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Aaron Weaver de Wolves in The Throne Room, chaman du black metal (Skype, novembre 2017)

"Les Hommes font tant de choses destructrices, inconsidérées et sans aucune sagesse. Mais la musique est l’une de ces quelques bonnes choses que nous faisons. " 

"Attends excuse moi,  je vais aller étouffer mon poêle à bois, le feu est en train de s’emballer !" Avant même que son interview ne commence, Aaron Weaver de Wolves in The Throne Room se fait remarquer, avec ce style de vie et cette philosophie qui a tant fait parler d'eux, parfois presque plus que de leur musique. Est-ce un hippie, un chaman ou un musicien de Black Metal ? Le lecteur se fera son propre avis en lisant cette interview, qui éclaire sur les motivations du trio et la genèse de leur dernier album, Thrice Woven, alors que le groupe s'apprête à jouer en France la semaine prochaine à Paris, Limoges et Toulouse, sans Aaron Weaver à la batterie. Et vu le concert mémorable qu'ils ont donné au Roadburn cette année, on vous conseille d'aller y faire un tour si vous le pouvez.



C’est l’hiver à Olympia en ce moment ? 

Aaron Weaver : Oui. Toi et moi vivons sur la même latitude, donc je suppose que notre climat doit être à peu près le même. Ici, l’hiver n’est pas extrêmement froid et il n’y a pas beaucoup de neige, parce que nous sommes au niveau de la mer. Au moment où je te parle, il fait froid mais plutôt beau. D’habitude, il ne fait que pleuvoir, une pluie froide et grise pendant tout l’hiver.

Passons à la musique. Vous avez fait le choix de revenir au Black Metal après un album ambient dans la veine de Tangerine Dream. Qu’avez-vous ressenti en explorant ce genre et pensez-vous réitérer l’expérience ?

Certainement, mais pas avec Wolves in The Throne Room. Nous avons une autre entité, composée de moi, Nathan et Kody Keyworth, que nous utiliserons pour faire des explorations dark ambient, des sons sans forme pour explorer le néant et le chaos, sans qu’il y ait de chanson ou de structure. Nous ne renouvellerons pas l’expérience avec Wolves in The Throne Room. Pour moi, c’est le même genre de musique en fait : l’essence de Wolves in The Throne Room, c’est l’atmosphère, l’atmosphère et l’énergie. Il s’agit de créer un monde, ou même un univers entier avec du son. Nous nous consacrons à cette tâche par tous les moyens que nous estimons nécessaires.

Peux-tu nous en dire plus sur l’écriture de Thrice Woven ? Est-ce que vous l’avez écrit lors de répétitions ?

Nous avons tout écrit dans notre propre studio ici, à Olympia, là où je me trouve au moment où je te parle. En fait, ça a commencé tout juste à cette époque de l’année : il y a exactement deux ans, Nathan et moi avons décidé de nous mettre sérieusement à l’écriture de Thrice Woven. Nous avons un studio d’enregistrement dans un magnifique endroit en forêt. En ce moment, notre poêle à bois fonctionne au même régime qu’au moment où nous avons écrit cet album. On ressent exactement la même atmosphère dans le studio actuellement. C’est ici que nous écrivons tout. Mais nous n’avons pas composé ça en faisant des jams guitare / batterie. En général, nous commençons en nous concentrant uniquement sur la musique, à savoir les riffs et les mélodies. La batterie, les voix et les autres éléments viennent plus tard dans le processus.

De toute façon, le Black Metal est une musique essentiellement basée sur les riffs, non ?

C’est ce que je pense, oui. C’est basé sur les riffs mais aussi les émotions, l’atmosphère que la musique invoque. Nous aimons que ces aspects soient primordiaux dans notre musique. Et nous savons que si la chanson fonctionne juste avec les guitares, alors elle sera encore plus puissante si on y introduit la voix, la batterie et le reste.

