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La Sélection #1 : Ulver commenté par Aymeric Thomas (Pryapisme) par mail, 2018

Toujours dans un objectif d'essayer de proposer à nos lecteurs du contenu qui change un peu de la routine, Metalorgie vous propose un format d'interview spécial. C'est diablement simple : nous demandons à un musicien de faire une sélection de disques d'un groupe ou artiste, en donnant son ressenti et ses commentaires. Bienvenue sur la première édition de La Sélection

Nous savions qu'Aymeric Thomas, batteur et principal compositeur de Pryapisme, est un immense fan, pour ne pas dire un spécialiste d'Ulver. Qui de mieux, donc, pour nous choisir quelques disques des loups norvégiens, d'autant plus que leur discographie imposante pourrait en effrayer plus d'un ayant envie de la découvrir. Et même si vous pensiez tout savoir sur Garm et sa bande, il n'est pas impossible que vous appreniez des choses en lisant sa contribution.



"En préambule, il faut savoir que la discographie des norvégiens d'Ulver est particulièrement dense et variée. Faire le choix du meilleur album relève presque de l'impossible au regard de la carrière du groupe. Chaque album est différent dans la forme, et même s'il y a quelques "périodes" claires et relativement définies, ça reste un projet musical systématiquement surprenant et inventif. Entre les débuts très "Black Metal", les B.O de films, les longs titres ambiants ou les concept-albums, on pourrait croire qu'il s'agit de plusieurs groupes très distincts. Il y a pourtant quelques points communs : d'abord évidemment la voix -et la barbe- du chanteur Kristoffer "Garm" Rygg, un aspect globalement très cinématographique des titres, et bien sûr une certaine noirceur qui ressort constamment. Avec Ulver, on est plutôt loin artistiquement d'Annie Cordy, qu'on se le dise.

Étant fan du groupe Arcturus depuis ma découverte à 14 ans de l'album La Masquerade Infernale, c'est en traînant dans les rayons et sur les bons conseils de mon disquaire local que j'ai écouté pour la première fois Ulver. Mon disquaire m'a expliqué qu'il y avait des membres communs entre les deux projets. Après avoir racketté ma gentille maman pour qu'elle me file suffisamment d'argent de poche pour acheter Themes From William Blake's : The Marriage Of Heaven And Hell, j'ai passé toutes les vacances qui ont suivi avec un casque sur la tête et des piles de rechange pour mon discman.

- Le meilleur album : Blood Inside (2005).



Si je devais choisir mon préféré, ça ne peut être que celui-là. Déjà parce que formellement, c'est sûrement le disque le plus varié en terme de genres musicaux (paysage sonore, thèmes très mélodiques, aspect "Metal" par la puissance de certains titres, électronique omniprésente, orchestrations classiques, influence Jazz...). C'est d’ailleurs un titre de cet album qu'on a choisi de reprendre avec Pryapisme pour l'album tribute My Own Wolf.  Je suis aussi particulièrement sensible à la présence de quelques musicien(ne)s invité(e)s sur ce disque. D'abord la chanteuse Maja S. Ratjke qui vient plus de la scène Noise / musique improvisée et dont les albums solos sont particulièrement beaux. Ensuite la présence sur ce disque de deux batteurs que j'affectionne particulièrement. Czral bien sûr, l'ancien batteur entre autre, de l'exceptionnel groupe de black métal avant-gardiste Dødheimsgard, qui mettra fin à sa carrière derrière une batterie suite à un accident, mais qui continue la musique à la guitare et au chant dans le groupe Virus. Son style est largement connu donc je ne m’étendrais pas plus. L'autre batteur invité s’appelle Knut Aalefjær, il vient plutôt du Jazz et il propose ici, dans un répertoire très sombre, un jeu absolument incroyable de 
finesse et d'inventivité. Je me dois de citer également le vibraphoniste Andreas Mjos, qui officie également dans les groupes Jaga Jazzist et Rotoscope. Tous ces invités offrent une richesse sonore incroyable, et c'est sans doute une des raisons pour lesquelles j'aime particulièrement ce disque : Ulver sait s'entourer de gens de talent. Aucun album du groupe n'est très facile d’accès, mais celui-ci offre suffisamment de richesse, d'influences différentes et de points d'accroches pour en faire un must. La production est également vraiment incroyable.

