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Alex, programmateur du Festival de Dour 2018 par téléphone le 08/06/18

Le festival de Dour fête en 2018 sa 30ème édition. L'occasion de revenir un peu sur les années précédentes et cette nouvelle édition avec Alex, directeur artistique du festival.


Peux-tu te présenter ainsi que ton rôle au sein du festival de Dour ?

Je m’appelle Alex Stevens, je suis directeur artistique du festival de Dour mais aussi responsable de la coordination au niveau de la communication de l’évènement.

D’accord, tu fais ça depuis combien de temps ?

J’ai commencé en 2000, j’étais bénévole à la base et en 2005 le fondateur du festival m'a proposé de rejoindre l’équipe. Puis le fondateur du festival a quitté ses fonctions officielles car il a eu d’autres fonctions au niveau politique ici en Belgique. J’ai repris la partie programmation, ça fait dix ans qu’il commençait à me laisser intervenir à ce niveau. Ca fait maintenant six / sept ans qu’il n’est plus là.

On voit le festival, le nombre de spectateurs, mais on imagine mal ce qu’il se passe derrière dans le sens ou on imagine pas forcément les moyens logistiques. Est-ce que tu as une idée du nombre de personnes qui travaillent pour le festival de Dour ?

On a le chiffre, c’est plus ou moins 3000 personnes, mais ça comprend aussi bien les personnes qui viennent livrer du matériel que les sociétés qui travaillent sur les scènes, que les gens qui font le montage, le nettoyage… Il y a des associations, des associations sportives ou des scouts qui viennent aussi sur le festival afin de financer une partie de leur camp ou de leur infrastructure. Ca fait pas mal de monde.

Tu es directeur artistique, c’est la 30ème édition du festival cette année. En dehors de cette année, sur les années précédentes, quels sont les artistes qui ont, pour toi, été marquants en termes de souvenirs ou d’échanges ?


Il y a en a plusieurs, après la musique a évolué au cours des 30 dernières éditions. Au début des années 90, je dirais que les groupes qui ont marqué le festival, c’est par exemple en 1994, qui a été une année assez exceptionnelle avec des groupes comme Blur, Pulp… Début des années 90, il y a eu Noir Désir. Ce sont des artistes qui nous ont marqué car ils ont permis au festival de passer à une étape supérieure si tu veux. Après, dans les années 2000, l’une des personnes qui a été le plus importante c’est Mike Patton puisqu'on a eu tous ses projets Fantomas, Tomahawk… Il est venu présenter quasi tous ses projets chez nous. On a aussi des DJs qui viennent tous les ans depuis des années, ca fait 20 ans qu’ils viennent au festival. Il y a eu des concerts mythiques justement au cours de ces 30 éditions, de Tool, de toute la scène Hip-Hop des années 90. On a eu toute la scène Rap française et belge aussi. Il y a des milliers de groupes qui sont passés par Dour, je dirais 4000 / 5000 sur toutes ces années. Il y a eu plein de moments marquants.

J’allais justement y venir. Tu as parlé de Tool, de Pulp, de groupes que personnellement j’apprécie beaucoup, et du coup je constatais que la programmation, entre hier et aujourd’hui, en dehors du nombre de groupes qui a explosé avec les années, a une orientation plus Rock avec une scène dédiée, La Caverne. Comment ça s’est passé ? Est-ce que ca s’est fait naturellement ou est-ce que vous aviez envie de rajouter cette culture au festival ?


On a toujours eu les genres qu’il y a actuellement au festival, un petit peu de Reggae, du Rock et de la musique plus dure. On fait un peu évoluer la quantité et la présence en fonction des modes, donc notre format est assez pratique. On a une scène dédiée et on peut doser la taille des chapiteaux d’année en année en fonction de l’évolution de la musique, des goûts et envies des gens. On a créé des "ghettos" avec des styles, style Rock à part entière, car le festival de Dour est très vaste. Il y a plus de 200 noms donc c’est difficile pour quelqu'un, même pour un spécialiste, de se retrouver dans la programmation. Le fait que ça joue sur une scène, que tu connais quelques groupes, ça aide à filtrer et à commencer à t’intéresser à la programmation. Après, au bout d’un moment tu vas commencer à écouter du Rock, puis si tu veux du Hip-hop, tu changes de scène et ensuite tu sais pas ce que tu vas voir. Ca te permet quand même de te repérer. Il se passe plein de choses intéressantes je trouve, ca part un peu dans tous les sens. Après ce ne sont pas que les groupes qui font Dour, mais c’est important d’avoir aussi une dose de cela, ça fait aussi partie du festival.