Il me semble bien que c’est la devise de Keith Richards : « Pour qu’une chanson soit bonne, elle doit pouvoir fonctionner sur une simple guitare acoustique. »

Oui, j’en suis vraiment convaincu. Ca a toujours été notre approche de composition. Ma contribution à Thrice Woven a majoritairement été écrite sur guitare électrique, mais sur les autres albums, j’avais tout écrit sur guitare acoustique pour cette même raison. Il faut s’assurer que la structure fondamentale de la chanson, les os de son squelette soient aussi solides que possible.

Puisque tu parlais de l’importance de l’émotion dans le Black Metal : je pense que ce style tel qu’on le connaît est une esthétisation de la laideur, de la haine ou du désespoir, quand ce n’est pas les trois à la fois ! Pourtant, ce n’est pas ce que ressentent la majorité des gens quand ils écoutent votre musique, et je crois bien que ce ne sont pas ces émotions que vous voulez véhiculer avec celle-ci.

Non, vraiment pas. Je pense qu’il y a d’autres émotions existantes qui sont sombres. La peur, par exemple, en est une qui me touche beaucoup. Il y a la solitude, le chagrin, le deuil, la mélancolie… Oui, tu parles d’une différente lignée. Le Black Metal est un genre vraiment vaste, mais si on retourne aux sources pour voir quels albums ont donné naissance à cette musique : ce sont ceux d’Ulver, Darkthrone, Emperor… Pour moi, le cœur de cette musique n’est pas la haine, c’est différent. C’est une atmosphère mélancolique, et cette musique a été créée pour refléter ce que c’était de vivre dans les froides montagnes du Nord ou sur les rivages d’eaux froides et salées du Nord. Il s’agit de se lier avec les esprits du Nord : les esprits qui sont dans la forêt, dans les montagnes. C’est une émotion ancienne et mythologique et c’est l’origine du Black Metal qui m’intéresse et qui compte pour moi.


De gauche à droite : Nathan Weaver, Aaron Weaver et Kody Keyworth, seuls membres permanents du groupe.

Il me semble que tu as arrêté de tourner avec le groupe depuis un long moment.

Oui, c’est vrai. C’était une décision importante dans ma vie de réaliser que je servirais mieux notre clan et notre art en étant chez moi, en faisant ce que je suis en train de faire en ce moment, à savoir entretenir les feux ici, toujours garder un feu allumé dans cette forêt, être en harmonie avec les esprits des animaux et des plantes. Et j’ai l’impression de presque parvenir à voyager avec eux, télépathiquement. Je veille à ce que mon esprit soit présent. Je suis, peut-être, en quelque sorte le lien vital : je suis dans cette [adjectif pas compris] forêt, près de cette eau salée, je reste enraciné, lié ici. Et je crois que ça rend notre musique plus forte.

Du coup, est-ce que tu prends part aux prises de décisions qui concernent la tournée, la setlist par exemple ?

Oui, évidemment. Ca a été la meilleure chose qu’impliquait le fait de plus jouer de la batterie sur scène. C’est presque comme si je devenais le directeur artistique du groupe. Avec cette position, je peux prendre du recul et regarder la performance. Ca a ouvert un tout nouveau spectre de possibilités à développer en ce qui concerne les concerts, pour les rendre plus grands et faire en sorte que l’atmosphère soit plus profonde et puissante. J’investis beaucoup d’énergie pour créer notre mise en scène, ainsi que les artefacts que nous exposons lors de nos concerts. Je mets beaucoup d’énergie, d’amour et de volonté dans ces derniers, pour qu’ils puissent être transportés sur la route, un peu nos standards de bataille, on pourrait dire. 

