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La Sélection #3 : The Cure commenté par Neige (Alcest) par mail, 2018

Quoi de mieux, pour un musicien, que de se faire adouber par l'un des artistes qui vous a le plus inspiré dans votre démarche de composition et d'expérimentation sonore ? Pas grand chose, c'est certain. Et c'est ce qui s'est récemment passé pour Alcest. Le projet pionnier du blackgaze mené par Neige a été invité par Robert Smith à se produire au festival Meltdown à Londres, dont ce dernier est le curateur cette année. Pour marquer le coup comme il se doit, nous avons demandé à Neige de se prêter au difficile exercice de La Sélection sur la discographie de The Cure.





Le meilleur album pour découvrir
The Head on the Door (1985)



"Avec The Head on the Door, The Cure n’avaient pas encore atteint les sommets artistiques et la maîtrise dont ils ont ensuite fait preuve avec Disintegration mais ce disque, premier pas vers la maturité (poursuivi d’ailleurs avec Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me), est sans doute l’un de leurs plus surprenants et inventifs. The Head on the Door a fait évoluer le son et l’image du groupe, alors représentant immanquable du genre gothique, vers une entité artistiquement plus accessible, colorée, voire même kaléidoscopique. The Cure prennent ici une longueur d’avance sur leurs contemporains grâce à leurs choix de production affirmés, portant une attention particulière aux détails, chaque titre faisant preuve d’une palette sonore reconnaissable. Des cultissimes et fédérateurs hymnes pop « In Between Days » ou « Close To Me », en passant par les expérimentations japonisantes de « Kyoto Song », ou les retours vers la mélancolie de leurs précédents efforts que sont « A Night Like This » et « Sinking », The Head on the Door est dans son ensemble un disque plutôt enlevé, regorgeant de vie (et par cela opposé à Pornography) mais toujours empreint de densité et de profondeur, se révélant peu à peu au fil des écoutes. 


Mon disque préféréDisintegration (1989)



Il n’est pas tâche aisée de parler de Disintegration, souvent considéré (à juste titre) comme le chef-d’œuvre du groupe de par ses paradoxes ; le contraste entre sa richesse et son accessibilité, la profondeur et l’immédiateté de ses mélodies. À titre personnel cet album m’a beaucoup inspiré et fait partie de mes favoris, tous genres confondus. La sincérité du propos est ce qui transparaît le plus dès l’ouverture et l’on est frappé par la beauté éthérée de « Plainsong » et la fragilité de « Pictures Of You », à mon sens la déclaration d’amour la plus émouvante écrite par Robert Smith, apparemment encore plus investi dans la composition de ce disque que de coutume. Ce qui est saisissant à l’écoute de Disintegration, c’est l’opposition entre la qualité de la production, ample, limpide, et le caractère intimiste voire minimaliste de ses morceaux. Il y a peu de notes, pas d’arrangements débordants. Chaque élément est justifié, The Cure ayant ici trouvé leur équilibre entre clair et obscur, légèreté et profonde mélancolie. Dans leurs épisodes les plus sombres, par exemple lors de « The Same Deep Water as You », c’est justement cette production sophistiquée qui leur évite de flirter avec le glauque pur et simple comme ils ont pu le faire avec Pornography. La qualité du son nous impressionne et donne de la grandeur aux lignes de basse de Simon Gallup, jusque-là assez conformes aux canons du genre. L’album fait quelque part office de retour aux sources mais la tristesse revêt cette fois une dimension réconfortante et on aime se blottir dans les bras de Disintegration comme dans ceux d’un compagnon lors de nos moments de détresse, pour y diluer notre chagrin. Les Cure sont en pleine possession de leurs moyens, alternant singles incroyables tels que « Lullaby », « Fascination Street » et fresques lyriques et épiques tels que « Plainsong » ou « Prayers For Rain ». La musique de The Cure est souvent reconnue pour sa diversité, parfois à la limite de la bipolarité, cependant, ce qui pourrait dans d’autres cas paraître comme un assemblage prend ici la forme d’un parcours logique à travers la sensibilité à fleur de peau de Robert Smith. Les titres, de par leur lenteur assurée et nécessaire, s’enchaînent avec cohésion tout en possédant des éléments musicaux et des thèmes qui les caractérisent. Disintegration est une œuvre longue, quelque part exigeante ; cet aspect monolithique est essentiel si l’on considère que son écoute est un véritable voyage émotionnel, touchant davantage l’auditeur non par la tristesse réconfortante de ses notes mais par la criante sincérité de son interprétation, palpable à chaque instant.  