- Le meilleur album pour découvrir : The Assassination Of Julius Caesar (2017)



Ce n'est pas mon album préféré et certains pourraient même certainement y voir une forme d'opportunisme, mais ce disque est particulièrement proche de son époque. Il s'agit d'Ulver revendiquant fièrement ses influences et son amour des 80's. Une sorte d'album de New Wave moderne, dans ses aspects les plus sombres et avec tous les codes de production de l’époque actuelle : c'est un peu la quintessence de la fin des années 2020 avec ce grand retour des 80's. C'est à la fois daté et nostalgique, avec la présence de synthés typés, de rythmes dansant, de mélodies simples et de voix Pop mais aussi ultra moderne dans la production globale. Ça sonne un peu comme du Duran Duran par certains aspects mais avec une intensité supplémentaire, et dans les lignes de voix de Garm, on entend un hommage évident à ses albums préférés de Kate Bush. Personnellement, je trouve que cet album ne tient pas vraiment le passage sur scène -en intégralité du moins- au risque de fâcher certains fans qui les auraient vu récemment, j'ai été personnellement très déçu par le concert, surtout en comparaison avec les tournées précédentes. Mais je trouve que ça reste un très bon album studio et sûrement une bonne entrée en matière pour quelqu'un qui ne les connaît pas.

- Ulver en live : The Norwegian National Opera (2011)



J'aurais tendance à vouloir proposer ce disque également comme introduction au groupe pour un néophyte mais il s'agit d'un album live donc ça reste assez loin du traitement studio du reste de leur discographie. Ce live est radicalement différent de leur dernières performances scéniques où ils reprennent intégralement leurs derniers albums, ce qui est un choix osé car certains fans seront forcément déçus de ne pas avoir au moins quelques tubes très attendus. C'est comme un concert de Depeche Mode sans Enjoy The Silence.... vous voyez le principe? Donc il s'agit ici d'un live plutôt en mode "best of". Beaucoup d'albums sont représentés et encore une fois c'est cette variété d'ambiance et de style qui me touche le plus. Des "tubes" venant d'un de leur album phare Perdition City - dont les originaux sonnent très 90's et ont plutôt mal vieilli - sont ici remis au goût du jour de manière ultra efficace. De superbes mélodies donc, mais aussi les titres plus ambiants issus entres autres de certains de leurs eps, des morceaux plus énergiques venant de Blood Inside ou l'extraordinaire titre Rock Massif qui prend en live une dimension particulièrement forte. La version vidéo du live montre extrêmement bien l’univers du groupe, et serait également un bon point d'entrée. En tout cas clairement plus que leur premier album enregistré au fond du grenier de la cave du garage de mémé.

- La petite perle trop souvent oubliée : A Quick Fix Of Melancholy (2003)



Superbe petite pépite de quatre titres, cet ep est souvent oublié dans leur discographie. Il y a pourtant quelque chose de fascinant dans ces morceaux, une beauté évidente, mais aussi un coté plus expérimental qui fait aussi depuis longtemps partie du groupe. Beaucoup d'orchestration de cordes, des montages électroniques, une voix ultra réverbérée, des parties beaucoup plus Noise aussi. Le disque porte bien son nom, et offre sans doute certains des titres les plus forts et profonds du groupe.

- L'album un peu nul : Childhood's End de 2012.



Bon ils sont fans de musique américaine des années 60/70. C'est sympathique et jovial. Mais il fallait pas se sentir obligé d'en faire un album de reprises. C'est mon humble avis, il est radical, tranché et éminemment subjectif mais j’étais tellement content de mettre la main sur un nouveau disque d'Ulver et tellement dégoûté en l’écoutant que je n'ai même jamais écouté les derniers titres. J'ai voulu d'abord le broyer en petit copeaux pour le mélanger aux croquettes de mon chat pour lui faire une bonne vieille blagounette, mais comme il ne faut pas gâcher non plus, le disque sert désormais de sous bock pour verre de bière quand je reçois des convives de qualité. Quand on a une carrière aussi dense, aussi longue et aussi inventive que celle d'Ulver, il est normal d'arriver par faire un flop de temps en temps. Je suis sûr qu'il y aura bien un Jean-mi (ou Étienne, ou Paul, ou Michelle, ou Sidonie...) pour trouver que c'est leur meilleur album mais primo, ni Jean-mi, ni Étienne, ni Paul, ni Michelle et encore moins Sidonie peuvent être qualifié(e)s de personne de bon goût. Et secundo, ce sont les même Paul, Michelle, Jean-mi, Sidonie, et ce bon vieux Étienne qui vont qualifier de meilleur disque du monde l'album Lulu de Metallica.