Et Trevor Deschryver, qui joue de la batterie à ma place sur scène en ce moment, est presque comme un apprenti pour moi. Avant qu'on commence cette dernière tournée, il est venu à Olympia et nous avons travaillé la batterie ensemble tous les jours pendant une semaine. Il dormait dans la salle de répétition, à côté de son kit, et on se réveillait tous les matins pour travailler toute la journée. En fait, j'ai un style de jeu assez particulier à la batterie, je ne suis pas un batteur de Metal/Black Metal classique. Je fais quelque chose de différent, donc c'est bien de pouvoir montrer à Trevor une partie de mes techniques pour qu'il puisse donner le bon groove et la vibration appropriée à la performance. Et il le fait vraiment bien. Je pense que cette formation, particulièrement avec Peregrine Sommerville (Sadhaka) à la troisième guitare et Brittany McConnell (Wolvserpent) aux claviers et percussions, est sans aucun doute la meilleure incarnation de Wolves in The Throne Room que nous ayons jamais eu sur scène. 

La setlist actuelle est surtout axée sur Two Hunters, un album qui a eu tout juste dix ans cette année. Est-ce que ça veut dire que tu considères que cet album est toujours pertinent par rapport à ce que vous vouliez accomplir avec Thrice Woven ?

Oui, complètement ! Nous ne sommes pas un de ces groupes qui ne veulent jouer que le dernier album. Pour nous, c'est important d'explorer tout l'univers musical que nous avons réalisé ces quatorze dernières années. Ainsi, jouer les vieilles chansons nous procure autant d'émotions que de jouer les nouveaux titres.

Cette nouvelle formation live comprend donc trois guitares, mais pas de basse. Je suppose donc que les lignes de basse sont jouées par votre claviériste ?

Oui, Britney joue la ligne de basse avec sa main gauche sur un synthétiseur de basse et les choeurs/cordes à la main droite sur un autre synthé. Elle joue aussi des percussions. Je ne crois pas qu'elle en faisait lorsque nous avons fait les dates européennes au printemps, notamment au Roadburn, mais elle en joue pas mal sur notre nouveau set. Cette tournée en avril-mai 2017 est arrivée très tôt après la formation du nouveau line-up live. Une des choses que j'adore avec Wolves in The Throne Room est le fait que nous jouons le même set chaque soir. Beaucoup de groupes changent leur setlist à chaque concert, ce qui n'est pas notre cas, nous jouons le même set pour l'ensemble de la tournée. Du coup, le set prend presque vie de lui-même, il se développe, il grandit... Nous avons toujours de la place pour l'improvisation et pour que l'inattendu se produise sur scène. C'est toujours merveilleux de voir comment la musique se développe. 

Avoir un clavieriste qui joue la basse, c'est rare dans la musique rock. L'exemple le plus célèbre est The Doors mais Ihsahn le fait aussi avec son groupe en concert. Comment avez-vous fait ce choix de ne plus avoir de bassiste sur scène ?

C'est vrai. Je crois que ça a toujours fait partie de notre son. Nous avons eu un bassiste sur scène pendant une brève période, mais personnellement, je n'ai jamais aimé la guitare basse dans le metal, particulièrement dans le metal très rapide. Il y a quelque chose dans ce cliquetis, ce claquement que tu obtiens avec une guitare basse qui, je trouve, occupe la même place que la guitare. Je trouve qu'utiliser un synthé pour jouer la basse permet d'obtenir un spectre bas plus profond. Ce sont les vagues pures de ce signal qui sont basses, au fond du spectre, qu'on entend juste dans les subwoofers d'une salle et qui ouvrent beaucoup d'espace pour les guitares et pour les synthés. On a plus l'impression d'être face à une montagne de cette façon, je trouve. C'est une basse très stable, tout au fond, qui est juste une basse, juste "low end", le shakra de la racine.  Ca forme une fondation pour construire les éléments atmosphériques qui vont au dessus. Ca vient peut-être de la techno, aussi. J'aime beaucoup la musique électronique, et j'écoute pas mal de techno, toute musique qui peut créer une transe en fait. Ce que je préfère, c'est une musique qui transforme ta conscience et ouvre ton esprit vers des niveaux plus élevés, qui te met dans un état de rêve éveillé. Et utiliser un synthé me procure cet effet, personnellement.