Sur cette édition, est-ce qu’il y a des artistes que tu rêvais de faire jouer ou que tu as envie de voir cette année en concert ?

Dans notre programmation, on met les artistes que l’on a envie de voir sur scène. C’est un peu comme cela que l’on fait et que l’on fonctionne. Pour les gens qui programment avec moi, il faut vraiment que l’on ne programme pas des artistes parce que c’est la mode, qui marchent. On programme ce qui fera, on pense, un bon concert et qu’on a envie de défendre, de présenter au public. Je ne pense pas qu’il y aie un seul nom à l’affiche qu’on ne défende pas. Après il y a des artistes, on parlait du Rock, sur cette scène là, y’a des trucs nouveaux, des trucs que l’on fait depuis des années comme Fidlar, ou Thee Of Sees en groupe mythique, je suis content qu’ils reviennent pour la 30ème. On a fait un clin d'œil à l’histoire du festival en faisant revenir Atari Teenage Riot et Ministry, qui nous ont marqué aussi dans le passé. Mais aussi il y a des nouveautés avec des groupes locaux qui défoncent, comme les Onmens ou Mike Patton qui revient pour son nouveau projet (Dead Cross), comme à son habitude.
Après sur les autres scènes, tous les groupes que l’on a programmé, on a envie de les voir, de les faire découvrir.

C’est cool, ça montre que ca fonctionne plus par passion et par envie que juste une programmation définie par besoin.

On a envie de faire plaisir au public. Nous même, nous étions festivaliers avant de programmer le festival avec Matthieu et on a chacun notre vision du festival, qui n’est peut être pas forcément la même ,mais on a la même envie de partager nos coups de cœurs. Lui, il écrivait dans des magazines, il a fait une formation de journaliste. Moi j’étais dans des radios locales et notre passion a toujours été de partager des coups de cœurs et de les diffuser. Ici, il y a une dimension en plus qui est de venir négocier pour qu’ils soient disponibles et les mettre à une heure qui conviennent et à un endroit qui convient en termes d’ambiance liée à la scénographie du lieu. Mais l’envie est la même.

Est-ce qu’il y a un groupe que vous aimeriez faire jouer, mais que vous n’arrivez pas à faire venir ?

Le truc c’est qu’on a tellement de groupes à faire jouer que si l’on pense à ceux que l’on a pas eu, on va plus avoir de temps dans notre tête pour travailler et choper les autres.
Honnêtement, il y en a plein qu’on n'a pas eu, qu’on a raté, mais il y en a énormément cette année à l’affiche, et même l’année d’avant. Tyler, The Creator, qui clôturera la Main Stage, ca faisait quatre ans que je faisais des offres chaque année et enfin il a été confirmé. Il avait confirmé une fois, mais il avait annulé parce que c’était le début de la tournée et il avait fait un peu trop la fête. Là, on est sur le milieu de la tournée donc je pense que ca ira mieux et qu’il va prendre l’avion cette fois-ci (rires).

Vous avez déjà commencé à réfléchir un peu à l’année prochaine ?

Oui, tout à l’heure je pars voir des groupes à Eindhoven, aux Pays-Bas. Je pars en début d’après midi. J’ai commencé un tableau avec des idées, après on a pas encore fait d’offre, c’est plutôt de l’ordre de la prise de notes. On va relancer aussi les artistes auxquels on en fait une chaque année et on commence tout doucement à réfléchir à l’année prochaine.

En parlant de la programmation, j’ai regardé sur le site et un élément super intéressant ressort. C’est la notion de "Dour durable" que vous mettez en avant. J’ai un peu l’impression que vous êtes le seul festival à le mettre autant en avant et je trouve ça super cool. Comment est venue cette idée ?

