais-tu ?

Oh mec, je n'en sais rien. [Il se tourne vers son manager] : Dino, qui je serais ? Aide moi ! Miley Cyrus ou Eddie James ? Non sérieusement, pourquoi pas Elvis Presley en 1958 ? En guitariste, Buddy Rich mais en étant vraiment bon ? Ou Mick Ronson, peut être ? Je n'en sais rien, le choix est trop difficile, mais ça serait l'un de ceux-là. 



Quelles ont été tes écoutes de ces deniers mois ?

C'est marrant à quel point j'écoute peu de musique. Bon, c'est complètement nouveau pour moi et je ne connais pas ses anciens albums, mais j'ai bien aimé le dernier Lana del Ray. Je cuisine beaucoup, et j'écoute ça en même temps. Elle arrive vraiment à créer de véritables tableaux dans ta tête. Sa chanson "Thirteen Beaches" est excellente. Je suis aussi un grand fan de The Horrors et de  Fever Ray, qui vient de sortir un nouvel album. J'écoute aussi beaucoup The Black Queen, le projet de Greg Puciato avec certains de mes amis, une coïncidence. C'est excellent.

Je ne sais pas si tu es au courant, mais la veille de votre concert à Paris, Nine Inch Nails jouent dans la même salle. Et ils ont un jour sans concert le lendemain.

Ils n'ont donc aucune excuse ! [Rires] Mais où sont-ils ensuite, probablement en Finlande ou je ne sais où ?

En Hollande. 

Oui donc aucune excuse ! Peut être que nous les verrons. Ou peut être qu'ils vont nous laisser des trucs bizarres dans les loges ! On devrait envoyer quelqu'un inspecter tout ça et faire attention. Parce que c'est définitivement le genre de trucs que je leur ferais, genre accrocher un truc au plafond. 

Quelles sont tes activités de choix pour recharger tes batteries et être dans un état créatif ?

Je dirais la cuisine, j'en fais beaucoup. Mais concernant la créativité, je conduis aussi, sans musique, en silence. Conduire sur la côte californienne est sans doute l'une des meilleures choses possibles que tu pourrais faire pour te vider la tête. Dans tout bel endroit qui se situe près de chez toi. 

Parlons de la cuisine alors. Quels sont les ingrédients que tu préfères utiliser en ce moment ?

Je cuisine beaucoup de choses différentes, c'est difficile à dire. Il y a un plat à base de pâtes qui est un des favoris de mes amis et ma famille. C'est une simple puttanesca,  avec des feuille de parsley italienne, des olives, des tomates, avec des pâtes que je cuits dans l'huile d'olive et du citron, qui est la base de la sauce, avec des tentacules de calamar, du paprika, de la moutarde de Dijon, que je grille et fume sur le grill. J'y ajoute des petits cubes de prosciutto. C'est un des meilleurs plats que j'ai jamais goûté, et par chance, je sais le cuisiner. En ce moment, j'apprends à cuisiner indien, c'est un peu plus difficile et long.

Epicé ou non ?

Pas si épicé que ça. Je ne suis pas un grand amateur de nourriture épicée. J'en mange, mais je préfère sentir le goût de la nourriture, je ne veux pas avoir la bouche en feu. 

Avec Ashes Divide, vous avez joué une cover de "The Chain" de Fleetwood Mac. Penses-tu en faire une version studio un jour ? 

Peut être. Je suis vraiment content que la version live ait été enregistrée quand nous l'avons jouée pour la première fois, à Montréal je crois bien. Quand ce sera le temps d'enregistrer le prochain album, on pourrait l'enregistrer en studio.

Donc il va bien y avoir une suite pour Ashes Divide ?

Tu sais, j'ai battu des records quand il s'agit de dire que je ferai des choses que je n'ai finalement jamais faite ! Mais une partie des chansons qui étaient destinées à cet album sont sur Eat The Elephant. Et ça n'a aucune signification particulière, j'écris des chansons, et parfois je dois faire choisir où je pourrais les placer. Là, j'ai rassemblé une dizaine de morceaux que je considère comme un bon point de départ pour un album, assez pour aller en studio avec un producteur pour m'aider à lancer les choses. Quand la campagne pour cet album sera terminée, je pourrais m'y consacrer, mais je ne sais pas quand. 

Est-ce que tu aimes la chanson "Africa" de Toto ?

Hum... Je célèbre cette chanson tous les mois, peut être même toutes les semaines. 

Est-ce que tu aurais envie d'en faire une reprise ?

Pourquoi pas, mais sur scène, je ne sais pas si ça serait vraiment intéressant en studio. 

Quelle est ta bière préférée ?

Ichigo, c'est une bière japonaise. Il y a aussi Boddington's, une pale ale anglaise un peu crémeuse. Mais en fait je ne suis pas un buveur de bière, je suis plus amateur de tequila, pas en cocktail, juste de la tequila. Mais je suis très difficile, je ne bois pas n'importe quelle tequila. Typiquement, c'est soit je trouve la tequila qu'il me faut, soit je préfère rester à l'eau. Pour les marques : Ocho, Casamigos, Don Julio, mais c'est vraiment à la limite de ce que j'accepte de boire. Il y a aussi la Casa Azul qui est probablement ma préférée dans cette gamme de prix de 40 à 70$ la bouteille.

Neredude (Juin 2018)

Remerciements à la communauté Salival.fr pour leurs contributions aux questions.

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