Tout le monde a remarqué la voix unique de Steve Von Till (Neurosis) sur "The Old Ones are With Us". D'après ce que j'ai compris, il a tout fait lui-même, que ce soit la musique ou les bruitages ? 

Oui, Steve a tout fait lui-même. De nos jours, avec la technologie, ça se passe comme ça : on lui a envoyé nos stems de guitare, de batterie, tout ce qu'on avait. On avait laissé deux grands espaces : un au début et un au milieu. Il a pris ces stems dans son studio, qui se trouve dans son sanctuaire en Idaho, où il vit. Steve a joué de la guitare acoustique, a fait les parties de voix et nous a tout renvoyé. Et nous avons ajouté plus de musique par-dessus ça. C'est une excellente manière de collaborer. Toute la partie d'intro et le bridge sont de lui, et je n'ai pas assez de mots pour décrire ce que ça représente pour nous que Steve nous apporte cette musique et ces mots. Ces mots viennent de son cœur, tout simplement, et je n'aurais pas pu imaginer une meilleure voix sur cet album. Sur cette chanson, nous savions que nous avions besoin de la voix d'un aîné. Nous n'avions jamais eu de chant clair masculin sur nos albums jusqu'à présent, et nous avions envisagé de nous en charger nous-mêmes. Je sais un peu chanter et Nathan et Kody aussi. Mais on s'est finalement dit qu'il nous fallait la voix de quelqu'un de plus âgé que nous, quelqu'un qui a une sagesse plus profonde et que tout le monde allait écouter,  qui parle avec des mots que personne ne peut contredire. Comment n'importe quel être humain pourrait écouter ce qu'il dit et ne pas ressentir la vérité, la beauté de ce que Steve exprime ?

Vous êtes des fans de Neurosis je suppose ?

Oui, évidemment. Quand Nathan et moi étions jeunes, nous avons fait beaucoup de bénévolat dans une salle de concert punk à Olympia. Nous avions 15, 16 ans. Voir Neurosis sur la tournée Through Silver in Blood en 1996, quand j'avais 17 ans, est une expérience qui a totalement changé ma vie. Ce concert m'a ouvert l'esprit d'une manière assez indescriptible et, à beaucoup d'égards, m'a fait prendre le chemin qui m'a mené à ce que je fais aujourd'hui. On les avait aidés à charger leur matériel dans la salle, tu sais. J'avais 17 ans, Nathan en avait 15 et ça nous a vraiment ouvert les yeux d'aider ces... Ces guerriers à charger leur matériel et créer leur mise en scène. Je me souviens vraiment de ça, et aussi de l'esprit qui se dégageait d'eux, une volonté commune. Il n'y a pas d'autres moyens de les décrire que ça : ils formaient une tribu de guerriers spirituels qui voyageaient à travers le pays, sur ce voyage [ndlr : en français dans le texte]. Leur intensité a vraiment été une source d'inspiration, ils croyaient tellement en ce qu'ils faisaient. Oui, ça a changé ma vie pour toujours. 

Pour Thrice Woven, vous avez encore travaillé avec Randall Dunn. Mais cette fois, il y avait aussi Jack Shirley comme ingé-son. Est-ce que vous l'avez recruté à cause de son travail pour des groupes comme Deafheaven ou Oathbreaker ?

Euh, pas vraiment. Nous n'écoutons pas vraiment ces groupes en fait. Comment le dire sans être brutal ? [Il réfléchit]

Cette nouvelle scène ne vous intéresse pas ?