Une chanson de The Cure particulière pour toi : « Charlotte Sometimes » (1981)



Titre récurrent des dancefloors post-punk que j’adorais entendre lors de soirées à Paris, « Charlotte Sometimes », sortie en tant que single en 1981, est une chanson plus méconnue de The Cure car elle ne figure sur aucun de leurs albums. Les mélodies, les images qu’elles évoquent, empreintes de romantisme noir, sont un parfait résumé de toute leur période cold, située entre 1980 et 1983. « Charlotte Sometimes » tient une place particulière dans le cœur des puristes car malgré sa relative confidentialité, elle est tout aussi marquante que pourrait l’être un classique comme « A Forest ». 



Le disque pour approfondir le groupePornography (1982)



Les ténèbres, les vrais. La beauté dans la noirceur. Pornography de The Cure ou l’album de rock qui pourrait reléguer bon nombre de morceaux de black metal au rang de chansonnette. Il est intéressant de noter que même si le genre et la forme diffèrent, les points communs avec la vague de black metal norvégienne du début des années 90 sont nombreux et il n’est pas surprenant qu’une partie des acteurs de cette scène s’en soient inspirés, y voyant un modèle d’obscurité classieuse. Pornography a été composé à un point culminant de la dépression de Robert Smith et met un terme à leur trilogie froide et claustrophobique entamée en 1980 avec Seventeen Seconds. Les premiers mots que l’on entend sont « It doesn’t matter if we all die… », le ton est donné et ne se dissipe qu’avec la fin brutale du titre éponyme concluant l’album, laissant l’auditeur avec une impression de malaise patent. S’il y a eu un genre gothique (certains préférant le plus sobre terme post-punk), Pornography est certainement, avec Unknown Pleasures de Joy DivisionWithin the Realm of a Dying Sun de Dead Can Dance, ou bien In The Flat Field de Bauhaus, l’un des de ses exemples les plus probants. Une expérience cathartique, éprouvante sans aucun doute (au même titre que pourrait l’être celle du chef-d’œuvre de SlintSpiderland) et incontournable en tant que cristallisation des facettes les plus angoissées de la musique de The Cure et de la personnalité de Robert Smith.


Un album que tu as découvert récemmentKiss Me, Kiss Me, Kiss Me (1987)



The Cure fait partie des premiers groupes new wave que j’ai découverts, lorsqu’à la fin de mon adolescence j’ai souhaité m’intéresser à d’autres genres musicaux en dehors du metal. À cette époque je me suis davantage tourné vers leurs disques les plus sombres et je suis donc passé à côté de Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me. Cet album est surprenant car il est assez long et rassemble absolument toutes les facettes du groupe. Là où The Head on the Door était un album diversifié, celui-ci pourrait presque faire office de compilation tant le spectre émotionnel et sonore est étendu. Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me regorge de trouvailles (et pas forcément dans ses singles d’ailleurs), mettant en avant les aspects les plus expérimentaux et avant-gardistes de la formation. 


Leur disque le plus sous-estiméFaith (1981)



J’ai un souvenir très précis lié à l’écoute de cet album. Vers 2005 j’étudiais la guitare classique au Conservatoire d’Avignon (qui à l’époque était sur la Place du Palais des Papes). J’adorais écouter Faith en rentrant chez moi à pied la nuit tombée, passant devant l’imposante architecture du palais puis empruntant les petites rues médiévales menant au cœur de la ville. L’album possède une dimension mystique, brumeuse et crépusculaire qui se mariait parfaitement au paysage dans lequel j’évoluais. Lors de la composition de Faith, les membres de The Cure traversaient une période de doutes, de deuils et de remises en question existentielles. Robert Smith fréquentait énormément les églises et s’inspirait pour composer de l’atmosphère des chants grégoriens qu’il écoutait alors. La musique sur Faith paraît, telle cette forme d’église perdue dans la brume que suggère la pochette, distante, énigmatique, comme si un voile gris recouvrait l’ensemble des instruments. Elle revêt une dimension quasi religieuse, notamment lors de titres tels que « The Holy Hour » ou bien « Faith ». Pour certains l’album pourrait sembler assoupissant à premier abord et c’est sans doute pour cela qu’il n’est pas leur plus populaire, cependant c’est dans son caractère hypnotique que réside sa force. Il possède une aura, une couleur particulière qui n’aura pas d’égale dans la discographie du groupe."

par Neige (Alcest)


Et pour consulter les précédents volets de La Sélection, c'est par ici :

Ulver commenté par Aymeric Thomas (Pryapisme) : [...]
Ministry commenté par Fabien W. Furter (Wheelfall) : [...]

Neredude (Mai 2018)

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Commentaires

scandiskLe Jeudi 03 mai 2018 à 18H35

Super intéressant! On en vient à regretter que Neige ne dise pas qq mots sur chaque album