Si tu veux des détails, je peux te mettre en relation avec ma collègue Caroline, qui bosse vraiment sur ces aspects là avec des équipes à plein temps. Pour en parler de manière plus générale, je pense qu’on est pas le seul festival à se soucier de ca, il y en a plein. Il y a We Love Green par exemple le week end dernier, c’est carrément le thème du festival. Après le développement durable, pour nous, c’est intégré à la philosophie du festival. C’est aussi important pour un festival d’avoir des engagements qu’une programmation. Ca forme un tout pour rester cohérent. Le développement durable, c’est ce qu’on fait et on pense à l’année, c’est normal qu’on l’intègre et qu’on prenne des mesures pour développer ça au sein du festival.

Ce qui m’a vraiment marqué, c’est qu’il y a une grosse mise en avant sur le site internet, avec les valeurs, une partie sociétale…

Sur le site web, c’est clair que pour nous c’est un élément important, on essaie de le rendre le plus lisible et visible possible. C’est pour cela qu’on développe le Green Camping, c’est un lieu ou les gens paient des suppléments et on leur fourni des services, ils s’engagent et signent une charte pour respecter l’environnement tout au long du festival. Ils peuvent se faire virer du camping dans le cas ou ils ne la respectent pas et retourner dans le camping normal. Il faut savoir que l’année passée, quand les gens sont partis de ce camping le lundi, il n’y avait pas un mégot, pas un déchet sur le sol. L’herbe était verte, on pouvait directement remettre des vaches dedans. On a doublé ce camping cette année, l’idée est que cela grignote de plus en plus et que ça devienne la norme, que nous n’ayons plus à mettre en place de dispositifs pour développer cela. C’est le rêve à long terme.

Vous avez des artistes qui sont sensibles à cela ou qui auraient pu venir pour cet élément là ?

Peut être que des artistes ont mis cela dans leur balance, après je pense qu’ils viennent à Dour pour un tout : la qualité d’accueil, la manière dont la promotion du festival est faite, pour son succès. On parle en général à l’agent en Belgique, qui parle à l’agent à l’internationale, puis discute avec un manager et enfin transmet à l’artiste. On sait très rarement ce que l’artiste a dans la tête, il y a beaucoup d’intermédiaires, mais je pense qu’un artiste regarde ou il joue car son nom est associé à un événement, c’est aussi son image.

On parlait des éditions précédentes. Je ne sais pas si vous le faites, mais est-ce qu’on aura des retransmissions de certains lives sur certaines chaines ou votre site internet ?

C’est le département partenariat et communication qui travaille sur ça. On est pas spécialement pro-actifs par rapport à cela, pour nous un festival ou un concert est un truc qui se vit, qui ne se regarde pas à la télé ou sur Youtube. Comme je te disais tout à l’heure, c’est le live qui prime avant tout. Après l’année passée, il y avait Le Cercle qui était venu capter un DJ Set de Charlotte De Witte pour le rediffuser en direct. On peut avoir un partenariat avec certains médias qui diffusent certains concerts, mais on n'a pas une volonté de globalement diffuser tout le festival sur Internet pour ceux qui ne sont pas là. On invite plutôt les gens à venir. Pour moi, un festival c’est pas uniquement regarder les têtes d’affiches sur un écran, c’est venir partager, se rencontrer… Ca reste des valeurs importantes.

Justement, si quelqu’un hésite encore à venir cette année, qu’est ce que tu lui dirais pour le ou la convaincre ?

Oh, ca pourrait être long. Il faudrait parler un peu de l’ambiance particulière de Dour. Les gens arrivent avec un état d’esprit d’ouverture, que ce soit entre les personnes ou les découvertes musicales, ou encore aux styles de musique de prédilection que tu as. Découvrir, t’ouvrir à autre chose. Etre ouvert d’esprit, c’est ça qui fait l’ambiance de Dour.  Tous les festivals disent cela, mais à Dour c’est plus palpable qu’ailleurs, c’est une vraie communauté. Et puis pour cinq jours de musique, on essaie de garder les tarifs les plus bas. Les mélomanes, amoureux de musique, les curieux viennent à Dour. Si les gens se reconnaissent là dedans, il ne faut pas qu’ils restent chez eux.