Eh bien... Je ne sais pas mec, c'est un sujet assez délicat. Pour moi, il y a l'esprit du Black Metal, et tu dois être dans cet esprit pour en jouer. C'est quelque chose d'ancien, qui vient d'une histoire immémoriale. Et je crois que certains de ces groupes ne sont pas dans cet esprit-là, ce qui ne me pose aucun problème d'ailleurs. Ils font quelque chose de totalement différent, et c'est ainsi que les évolutions se créent et que la musique fait son chemin. [ndlr : Aaron ignore peut-être qu'Oathbreaker et Deafheaven n'ont jamais revendiqués être des groupes de Black Metal, à notre connaissance.] J'accepte cela de tout mon cœur. Mais Wolves in The Throne Room fait quelque chose de radicalement différent. La raison principale pour laquelle nous avons choisi Jack Shirley est qu'il n'y avait que lui. La liste des producteurs qui font du travail de qualité sur la côte Ouest est extrêmement courte. Pour travailler avec d'autres personnes, nous nous basons juste sur notre instinct, une impression. Et je savais que c'était quelqu'un qui serait parfait pour enregistrer la batterie. Et ce fut le cas, c'était génial de travailler avec lui. Jack est tellement généreux avec son savoir et son énergie, voilà comment je le décrirais. Je veux dire, ce mec, si je ne me trompe pas, a enregistré, mixé et/ou masterisé à peu près 200 albums en un an, en 2015. C'est hallucinant, c'est une machine, une machine à enregistrer ! On a passé de très bons moments à travailler ensemble, j'ai hâte de renouveler l'expérience prochainement. 

La pochette de Thrice Woven est assez différente de ce que vous avez fait jusqu'à présent. Vous vouliez une illustration plus primitive ?

Oui. Tu sais, la différence principale, de notre point de vue artistique, c'est avant tout la méthode. Par le passé, nous avons toujours utilisé une photographie, car c'était un bon moyen de prendre les images que nous avions en tête, et les créer sous une forme qui permette à d'autres personnes de les voir. Cette fois, nous savions que nous voulions autre chose, et la seule option autre qu'une photo est une peinture. J'adore vraiment cette pochette. L'artiste qui a peint ça... [ndlr : Denis Forkas Kostromitin, qui a notamment travaillé avec Behemoth.] Ah, quelle personne intéressante et bizarre ! C'est plus un magicien ou un sorcier qu'un peintre. Sa manière de travailler pour produire son art a quelque chose de magique, très profond et mystérieux.
 
Tu as écrit des notes pour la réédition de Souvenirs d'un Autre Monde d'Alcest. Est-ce que tu te souviens comment tu as découvert la musique de Neige ?

Ça oui ! Cet album est sorti il y a dix, onze ans c'est ça ? 

C'était en 2007.

Oui, c'était donc il y a longtemps ! [Rires] Le monde était si différent à l'époque, les gens découvraient la musique d'une autre manière que maintenant. Je me souviens qu'à cette période, je faisais mes découvertes de musique et de Black Metal chez un disquaire à San Francisco. Je ne retrouve plus le nom, je l'ai sur le bout de la langue.

Tu parles d'Amoeba ?

Non. Attends, je vais regarder... C'est Aquarius records ! C'est une toute petite boutique et pendant des années, ils faisaient un catalogue des albums qu'ils avaient en stock chaque semaine. Les gens qui y travaillaient écrivaient de longues chroniques incroyablement détaillées. Ils y mettaient beaucoup de passion et de cœur, à le faire semaine après semaine après semaine. C'était presque un service rendu au monde, tout ça pour que les gens fassent des découvertes musicales. Ce disquaire avait toute sorte de musique : de la noise, de l'indie rock et cetera, mais aussi beaucoup de Black Metal. Une des personnes qui travaillait à la boutique, Andy Connors, a sorti sur son label l'album Dead as Dreams du groupe Weakling, tu connais ?

Je dois avouer que non.