- Pour continuer d'explorer : 

Les deux eps Silencing The Singing et Silence Teaches You How To Sing (2001)






Ce sont des petites gourmandises qui montrent le coté le plus Ambient du groupe, il s'agit de longs morceaux méditatifs avec beaucoup de sculptures sonores électroniques tout en finesse. Parfait à écouter les yeux fermés sur un canapé douillet en caressant un petit chat dodu. Pour moi on ressent clairement l'influence du groupe Coil dans sa période la plus contemplative, et ça y donne drôlement beaucoup de plaisir que d'y mettre sur les ouïes.

Messe I.X-VI.X (2013)



Messe I.X-VI.X est un album en collaboration avec un orchestre norvégien, le Tromsø Chamber Orchestra. On se rapproche plus ici d'une œuvre de musique contemporaine, ce qui est également une autre grande influence des membres d'Ulver. C'est une de leur œuvre les plus sombres - déjà que c'est globalement pas la joie - mais aussi les plus belles. A écouter également sur un canapé moelleux avec un petit chat, mais avec en plus un couteau sacrificiel pas loin, au cas où. (pour le livreur de pizza par exemple, pas le chat hein...)

- La première trilogie :

Bergtatt (1995)




Kveldssanger (1996)




Nattens Madrigal - Aatte Hymne Til Ulven I Manden (1997)



Je ne conseillerais pas vraiment leur première trilogie d'albums, à part pour les férus de Black Metal les plus curieux. Pour moi, c'est chouette, mais c'est pas non plus le fête du slip en motif croco par rapport à d'autres groupes de la même époque. Sur un graphique, si les abscisses représentent le niveau de contentement moyen de l'auditeur, et les ordonnées, la valeur de tous les groupes de Black Metal scandinaves des 90's, on arrive avec Ulver sur une valeur x y relativement faible. Alors que Stigma Diabolicum, par exemple, fait carrément péter la calculette. Pour être honnête, ça reste quand même du très bon Black Metal 90's, avec des riffs classieux, des ambiances sincères et un son bien dégueulasse comme il se doit (le son de gratte de Nattens Madrigal de 1997 fait aussi mal qu'une craie sur le tableau pendant un cours de math avec Monsieur Martinou). Par contre dans le lot, il y a quand même Kveldssanger de 1995 qui est un poil à part et qui propose une Folk assez intéressant. On découvre la voix claire de Garm accompagnant une guitare acoustique et une flûte. C'est parfait pour une soirée bucolique au coin du feu, lorsque l'on fait cuire un morceau d'espadon sur une grille improvisée à partir d'une "vieille roue de vélo rouillé" (essaie de dire ça 20 fois de suite très vite et ça finira en "vielle à roue de veau mouillé" ce qui, je tiens à le préciser, n'est absolument pas le titre d'un album d'Ulver mais plus certainement le deuxième morceau de l'album posthume jamais sorti de Bobby Lapointe)


1993 - 2003: 1st Decade In The Machines (2003) :




Cet album est vraiment chouette, et offre de superbes réinterprétations par de nombreux artistes de la scène Electro au sens large. On est clairement pas dans le remix dancefloor, mais vraiment dans l'exploration sonore la plus radicale avec des remixes de MerzbowJazzkammer ou encore Fennesz. Pour les fans de Noise, d'Ambient et de design sonore... Il vaut mieux quand même très bien connaître les morceaux originaux pour pouvoir apprécier à sa juste valeur cette compilation.


My Own Wolf (2007)



Le tribute album My Own Wolf offre aussi de nombreuses réinterprétations, une face étant plus électronique, l'autre plutôt orienté vers des reprises de leur période Metal. Évidement la version de Pryapisme n'est pas vraiment extraordinaire car ces musiciens sont des incompétents notoires, des fumistes pathologiques et autres fléaux-de-belles-mères, mais il faut bien faire un peu de pub des fois, ne serait-ce que pour illustrer l'exemple typique de tout ce qu'il ne faut surtout pas faire, ou comment massacrer un bon morceau et en faire une version épouvantable à tout point de vue. Écoutez les autres par contre, il y a du très bon, et c'est fait avec de vrais morceaux de fan dedans.


Pour résumer : Ulver c'est bon, mangez-en ! Méfiez-vous par contre de ne jamais servir de vin rouge à leur ancien pianiste qui, malgré le fait qu'il soit anglais, ne tient manifestement pas beaucoup l'alcool… Ou alors il fait vachement bien semblant d'être bourré sur scène... Ce qui après réflexion, pourrait très bien être le cas quand on connaît la chafouinerie typique des énergumènes venant de la perfide Albion."

par Aymeric Thomas (Pryapisme)



Neredude (Février 2018)

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