Comment faire pour être bénévole l’année prochaine ? Vous avez des équipes fixes en place ?

Les équipes changent, mais on travaille avec très peu de bénévoles individuels. Avec quelques uns mais ce sont souvent des gens de la région. On travaille avec des associations, donc si les gens veulent venir en bénévole et qu’ils ont une association, que ce soit un club sportif ou pas, ils peuvent nous envoyer un message pour dire qu’ils veulent collaborer pour financer leur association. C’est comme cela qu'on fonctionne, c’est plus facile à gérer pour nous et cela nous permet aussi d’aider les milieux associatifs, qui sont un élément important pour nous.

On parlait des 30 éditions tout à l’heure, j’ai vu que vous aviez sorti une veste. Est-ce que pour cet anniversaire, il y aura d’autres surprises sur place ?

Il va y avoir plus ou moins d'éléments à découvrir sur place, on a changé toutes les scènes de place. On reste à Dour, sur le même site que les années passées, mais on a tout changé. On a gardé le même équilibre, le même nombre de scène, mais sur l’aménagement du terrain, on a tout changé. Il va y avoir une belle surprise quand les gens vont arriver.

Grosse année qui va permettre de réserver pas mal de surprises, sur la programmation, le site…

Notre site en lui-même, la surprise va être énorme pour pas mal de festivaliers, de voir tous les nouveaux aménagements, chapiteaux, emplacements, toute la nouvelle scénographie. On est repartis d’une feuille blanche pour la 30ème édition.

C’est vraiment cool, ça montre que vous restez actifs. C’est super important une remise en question, vous voulez aller de l’avant.

Ouais, on a envie de continuer à faire évoluer le festival et se donner les moyens d’évoluer aussi. Pour nous, ça passe par tous les ans de se remettre en question. Comme je te disais, les modes, la musique évolue donc on regarde si on doit pas augmenter ou réduire une scène, en créer une pour un nouveau sous-genre… Ce sont des questions qu’on se pose tous les ans pour avoir un festival qui évolue avec le temps, avec le public aussi, qui se fixe pas dans un seul schéma.

Dernière question, si tu devais me donner le nom d’un seul artiste à voir cette année, ce serait quoi ?

J’ai envie de parler d’un projet. On a réalisé une création pour la 30ème édition, ce sont trois artistes qu’on a réunit. On fait partie d’une fédération de festivals européens dans lequel se trouvent le festival Marsatac à Marseille et Nördik Impakt à Caen, qui sont des amis à nous. Ils fêtent l’un et l’autre leur 20ème édition, et nous notre 30ème, donc on a eu envie de créer un groupe qui ne jouerait que sur les trois festivals. Chaque festival propose un artiste, on les met ensembles et ils répètent et font une création, un show qui n’aura lieu que sur nos trois événements pour célébrer notre amitié. On a donc réuni trois groupes, trois producteurs électroniques : La Fine Equipe de Marseille, Haring de Caen et Fulgeance. Je suis allé voir les répétitions à Caen il y a trois semaines et la date aura lieu vendredi prochain à Marseille. C’est assez excitant car c’est un projet qui ne va pas jouer beaucoup. Ca va faire que nos trois dates à priori, sauf si les garçons ont envie de continuer. Je pense que cela va être un bon show, l’énergie est bonne, niveau musical ils ont créé un truc à eux qui est le mix de ce qu’ils font et ça reflète bien notre état d’esprit de collaboration avec d’autres festivals et notre volonté de proposer du live et des shows que tu ne peux pas voir partout.

Merci beaucoup. J’ai pas d’autres questions, c’est vraiment cool de voir ce qui se passe derrière.

Merci, bon courage pour tout retaper.

Euka (Juin 2018)

Un grand merci à Alex pour son temps et à Clara pour l'organisation et les échanges.
Photos de Geoffrey Nedellec, Maximilien Marie (site), Amandine Cochez et Marc Prodanovic, aimablement fournies par le festival de Dour.

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