Oh mec, c'est un album très important pour nous. C'est un groupe de San Francisco actif jusqu'à 2002-2003 et ils étaient le premier groupe de black metal américain. Certains vont te dire que c'est... Ce groupe du Texas, Absu ? Enfin bref, selon moi, Weakling est le premier groupe de black US, et c'est une inspiration énorme pour Wolves in The Throne Room. Et ces gars qui ont sorti cet album étaient de grands fans d'Alcest, et c'est comme ça que je les ai connu, tout comme une bonne paire d'autres groupes de black français, comme Peste Noireles Légions Noires, ils avaient tous ces disques. J'ai toujours été fan de ces groupes, j'adore la nature primitive de cette musique. Je suis aussi un immense fan de Deathspell Omega, c'est peut être mon groupe de black préféré, ou peut-être que le terme "artistes" est plus approprié dans ce cas précis. C'est vraiment un groupe que je suis avec attention depuis un moment, et quand ils sortent un nouvel album, je prends toujours un moment pour l'écouter.



Concernant Anna Von Hausswolff, même si votre musique est totalement différente, elle se marie très bien avec sa voix. Est-ce que vous pourriez envisager une collaboration plus prononcée, avec un album entier par exemple ?

Je pourrais complètement imaginer une collaboration de ce type. J'aimerais beaucoup le faire. Je nous imagine bien jouer ensemble sur scène, par ailleurs, et j'espère que ça se fera. 

Depuis vos débuts, vous avez toujours eu cette image d'un groupe occulte, avec un goût certain pour le secret. Mais il semblerait que ça ait un peu changé sur ce terrain ces derniers temps : maintenant, on vous voit en couverture des magazines, vous êtes sur Instagram... Etait-ce une décision de votre part ?

Oui, bien sûr. Tout cela n'est qu'un ensemble de décisions : dire oui pour faire la couverture d'un magazine, dire oui pour s'engager dans la manière moderne de communiquer... Il n'y a plus de secrets maintenant, n'est-ce pas ? Et ça me rend un peu triste. Quand j'étais gosse, tout était un secret, et c'était si difficile de trouver des informations sur la musique. Il fallait travailler dur pour trouver de la musique underground, et ce n'est juste plus du tout comme ça aujourd'hui. Dans tous les cas, ces décisions nous semblent appropriées, car nous n'avons aucun secret à garder. La vie que nous vivons n'est que magie, art et beauté, c'est une bénédiction. Et il nous semble opportun aujourd'hui de partager ça avec le monde. Je ne ressens pas le besoin de me cacher dans l'ombre, parce que j'ai tellement confiance en ce que nous faisons, j'y crois de tout mon être. Et je crois que révéler un peu plus sur nous en tant que personnes rend notre musique plus forte. Ca me fait me sentir mieux, comme si je ne cachais rien, je me montre tel que je suis, avec les parts les plus profondes de moi-même, sans peur ou retenue. 

Tu viens de dire que tu suivais jusqu'à la carrière récente de Deathspell Omega. T'intéresses-tu à la scène Black Metal actuelle ?

Pas autant que d'autres personnes. Mais c'est marrant mec, je n'écoute pas tant de musique que ça en fait. Je passe tellement de temps dans le studio à faire de la musique que j'aime garder mon esprit pur. Je n'aime pas trop être influencé par d'autres musiciens, particulièrement dans le metal. Ca m'aide à aller au plus profond de la nature unique de ce que nous faisons.

Tu disais tout à l’heure écouter beaucoup de techno. Quels sont les artistes de ce mouvement qui t’intéressent ?

Le fait est que ce genre de musique a une vraie atmosphère et de vrais univers. J’aime beaucoup Basic Channel, un groupe allemand. Ce qu’ils font est très minimal et quand j’écoute ça, j'imagine plus de la neige et de la brume que de la musique. Ce sont ces forces élémentaires. Je suis également un grand fan de dub, et particulièrement de Lee Scratch Perry. Ce mec est un vrai chaman pour moi. J’ai regardé ce superbe documentaire sur lui il y a deux ans, qui m’avait fait forte impression. C’est un peu l’inventeur de la musique dub, tu sais, avec quelques autres personnes ! En tout cas, c’est définitivement un des architectes de ce tout nouveau style de musique, et cette manière d’utiliser un studio d’enregistrement comme un instrument de musique. A un moment, Lee raconte qu’il travaillait dans la construction : il conduisait un bulldozer pour qu’ils construisent une route entre Kingston et l’autre grande ville de Jamaïque. Ils devaient donc construire une route au milieu de cette jungle et à un moment, ils sont arrivés devant un gros tas de rocher, presque une petite montagne. Ils ont donc commencé à détruire cette montagne pour construire la route avec leurs grosses machines. Et il semblerait qu’en cassant un certain rocher, des esprits en sont sortis. Les esprits de la terre sont sortis de ce rocher et sont entré dans le corps de Lee Scratch Perry et l’ont possédé. Et c’est ce qui a inspiré son approche de la musique. Et en fait, je ressens exactement la même chose, mec ! La musique vient en s’ouvrant à la nature, aux montagnes, aux rivières, aux forêts et aux animaux et en les laissant s’exprimer à travers moi. C’est exactement cela que nous faisons. C’est une manière très ancienne de faire de la musique, peut-être la plus vieille de toute. Ca remonte aux moments où l’Homme a commencé à se rassembler en petits groupes et c’est le rôle du chaman d’écouter la terre et les animaux. C’est la source de la poésie dans la musique. Et on retrouve ça partout : dans le Black Metal, dans le dub, dans toutes les formes de musique ! C’est ce que nous faisons en tant qu'humains. Les Hommes font tant de choses destructrices, inconsidérées et sans aucune sagesse. Mais la musique est l’une de ces quelques bonnes choses que nous faisons. 

On arrive à la fin. Je dois dire que quand je t’ai ajouté sur Skype, j’ai été surpris par ton avatar. Est-ce un symbole qui a une signification particulière ?

Je ne sais pas, quel est mon avatar Skype ? Attends, je regarde. Oh, une tête d’aigle ! [rires] (ndlr : Plus précisément, un pygargue à tête blanche.) C’est marrant, je crois que c’est juste l’image qui s’est installée par défaut. Mais d’un autre côté, l’esprit de l’aigle est très important pour mo,i personnellement. Quand je vois l’aigle chauve voler au-dessus de mon studio, quand je les vois dévorer les saumons près de la rivière, quand j’entends l’aigle chanter dans les arbres derrière chez nous… C’est mon inspiration. C’est marrant, beaucoup de gens me font la remarque sur cet avatar Skype et parfois ils sont vraiment perplexes : ils se demandent si c’est un truc pour supporter Donald Trump ! [rires] Non mec, c’est juste une coïncidence, une heureuse coïncidence !

Dernière question. J'aime bien conclure les interviews avec quelque chose d'insolite : est-ce que tu aimes la chanson Africa de Toto ?

[Long silence gênant] Non, je ne l’aime pas ! Non, vraiment, pas du tout ! Je pense avoir des goûts assez éclectiques en musique, et j’aime beaucoup de musiques qui viennent d’Afrique ! [rires] J’aime beaucoup la musique du Mali, le jazz éthiopien et les percussions polyrythmiques de l’Afrique de l’Ouest. Mais je déteste la chanson Africa de Toto ! Ceci dit, j’adore la bande-son que Toto a composé pour Dune de David Lynch.
Elle est incroyable. 

Une influence sur Celestite peut-être ?

Oh oui, bien sûr ! Carrément, même ! Dune est un de ces films que Nathan et moi avons vu à un âge où tu peux être facilement impressionné et qui a eu un impact énorme sur notre imaginaire. Les synthés sur cet album ont été très influents. Et Brian Eno est un génie. Je veux dire, il a inventé la musique ambient, n’est-ce pas ? C’est un de ces visionnaires qui a créé quelque chose d’entièrement nouveau. J’ai beaucoup de respect, d’amour et d’admiration pour ça. 

Neredude (Décembre 2017)

Interview par Neredude (Facebook)

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